Le point de la situation.
Nous avons interrogé la Bible et l’Histoire pour retrouver le plan divin de l’Eglise et découvrir les causes de sa transformation en institution ecclésiastique ; il nous faut, maintenant, nous servir de ces connaissances. Quelles conclusions pratiques tirer de la vision de l’Eglise telle que Dieu l’avait instituée ?
Tout ce qui s’appelle église traverse actuellement, en Europe du moins, une des crises les plus graves de l’Histoire.
Comment se manifeste cette crise ? d’où vient-elle ? Comment pourrait-on y remédier ? Ces trois questions se posent inévitablement au chrétien qui prend à cœur le témoignage de Dieu dans sa génération.
Il est évident que nous devrons nous contenter ici de quelques grandes lignes. Les églises sont malades, nul ne le conteste. Reconnaître objectivement les symptômes du mal chez un malade n’est pas un signe de malveillance à son égard, mais est la condition d’une aide efficace.
Si, dans les pages qui suivent nous donnons surtout la parole aux critiques de « l’Eglise »1, nous ne méconnaissons pas pour cela les services rendus par les institutions ecclésiastiques, et nous ne relevons pas que leurs côtés négatifs.
1 Pour éviter les confusions auxquelles pourraient donner lieu les nombreuses citations d’auteurs ecclésiastiques, nous emploierons dans ces chapitres le mot « l’Eglise » dans le sens que lui donnent les théologiens des « églises établies ». Dans leur pensée cette expression désigne souvent le système ecclésiastique dont ils relèvent ou, par suite de l’élargissement œcuménique des vues, l’ensemble des églises luthériennes, réformées et anglicanes opposé à la poussière des « sectes » et « communautés » qui gravitent autour d’elles.
Nous n’oublions nullement que c’est « l’Eglise » qui a transmis la Parole de Dieu à travers les siècles et qui a conduit d’innombrables hommes à la vérité et à la vie. Ses œuvres sociales et ses institutions charitables ont apporté dans ce monde le reflet de l’amour de Christ.
Aujourd’hui encore, quels trésors de dévouement parmi ses serviteurs et ses servantes qui, par les différents ministères et les œuvres de diaconie, apportent à une humanité souffrante et désemparée le témoignage d’une vie consacrée et la consolation que donne l’Evangile de paix.
Christ vit dans l’« Eglise » par les nombreux chrétiens authentiques qui lui demeurent attachés.
Ces croyants répandent, dans des conditions souvent difficiles, « la bonne odeur de Christ parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui sont perdus ». Beaucoup d’entre eux affirment avoir la conviction que Dieu les veut là où ils sont. « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? » (Rom. 14.4).
Leur attachement à « l’Eglise » ne les rend toutefois pas aveugles à ses faiblesses et ses lacunes. Ils en souffrent plus que les autres, car ils savent — ou sentent — qu’en créant l’Eglise, Dieu voulait sans doute autre chose que ce qu’ils vivent et voient. Le plus souvent ils sont incompris dans leur propre milieu et en butte aux vexations et aux difficultés suscitées par les hommes charnels auxquels ils sont associés.
C’est à eux en premier lieu que ces chapitres sont destinés ; ils verront que leur souffrance et leur désir de changement sont partagés par de nombreux croyants et conducteurs de « l’Eglise ».
Un amour vrai n’accepte pas aveuglément et passivement les défauts de l’être aimé. L’attachement inconditionnel à « l’Eglise » risque de dégénérer en complicité, en trahison même à l’égard de Christ et de son Corps2.
2 « Beaucoup de chrétiens sont en danger de laisser l’Eglise prendre la place de Jésus-Christ. » Erich Schick.
Fermer les yeux sur la crise ecclésiastique contemporaine n’est pas une preuve d’amour vis-à-vis de l’Eglise. Celui qui l’aime vraiment, s’efforcera de rechercher les causes de ses difficultés présentes et de trouver les remèdes.
Tous les observateurs s’accordent pour reconnaître que les Eglises traversent actuellement en Europe la crise la plus grave qu’elles aient connu depuis leur fondation3.
3 « On ne peut méconnaître qu’il y a aujourd’hui, en Europe notamment, une méfiance considérable à l’égard de tout ce qui s’appelle Eglise, même parmi ceux qui sont parfaitement ouverts à l’Evangile de Jésus-Christ. Nous ne devons pas oublier que la notion d’Eglise a un passé lourdement chargé par une histoire vieille de 19 siècles et que les Eglises ont accumulé entre Jésus-Christ et l’homme individuel des obstacles souvent insurmontables. » Emil Brunner : Malentendu de l’Eglise, p. 141.
Comment se manifeste cette crise ?
1. Déchristianisation de l’Europe.
Pour l’Européen moyen de cette deuxième moitié du XXe siècle le problème de Dieu est dépassé, il ne se pose simplement plus. Dieu est mort. Son ciel est sur le point de devenir une banlieue de la terre, et l’homme le peuple de ses satellites et ses fusées. Puisque notre vie terrestre est la seule réalité existante, il s’agit de la rendre aussi confortable que possible. Toute la pensée de l’homme devient « existentielle », tous ses efforts se concentrent sur l’amélioration des conditions de la vie présente.
On comprend que dans cette situation, les églises chrétiennes fassent un peu figure de blocs erratiques : témoins et vestiges d’une ère révolue au milieu d’un paysage qui a évolué, elles restent là en partie grâce au respect que les hommes ont, depuis toujours, témoigné aux monuments historiques, en partie grâce à la force d’inertie. Mais il faut avouer que si les blocs erratiques font la joie des géologues, ils ne sont pas particulièrement appréciés des agriculteurs et, le qu’un nouveau propriétaire décide de mettre toute sa terre en valeur, on les refoule en marge du champ. Là, ils peuvent à la rigueur, servir d’enceinte ou de borne, ils seront toujours une curiosité appréciée des touristes !
Dans la plupart de nos pays occidentaux l’église a quitté le centre de la scène pour la zone marginale où ne la rejoignent que quelques rares « fidèles ».
Sur la « chrétienté occidentale » plane « la grande ombre de la déchristianisation et du matérialisme pratique. » (M. Boegner.)4
4 Assemblée plénière du protestantisme français à Montbéliard. — Rapport p. 15.
Des pays entiers ont rejeté brutalement le masque, instituant des cérémonies civiles pour remplacer l’office religieux. Dans nos pays occidentaux eux-mêmes, où le cérémonial chrétien a conservé la faveur du grand public, le nombre de ceux qui, par honnêteté ou indifférence, s’émancipent de toute attache ecclésiastique et de toute cérémonie religieuse, augmente de jour en jour.
Les statistiques prouvent qu’il existe actuellement « une situation qui est nouvelle dans l’histoire de l’humanité. Il y a aujourd’hui des millions d’hommes et de femmes dans nos églises (de multitude) qui ne confessent aucune foi religieuse, qui ne participent à aucune coutume ecclésiastique et n’ont aucune relation avec une institution religieuse quelconque. » (John Baillie.) 5
5 What is Christian Civilisation ? (Charles Scribner’s Sons, N.Y., 1945), p. 25. Par « nos églises », J. Baillie désigne les « grandes Eglises » comme l’Eglise anglicane.
En face des idéologies chrétiennes qui régissaient jusqu’ici la civilisation occidentale, se dressent maintenant, avec un dynamisme conquérant, des idéologies athées tout aussi totalitaires et « religieuses » que le christianisme6.
6 « Le paganisme baptisé » n’est pas un phénomène nouveau ; au XVIe siècle déjà les partisans de la Réformation radicale ont protesté contre l’idée de l’Eglise de masses. Ce qui est nouveau ce sont les idéologies anti-chrétiennes militantes. » F. H. Littell : Freiheit der Kirche, p. 17.
2. Dépopulation des Eglises.
Cette déchristianisation se manifeste en premier par la dépopulation des Eglises.
La France « fille aînée de l’Eglise » compte aujourd’hui au dire des catholiques eux-mêmes au moins « 30 millions de païens, 3 à 4 millions à peine sont encore pratiquants ».7
7 Revue réformée (1953), pp. 18-23.
Le pourcentage des baptisés reste important : 94 % ; dans certains secteurs citadins cependant (comme la banlieue de Paris), il retombe en-dessous de 50 %. La proportion des « pratiquants » ne dépasse pas 14 % pour l’ensemble pays — et personne ne se fait plus d’illusions sur la part de foi authentique que ce terme de « pratiquant » recouvre.
Un détail significatif : la moyenne mensuelle des offrandes de ces « pratiquants » du diocèse de Marseille s’élevait en 1963 à 0,83 F ! (moins qu’un pour mille du salaire moyen d’un ouvrier).
En Allemagne : Dans les pays de vieille tradition protestante la situation n’est guère plus brillante. Un vaste mouvement de défection des membres de l’église luthérienne allemande amorcé en 1906 a subitement dessillé les yeux des autorités ecclésiastiques. Alors que jusqu’au début du XXe siècle tous les citoyens allemands étaient automatiquement et obligatoirement membres de l’Eglise, un fait nouveau se produisit : des hommes demandaient à sortir de l’Eglise. L’Etat essaya bien d’enrayer le mouvement en exigeant un certificat établi par le pasteur et précisant que le démissionnaire lui avait expliqué ses raisons. En vain : alors que, jusque vers 1906, le nombre des défections annuelles pour tout l’Empire allemand ne dépassait guère 6000, il monta en flèche à partir de cette date : 17.400 en 1906, de 14.300 à 29.300 entre 1907 et 1914. Durant la guerre de 1914-1918 il retombe : 4000 à 9000 par an, pour atteindre 240.000 au lendemain de l’armistice, 315.000 en 1920. Dès lors plusieurs centaines de milliers de « chrétiens » quitteront chaque année officiellement les rangs de l’Eglise8.
8 Voir dans Religion in Geschichte und Gegenwart, t. III, pp. 342 ss. : « Kirchenaustrittbewegung ».
En Angleterre, même pendant la dernière guerre — où pourtant la conscience religieuse de beaucoup d’indifférents a été brutalement réveillée — les statistiques de l’Institut d’opinion publique, constatent que la proportion des gens participant à la vie des églises ne dépassait pas 10 %9.
9 Tom Allan dit dans son livre The Face of my Parish que dans sa paroisse qui comprenait, en 1946, 10 000 âmes, 400 personnes environ fréquentaient les cultes de Sainte Cène, ce qui représente 4 % des paroissiens. Il prétend que cette proportion reflète en gros la situation générale en Angleterre, D’après Towards the conversion a England qu’il cite, 15 % des membres d’église participeraient à la vie de la communauté.
En Suisse « les rapports ecclésiastiques signalent que 5 à 10 % de la population fréquentent le culte protestant, certains parlent de 1 à 2 % des adultes. Ces proportions comprennent la fréquentation des jours de fêtes. — De ce nombre, seulement un dixième à un tiers (dans les cas les plus favorables) participent à la Cène. Encore faudrait-il mettre à part ceux qui n’y participent que pour des raisons purement extérieures. Le nombre de ceux qui tiennent à l’Eglise est donc infime, souvent dans une paroisse on pourrait les compter sur ses doigts. »10 Pour l’ensemble de la Suisse, 2,8 % des protestants fréquentent l’église. Tous ces chiffres comprennent les jours de fête (Noël, Vendredi-Saint, Pâques, Confirmation…).
10 W. Ninck : Op. cit., pp 28 et 30. D’après la visitation du canton de Zürich 1963-64 (Dienst der Kirche in unserer Zeit, Zwingli-Verlag 1966) 6 % des membres de l’Eglise seraient prêts à collaborer dans l’Eglise. L’indifférence a gagné toutes les couches de la population. Seulement 1 à 3 % des hommes fréquentent le culte (jours de fête compris).
Dans un pays aussi traditionnellement chrétien que la Suisse alémanique, l’assistance moyenne au culte dominical des paroisses rurales est de vingt à trente personnes, le nombre des hommes ne dépasse, en règle générale, pas dix10.
Klaas Sluys affirme également que dans les régions flamandes à peine 10 % de la population catholique sont vraiment pratiquants11.
11 K. Sluys : Das Wunder von Boechout (Brunnen-Verlag, 1963), p. 25.
Que dire de la misère des régions protestantes de France ? Dans le Sud-Ouest par exemple, la foi était encore si vivace à la fin du siècle dernier que les paroissiens construisirent, de leurs deniers, de nouveaux temples pour rassembler les fidèles qui se pressaient au culte le dimanche. Dans l’une de ces localités où l’on avait construit un deuxième temple vers 1880, les paroissiens laissèrent tomber l’un d’eux en ruines vers 1925 ; actuellement ce bourg fait partie d’un groupe de six paroisses desservies par le même pasteur — ou plutôt de cinq, puisque dans l’une d’entre elles le temple et le presbytère furent vendus aux enchères ! Le nombre des fidèles assistant au culte dépasse rarement la dizaine ; une protestante, de passage dans un des temples les plus réputés m’a raconté sa surprise de voir le pasteur prêchant et célébrant toute la liturgie devant … sa femme ! Le cas n’est, hélas, pas unique. Bien des paroisses des Cévennes, où la foi avait poussé tant de huguenots au martyre, connaissent la même indifférence religieuse.
La plupart des autres pays de vieille tradition protestante ne sont pas mieux lotis. J’ai moi-même assisté à l’office matinal dans une des plus belles cathédrales anglicanes ; l’officiant célébrait le culte devant le bedeau et deux femmes âgées.
« De grâce, ne méprisons pas les enseignements que les sociologues et statisticiens ne cessent de nous mettre sous les yeux : nos sanctuaires sont vides. » (R. Mehl.)12
12 « L’Eglise de l’Avenir », Rev. Evangélisation (1961), p. 472.
« Après avoir constaté que, dans notre Eglise, le nombre de ceux qui croient en Christ est un tout « petit troupeau » nous devons nous demander honnêtement de quel droit on l’appelle « église populaire chrétienne » (Volkskirche). (W. Ninck.)13
13 Op. cit., p. 32.
Les statistiques ecclésiastiques relèvent avec complaisance le nombre impressionnant des « membres » et l’assistance nombreuse aux grandes solennités (inaugurations, confirmations, rassemblements protestants…) On parle moins souvent du nombre de fidèles assidus au culte dominical. C’est pourtant là que la vie de l’église se manifeste.
3. L’Eglise, institution cérémonielle.
Pour beaucoup de « chrétiens » l’Eglise n’est plus que le cadre qui rehausse la valeur d’un beau tableau. Chacun aime mettre une note de solennité dans les grandes heures de son existence. La naissance, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, le mariage et l’enterrement sont, chez tous les peuples, des points de rencontre entre la vie individuelle et la vie sociale. Partout et toujours on les a entourés d’un cadre religieux. N’oublions pas que « l’homme est un animal religieux » ! Le païen moderne qui peuple nos pays christianisés ne renonce pas volontiers à l’éclat qu’une cérémonie religieuse donne aux événements marquants de sa vie familiale, même si, personnellement, il se sent dégagé de toute croyance. On ne peut tout de même pas en faire de simples rencontres gastronomiques ! Comment fêter une naissance sans baptême, un mariage sans bénédiction nuptiale, comment concevoir un enterrement sans aucun cérémonial religieux ?
Ne voit-on pas même des athées notoires faire appel aux ecclésiastiques pour rehausser les grandes étapes de leur vie de ce lustre sacral dont l’Eglise a le secret et le monopole ? Pour répondre à ce besoin, la majorité des grandes églises se sont transformées en institutions cérémonielles. A ce titre elles restent tolérées et même appréciées. Dans les grandes villes surtout, les « ministres du culte » sont devenus, avant tout, des maîtres de cérémonies et ils se plaignent de passer le plus clair de leur temps à baptiser, marier et enterrer à tour de bras des « paroissiens » qu’ils ne connaissent pas, de sorte qu’il ne leur reste plus de temps pour le travail spirituel proprement dit. Les dimensions de ces églises semblent avoir été calculées par un esprit malveillant qui aurait intérêt à transformer les ecclésiastiques en simples officiants14.
14 « On ne se retournera plus vers elle que pour donner le lustre d’un sacré incertain et trouble aux cérémonies humaines et faire de beaux enterrements. » R. Mehl : Revue de l’Evangélisation, N° 98, p. 475.
Illusions fatales.
Encore si l’Eglise se servait de ces cérémonies pour annoncer le véritable message biblique ! Hélas, elles ne sont le plus souvent qu’une occasion de consolider les illusions mortelles dont se bercent les « chrétiens » de nom.
« On dit au nourrisson présenté à l’aspersion : « Tu es à présent né de nouveau d’eau et d’esprit », au confirmant qui s’est plié au cérémoniel : « Tu es membre de l’Eglise ». On s’adresse aux nouveaux mariés qui n’ont jamais mis les pieds dans une église, (mais ne renonceraient pour rien au monde à la « bénédiction nuptiale ») en leur disant : « Chers frère et sœur en Christ ». Sur chaque tombe on utilise la liturgie composée pour les enterrements de croyants, on parle de la résurrection pour la vie éternelle : « au revoir, frère, dans la lumière éternelle. »15
15 H. Venske : Vollendete Reformation, pp. 99-100.
Qui est responsable des illusions dans lesquelles vivent tous les habitants des pays christianisés ? Pourquoi se plaindrait-on de leur manque d’intérêt pour l’Evangile et l’Eglise puisqu’on leur assure que, moyennant ces quelques rites, Dieu est satisfait et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes !
L’envers de la médaille.
Cette habitude des cérémonies religieuses est tellement enracinée qu’elle semble avoir constitué le rempart le plus tenace contre l’abolition du christianisme. En Allemagne de l’Est, ceux qui voulaient détrôner l’Eglise durent se rendre à l’évidence que le peuple ne renoncerait pas facilement à ses fêtes cérémonielles.
Les cérémonies allaient-elles sauver le christianisme ? Elles ne constituaient hélas plus que des bastions vides faciles à transformer en points d’appuis contre lui. C’est ce qui s’est passé en R.D.A. En 1955 le gouvernement créa une Jugendweihe (consécration des jeunes) copiée point par point sur la cérémonie de la confirmation luthérienne. A l’engagement social et politique du jeune répond l’admission solennelle dans la communauté des travailleurs ; le cadeau d’un livre antireligieux remplace la remise de la Bible au catéchumène, l’irremplaçable fête familiale et gastronomique devait servir de trait d’union avec l’ancienne cérémonie religieuse. En 1955, malgré la propagande officielle et les cadeaux alléchants, 15 % des jeunes seulement participèrent à la Jugendweihe. En 1957, ils étaient 32 %, en 1958 : 47 %, les rapports de 1964 signalent que dans plus de 90 % des cas, la Jugendweihe a remplacé la confirmation.
Cet exemple ne devrait-il pas faire réfléchir ceux qui se prévalent quelquefois un peu facilement de la fidélité des masses au christianisme ?
4. Sécularisation intérieure des Eglises.
La diminution numérique de l’effectif des églises est alarmante certes ; elle ne serait pourtant pas catastrophique si le noyau restant était une église vivante et fervente, et si ceux qui lui demeurent attachés après ce « tamisage » étaient tous de vrais chrétiens. Après tout, la situation n’est guère différente de celle des siècles précédents, les masques seuls sont tombés, les positions sont plus claires et plus honnêtes.
Mais quelle est la situation à l’intérieur des églises ? « Depuis le XVIIIe siècle (Aufklärung) notre Eglise est devenue, du moins en pays protestant, si peu sûre de sa foi et de son propre message ; elle a accueilli dans sa doctrine et ses pratiques tant d’éléments païens ou mondains radicalement inconciliables avec la foi chrétienne ; et tant de manifestations de la vraie vie de l’Eglise ont peu ou prou disparu, que cette sécularisation intérieure représente un danger bien plus grave que celui qui vient du dehors. » (Emil Brunner.)16
16 Le Renouveau de l’Eglise, p. 32.
Quelques témoignages :
Les membres les plus fidèles de l’Eglise ne lui ménagent pas leurs critiques.
Au siècle dernier, R. Sohm se plaignait en ces termes : « Même si elle reste communauté du sacrement et de la Parole, l’Eglise n’est plus que monde, monde chrétien, mais elle n’est plus église chrétienne. »17
17 R. Sohm : Droit ecclésiastique, t. II, p. 135 (Leipzig, 1892).
Les responsables d’églises qui ont préparé le rapport pour la Conférence œcuménique d’Evanston ne disent pas autre chose :
« Nos églises sont malades. Cette maladie se traduit par le fait qu’elles sont chez elles dans le monde et se sont adaptées aux sages de ce monde. »18
18 « Rapport pour la Conférence d’Evanston » ; What is Christian Hope in Christian Century (1952), N° 15, p. 428.
L’esprit du monde a remplacé le Saint-Esprit, c’est Roland de Pury qui l’affirme :
« Le christianisme établi fait confortablement l’économie du Saint-Esprit, autrement dit l’économie de la foi véritable, ayant supprimé le scandale du fondement. C’est la grande escroquerie que Kierkegaard dénonce inlassablement. »
« L’Eglise, depuis deux mille ans qu’elle est sur son rocher, a pris assez d’envergure, d’expérience et de savoir-vivre pour pouvoir se passer du Fondateur (le Saint-Esprit). Elle a les jambes assez solides pour se tenir debout et subsister par elle-même et non plus par l’Esprit. Elle est assez éloquente pour parler même lorsque Dieu se tait et pour durer même si le ciel est vide. Elle a assez de surface sociale pour être quelque chose même si Dieu n’est plus rien de vivant pour elle. »19
19 Roland de Pury : La Maison de Dieu, p. 19 (Delachaux-Niestlé, 1946).
Mais que résulte-t-il d’une telle substitution ?
« A la place de l’Eglise qui n’est plus l’Eglise, apparaît non pas le néant, mais le phénomène de la pseudo-Eglise ou du semblant d’Eglise ; c’est un succédané ecclésiastique doté de tous les caractères, mais vidés de leur substance, de la congrégation vivante. Dès lors, de deux choses l’une : ou bien la congrégation connaît dans le monde, dans ses relations avec la société et l’Etat, des jours particulièrement heureux, en raison même de son caractère inoffensif ; ou bien son impuissance évidente dans le monde atteste publiquement le jugement qui la frappe. » (Karl Barth.)20
20 L’Eglise, p. 112.
« N’étant plus qu’une apparence d’Eglise, elle ferait bien de se demander si ce n’est pas en vertu de quelque adhésion au diable qu’elle existe encore et si elle n’est pas devenue l’objet d’un jugement mérité de Dieu. »21
21 Karl Barth : L’Eglise, p. 121.
5. Multitudinisme.
Le mélange voulu croyants-incroyants dans l’Eglise porte ses fruits amers :
« En fait, écrivait le Professeur G. Hilbert, les membres des églises populaires ne sont en grande majorité, pas encore « chrétiens » et leurs églises ne sont pas de véritables églises chrétiennes — les uns comme les autres le sont moins encore que du temps de Luther »22 et on se rappelle ce que Luther en disait !
22 G. Hilbert : Volksmission und innere Mission (1917), pp. 3 ss.
Emil Brunner constate : « Aujourd’hui, les hommes ont beau être baptisés, pour la plupart, bien peu croient en Jésus-Christ… »23
23 Emil Brunner : Eglise et Groupes, p. 43.
Et F. J. Leenhardt : « Pratiquement on constatera que le pédobaptisme n’a pas fait ses preuves, car l’Eglise multitudiniste d’aujourd’hui est à coup sûr multitudiniste. »24 Le multitudinisme n’est plus, aux yeux des théologiens actuels une bénédiction, c’est une plaie, une maladie de l’Eglise : « Le baptême des enfants, écrit K. Barth, est le symptôme d’une maladie plus grave dont souffre l’Eglise et qui est le multitudinisme. »25
24 F. J. Leenhardt : Foi et Vie (janvier 1949), p. 72.
25 Cité par Francus : Il n’y a pas de Protestants, p. 83. « On ne veut plus de groupes dans l’Eglise » telle fut la devise. « Tous sont baptisés. Par conséquent nous ne devons plus constituer de cercles particuliers. Il faut s’adresser à tous. » Mais comme « tous » ne viennent pas, la paix des cimetières s’installe dans les paroisses. On n’entend plus que les pas du pasteur et des confirmants. » Pasteur W. Busch : Selbstmord der Kirche ( Lich und Leben-Ruf zur Entscheidung I. 66.), p. 10.
Or multitudinisme équivaut à dispense de décision pour ou contre Christ ; c’est la « religion sans décision » dont parle H. O. Wölber. Une telle religion n’a plus de place, ni de fonction dans notre monde actuel où toutes les valeurs, quelles qu’elles soient — philosophiques, politiques, économiques — ne maintiennent leur position et ne progressent que par un engagement total de ceux qui les défendent. « L’Eglise de multitude, dit le théologien Hans Hoekendijk, n’est nullement préparée à faire face à une telle situation : en général elle est devenue une association où naît, se cultive et se propage la « religion sans décision », elle est devenue une « indécision institutionnalisée ».
6. Mondanisation.
Ainsi la majorité des « grandes » églises ne sont plus ni grandes, ni vivantes. Pour retenir les quelques-uns qui participent encore à leurs activités, elles s’estiment obligées de faire des concessions de plus en plus nombreuses.
« L’Eglise demande très peu de ses membres et ceux-ci, du reste, ne se laissent guère imposer d’exigences. Autant dans le domaine de la confession de la foi que dans celui de la discipline chrétienne et ecclésiastique, le peuple de l’Eglise refuse de se soumettre à des normes précises. » (E. Brunner.)26
26 La Situation de l’Eglise…, p. 5.
Ciné-clubs d’église, soirées théâtrales et pieuses surprises-parties rivalisent avec le monde pour attirer la jeunesse27, mais dans cette course de vitesse inégale, l’église part fortement handicapée par les « préjugés » moraux que lui imposent son origine et sa nature, incapable de faire jouer à fond l’appel aux instincts et convoitises qui constitue un des plus sûrs appâts du monde28.
27 Dans un article intitulé « Suicide de l’Eglise », le pasteur W. Busch montre par quels moyens l’Eglise a chassé la vie hors de son sein. En voici un : « Il fallait trouver de nouveaux chemins. A la place des études bibliques, on introduisit des soirées dansantes. D’abord timidement par des danses folkloriques. Ensuite on se mit à concurrencer sans vergogne les cours de danse. » Et il cite un article d’un théologien qui justifie bibliquement (!) la danse comme moyen d’entrer en contact avec ceux du dehors.
28 « Ce qui frappe dans l’attitude des Eglises c’est leur langue pendante. Jappant d’essoufflement, elles courent derrière le Temps pour que personne ne leur échappe. « Nous aussi, nous aussi » ! Ce n’est plus comme il y a quelques siècles : Nous ! — Le socialisme ? Nous aussi ! Des mouvements de jeunes ? Nous aussi. Du sport ? Nous aussi. Ces églises ne créent rien, elles transforment ce que d’autres ont créé, ce qui s’est développé chez d’autres en éléments qui puissent leur servir. » Tucholsky, cité par H. S. Schultz : « Christentum incognito ? », Kritik an der Kirche, p. 152.
D’ailleurs fût-elle gagnante dans cette course singulière, que sa victoire n’en porterait pas moins la marque de l’échec final : ceux qu’elle aura réussi à retenir par ces moyens fallacieux, la quitteront tôt ou tard pour suivre plus « franchement » la sollicitation des plaisirs auxquels elle les aura initiés : quant aux jeunes épris de vérité, ils lui auront depuis longtemps tourné le dos, déçus d’avoir attendu en vain la parole courageuse qui les eût sauvés.
« L’Eglise voudrait bien de nous, mais elle ne nous offre aucune aide pour résoudre nos difficultés et elle ne nous demande rien. »29
29 E. Brunner : La Situation de l’Eglise.
7. Christianisme social.
L’Eglise contemporaine insiste beaucoup sur sa « présence au monde », sur ses œuvres sociales, son rôle civique et politique ; elle s’en glorifie comme d’une de ses acquisitions récentes les plus valables et elle en fait une caractéristique la distinguant des « sectes » qui se confinent au rôle religieux.
Jésus voulait que les siens fussent « le sel de la terre », mais sur quel exemple de l’Eglise primitive nous appuyer pour justifier le rôle social de l’Eglise et l’engagement actuel des chrétiens dans le monde ? N’est-il pas troublant de voir la naissance de ce « christianisme social » coïncider avec l’avènement du libéralisme et ne sommes-nous pas contraints d’avouer que l’« Evangile social » a remplacé en maints endroits l’Evangile tout court ? On prétend que Walter Rauschenbusch, l’un des initiateurs du Christianisme social, aurait perdu sa foi en Christ lors d’un voyage en Terre Sainte en constatant l’état déplorable des routes palestiniennes pour lesquelles Jésus n’a rien fait. Il avait bien mieux à faire qu’à s’occuper du confort, mais il semble que, bien souvent, l’Eglise actuelle n’a plus mieux à faire.
C’est l’avis du Père Paul Verghese, membre de l’Eglise orthodoxe syrienne et secrétaire adjoint du Conseil Œcuménique des Eglises. Il le donne dans un rapport présenté à la conférence des Eglises européennes de Nyborg : « La tentation des Eglises protestantes occidentales actuelles est de remplacer l’évangélisation par le service ». Un pourcentage très faible des missionnaires occidentaux sont, d’après lui, « engagés sur les champs missionnaires dans une œuvre d’évangélisation ayant comme but la fondation de l’Eglise. D’autre part… les agences pacifistes, les camps de travail, les opérations-carrefour, les groupes de service volontaire et autres organisations similaires surgissent de tous côtés chaque année en Occident ». Quels sont les causes de cette nouvelle orientation des Eglises ? Le Père Verghese en donne trois :
1. « Un certain sentiment que nous avons déjà trop parlé dans les 200 dernières années et que nous devrions faire quelque chose pour les peuples et avec eux.
2. Le milieu matérialiste dans lequel nous vivons nous donne une idée exagérée des besoins physiques du monde… Aujourd’hui le plaidoyer qui permet de récolter les fonds les plus abondants consiste à parler de la pauvreté matérielle, des sans-logis, de la condition des orphelins et des réfugiés… des méthodes primitives de production. Parler des besoins spirituels est plutôt embarrassant pour les chrétiens occidentaux modernes, peut-être parce que cela leur fait prendre conscience de leur propre vide spirituel…
3. Mais la troisième raison, c’est que les Eglises protestantes occidentales se sont tellement appauvries sur le plan spirituel qu’elles sentent inconsciemment leur manque de ressources intérieures : comment affronter les besoins spirituels de leur propre peuple, pour ne pas parler des pays lointains ? Il faut plusieurs années à certains diplômés en théologie, pour s’apercevoir que la théologie n’a de valeur que pour les auditoires et qu’elle est sans effet dans la vie des gens. Et beaucoup d’autres sont assez honnêtes pour constater que la seule contribution qu’ils peuvent apporter aux peuples étrangers, c’est leur force physique et leur compétence technique. »30
30 « Vocation des Eglises à un service renouvelé » dans : Rapport de Nyborg III.
8. Affadissement du message.
« Notre Eglise est devenue si peu sûre de sa foi et de son message » disait Brunner, et Karl Barth constate : « A ma connaissance et autant que je puis en juger, ce qui est prêché comme l’Evangile dans les sermons moyens de notre Eglise, malgré tous les appels à la Bible et à la terminologie luthérienne, n’est qu’une mystique mélangée de morale ou une morale mélangée de mystique, et non point du tout la Parole de la Croix, telle que les Réformateurs l’ont comprise. »31
31 Karl Barth : L’Eglise, p. 33.
« Si le sel devient insipide, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? » Après les sermons sur l’hygiène et l’agriculture, les conférences sociales ou les polémiques politiques ; on a tout essayé, mais l’Eglise reste toujours sans message, sans puissance d’attraction, sans emprise sur le peuple.
« Réfléchir d’une manière neuve sur la critique prophétique est le devoir de l’héritier authentique du jeune Luther, devoir que Hermann Kutter a indiqué en ces termes : Je crois que si Luther et Zwingli sortaient de leur tombe, ils nous chasseraient de la place et nous diraient : Nous ne vous connaissons pas, malgré tous les beaux hommages que vous rédigez à l’occasion des anniversaires de la Réformation. Vous n’êtes pas des protestants, vous ne protestez même pas, vous ne faites que solenniser nos protestations. » (Walter Nigg.)32
32 Cité par le catholique Hans Küng (Concile et Retour à l’Unité, p. 88) qui ajoute, avec quelque malice « nous n’aurions pas, tout catholiques que nous soyons, osé le dire. »
9. Cléricalisme et institutionnalisme.
Sentant la situation lui échapper, l’Eglise réagit souvent par un raidissement clérical et institutionnel. « Il semble que le temps de l’Eglise comme grande puissance autonome touche à sa fin. L’Eglise le sent et cherche généralement à défendre et à consolider son ancienne position. Cette tentative pour se sauver peut l’anéantir. »33 Le pasteur G. Bergmann, un docteur en philosophie devenu évangéliste, l’a constaté dans les nombreuses paroisses qu’il a visitées : « Le danger du cléricalisme croît dans des proportions inquiétantes au sein de la chrétienté protestante. »34
33 H. J. Schultz : « Christentum incognito » in Kritik an der Kirche. « Sie kann sich zu Tode retten » litt. : elle peut se sauver à mort.
34 Dr Gerhard Bergmann : Die Aufgabe des Volkes Gottes — heute, p. 70.
« En gros, l’Eglise est restée cléricale, une Eglise de pasteurs. » (E. Brunner.)35
35 La Situation de l’Eglise, p.13.
« Le malheur du protestantisme allemand vient de ce que, dès la Réformation, il soit devenu une église de pasteurs. L’Eglise qui avait pourtant découvert le sacerdoce de tous les croyants, n’a jamais réussi à faire de ses laïcs des collaborateurs spontanés et conscients de leurs responsabilités. »36
36 E.B. (cité par F.H. Littell : Von der Freiheit der Kirche, p. 13).
10. Eparpillement des chrétiens.
La conséquence c’est que :
« Beaucoup cherchent la vie chrétienne hors de l’Eglise, dans la vie de communauté, succédané de la communion des saints qui devrait se trouver dans l’Eglise. »37
37 M. Antonin : Union des Eglises libres, p. 43.
« La véritable tragédie de notre temps, c’est que, d’un côté, nous avons une masse incohérente de chrétiens isolés et d’un autre côté, des impulsions puissantes génératrices de nouvelles formes de communautés, mais nous n’avons pas de communauté chrétienne. Les chrétiens actuels ne forment pas de véritable communauté et les communautés que suscite le monde nouveau ne sont pas chrétiennes. » (W. A. Visser’t Hooft.)38
38 None other Gods (Harper N. Y. — London, 1937), p. 70.
Cet éparpillement des véritables chrétiens en face de communautés simili-chrétiennes est un phénomène caractéristique de notre temps.
« Au lieu de s’efforcer de créer une communauté réelle et des cellules vivantes, l’Eglise a totalement négligé cette fonction, pourtant si importante dans le christianisme primitif… Ainsi l’Eglise qui, d’après le Nouveau Testament, doit être avant tout une communauté, est devenue à son tour une poussière d’individus. Elle s’est caché le mal à elle-même, en se réfugiant derrière la doctrine de l’invisibilité de l’Eglise. » (E. Brunner.)39
39 La Situation de l’Eglise, pp. 10-11.
Est-il étonnant que devant une telle situation les esprits les plus clairvoyants jettent un cri d’alarme :
« La forme de l’Eglise ne peut plus être assumée sans inquiétude telle qu’elle est… il n’est plus possible d’en être satisfait. » (Karl Barth.)40
40 Karl Barth : L’Eglise, p. 125.
« Le moment est venu d’appeler les choses par leur nom. Quiconque aujourd’hui a de l’amour pour l’Eglise, doit sans cesse, avec calme, mais à voix haute, toujours à nouveau faire entendre un : pas plus loin, ni à gauche, ni à droite ! ».41
41 Id. : L’Eglise, p. 36.
« Sardes et Laodicée sont des images de ces églises devenues des institutions sacramentelles de salut.
« Tu as le renom d’être vivant, mais tu es mort… Tu dis : je suis riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien et tu ne sais pas que tu es misérable, pauvre, aveugle et nu. » (Apoc. 3.1, 17.) Il s’agit de détruire les leurres. Il y a là tout d’abord une église qui n’est pas une église, elle n’a presque rien de commun avec les églises du Nouveau Testament sut le nom… Ensuite il y a des chrétiens qui ne sont pas des chrétiens… Si jamais une inflation de papiers de valeur fut impressionnante, ce fut bien celle des certificats de baptême. Elle doit déchaîner des jubilations frénétiques dans les abîmes infernaux !
Partout des illusions chrétiennes, du berceau au tombeau : des baptêmes qui ne sont pas des baptêmes, des confirmations qui ne confirment rien, des admissions dans l’église qui en excluent, des bénédictions nuptiales qui simulent des mariages chrétiens, des enterrements religieux qui recouvrent difficilement tout le mensonge de notre vie « chrétienne ». (H. Venske.)42
42 Vollendete Reformation, p. 89.
Un des hommes qui connaît le mieux la situation actuelle des différentes Eglises, l’évangéliste Billy Graham, dit dans son dernier livre « Le monde embrasé » : « Parce que l’Eglise, en se tournant vers une religion naturelle, proclame de plus en plus un Evangile humaniste, des milliers de laïcs et de membres du clergé se posent de sérieuses questions au sujet du but et de la mission de l’Eglise. Des milliers de fidèles membres d’Eglises… commencent à se réunir dans des groupes de prière et des classes d’études bibliques. Des multitudes de chrétiens dans l’Eglise sont en train d’évoluer vers ce point où ils pourraient rejeter l’institution que nous appelons « l’Église ». Ils commencent à se tourner vers des formes de culte plus simples. Ils aspirent à une expérience personnelle et vitale avec Jésus-Christ. Ils veulent une foi personnelle et qui réchauffe le cœur.
A moins que l’Eglise recouvre rapidement son message biblique, le message qui fait autorité, nous assisterons au spectacle de millions de chrétiens allant en dehors de l’Eglise institutionnelle pour trouver la nourriture spirituelle. »43
43 Billy Graham : World aflame (Doubleday & Cie, New-York, 1965), p. 86.
Deux questions se posent maintenant à celui qui examine la situation objectivement : Quelles sont les causes de cette crise actuelle ? Quels remèdes pouvons-nous envisager ?