Josué un conquérant selon le cœur de Dieu

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Le partage du pays (Josué 13.1-19.51)

Les instructions (13.1-7)

Puisque le noyau de la résistance du pays fut brisé, l’Eternel demanda à Josué de partager le territoire entre les neuf tribus et demie qui devaient être établies à l’ouest du Jourdain. Dieu lui énumère tous les territoires qui restent à conquérir (v. 2-6). Josué était devenu vieux (c.-à-d. entre 90 et 100 ans) ; dans 23.1, une expression semblable revient (il était « très vieux », c.-à-d. qu’il avait 110 ans : 24.29). Le partage du pays devait se faire avant sa mort. Josué 13.8-33 mentionne pour mémoire l’héritage alloué aux tribus de Ruben, Gad et la demi-tribu de Manassé qui avaient déjà reçu leur domaine à l’est du Jourdain au temps de Moïse. La répartition des territoires à l’ouest du Jourdain se fit par tirage au sort (14.2). La tribu de Lévi ne reçut pas de patrimoine – sauf 48 villes réparties dans tout le pays (v. 4) avec les pâturages attenants (Nombres 35.1-8).

« Le territoire déjà conquis à l’ouest du Jourdain fut divisé, essentiellement, entre les tribus de Joseph et de Juda&nbs;; et c’est à partir de cette division fondamentale que se fit la répartition entre les autres tribus. Juda fut établi dans le sud, dans le territoire des cinq rois (Josué 15) ; Caleb lui fut associé (Josué 14.1-15 ; 15.13-19), ainsi que Siméon dans le partage ultérieur du pays ; car (Josué 19.1-9) ‘la portion des fils de Juda était trop grande pour eux’ (v. 9). La puissante maison de Joseph (c’est-à-dire les tribus de Manassé et d’Ephraïm), reçut une riche portion dans la partie centrale de Canaan (Josué 16 ; 17). Elle était pourtant gênée par la présence d’une chaîne de forteresses, Beth-Schean, Yibleam, Dor, Thaanac et Méguiddo (cf. Josué 17.11, 12 ; 16.10) qui barraient la route du nord. Les fils de Joseph se plaignirent de l’insuffisance de leur possession (Josué 17.14). Josué leur proposa de dégager les régions forestières de leur territoire montagneux. Il leur promit qu’ils vaincraient leurs habitants puissants et déposséderaient finalement les Cananéens ‘malgré leurs chars de fer et malgré leur force’ (Josué 17.15-18). Josué choisit Thimnath-Sérach comme héritage personnel (Josué 19.49, 50).

« Entre ces deux tribus puissantes de la nation, Juda et Joseph, un territoire fut accordé plus tard à Benjamin (Josué 18.11-28) et, plus près de la côte, à Dan (Josué 19.40-48) ; mais la tribu de Dan eut des difficultés à résister aux habitants de la plaine côtière (cf. Juges 1.34, 35) et se déplaça plus tard vers l’extrême nord (Juges 18). Les autres tribus, Zabulon, Issacar, Aser, Nephthali, qui (comme Siméon, Benjamin et Dan) n’avaient pas reçu leur héritage lors du premier partage, s’établirent plus tard dans le nord du pays. Voir Josué 19.10-39 » (H.J. Blair NCB p. 257).21

21 Cette répartition du pays date-t-elle du temps de Josué ? Voir EDB 2 sur Josué 13.7-22.34.

Les rabbins pensent que pour le partage du pays on utilisait deux contenants : dans l’un d’eux se trouvaient les noms des tribus, dans l’autre, ceux des différentes sections du pays. Josué et Eléazar tiraient les noms des tribus. L’ordre dans lequel les noms sortaient décidait de celui dans lequel les chefs des groupes familiaux tiraient ensuite les différents lots territoriaux. Quelle que soit la manière, chaque tribu savait que c’est Dieu qui lui avait attribué son territoire ; ni Josué ni Eléazar ni les chefs de clans ne pouvaient être accusés de partialité. D’autre part, le fait de savoir que le domaine sur lequel on habitait était celui que Dieu vous avait destiné, évitait ces guerres de conquêtes qui ont ensanglanté toute la période de la féodalité au Moyen Age où chaque seigneur cherchait à agrandir son territoire aux dépens de ses voisins.

Ce sont le prêtre Eléazar et Josué qui procédèrent au tirage au sort en attribuant un territoire plus grand aux tribus nombreuses (Nombres 26.54). Cette division du pays reflétait les bénédictions de Jacob (Genèse 48-49).

Avant la division du pays, Caleb vint trouver Josué pour lui rappeler la promesse que Moïse lui avait faite (14.6 ; Nombres 13.30 ; 14.6-9 ; Deutéronome 1.36). Il avait à présent 85 ans (14.10) et se sentait aussi vigoureux qu’auparavant et capable de combattre. Il ne demandait pas un lot facile, mais la région montagneuse entourant Hébron à quelque 900 m d’altitude. Il démontrait sa foi en se proposant de vaincre les Anaqim géants qui la peuplaient. Josué le bénit (14.13) c.-à-d. lui donna Hébron pour héritage (15.13).

« Caleb est le type de la persévérance de la foi. Nombres 13 le mentionne pour la première fois (v. 7) lorsque Moïse envoie du désert de Paran un homme de chaque tribu pour reconnaître le pays. Parmi ces douze homme se trouvait Caleb, fils de Yephouné, et Osée, fils de Noun, que Moïse nomma Josué (v. 16). A partir de ce moment on trouve le nom de Caleb si intimement lié à celui de Josué (Nombres 14.30, 38 ; 26.65 ; 34.17-19 ; Deutéronome 1.36-38 ; Josué 14.13) que l’on peut dire qu’il en est inséparable. Ils reconnaissent ensemble le pays, marchent ensemble par le désert, entrent ensemble en Canaan… Ces deux hommes ont une même foi, une même confiance, un même courage, un même point de départ, une même marche, une même persévérance, un même but» (H.R. Josué p. 112-113).

Les chapitres 13-22 de Josué, « loin d’être une pure liste administrative, ces noms représentent l’essence même du peuple d’Israël ; ils signifient que le peuple s’inscrit en des lieux précis. Maintenant il s’agit de traduire ces noms en une possession effective de la Terre promise. Jéricho, Aï et les quelques autres conquêtes ne sont qu’un avant-goût de la tâche à accomplir. Pour chacune des tribus, le gros du travail reste à faire ; il faudra consolider ce qui est gagné et conquérir ce qui doit l’être encore. Le contraste introduit par les ch. 13-22 suggère donc que le récit de la conquête qui les précède est plus qu’une vision idéaliste des choses. Car il s’agit non seulement de déposséder les Cananéens mais aussi de les éliminer résolument » (D. Schibler Hokhma N° 61, 1996 p. 3).

Pour achever la conquête de la région, Caleb lança un défi à la génération qui le suivait : « Caleb fit savoir qu’il donnerait sa fille Aksa en mariage à celui qui s’emparerait de Qiryath-Sépher » (15.16). Alors « son neveu Otniel, fils de son frère Qenaz, s’en rendit maître, et Caleb lui donna sa fille Aksa en mariage » (v. 17).

« Lorsqu’elle fut arrivée auprès de son mari, elle l’engagea à demander un certain champ à son père Caleb. Puis elle sauta de son âne, et Caleb lui demanda : Quel est ton désir ? Elle lui répondit : Accorde-moi un cadeau. Puisque tu m’as établie dans une terre aride, donne-moi aussi des points d’eau ! Et Caleb lui donna les sources supérieures et les sources inférieures » (v. 18-20).

Le mari d’Aksa avait reçu une terre, mais ce terrain n’avait pas d’eau, pas de source pour l’irriguer. Aksa ne pouvait donc ni le cultiver ni y faire paître des troupeaux. Son père Caleb qu’elle connaissait bien, n’avait sans doute pas réalisé ce problème, lui qui avait reçu de Josué la terre que Moïse lui avait promise de la part de l’Eternel. Son père voulait qu’elle soit heureuse ; c’est pour cette raison qu’il lui avait fait ce don. Il sera certainement prêt à le compléter. C’est pourquoi elle lui fait sa demande en toute simplicité : « Tu m’as donné une terre du midi, donne-moi aussi des points d’eau. Et il lui donna les sources supérieures et les sources inférieures ».

Aksa n’a rien à offrir à son père en contrepartie de ce qu’elle lui demande. Elle ne peut ni gagner ces sources, ni combattre pour les arracher aux gens du pays. Son mari Otniel a combattu pour chasser les Anaqim ; il a satisfait aux conditions posées par Caleb, mais elle-même vient simplement comme une fille vers son père et lui demande : « Fais-moi un cadeau ». « Et Caleb lui donna » parce qu’il aimait sa fille et la voulait heureuse.

Dieu est pour nous comme un Père qui nous aime bien plus encore que Caleb aimait sa fille. « Eternel, tu entends les désirs des petits. Tu leur redonnes du courage et tu prêtes l’oreille » (Psaume 10.17). « Et, comme un père est plein d’amour pour ses enfants, l’Eternel est rempli d’amour pour ceux qui le révèrent » (Psaume 103.13). « Oui, tu es bon, Seigneur, et prompt à pardonner, riche en amour pour tous ceux qui t’invoquent » (Psaume 86.5). « Tu pourras m’appeler au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me rendras gloire » (Psaume 50.15). « L’Eternel est proche de ceux qui l’appellent, de tous ceux qui sont sincères lorsqu’ils font appel à lui. Il accomplit les désirs de tous ceux qui le révèrent, il entend leur cri et il les délivre » (Psaume 145.18-19). « Invoque-moi, et je te répondrai » (Jérémie 33.3).

Le salut est un don de Dieu – comme la terre que Caleb avait donnée au mari d’Aksa. « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu » (Ephésiens 2.8). Il suffit de le demander : « Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira » (Matthieu 7.7). Ce qui est vrai du salut l’est également des bénédictions spirituelles et des diverses grâces que Dieu veut accorder à ses enfants.

Aksa et son mari avaient bien reçu une terre en cadeau, mais c’était une terre aride – comme l’est peut-être notre vie chrétienne. Aksa savait que des sources se trouvaient là et qu’elles appartenaient à son père « parce qu’il avait pleinement suivi la voie de l’Eternel » (Josué 14.14). Elle-même ne pouvait pas hériter de son père puisque la Loi ne le lui permettait pas. Mais elle avait maintenant un époux qui avait vaincu la ville de Qiryath-Sépher et s’en était emparé. Par lui, elle peut donc entrer en possession des points d’eau qu’elle convoite et qui donneront à ses terres leur utilité et leur sens. Que fait-elle ? « Elle sauta de son âne » et elle dit à son père : « Accorde-moi un cadeau. Puisque tu m’as établie dans une terre aride, donne-moi aussi des points d’eau ! ».

Dans une attitude d’humilité, elle rappelle à son père avec reconnaissance le don qu’il lui avait déjà fait. Et elle s’appuie sur ce don pour lui demander un cadeau supplémentaire : « Donne-moi aussi ». « Et Caleb lui donna les sources supérieures et les sources inférieures ».

Dans la terre d’Israël, l’eau avait une importance primordiale. C’est pourquoi elle est souvent utilisée comme symbole de la vie spirituelle abondante que Dieu veut nous accorder. Jésus a dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. Bien plus : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source intarissable qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4.13-14). « Le dernier jour de la fête, le jour le plus solennel, Jésus se tint devant la foule et lança à pleine voix : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et que celui qui croit en moi boive. Car, comme le dit l’Ecriture, des fleuves d’eau vive jailliront de lui » (Jean 7.37-38). Jésus ne veut pas pour nous une vie aride et stérile : « Je suis venu afin que les hommes aient la vie, une vie abondante » (Jean 10.10). Cette vie abondante, nous ne pouvons pas la gagner ou la mériter par nos efforts et notre piété. Elle est un don que Dieu veut nous faire. Parce que nous faisons partie de l’Epouse de son Fils, nous pouvons entrer au bénéfice des richesses qu’il a héritées de son Père – comme Aksa pouvait hériter au travers de son mari. « Loué soit Dieu, le Père de notre Seigneur : Jésus le Christ, car il nous a comblés des bénédictions de l’Esprit dans le monde céleste qui, toutes, sont en Christ… En Christ, parce qu’il s’est offert en sacrifice, nous avons été délivrés et nous avons reçu le pardon de nos fautes. Dieu a ainsi manifesté sa grâce dans toute sa richesse, et il l’a répandue sur nous avec surabondance, en nous donnant pleine sagesse et pleine intelligence » (Ephésiens 1.7-8).

« Et Caleb lui donna… » largement, libéralement, une mesure serrée, tassée et débordante, car « Dieu peut réaliser infiniment au-delà de ce que nous demandons ou même pensons » (Ephésiens 3.20). Caleb donna à Aksa les sources supérieures pour que le pays d’en haut soit bien irrigué et les sources inférieures pour que les basses terres soient aussi fertilisées. Il lui a offert tous les points d’eau se trouvant sur le territoire qu’il lui avait donné afin que tout le pays puisse être mis en valeur.

Dieu veut aussi l’épanouissement de notre être tout entier, il veut que l’esprit, l’âme et le corps parviennent dans l’harmonie, par le développement de chacune de ses parties, « à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Ephésiens 4.13). En réponse à notre prière, il nous ouvre les sources d’En-Haut: il déverse sur nous « toutes les béné dictions de l’Esprit dans le monde céleste qui, toutes, sont en Christ » (Ephésiens 1.3). Nous pouvons voir symboliquement dans les « sources supérieures » l’amour de Dieu « versé dans nos cœurs par le Saint-Esprit » (Romains 5.5), « la paix de Dieu, qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir, (et qui) gardera notre coeur et notre pensée sous la protection de Jésus-Christ » (Philippiens 4.7), « la joie parfaite qui demeure » (Jean 15.11).

Dieu nous donne aussi « les sources inférieures ». « Lui qui n’a même pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas aussi tout avec lui ? » (Romains 8.32). « Il a aussi le pouvoir de vous combler de toutes sortes de bienfaits : ainsi vous aurez, en tout temps et en toutes choses, tout ce dont vous avez besoin, et il vous en restera encore du superflu pour toutes sortes d’œuvres bonnes » (2 Corinthiens 9.8). « Ainsi vous deviendrez riches de tous les biens et vous pourrez donner largement, ce qui suscitera, chez ceux auxquels nous distribuerons vos dons, de nombreuses prières de reconnaissance envers Dieu » (v. 11).

Othniel devint plus tard le premier juge d’Israël.

Josué 15.21-63 énumère les villes de Juda qui furent conquises, mais bien que Josué ait vaincu le roi de Jérusalem, les Yébousiens s’y maintinrent (10.5ss). La ville ne fut complètement subjuguée que par David (2 Samuel 5.6-7).

Les descendants de Joseph reçurent leur héritage comme un seul lot (16.1-4). Il sera divisé entre les tribus d’Ephraïm et de Manassé (domaine occidental).

L’attribution des territoires du Pays promis est encadrée par celle d’un héritage attribué aux deux vétérans du désert : Caleb et Josué (voir Nombres 13.30 ; 14.6, 24, 30). Josué reçoit le sien en dernier lieu, comme il sied à un serviteur. La distribution des territoires reste encore partiellement virtuelle, car la plus grande partie du territoire reste à conquérir (13.1-7). Le livre des Juges racontera la conquête d’une partie du territoire alloué. Il en est ainsi du chrétien qui ne sait pas bénéficier de la totalité des bénédictions que Dieu voudrait lui donner.

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