Les livres prophétiques fourmillent d’allusions historiques et d’images que nous ne comprenons plus. Comment en tirer une nourriture pour notre vie intérieure ?
Prenons exemple dans un livre du prophète Osée : « Je veux l’attirer et la conduire au désert et je parlerai à son cœur. Là je lui donnerai ses vignes et la vallée d’Acor comme une porte d’espérance » (Osée 2.16-17).
Ce verset, à première vue, nous paraît bien hermétique. Nous suivrons la même démarche que pour la méditation d’un épisode de l’histoire d’Israël :
Ces principes ne s’appliquent pas seulement aux livres prophétiques, ils sont valables pour l’ensemble des livres de l’Ancien Testament et dans une certaine mesure, donnent une méthode de lecture applicable à toute la Bible.
Nous trouvons le sens premier de ce verset en le replaçant dans son contexte et en recherchant soigneusement l’origine de toutes les allusions qu’il contient.
Relisons les deux premiers chapitres d’Osée et reconstituons l’histoire conjugale du prophète : sur l’ordre de Dieu, il épouse une femme « portée à la prostitution » (trad. Jérusalem). Elle lui donne trois enfants dont les noms contiennent le message de Dieu pour ses contemporains: Jizréel : Dieu disperse, Lo-Ruchama : celle dont on n’a pas pitié, Lo-Ammi : pas mon peuple. En somme Dieu lui confie un message de condamnation.
Gomer devient infidèle à Osée, elle se dégrade de plus en plus jusqu’à devenir esclave d’un autre. C’est l’histoire du peuple de Dieu : l’Eternel l’avait aimé, l’a fait sortir de l’Egypte, de la maison de servitude, lui a prodigué ses faveurs, l’a établi dans le pays où coulent le lait et le miel. Comment Israël a-t-il répondu à ces témoignages d’affection ? Il abandonne l’Eternel pour Baal, Astarté, Moloch et les hauts-lieux (lire Jér. 2.2, 5-7, 12-13). La souffrance d’Osée abandonné par sa femme évoque celle de Dieu délaissé par son peuple. Osée, « le prophète au cœur brisé », est l’image du Dieu au cœur brisé par l’infidélité des siens (lire Osée 7.13-15).
Mais là ne s’arrête pas l’histoire d’Osée : voir Osée 2.16-17 ; 3.1-2 : Osée va chercher Gomer, parle à son cœur, la rachète pour en refaire sa femme.
Tirer les parallèles : Esaïe 54.4-10.
« Je veux l’attirer au désert » (« la séduire » traduction Jérusalem). Allusion au séjour d’Israël dans le désert après sa sortie d’Egypte. Recherchons la référence indiquée en parallèle : Deut. 8.2-5 : le désert a été, pour le peuple, un test des dispositions de son cœur. Dieu fera de nouveau passer son peuple par l’épreuve.
Qu’est-ce que le désert dans notre vie ? Epreuve, maladie, perte d’un proche, d’un travail, rupture avec un entourage familier. Conséquence : un vide autour de nous et en nous. De qui vient cette épreuve ? « Je veux l’attirer… » Pourquoi ? « et je parlerai à son cœur ». Dans la précipitation de la vie courante, Dieu n’avait plus l’occasion de s’entretenir avec lui. Chacun était trop pris pour entendre sa voix. Quand Dieu veut parler à un homme, il le fait passer par le désert (Abraham, Moïse, Elie, Jean-Baptiste, Paul).
De quoi Dieu parle-t-il dans le désert ? Parcourons rapidement l’histoire d’Israël au désert :
Allusion à un épisode de la conquête de Canaan. La Bible à parallèles nous en indique la référence. Relisons Josué 7, surtout v. 12-13, 25-26. Vallée d’Acor = vallée du trouble. Trouble causé par le péché d’Acan. Lorsqu’Acan a caché les objets dérobés, il n’en était pas troublé. Il crut avoir fait une bonne affaire. Dans la vallée d’Acor, il fut troublé à cause de son péché. Il a dû souffrir.
Lorsque le peuple est de nouveau troublé à cause de son péché, cette repentance devient pour lui la porte d’espérance.
La vallée d’Acor fut le lieu où l’interdit séparant Israël de Dieu a été éliminé. Israël a abandonné Acan, l’a rejeté. Comme alors il lui faut, à présent, abandonner, répudier ce qui l’a détourné de Dieu. Il n’y a pas de victoire possible (la défaite d’Ai l’a prouvé) sans repentance et éventuellement réparation du tort causé.
Notre méditation de l’Ancien Testament ne sera vraiment fructueuse qui si elle devient « christocentrique ». Près de la vallée d’Acor se trouve un autre lieu de « trouble » : à Gethsémané, Jésus a prié : « maintenant mon âme est troublée ». Veut-il esquiver cette heure de trouble ? Jean 12.27 : « c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure : pour être troublé, pour porter le trouble, non de son péché, mais du nôtre, du mien. »
A Golgotha, l’interdit qui séparait les hommes de Dieu a été ôté. Comme Acan, Jésus fut mené « hors du camp » (Héb. 13.11-13), mis à mort pour que « la nation entière ne périsse pas » (Jean 11.50) : Abandonné de tous, même de Dieu, maudit (Gal. 3.13), il a porté l’interdit du monde.
Mais grâce à ce sacrifice, Golgotha est devenu, comme Acor, la porte d’espérance pour nous : notre Acan (vieil homme) est mort avec Christ. Un homme nouveau est ressuscité avec lui. Porte ouverte pour le salut, pour la sanctification, pour la victoire et la conquête du pays. « Je suis la porte » (Jean 10.7). « Voici j’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer » (Apoc. 3.8) : Mais de quelle valeur serait pour moi une porte, même ouverte, si ne je passais pas par elle ?
L’histoire de Gomer et celle du peuple d’Israël du temps d’Osée est peut-être aussi notre histoire: Dieu nous a aimés, nous a délivrés de l’esclavage du péché (symbolisé par l’Egypte) et nous a comblés de bénédictions (le pays où coulent le lait et le miel). En réponse à ces témoignages d’affection, ne l’avons-nous pas trop souvent abandonné pour les dieux de ce monde ?
Comme Osée, l’époux délaissé, Dieu souffre de nos infidélités. Il va à notre recherche et parle à notre cœur pour nous ramener à lui. Il nous donne, à nous aussi, la vallée d’Acor comme une porte d’espérance.
La vallée d’Acor, c’est-à-dire du trouble, représente pour nous avant tout Golgotha où Jésus-Christ fut troublé à notre place. Cependant le salut qu’il nous a acquis ne devient nôtre que si nous-mêmes nous sommes troublés par notre péché, si nous nous en repentons.
Pour nous faire prendre conscience de nos abandons et de nos fautes, Dieu peut aussi nous faire passer par le désert. La conséquence en est un vide autour de nous et en nous qui nous fait écouter avec une attention renouvelée ce que Dieu veut nous dire.
Dans le désert il nous parle de notre péché, de sa sainteté, mais aussi du pardon que Christ nous a acquis et de la libération obtenue.
Car avec Christ, notre Acan, celui qui nous troublait, c’est-à-dire notre vieil homme, est mort sur la croix (Rom. 6.6-11 ; II Cor. 2.14 ; 4.10).
Ce message d’espérance s’adresse à nous :