L’Ancien Testament contient essentiellement une histoire : l’histoire du peuple de Dieu sous l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire l’Histoire de la préparation du Salut. Cette histoire nous concerne aussi : « Ces choses, écrit l’apôtre Paul, leur sont arrivées pour servir d’exemples, elles ont été écrites pour notre instruction » (1 Cor. 10.11).
La signification des récits de l’Ancien Testament est triple :
Un épisode de la vie de David illustrera ce que nous venons de dire.
David dans la caverne d’Adullam
Lisez I Sam. 22.1-2. David, persécuté par Saül, se réfugie dans la caverne d’Adullam.
Dans cette situation, des gens se joignent à lui. Trouvons-nous parmi eux les sages qui se disent : Dieu a oint David, par conséquent il régnera un jour, il vaut donc mieux se mettre de son côté que de celui du roi déchu ? Les puissants du jour qui veulent assurer leur avenir ? Trouvons-nous du moins les gens religieux qui reconnaissent en lui le roi de droit divin ? Le v. 2 nous donne la réponse :
Ils se sont trouvés placés devant une difficulté insurmontable : un malheur les avait frappés et ils ne savaient plus comment s’en sortir ; peut-être étaient-ils en conflit avec leur famille ou leurs voisins, engagés dans un procès malheureux, persécutés, isolés, abandonnés, toutes les portes s’étaient fermées devant eux ; il ne leur restait qu’une solution : aller rejoindre David. Ils sont venus à lui avec leur détresse, lui ont raconté leurs malheurs et il les a accueillis. Pourquoi ? Parce qu’il connaissait la détresse par expérience. Lisons les psaumes composés dans cette caverne pour trouver l’écho de cette expérience : Ps. 57 et 142. L’attitude de David est exemplaire.
David a apporté une solution à leur détresse : ceux qui étaient persécutés trouvaient auprès de lui la paix et les isolés découvraient une nouvelle famille. Lire Ps. 72.12-14.
Ils avaient connu des revers de fortune, peut-être une maladie les avait-elle privés de leur gagne-pain ou bien ils s’étaient ruinés par leur propre faute : négligence, paresse, passion. Ils ont dû emprunter et ne peuvent rendre. Leurs créanciers les harcèlent et les menacent. N’en pouvant plus, ils ne voient d’autre solution que de fuir quelque part où les usuriers ne sauraient les rattraper (la caverne d’Adullam n’est accessible que par une entrée secrète à flanc de coteau escarpé, difficile à trouver et facile à défendre). Ils savaient que lorsqu’ils reviendraient dans leur pays, ce serait à la suite d’un roi victorieux qui réglerait tous leurs arriérés avec les ressources de son trésor.
Littéralement : « ceux qui avaient l’âme amère ». C’étaient certainement ceux qui étaient mécontents de Saül et de son adminis- tration au point de ne plus supporter de vivre dans cette situation : opprimés par des fonctionnaires tyranniques, déçus par les injustices d’un roi capricieux, ils ont faim et soif d’une autorité saine et vraie et s’enfuient auprès de David.
Mais aller auprès de David voulait dire quitter leur village, leur famille, leur métier. Il fallait donc miser sur la carte de David et jouer le tout pour le tout. Le retour était impossible sans la victoire de David, ils ne pouvaient se résoudre à cette démarche que par une foi ferme dans les promesses divines accordées à David.
Isaï était certainement considéré à Bethléhem, ses frères avaient de bonnes places ; ils ont tout laissé pour mener la vie errante et incertaine de David, ils ont partagé sa souffrance, le mépris et la haine dont il est l’objet. Pouvaient-ils jouir de la considération d’un monde qui persécutait leur frère ? Leur place était auprès de David pour lui apporter leur adhésion, leur foi en sa victoire et leur aide pour hâter son avènement. « Et il devint leur chef » , c’est-à-dire leur maître, leur modèle et leur capitaine.
Ces 400 hommes qui vivaient avec David n’étaient pas une société bien policée. David les décrit en termes peu élogieux dans le Ps. 57.5. Pourtant ils ont accepté l’autorité de David (cf par ex. I Sam. 30.23-25). Ils ont été impressionnés par son exemple : ils ont vu comment il cherchait en toute occasion la volonté de Dieu (I Sam. 23.2-5) en refusant de se fier à son bons sens (v. 7-12). Ils ont remarqué avec quel respect il traitait son ennemi (I Sam. 24.9-12) et remettait à Dieu le souci de le venger (v. 13). Ils l’ont sans doute entendu prier et chanter les psaumes qu’il a composés dans cette caverne et ils furent témoins des exaucements accordés par Dieu (I Sam. 23.26-28).
David est aussi devenu chef de ces hommes, il les mène au combat, les commande et pourvoit à tous leurs besoins (I Sam. 25). Sa domination s’étend (II Sam. 3.1 ; 5.10) et ceux qui l’ont fidèlement suivi dans cette période douloureuse de sa vie seront à ses côtés dans son règne et sa gloire. La caverne d’Adullam avait été pour eux l’école des sciences politiques, une école douloureuse mais profitable.
Le sens historique de ce texte nous donne donc une leçon de foi : ceux qui croyaient dans les promesses divines faites à David venaient se réfugier auprès de lui. La victoire de David, assurée par Dieu, les a délivrés de tous leurs soucis. La même foi dans les promesses qui nous sont faites nous libère et nous assure la victoire sur nos ennemis.
La situation du peuple d’Israël au temps où David s’est réfugié dans la caverne d’Adullam présente de singulières analogies avec la situation spirituelle de notre temps. Deux rois se disputent le pouvoir : l’un, rejeté par Dieu, reste en place, l’autre, oint sur l’ordre de Dieu, est le vrai roi mais il est méprisé (I Sam. 21.15), haï et pourchassé. Pourtant c’est bien lui, l’humble fils de berger, qui régnera un jour : il sera le plus grand souverain d’Israël, le roi selon le cœur de Dieu.
Christ aussi, l’humble « fils du charpentier » est actuellement méprisé, haï et persécuté. « Le prince de ce monde » garde le pouvoir en mains. Pourtant c’est Christ, « l’oint de Dieu », qui établira un jour son règne sur l’univers.
La période qui sépare l’onction de David de son accession au trône s’applique plus spécialement à notre temps. Ceux qui suivent Jésus-Christ, tout comme ceux qui s’associaient à David, ce ne sont ni les sages, ni les puissants, ni même les gens religieux de ce monde. Comparez I Sam. 22.2 avec Jean 7.48 et I Cor. 1.26-29.
Le sens prophétique, lui aussi, nous donne une leçon de foi. Qu’im- portent les apparences, les persécutions et le mépris qui entourent Jésus et ceux qui le suivent : un jour Christ, comme David, régnera et ceux qui auront mis leur confiance en lui, seront associés à sa Gloire (Col. 3.4 ; I Jean 3.2).
La signification prophétique du texte nous indique le sens dans lequel nous trouverons les applications actuelles pour nous. Dans notre texte chacune des trois catégories d’hommes réfugiés auprès de David peut s’appliquer à la vie intérieure de ceux qui sont appelés à venir à Christ.
Comme David, Christ a connu la souffrance, « il a été tenté comme nous en toutes choses », « nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce pour être secourus dans nos besoins » (Héb. 4.15-16).
Notre dette énorme envers Dieu pèse sur notre conscience (péchés, omissions, retards). Le diable, tel un huissier implacable, vient nous le rappeler parfois pour nous décourager. « Venez à moi, vous tous qui êtes… chargés ». « Cachés en Christ », nous serons à l’abri des menaces de l’« accusateur des frères ». Le roi des rois a payé notre dette sur le calvaire. Tout est donc en ordre et nous pouvons en toute bonne conscience refuser les « mises en demeure » du diable et les « sommations » d’une conscience troublée.
Si nous sommes satisfaits de la justice de ce monde, si nous comptons parmi ses favorisés qui savent habilement tirer parti de la situation et se maintenir en place par de savants compromis, nous ne serons pas tentés de nous réfugier auprès de Jésus-Christ. Pourquoi les profiteurs du régime de Saül seraient-ils allés vivre parmi des « hors-la-loi » dans une caverne humide et sombre ? Cependant, Jésus dit : « heureux ceux qui ont faim et soif de justice ». « Venez à moi… je vous donnerai du repos » : Adullam signifie : lieu de repos.
« Les frères de David et toute la maison de son père descendirent aussi vers lui ». Membres de la famille de Dieu, notre place est aux côtés de Jésus, hors du camp, pour souffrir et lutter avec lui (Mat. 10.39 et Rom. 8.17) : Notre participation à la gloire de son règne est liée à notre prise de position pour lui dans la conjoncture actuelle (II Pierre 2.11-12 ; I Pierre 4.13).
Wesley disait : « quand je consacrais à Dieu mon repos, mon temps, mon avenir, ma vie, je ne faisais pas exception de ma réputation » : Pouvons-nous rechercher les honneurs d’un monde qui a crucifié notre roi ?
Pour nous, le risque de la foi est le même que celui des associés de David. Les disciples de Jésus ont aussi tout quitté pour suivre le Roi du monde à venir (Mat. 19.27-29) : ils sont morts à ce monde, leur choix ne se trouvera justifié que le jour où Christ paraîtra comme souverain universel (Col. 3.3-4). Tous les héros de la foi ont été placés devant ce choix : Abraham (Gen. 12.1), Moïse (Héb. 11.25-27), Paul (Phil. 3.8), François d’Assise, Pierre Valdo…
Et il devint leur chef : Jésus aussi nous prend à son école et nous apprend à le suivre. Ceux qui l’auront fidèlement suivi durant cette période où il est rejeté par le monde seront associés à Son Règne et à Sa Gloire (lire Actes 14.22 ; II Tim. 2.11 ; I Jean 3.1-2 ; Apoc. 1.9).