La dévotion mariale occupe une place très importante dans l’église catholique. On peut le constater de différentes manières :
Parmi les prières à caractère répétitif, la récitation du chapelet ou du rosaire est bien représentative de la place donnée à Marie par rapport à Dieu&énbsp;: on récite 1 « Notre Père » pour 10 « Je vous salue Marie » (B. Prunneaux 1995-2003, p. 1).
Les Pères conciliaires de Vatican II ont défini le rôle et l’importance de Marie au sein de l’Eglise en l’appelant : « Avocate, Secours, Auxiliatrice et Médiatrice » ; les fidèles qui s’appuient « sur cette protection maternelle, adhèrent plus intimement au Médiateur et Sauveur ».12 Dans ce cas, demande B. Prunneaux, « qu’en est-il de ceux qui se confient en Jésus uniquement ? Remarquons que parmi ceux-ci se trouvent en premier lieu les apôtres et les croyants de l’Eglise primitive. Etaient-ils donc moins proches du Seigneur ? Et tous les chrétiens qui, à leur suite et jusqu’à nos jours, n’ont jamais eu recours à la médiation de Marie, seraient-ils eux aussi moins proches de leur Sauveur ? » (Les trois Marie p. 2).
12 Lumen Gentium n° 62. repris par Jean-Paul II dans son Catéchisme de l’Eglise catholique art. 969 et 971.
« Un des théologiens les plus intelligents et les plus cultivés du catholicisme actuel, le Père Congar, a démontré avec une pénétrante lucidité le caractère essentiel de la mariologie pour le Catholicisme : le problème du Christ n’est pas concevable séparé de celui de l’Eglise, et celui de l’Eglise n’est pas concevable séparé du problème de Marie.13 La mariologie et l’ecclésiologie peuvent et doivent, certes, être distinctes, mais ‘comme les deux parties d’un même tout’» (Ch Journet)14… « La mariologie atteint les raisons théologique fondamentales en ce qu’elle exprime la nécessaire médiation co-rédemptrice de la créature qui ne peut être séparée de la médiation rédemptrice proclamée par l’Evangile » (Id. II p. 404ss). Dans ce sens « est-il possible de faire de la théologie chrétienne sans faire de la théologie mariale ?… Un retour à l’unité du Christ serait-il possible si on tournait le dos au mystère de Marie ? » (tel que le définit l’Eglise catholique actuelle).15 En effet, le dogme mariologique actuel paraît l’un des plus gros obstacles à une unité du catholicisme avec les autres branches de la chrétienté. Parce qu’en elle « se rejoignent toutes les hérésies du catholicisme : le pouvoir autonome conféré à la tradition, le magistère doctrinal arbitrairement conféré au Souverain Pontife et aux évêques, l’équivoque de la doctrine du mérite, l’éclatement de la grâce unique du Père se fragmentant en grâces particulières qui laissent à l’homme la possibilité d’acquérir des mérites, la négation de la médiation unique du Christ, la méconnaissance de la totale incarnation du Christ » (R. Mehl).16
13 Y.M.J. Congar Le Christ, Marie et l’Eglise Paris 1952.
14 L’Eglise du verbe incarné Bruxelles-Paris 1951 Vol. II p. 393.
15 Konzil and Wiedervereinigung Freiburg 1960 p. 116.
16 Du catholicisme romain Neuchâtel 1957 p. 91. Rappelons que Roger Mehl fut l’un des présidents du Conseil œcuménique des Eglises et qu’il fut donc particulièrement intéressé à cette unité – et conscient des obstacles qui s’y opposaient.
Nous verrons dans les pages qui suivent quelle est l’ampleur de ce « développement » des dogmes relatifs à Marie et comment il s’est fait au cours des siècles.