Les livres historiques ne nous présentent pas seulement des exemples moraux, ils illustrent sous une forme imagée, des vérités spirituelles toujours actuelles. Pour dégager ces vérités, il nous faudra souvent appliquer des principes d’interprétation symbolique. C’est toujours assez délicat car on risque d’être entraîné vers une allégorisation telle que la pratiquaient certains Pères de l’Eglise et qui enlève toute autorité au texte : celui-ci ne sert plus que de prétexte à toutes les fantaisies d’une imagination débridée. Il faudrait donc veiller à ce que l’application symbolique reste discrète, cohérente et conforme à l’enseignement général des Ecritures.
Prenons un exemple : « Au moment où commença l’holocauste, commença aussi le chant de l’Eternel » (II Chron. 29.27).
Au premier abord ce verset ne semble contenir rien de plus qu’une simple indication sur la simultanéité chronologique du sacrifice et du chant de la chorale. Sa méditation dans la perspective symbolique peut conduire à des enseignements précieux pour notre vie intérieure.
Selon ce chapitre le temple tombait en ruines, ses portes étaient fermées, les lampes éteintes, le culte avait cessé : image de l’homme — ou de l’église — destiné par Dieu à être son temple et qui, par la négligence et le péché, offre le même spectacle que le temple à cette époque.
Ezéchias devient roi. Le premier mois de la première année de son règne, il répare les portes de la maison de l’Eternel et les rouvre (v. 3), il fait venir les sacrificateurs et les lévites et confesse le péché du peuple, de ses pères (v. 6-7). Il reconnaît que ce péché est la cause de leurs insuccès et de leurs malheurs (v. 8-9) et il prend une résolution courageuse (v. 10).
La première condition de tout redressement spirituel est de rouvrir les portes de la maison de l’Eternel et de rentrer dans le sanctuaire, c’est-à-dire de revenir dans la présence de Dieu, de reconnaître et de confesser son péché, cause réelle de nos difficultés et chutes, de prendre la ferme résolution de renouveler l’alliance avec l’Eternel pour que sa colère se détourne de nous.
Ensuite Ezéchias fait purifier la maison de l’Eternel de toutes les impuretés qu’elle contenait (v. 15-17) : quelles applications cela peut-il nous suggérer ? Ezéchias n’a pas fait cette purification à moitié, il n’a pas entreposé les impuretés dans le parvis, les lévites les ont portées jusqu’au torrent du Cédron, pour les brûler et les noyer. Que faudrait-il brûler ou jeter parmi nos affaires (livres, images, lettres…) ?
La repentance et la réparation des torts manifestent la sincérité de nos dispositions et de notre désir de servir Dieu : ces dispositions, nécessaires, ne sont cependant pas suffisantes.
Pour rétablir l’alliance entre Dieu et nous, il faut que nos péchés soient expiés et pardonnés. Lorsque le temple est purifié, Ezéchias, de bon matin, y monte pour offrir 7 taureaux, 7 béliers, 7 agneaux, 7 boucs en sacrifices d’expiation (v. 23-24). Ces septuples sacrifices pointent vers le sacrifice d’expiation parfait accompli par Christ sur la croix. Le roi et les sacrificateurs posèrent leurs mains sur les animaux expiatoires pour symboliser leur identification avec eux.
A cause du péché, ils devront mourir, égorgés par les mains mêmes des coupables. Avons-nous compris et accepté cette substitution que Dieu nous offre ? En nous identifiant, par la foi, au Christ mourant sur la Croix, nous nous condamnons à cause de notre péché ; mais nous pouvons donc accepter aussi la parole de libération prononcée par Dieu sur celui qui offre le sacrifice d’expiation : « il lui sera pardonné » (Lév. 4.26, 31, 35. Relire Esaïe 53.10).
Ezéchias et le peuple ne s’arrêtent pas — comme beaucoup de chrétiens — au sacrifice d’expiation. Le roi met en place l’orchestre sacré en vue de l’holocauste (v. 25). Qu’est-ce que ce sacrifice et quelle en est la signification ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?
Les premiers chapitres du Lévitique nous présentent plusieurs sacrifices distincts : l’holocauste, l’offrande de gâteaux, les sacrifices d’actions de grâce, d’expiation et de culpabilité — ce qu’ont fait les Israélites du temps d’Ezéchias. Pour Dieu le sacrifice le plus important, celui qu’il nomme en premier lieu, est l’holocauste. C’était le sacrifice le plus complet, il était offert matin et soir et à chaque occasion spéciale (fêtes familiales ou publiques) par les étrangers aussi bien que par les Israélites. Qu’est-ce qui distinguait l’holocauste des autres sacrifices ? Comme son étymologie l’indique (holos : entier, causte : de la même famille que cautériser: brûler), la victime était tout entière brûlée sur l’autel. Tout était donc offert à l’Eternel. L’holocauste symbolisait la consécration complète à Dieu. Tous les sacrifices préfiguraient la mort de Christ, chacun d’eux en soulignait un aspect. L’holocauste, « sacrifice d’agréable odeur pour l’Eternel » n’a rien à voir avec le péché. Il représente Christ s’offrant entièrement à Dieu. Cette consécration volontaire a débuté avant son entrée dans le monde : Héb. 10.6-8. Elle a trouvé son accomplissement parfait dans le sacrifice librement consenti de Golgotha (cf. Jean 10.18 ; 12.27 ; Mat. 26.53 ; Jean 6.38).
Combien ces dispositions ont glorifié le Père et comme les légions célestes ont dû entonner un chœur de louanges au moment où commença l’Holocauste parfait du Fils de Dieu (cf. nos v. 27-30 ; Apoc. 5.12) ! Dans le culte que nous rendons à Dieu nous pouvons nous associer à ce chœur et faire monter vers le Père nos louanges et notre adoration pour cet holocauste offert une fois pour toutes.
Allons un pas plus loin. « Christ est mort pour nous » (Rom. 5.8). Tous les aspects de son sacrifice ont un caractère substitutif. Lorsque l’apôtre Paul écrit « Christ nous a aimés et s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur » (Eph. 5.2), il fait allusion, non à la valeur expiatoire du sacrifice de Christ — sinon il ne parlerait pas de « sacrifice de bonne odeur » — mais de l’holocauste qu’il a offert pour nous. Nous ne pouvons offrir à Dieu notre vie souillée par le péché (l’holocauste devait être « sans défaut et sans tache »), mais nous pouvons lui présenter l’offrande parfaite accomplie par Jésus-Christ sur la Croix (lire Héb. 9.24 ; 10.1-8, 14, 19-22). Cette offrande nous libère de notre mauvaise conscience. Le jour où nous comprenons cette vérité nos chœurs bondissent de joie et nous pouvons, nous aussi, chanter le « chant de l’Eternel ». « Il a été fait pour nous… sanctification » (1 Cor. 1.30).
N’oublions pas, toutefois, le double caractère de chaque sacrifice : « si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts » (II Cor. 5.14). L’identification avec l’animal du sacrifice, symbolisée par l’imposition des mains, jouait dans les deux sens : il meurt à ma place, je meurs — virtuellement — avec lui. Dans l’holocauste, l’animal est consacré à Dieu à ma place, en lui je me consacre symboliquement tout entier à Dieu. C’est bien ainsi que le comprenait le roi Ezéchias puisqu’après l’holocauste il déclare au peuple: « maintenant que vous vous êtes consacrés à l’Eternel… » (v. 31). C’est aussi la conclusion que les apôtres tirent de l’offrande du corps de Christ considéré comme l’holocauste : cf. Héb. 10.26-29 ; Rom. 12.1-2.