Dans les livres de Moïse on trouve plus de douze références à l’écriture : Exode 34.27 ; Nombres 17.2 ; Deutéronome 6.9 ; 24.1-3 ; 27.3-4 ; 31.24. Dans le livre de Josué nous lisons aussi que Josué « écrivit sur les pierres une copie de la loi de Moïse ». Comment écrivaient-ils ?
La plus ancienne écriture connue à ce jour consiste en pictogrammes tracés sur des tablettes d’argile. Elle date de 3200 à 2800 av. J.-C. et traduit la langue sumérienne. Est-ce Sumer qui a inventé l’écriture ? Entre 2800 et 2400, on trouve de nombreuses inscriptions archaïques, probablement en sumérien (à Our et Lagash). La pictographie a évolué en cunéiforme.1 Entre 2400 et 2250, le cunéiforme est utilisé pour transcrire l’akkadien et ses deux dialectes : le babylonien et l’assyrien. L’écriture cunéiforme est aussi gravée sur la pierre. Après 2000, le cunéiforme akkadien devient la langue internationale du Proche-Orient; les Elamites, les Hourrites, les Hittites et même les pharaons l’utilisent. On a trouvé de telles inscriptions jusque dans la vallée de l’Indus (2500-1800).
1 Ecriture cunéiforme : voir une représentation dans Bible et archéologie p. 64. Images du monde biblique p. 11, 67.
L’usage des hiéroglyphes s’est répandu en Egypte aux environs de l’an 3100 av. J.-C. On l’utilisait dans les tombeaux, sur la pierre, le bois ou l’ivoire, ainsi que sur les sceaux. Des écritures hiéroglyphiques originales se développèrent en Crète, à Chypre (2000-1200 av. J.-C.) et chez les Hittites (1500-700). Dans les mines du Sinaï (2700-1000), les inscriptions hiéroglyphiques avoisinent avec une écriture pictographique et un alphabet proto-cananéen.
Des proverbes de Ptah-hotop ont été préservés sur papyrus aux environs de 2500 av. J.-C. Moïse a probablement appris à écrire en Egypte sur du papyrus, du cuir ou des peaux (voir Actes 7.22). Josèphe dit que les exemplaires de l’Ancien Testament apportés en Egypte pour la traduction de la Septante étaient écrits « sur des membranes ». Lorsque l’Eternel demande à Moïse « Ecris dans un livre », il s’agissait probablement de peaux cousues ensemble pour former des rouleaux. Au psaume 40.7, il est dit « dans le rouleau du livre, il est écrit de moi ». Dans Jérémie 36.23, le livre écrit par Baruch fut coupé par Yehoyaqim ; il était certainement en peau ou en parchemin.
L’alphabet a évolué à partir des hiéroglyphes en passant par le Sinaï (1500 av. J.-C.), Canaan (1000 av. J.-C.), la Phénicie et la Grèce ancienne (750 av. J.-C.). Ainsi le dessin d’une tête de bœuf avec deux cornes a fini par donner notre A (après renversement), celui d’une palissade a abouti au H, l’eau, représentée par un trait sinueux a fini en M et l’arc en S.2
2 Alphabet ougaritique : voir une représentation dans Des pierres qui parlent p. 86.
La plus vieille inscription alphabétique connue jusqu’en 1999 (voir plus loin) se trouve gravée dans la pierre au temple de Sérabit dans la presqu’île du Sinaï. Les mineurs du Sinaï ont utilisé une écriture alphabétique datée de 1500 av. J.-C. On a retrouvé onze de ces lettres sur un pot à eau à Lakich. Sur des poteries était inscrit : « sa justice est ma main » (cf. Esaïe 33.2), « au seigneur de la nuit » (= Bélial, cf. 2 Corinthiens 6.14-15).
« En novembre 1949, Claude Schaeffer a découvert à Ras Shamra une petite tablette contenant le plus vieil alphabet connu, avec 30 caractères, datant du 14e siècle av. J.-C. Il comprend les 22 lettres de l’alphabet hébreu dans leur ordre habituel, mais remplacés par des équivalents ougaritiques, et 8 caractères supplémentaires» (Rendle Short Archaeology Gives Evidence p. 28).3 On y a également trouvé une mention du « léviathan, le serpent agile ».
3 Voir un tableau représentant l’évolution de l’alphabet, du cananéen et du phénicien vers l’hébreu et le grec dans Le monde de la Bible (Sator-EBV) p. 38. Les langues écrites des pays de la Bible p. 40, voir un schéma de l’évolution de l’hiéroglyphe à l’alphabet à travers le cananéen, le phénicien, l’hébreu grec ancien, l’araméen, l’hébreu classique, le grec classique dans Panorama du monde biblique p. 60-61.
« L’Eternel dit à Moïse : Consigne cela par écrit pour qu’on en garde le souvenir » (Exode 17.14). « Dans l’Ancien Testament, il est pour la première fois question d’écriture quand Israël, ayant quitté Dophka, parvint au lieu de repos suivant. Le déchiffrement des tables du Sinaï transforme ce passage du livre sacré en document historique, puisque nous savons à présent que, trois cents ans avant que Moïse amenât son peuple à cet endroit, des hommes de Canaan y ‘écrivaient’ déjà une langue très voisine de celle d’Israël » (W. Keller La Bible arrachée… p. 110).
Cet alphabet employé au Sinaï était en usage en Palestine après la conquête de Josué. Les Hébreux l’ont introduit en Phénicie. Lorsque, dans Deutéronome 6.4-9, Dieu donne à Moïse l’ordre d’écrire, c’est sans doute de cet alphabet que Moïse s’est servi, de même que lorsque ce dernier a donné à Josué l’ordre : « Tu écriras toutes les paroles de cette loi » (Deutéronome 27.2-8) ou lorsque Josué a écrit sur la pierre (Josué 8.30-32). L’écriture à Lakich fut un chaînon intermédiaire entre l’alphabet du Sinaï et l’alphabet phénicien. Ces différentes découvertes prouvent que la Bible a été écrite depuis le temps de Moïse.
Entre 1050 et 850, on trouve des inscriptions alphabétiques à Byblos (Phénicie). Les Hébreux adoptèrent sans doute l’alphabet dès 1150, les Araméens après 900. Leur langue devint le véhicule administratif de l’empire perse ; elle se répandit jusqu’en Anatolie et aux Indes. L’alphabet pénétra en Afrique du Nord, en Sardaigne et en Espagne (1000-700) ; les Grecs le transformèrent en ionien et l’utilisèrent pour leur littérature au 5e siècle av. J.-C. Les conquêtes d’Alexandre en imposèrent l’usage dans tous les pays soumis à l’hellénisme, supplantant les variantes locales.
Un abécédaire du 10e siècle av. J.-C. a été découvert en 2005 au sud de Jérusalem, gravé sur une pierre utilisée par la suite comme pierre de construction. Il prouve que l’écriture et la lecture de l’hébreu – et peut-être d’autres écritures voisines – était répandu, non seulement dans les villes, mais même dans les zones rurales. Les textes qui démontrent la culpabilité des Israélites anciens qui ne suivaient pas la loi de l’Eternel (cf. Deutéronome 6.1-9 ; 17.18-20) n’ont de sens que si suffisamment d’Israélites pouvaient lire et écrire cette loi. Or, les inscriptions épigraphiques de l’âge du Fer fournissent la preuve que la lecture et l’écriture étaient répandues dans toutes les couches de la population. Ces inscriptions sur les monuments – souvent en deux langues – étaient destinées à être lues par les passants.
On dispose actuellement de plus de 1700 empreintes de sceaux datant d’environ 700 av. J.-C., et de 1200 sceaux et empreintes distinctes de sceaux provenant du royaume du Nord (Israël) et de celui de Juda. « Si l’on y ajoute les centaines d’autres morceaux d’écriture, nous avons la preuve que tout au long de l’âge du Fer II, et en remontant jusqu’à l’âge du Fer I (1200-1000 av. J.-C.), chaque région et chaque classe de la société avaient ses écrivains et ses lecteurs, et qu’ils ont laissé des milliers d’inscriptions à identifier par les archéologues et d’autres… La documentation épigraphique ne cesse de croître » (Richard S. Hess « Des écrits sur l’écrit » Hokhma N° 96 p. 156).
L’abécédaire de Tel Zayit (du 10e siècle) est postérieur, peut-être d’une centaine d’années, à celui d’Izbet Sartah, trouvé dans un village campagnard du même nom, dans les collines occidentales (ce qui contredit l’idée selon laquelle seuls les prêtres, les officiers du gouvernement et les scribes professionnels savaient lire et écrire). « Ces textes suggèrent la vision d’un apprentissage de la lecture et de l’écriture dans les villages appartenant à l’ancien Israël. Cette nouvelle découverte fournit la preuve que cette pratique a été en usage au 10e siècle av. J.-C. aussi bien qu’avant et après » (Id. p. 157).
Les lettres de Lakich, datant d’environ 600 av. J.-C. ont été écrites au temps de Jérémie avec de l’encre de charbon sur des tessons de poterie. Elles ont été trouvées dans les ordures près de la porte de la ville et dataient du temps où Nabuchodonosor a détruit la cité. Elles sont au nombre de 18, contenant 90 lignes lisibles en hébreu phénicien.
Le relief de Béhistoun se trouvait près de l’endroit où le roi Darius avait remporté une bataille décisive. Le haut-relief le montre faisant face à ses ennemis vaincus et enchaînés les uns aux autres par le cou. Le dieu Mazda, représenté par une figure ailée, domine la scène. En bas, sur les côtés, se trouve une inscription en trois langues (akkadien, élamite et ancien persan) relatant comment Darius a accédé au pouvoir.
Les inscriptions de la falaise de Béhistoun permirent de déchiffrer l’écriture cunéiforme du vieux persan et de commencer le déchiffrement de l’écriture cunéiforme babylonienne (comme la Pierre de Rosette avait permis de déchiffrer les hiéroglyphes). C’est dans des conditions extrêmement périlleuses, sur un échafaudage branlant, que Sir Henry Rawlinson parvint à noter les signes gravés dans la paroi de la falaise en 1846 et 1847.4
4 Voir une photographie de la falaise dans A. Millard Trésors des temps bibliques p. 29, dans Des pierres qui parlent p. 29.
Les Hébreux utilisaient trois écritures alphabétiques depuis Moïse : l’hébreu du Sinaï, l’hébreu phénicien et l’hébreu assyrien après l’exil.
Au début, l’écriture se composait de dessins. On représentait un oiseau par un oiseau, un épi de blé par le dessin de cet objet, et ainsi de suite.
Dans une deuxième étape, les dessins ne représentaient plus seulement des objets mais aussi des sons ; on pouvait donc de la sorte écrire les mots eux-mêmes. Kitchen dit : « Voici ce que cela donnerait en français : le dessin d’un chat représenterait le groupe des syllabes se prononçant de la même façon (cha, chat, chas, Sha…), le dessin d’un grain représenterait les syllabes ‘grin’ et ‘grain’. En dessinant côte à côte un chat et un grain, on pourrait épeler en deux syllabes le mot ‘chagrin’, tout à fait différent, et dont le sens serait très difficile à représenter par un dessin. C’est par cette méthode, qui consistait à utiliser un dessin pour désigner à la fois l’objet représenté et le son correspondant au nom de cet objet que commença, avec les premiers Sumériens, la longue histoire de l’écriture » (K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 19).
Ce concept de l’écriture a peut-être été importé de Mésopotamie en Egypte vers 3100 av. J.-C. ou plus tôt. Cependant, les signes ne représentaient plus pour eux que les consonnes des mots, le lecteur devant retrouver lui-même les voyelles. On trouve cette écriture sur des morceaux de poterie ou de calcaire blanc que l’on appelle des ‘ostraca’ (au singulier : ‘ostracon’). Tels étaient les « carnets » et les « feuilles de brouillon » peu onéreux des Egyptiens.
Le royaume Hittite d’Anatolie ou d’Asie Mineure au nord-ouest de la Mésopotamie et de la Syrie adopta l’usage de l’écriture cunéiforme. Les rois Hittites se servirent de cette écriture pour rédiger leurs annales, leurs hymnes et leurs rituels religieux ainsi que leurs documents juridiques.
En Syrie, les découvertes d’Ebla montrent qu’en l’an 2300 av. J.-C., les principales cités-états pouvaient utiliser l’écriture cunéiforme et la langue sumérienne pour toutes sortes de documents administratifs, religieux et littéraires.
En 1999, les archéologues découvrirent en Haute-Egypte des inscriptions alphabétiques qui sont peut-être les plus anciennes du monde. Remontant à 1900/1800 av. J.-C., elles avaient deux siècles de plus que les inscriptions alphabétiques connues jusqu’alors (celles des mines de turquoise de Serabit dans le Sinaï datées de 1700 av. J.-C.). Ces deux dates sont antérieures à l’exode. Moïse a donc pu utiliser l’alphabet pour consigner le Pentateuque.
Une troisième étape eut lieu au milieu du 2e millénaire av. J.-C. : on commença à utiliser une écriture alphabétique. Cette écriture se propagea de la Palestine en Phénicie, de là en Grèce, puis à Rome. A partir de là, un grand nombre de gens savaient suffisamment lire pour pouvoir distinguer les cachets personnels les uns des autres ; ils existent dans pratiquement tous les dialectes. Vers l’an 1000 avant Jésus-Christ (et sans doute plus tôt), l’écriture, en Canaan, puis en Israël, en Phénicie et dans les alentours faisait partie du quotidien et n’était plus réservée à une petite élite de lettrés (D’après K. A. Kitchen Traces d’un monde p. 18-22).
Les lettres cunéiformes de Tell-el-Amarna furent écrites par les roitelets de Palestine et de Syrie aux deux pharaons qui régnaient entre 1400 et 1360 av. J.-C. Elles témoignent que l’hébreu archaïque était en usage chez les Arabes au sud de la Palestine antérieurement à l’an 2100 av. J.-C.5
5 Tablettes de Tell El-Amarna : voir une représentation dans Bible et archéologie p. 108, dans Des pierres qui parlent p. 67.
En Mésopotamie, les dessins eurent tendance à se styliser car il était impossible, avec un stylet, de tracer des courbes sur une tablette d’argile. Alors se développa l’écriture cunéiforme (en forme de coin) pour les langues sumériennes et akkadiennes.
Quand Moïse ordonna aux futurs rois d’Israël d’écrire chacun sa propre copie de la Loi (Deutéronome 17.18), cela supposait un mode d’écriture plus facile que les hiéroglyphes. De même, lorsqu’il ordonnait aux propriétaires des maisons d’écrire des commandements sur les poteaux de leurs demeures (Deutéronome 6.9 ; 11.26). Dans Juges 8.13-14, un jeune homme mit par écrit pour Gédéon les noms des 77 chefs et anciens de Soukkoth. Ce passage était difficilement compréhensible avant que l’archéologie révèle l’invention de l’alphabet quelque temps avant l’époque des Juges – ce qui mettait l’écriture à la portée de n’importe qui (alors que les hiéroglyphes et l’écriture cunéiforme étaient réservés aux scribes).
L’écriture alphabétique s’est rapidement diffusée dans tout le monde antique. Vers 1300 av. J.-C. on l’employait dans le port syrien d’Ougarit (avec 29 caractères : des tablettes de Ras Shamra datées de 1400 av. J.-C. emploient l’alphabet), dans différentes villes de la Palestine et au sud de l’Arabie ; les Perses inventèrent un alphabet avec 39 caractères. Aux 9-8e siècles av. J.-C. les Grecs adoptèrent l’alphabet phénicien en transformant certaines consonnes en voyelles et en inversant le sens de l’écriture : de gauche à droite. Les Romains l’adoptèrent (en le modifiant) ; à partir de là, il fut diffusé sous la forme que nous lui connaissons dans toutes les langues du monde.6
6 Voir les deux tableaux du passage des hiéroglyphes au cunéiforme dans D.J. Wiseman Illustrations from Biblical Archaeology London, Tyndale Press 1966 p. 24 ; des pictogrammes au néo-babylonien et à l’alphabet p. 49 ; différents instruments d’écriture au 1er siècle: voir Images du monde biblique p. 167.