Abraham l’ami de Dieu

18
Le renvoi d’Agar et d’Ismaël

(Genèse 21.8-21)

Quand Isaac eut environ trois ans, il fut sevré. La famille organisa une grande fête marquant le passage de la petite enfance vers l’enfance. Ismaël, qui devait avoir 14 ans, ressentit avec amertume qu’il n’était plus le centre d’intérêt et il se moqua du petit enfant (ou : le taquina, d’après la Septante). Cela déplut à Sara.1 « Alors elle dit à Abraham : Chasse cette esclave et son fils, car celui-ci ne doit pas partager l’héritage avec mon fils Isaac » (21.10). « Cette parole affligea beaucoup Abraham, à cause de son fils » (v. 11). On le comprend : Ismaël était aussi son fils. Bien que cette parole ait été prononcée dans un accès de colère, son contenu correspondait à une intention divine, car les deux garçons ne devaient pas grandir ensemble. L’apôtre Paul rappelle cet épisode et met la demande sur le compte de Dieu : « Renvoie l’esclave avec son fils, car le fils de l’esclave n’aura aucune part à l’héritage avec le fils de la femme libre » (Galates 4.30), en opposant les efforts humains pour obtenir le salut au salut par la foi, les deux étant incompatibles.2

1 Pourquoi le rire d’Ismaël a-t-il suscité cette vive réaction de Sara ? Voir l’entrée Genèse 21.9 dans l’EDB I.

2 Comment Dieu a-t-il pu appuyer la demande de Sara de chasser Agar et son fils ? Voir l’entrée Genèse 21.12 dans l’EDB I. D’après le Code d’Hammourabi (loi 171), si une esclave avait donné un fils à son maître, elle ne pouvait pas rester dans la maison ; elle et son fils devaient être affranchis et devaient quitter le foyer.

En demandant le renvoi d’Agar et de son fils, Sara trouve une occasion de réaliser ce qu’elle nourrissait depuis quelque temps : se débarrasser de cet enfant qu’elle a elle-même amené dans la maison par le conseil qu’elle a donné à son mari. Mais Ismaël est malgré tout le fils d’Abraham qu’il devait à l’impatience de sa femme qui n’avait pas appris à attendre l’heure de Dieu. Intervenir dans les liens familiaux sacrés quelle que soit la manière dont ils ont été constitués (homme-femme, parents-enfants) peut avoir des conséquences tragiques. Le mariage est sacré ; il est une école pour la formation de l’homme et de la femme.

Sara « dit à Abraham : Chasse cette esclave et son fils, car celui-ci ne doit pas partager l’héritage avec mon fils Isaac. Cette parole affligea beaucoup Abraham, à cause de son fils » (21.11). Elle paraissait injuste, et pourtant elle correspondait à la pensée divine. C’est ce que Dieu lui fait comprendre : « Dieu lui dit : Ne t’afflige pas à cause du garçon et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera. Car c’est par Isaac que te sera suscitée une descendance. Néanmoins, je ferai aussi du fils de l’esclave l’ancêtre d’une nation, car lui aussi est issu de toi » (v. 12-13). Dieu voyait déjà plus loin : à l’application que l’apôtre Paul fera de cette parole : « Vous, frères, vous êtes les enfants de la promesse, comme Isaac. Mais, autrefois, le fils conçu de manière simplement humaine persécutait le fils né par l’intervention de l’Esprit, et il en est de même aujourd’hui. Or, que dit l’Ecriture ? Renvoie l’esclave avec son fils, car le fils de l’esclave n’aura aucune part à l’héritage avec le fils de la femme libre. Ainsi, mes frères, nous ne sommes pas les enfants d’une esclave, mais de la femme libre » (Galates 4.29-31). Cependant, Dieu s’occupe aussi d’Agar et de son fils ; il est le Père des orphelins et des veuves. « Dieu entendit la voix du garçon » (v. 17). Ses larmes sont parvenues à son oreille et ont touché son cœur. Dieu ouvrit les yeux à Agar « et elle aperçut un puits » (v. 19). Avait-elle été si absorbée par son chagrin qu’elle ne l’avait même pas vu auparavant ? Peu importe que leur naissance ait été légitime ou illégitime, Dieu s’occupe des enfants comme il s’est occupé d’Ismaël (v. 20-21).

Toutefois, le fait que Dieu n’ait pas choisi Ismaël ne signifiait pas qu’il se désintéressait de lui. Il dit à Abraham : « Je ferai aussi du fils de l’esclave l’ancêtre d’une nation, car lui aussi est issu de toi » (v. 13). Il s’occupera d’Agar et de son fils (v. 16-21) – comme il l’avait déjà fait dans le passé (16.7-14). Il promet de faire aussi d’Ismaël « l’ancêtre d’une nation » (v. 13). Il pourvoit à leurs besoins immédiats (v. 19) et plus lointains (v. 20-21).

« Dieu entendit la voix du garçon » (21.17) – qui parvint non seulement à son oreille, mais dans son cœur, de sorte qu’il envoya son ange s’occuper de lui et de sa mère. Il est particulièrement sensible aux larmes et aux prières des enfants.

L’alliance d’Abraham avec Abimélek

Malgré les erreurs d’Abraham vis-à-vis d’Abimélek, celui-ci vint le trouver et lui proposa une alliance. Dieu lui avait dit qu’Abraham était un prophète (20.7), et Abimélek se rendait compte que tout ce qu’il faisait lui réussissait (21.22 ; cf. 2 Chroniques 14.9). Peut-être que le miracle de la naissance d’Isaac était parvenu à ses oreilles ? Avait-il aussi eu connaissance des grandes promesses dont ce fils était porteur, un avenir qui surpasserait de loin les destinées de son peuple ? Abimélek devait également se souvenir de la grande puissance dont Abraham était détenteur, comme l’avait prouvé sa victoire sur la coalition des quatre rois élamites (Genèse 14). Alors il veut avoir part aux bénédictions d’Abraham. Celui-ci n’oublie pas la bienveillance dont il a bénéficié de la part du roi, et il veut s’en montrer reconnaissant ; il entre donc de plein gré dans cette alliance (v. 24).

Dans les versets suivants (25-34), Abraham se montre comme un « artisan de paix ». Ses serviteurs avaient creusé un puits : un travail long et pénible. Puis ceux d’Abimélek s’en sont emparés, mais Abraham n’a rien dit. Cependant, maintenant si une amitié doit être conclue, elle doit reposer sur des bases saines, c.-à-d. sur la vérité, c’est pourquoi il évoque ce différend avant de jurer alliance avec Abimélek.

Bien qu’il soit la partie lésée, Abraham offrit des bêtes de son troupeau pour sceller l’alliance. Le véritable mobile de ce don apparaît clairement au v. 30 quand il dit : « Accepte ces sept jeunes brebis de ma main : cela me servira d’attestation que c’est bien moi qui ai fait creuser ce puits ». En acceptant ce don, Abimélek sera témoin de la transaction légale qui fait d’Abraham le propriétaire du puits.3

3 Que signifient cet acte d’Abraham et le nom donné à ce puits ? Voir l’entrée Genèse 21.27-31 dans l’EDB I.

« Ils conclurent donc une alliance à Beer-Chéba. Après quoi Abimélek et Pikol, le chef de son armée, retournèrent au pays des Philistins » (v. 32).4

4 La mention des Philistins n’a rien d’anachronique ici (comme la critique le prétendait) : de nombreuses migrations de la Crète vers la Palestine sont mentionnées depuis le 19e siècle av. J.-C. dans les tablettes trouvées à Mari.

Après le départ d’Abimélek et de son général, Abraham marqua encore la conclusion de cette alliance en plantant un tamaris et en érigeant un autel où il invoque « le Dieu d’éternité » (El Olam) qui lui avait fait don du pays.

Questions

  1. Sara a-t-elle bien fait de chasse Agar ?
  2. Comment comprendre l’application que fait Paul de cet épisode (Galates 4.30) ?
  3. Pourquoi Abraham a-t-il évoqué cette histoire de puits avant de conclure l’alliance avec Abimélek ? Qu’est-ce que cela nous apprend ?

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