Ne pensez-vous pas que les chrétiens devraient se désintéresser de la politique ? La Bible ne nous dit-elle pas : « Ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. »1 ?
1 Galates 5.1.
Je ne pense pas que les chrétiens doivent se désintéresser de la chose publique. Christ a dit : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »2
Rien ne contenterait autant les bandits, les filous et les malfaiteurs que de voir tous les gens d’église se désintéresser des affaires publiques et des activités du gouvernement.
J’exhorte vivement chaque chrétien à voter et à montrer un intérêt soutenu pour la politique. J’encouragerais même ceux qui sont appelés, à y prendre une part active et à militer pour obtenir une gestion propre, honnête et droite des affaires de l’Etat.
Le cliché « la politique a les mains sales » n’est pas véridique. Je connais des hommes d’Etat qui ont des principes élevés, des buts honnêtes et qui sont d’une intégrité indiscutable. Ils se sont voués à une vie de service public, parce qu’ils désiraient sincèrement servir leurs semblables. S’il est vrai que la politique attire aussi des hommes aux principes douteux, il est d’autant plus indispensable que les gens droits votent pour les candidats les meilleurs.
Dernièrement j’ai entendu un pasteur, au cours d’un sermon où il faisait allusion à la politique, déclarer que la corruption dans les affaires publiques était la raison pour laquelle il n’avait jamais voté. Pensez-vous que les chrétiens doivent voter ?
Personnellement, je pense que ceux qui se désintéressent des affaires publiques au point de ne jamais voter ne sont pas qualifiés pour parler avec autorité du gouvernement. Je connais un grand nombre d’hommes d’Etat qui sont des chrétiens admirables. Il y en a peut-être d’autres qui sont amoraux et intéressés : c’est une raison de plus pour chaque chrétien de voter. Le scrutin est une part de la liberté d’un peuple. Il est notre seul moyen d’avoir un gouvernement juste et propre. Je pense que nous avons non seulement le privilège, mais le devoir d’user de notre droit de vote, avec réflexion et dans la prière.
3 Luc 3.14.
Durant la dernière guerre, mon mari a été tué par les troupes nazies. Depuis lors, je n’ai jamais pu surmonter ma haine pour les Allemands, et je m’oppose à l’aide financière qui leur est apportée. Quelle est la réponse à mon problème ?
Vous devez tout d’abord reconnaître qu’il y a une différence entre les ravages d’une armée en temps de guerre et les actions entreprises en temps de paix. Derrière les opérations militaires allemandes se trouvait un système, et c’est lui qui doit être rendu responsable. Parmi les Allemands se trouvent des gens admirables. Nous ne devons pas permettre à de tels sentiments de compromettre une amitié possible avec une grande nation. Vous vous débattez avec un problème personnel, celui de la haine, et qui dépend directement d’une inadaptation spirituelle. A notre époque, nous entendons constamment parler de gens mal adaptés entre eux, mais nous parlons rarement de personnes mal adaptées à Dieu. C’est ce qui se trouve à la base de la haine, de la jalousie, de l’envie, de la tromperie et de la passion. Je pense que vous avez un double problème : intellectuel et spirituel. Si vous les résolvez l’un et l’autre et que vous les considériez à leur juste valeur, vous verrez que vous aurez un respect et un amour véritables pour ce peuple. Il a donné au monde quelques-uns de ses plus grands hommes, en littérature et en musique. Efforçons-nous d’avoir la sympathie compréhensive qui nous conduira à la coopération. Veillons aussi à avoir communion avec Dieu, par une foi active en Christ.
Je vis dans la banlieue d’une grande ville. Une famille noire a acheté une maison dans notre quartier, et cela a amené bien des discussions et de la tension. Nous qui sommes chrétiens, que pouvons-nous faire dans un tel cas ?
Christ a été très précis quant à la position que chaque chrétien devait prendre. Il a dit: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »4 Nous devons considérer le problème racial avec amour et tolérance et dans un esprit de concessions mutuelles. Les chrétiens n’ont aucune raison de participer à des actes de violence commis contre une personne d’une autre race. La Bible dit : « La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les fautes. »5 Elle dit encore : « Celui qui dit qu’il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres. »6 Un chrétien doit résoudre ce problème avec charité, tendresse, compassion et compréhension.
6 1 Jean 2.9.
Pensez-vous que l’Eglise doive s’occuper de politique ou se limiter exclusivement au ministère spirituel ?
Votre question est une de celles auxquelles il faut répondre : tout dépend de ce que vous entendez par là. En l’occurrence, ici, le mot critique est « politique ».
Si nous employons ce mot pour désigner ce qu’on appelle habituellement les partis politiques, il est bien clair que l’Eglise ne doit pas s’ingérer dans de telles choses. Ce n’est pas le travail de l’Eglise de juger les mérites de systèmes rivaux ou de programmes gouvernementaux — à moins qu’un système ou qu’un programme ne s’oppose d’une manière flagrante aux commandements de Dieu. A plus forte raison, l’Eglise ne doit s’identifier à aucun parti politique, comme s’il était le seul parti chrétien.
Mais le mot politique a un sens encore beaucoup plus vaste et plus riche que celui que nous venons de voir. Il se rapporte réellement à la vie communautaire d’une ville ou d’un Etat et, dans ce sens-là, il est inutile de dire que le christianisme est très profondément impliqué.
Le christianisme est une religion personnelle, mais aussi sociale. Un des aspects de son ministère spirituel est de placer les hommes en communion les uns avec les autres aussi bien qu’avec Dieu. L’Eglise ne prêche pas l’Evangile tout entier si elle n’insiste pas sur la justice sociale tout en proclamant le salut personnel.
La vie de l’humanité fait partie des préoccupations de l’Eglise parce que c’est aussi une des préoccupations de Dieu. De nos jours spécialement, il est important que les hommes se souviennent que toute la vie — politique, sociale et économique — doit se soumettre aux lois éternelles de Dieu.
Ne pensez-vous pas que l’Eglise chrétienne devrait prendre une part plus active et plus positive face aux grands problèmes de notre époque, en particulier devant celui de la cessation des expériences atomiques ?
L’Eglise a une tâche bien définie : prêcher l’Evangile à toute créature. Je ne pense pas qu’un chrétien clairvoyant puisse approuver le perfectionnement et l’emploi d’armes pouvant détruire l’humanité. En vérité, l’Eglise chrétienne a la tâche de répandre la paix. Cependant elle ne peut imposer l’éthique et les principes chrétiens à des gens qui n’ont pas accepté le message de l’Evangile. Bien qu’elle puisse voir l’effet de la conversion sur une multitude de personnes, la société elle-même ne pourra jamais être rénovée et réformée avant que tous les hommes, individuellement, ne se mettent sous l’influence de l’Evangile de Christ. Vous pouvez être sûr que si cela était, on n’emploierait plus ces armes de destruction. Mais au point où nous en sommes, nous ne pouvons qu’espérer que les hommes impies renonceront à les utiliser et nous accorderons la bénédiction et le privilège d’un monde en paix.
Tant qu’il y aura des bandits, on aura besoin de policiers. Il existe malheureusement aussi des bandits internationaux.
La paix que Christ nous a promise est réellement une paix individuelle. Il a précisé que la paix universelle ne viendrait que lorsqu’Il aurait établi son Royaume.
Pourquoi les prédicateurs ne parlent-ils pas davantage de réformes sociales ? Il me semble qu’ils planent dans les nuages alors qu’ils devraient avoir les pieds sur la terre et aider à résoudre les grands problèmes de notre époque.
Jésus a été un des plus grands réformateurs sociaux, mais Il accomplissait sa tâche en transformant les individus. Il n’a pas été un révolutionnaire, mais un Rédempteur. En rachetant la personnalité individuelle, il a accompli une quantité de réformes sociales. L’abolition de l’esclavage, notre système moderne de justice civile et bien d’autres améliorations humaines sont le résultat de l’influence chrétienne.
Lorsque notre opinion sur Dieu est faussée, notre opinion sur les hommes se déforme. Je pense que le meilleur moyen d’améliorer l’ordre social est de transformer la nature de l’homme par la rédemption en Christ.
Lyman Abbott, grand prédicateur, s’était fait l’avocat des réformes sociales à la fin du siècle dernier. Voici ce qu’il écrivait en 1899 : « Je vois que ce que j’espérais voir s’accomplir pour mes semblables par des réformes sociales et philanthropiques ne peut être fait que par l’influence de Jésus-Christ. Il n’y a aucune force dans une réforme si ce n’est la croix de Jésus-Christ. »