Josué un conquérant selon le cœur de Dieu

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Les discours d’adieu de Josué (Josué 23-24)

Une trentaine d’années s’étaient écoulées depuis que le peuple d’Israël avait traversé le Jourdain. Les tribus étaient installées dans leurs territoires, mais elles négligèrent d’éliminer toutes les traces d’ennemis cananéens. Josué pressentait sa mort, étant âgé de quelque 110 ans. Il rassemble ses dernières forces pour convoquer toutes les tribus d’Israël à Sichem et leur transmettre ses dernières recommandations. Il leur rappelle la vocation d’Abraham, le transfert de ses descendants en Egypte puis leur libération par Moïse, la traversée du désert puis du Jourdain, les victoires en Canaan. Ensuite il les place devant un défi : « Maintenant donc, dit Josué, respectez l’Eternel et servez-le de façon irréprochable et avec fidélité. Rejetez les dieux auxquels vos ancêtres rendaient un culte de l’autre côté de l’Euphrate et en Egypte, et rendez un culte à l’Eternel seulement » (v. 14). C’est un choix qu’il leur propose en ajoutant son propre exemple : « S’il vous déplaît de servir l’Eternel, alors choisissez aujourd’hui à quels dieux vous voulez rendre un culte : ceux que vos ancêtres adoraient de l’autre côté de l’Euphrate ou ceux des Amoréens dont vous habitez le pays ; quant à moi et à ma famille, nous adorerons l’Eternel » (v. 15).

Les tribus d’Ephraïm, de Gad et la demi-tribu de Manassé avaient obtenu de Moïse l’autorisation de s’établir à l’est du Jourdain à condition d’aider leurs frères à conquérir le territoire à l’ouest. A présent, c’est chose faite et Josué leur permet de retourner chez eux (22.1-3 ; cf. Nombres 32.17, 20-32). Dieu a accordé aux tribus occidentales « le repos » (« une existence paisible » BS) v. 4.

Après qu’il leur adresse (v. 1-3), Josué exhorte ces com battants par les six injonctions basées sur les anciennes paroles de Moïse : 1° « Veillez bien à appliquer le commandement et la Loi que Moïse, serviteur de l’Eternel, vous a transmis », 2° « aimez l’Eternel, votre Dieu » : c’est « le premier et le grand commandement » (Deutéronome 6.5 ; Michée 6.8 ; Matthieu 22.37). Cet amour s’exprimera dans la manière de vivre du peuple, en particulier dans l’obéissance à ses commandements. D’où : 3° « Suivez tous les chemins qu’il a prescrits pour vous » (cf. Job 1.21 ; Psaume 73.23ss), 4° « Obéissez à ses commandements », 5° « Attachez-vous à lui » (litt. : « collez-vous à lui »), et 6° « Servez-le de tout votre cœur et de tout votre être ! » par reconnaissance pour sa bonté (cf. Deutéronome 4.4, 29 ; 5.10 ; 6.5 ; 10.12 ; 11.13, 22). Cette exhortation est basée sur la grande déclaration de Deutéronome 6.4-9, le Chema Israël. Elle était importante, car ces tribus orientales seront séparées de leurs frères de l’ouest par le Jourdain, qui constituait une frontière difficilement franchissable ; par conséquent, les divergences de vues et les malentendus étaient faciles – comme le reste de ce chapitre le montrera.

Le peuple répond vouloir servir l’Eternel : « Loin de nous la pensée d’abandonner l’Eternel pour adorer d’autres dieux ! Car c’est l’Eternel notre Dieu qui nous a fait sortir, nous et nos ancêtres, d’Egypte, le pays où nous étions esclaves, il a accompli sous nos yeux des signes extraordinaires, il nous a protégés tout au long du chemin que nous avons parcouru et parmi tous les peuples dont nous avons traversé le territoire. C’est l’Eternel qui a chassé devant nous tous ces peuples, et en particulier les Amoréens qui habitaient la contrée. Oui, nous aussi, nous voulons adorer l’Eternel, car il est notre Dieu » (v. 16-18). Josué les prévient qu’ils n’en seront pas capables, mais ils réitèrent leur décision. « Le peuple répondit : Nous adorerons l’Eternel notre Dieu, et nous lui obéirons. Ce jour-là à Sichem, Josué conclut une alliance avec le peuple et lui donna une Loi et des décrets, Josué consigna ces choses par écrit dans le livre de la Loi de Dieu. Puis il prit une grande pierre et la dressa là, sous le chêne qui se trouvait dans l’enceinte du sanctuaire de l’Eternel » (v. 24-26).

« Les Israélites servirent l’Eternel pendant toute la vie de Josué et, après sa mort, tant que vécurent les responsables qui avaient vu toute l’œuvre de l’Eternel en faveur d’Israël » (v. 31). Après cela vint la période des Juges marquée par beaucoup d’infidélités. En fait, Josué a adressé deux discours au peuple. « Peut-être que l’assemblée à laquelle s’adressait le premier discours était plus limitée que celle du deuxième ; peut-être que le premier discours servait de préparation au second. Les deux peuvent avoir été prononcés à différents endroits mais Sichem est explicitement mentionné dans le deuxième. En se fondant sur des références antérieures (18.1 ; 21.2 ; 22.1-9), on pourrait penser que le premier discours eut lieu à Silo » (M.H. Woudstra The Book of Joshua p. 332).

« Le chapitre 24 est le plus important des deux, car il rapporte une réunion qui eut lieu entre l’Eternel et son peuple… Le point essentiel de ce chapitre est le renouvellement de l’alliance entre l’Eternel et Israël. Le chapitre 23 constitue un avertissement spécial contre le mélange avec les peuples restés en Canaan » (C.T. Goslinga Joshua, Jg, Rt p. 163-164). « Le chapitre 24 est un discours prophétique (‘ainsi parle l’Eternel…’) ayant pour but d’amener le peuple à décider qui il veut servir. Les deux chapitres veulent montrer clairement que le pays d’Israël est un don de Dieu à son peuple que celui-ci doit à présent gérer fidèlement » (M. Holland Josua p. 290).

Les deux discours ont un seul et même but : celui d’affermir Israël dans la fidélité à l’Eternel. Mais leur caractère est différent : dans le premier, où Josué a devant lui des chefs responsables, il est surtout préoccupé de l’avenir du peuple ; il rappelle la nécessité de soumettre le reste des Cananéens et d’éviter absolument toute relation avec les idoles et les cultes idolâtres ; dans le second il cherche plutôt à toucher le peuple en repassant avec lui tous les bienfaits qu’il a déjà reçus de Dieu dans le passé.

Dans le premier discours, Josué parle tout d’abord de la part de Dieu. Cette partie consiste en : a) ce que Dieu a fait (v. 3, 4, 9, 10, 14). Josué rappelle à ses auditeurs ce qu’ils ont vu eux-mêmes : comment le Seigneur a combattu pour eux, leur a donné un héritage, a chassé leurs ennemis, leur a permis de triompher de forces apparemment invincibles (le v. 10 est une généralisation « Un seul d’entre vous en poursuivait mille »), et s’est toujours montré fidèle à ses promesses (v. 14). b) D’autre part, voici « tout ce que Dieu fera » (v. 5, 13, 15, 16). Il promet à Israël qu’il continuera à l’aider et qu’Israël remportera encore des victoires (v. 5). Les v. 13, 15, 16 indiquent que cela dépend de la fidélité d’Israël à l’alliance. L’apostasie aurait pour résultat de changer tous les bienfaits reçus en terribles malédictions.

« La seconde idée majeure est celle de la part de l’homme. Israël est responsable dans quatre domaines : obéissance à la loi de Dieu (v. 6), séparation d’avec les nations idolâtres de Canaan (v. 7) ; interdiction de se marier avec les étrangers (v. 12), la loyauté (v. 8) et, résumant tout le reste, l’amour de Dieu (v. 11) (H. J. Blair NCB p. 260).

Josué dit aux Israélites : « Ne vous mêlez pas à ces populations qui subsistent parmi vous ». Josué reconnaît donc le fait que les nations païennes n’ont pas toutes été chassées. Elles constituent un danger pour Israël, en particulier à cause de leur religion. Car le culte de ces nations cananéennes était assorti de toutes sortes de pratiques immorales, en particulier de la prostitution sacrée et des sacrifices d’enfants qui étaient une abomination devant l’Eternel. A toutes ces injonctions négatives, Josué ajoute : « Attachez-vous uniquement à l’Eternel, votre Dieu, comme vous l’avez fait jusqu’à présent ». Cet ordre se trouve déjà fréquemment dans le Deutéronome (4.4 ; 10.20 ; 11.22 ; 13.4 ; cf. Josué 22.5). Il implique un attachement sans partage au Dieu de l’alliance. Josué accompagne son exhortation d’un éloge : jusqu’à ce jour, Israël a marché dans les voies du Seigneur.

Le deuxième discours est le renouvellement de l’alliance entre Dieu et Israël. Cette alliance a des parallèles frappants avec l’alliance du Sinaï et les traités officiels signés entre le souverain de l’empire hittite et ses Etats vassaux vers 1450-1200 avant Jésus-Christ. Ces alliances avec un suzerain suivaient un plan précisé : un préambule qui présentait l’instigateur de l’alliance ; un prologue historique s’exprimant par ‘je’ et ‘tu’, qui décrivait les bienfaits autrefois accordés par le grand roi à son vassal ; des stipulations générales et particulières indiquant les obligations imposées au vassal et acceptées par lui, avec l’interdiction de tout rapport avec les ennemis du souverain, de bonnes relations avec les autres vassaux, et le soutien actif accordé au roi, comme il se doit ; des dispositions pour le dépôt du traité dans le sanctuaire du vassal et pour sa lecture périodique en public ; une liste des dieux invoqués comme témoins de l’alliance ; les bénédictions et les malédictions qui sanctionnent cette dernière.

« Il est tout à fait clair que nous avons dans Josué 24.1-28 un renouvellement de l’alliance du Sinaï mise à jour, et que ce texte suit exactement le modèle des alliances féodales traditionnelles. L’un des aspects de ce genre de pacte était le besoin de le renouveler de temps en temps. Or, c’est exactement ce qui se passe à Sichem, où Josué convoque le peuple d’Israël pour confirmer leur relation d’alliance avec Dieu (cf. Deutéronome 31.9-13). Le développement du chapitre semble suivre pratiquement les divisions classiques des alliances de la moitié du second millénaire avant Jésus-Christ.

« V. 2 a Préambule : le promoteur de l’alliance est identifié : c’est l’Eternel le Dieu d’Israël.

« V. 2 b-13 Prologue historique ou rétrospectif : L’Eternel lui-même récapitule les bienfaits qu’il a accordés à son peuple : l’appel d’Abraham (v. 2-4) et la délivrance de l’Egypte (v. 5-7) ont été des preuves de la relation particulière qu’il avait avec Israël. Les expériences qu’ils firent eux-mêmes : la défaite des Amoréens (v. 8), l’anéantissement des mauvais desseins de Balaam (v. 9, 10), la traversée du Jourdain et la prise de Jéricho (v. 11), la défaite des nations cananéennes, tout cela a montré comment s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui la succession des hauts faits de l’Eternel en leur faveur (v. 12, 13).

« V. 14, 15 Stipulations de l’alliance : la condition fondamentale est une loyauté totale. Faites disparaître les dieux qu’ont servis vos pères, de l’autre côté du fleuve et en Egypte. Josué eut la sagesse de montrer au peuple qu’il avait deux possibilités : ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, c’est-à-dire à Ur en Chaldée, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. L’histoire montre que ces derniers furent constamment un objet de tentation pour Israël. Il y avait donc cette alternative, mais Josué montra que son choix à lui était irrévocable : Moi et ma maison, nous servirons l’Eternel.

« V. 16-18 Le peuple accepte immédiatement et avec trop de facilité les stipulations de l’alliance. Remarquez que dans sa réponse (v. 17, 18), il admet que les exigences de son divin bienfaiteur sont la vérité même (v. 5-12). Les Israélites acquiesçaient pour ainsi dire à toutes les déclarations de Dieu. Josué les lie donc par le renouvellement de l’alliance, le plus solennellement possible.

« V. 19, 20 Il leur rappelle qu’ils ne prennent pas un engagement sans importance : Vous n’aurez pas la force de servir l’Etemel. Il affirme que l’Eternel est un Dieu saint et jaloux et qu’on ne peut donc pas l’adorer ou le servir à la légère. Lorsque Josué déclare solennellement : Il ne pardonnera point vos transgressions et vos péchés, il ne veut pas établir une règle générale concernant le pardon (qui est toujours promis au pécheur repentant), mais il évoque le péché particulier qu’est le rejet outrageant de Dieu, comme le montre clairement le verset 20 : Lorsque vous abandonnerez l’Eternel et que vous servirez d’autres dieux… (Cf. Nombres 15.30 qui déclare aussi qu’il n’y a pas de pardon pour le péché commis la main levée). On peut voir un parallèle entre ce passage de Josué et l’enseignement de Matthieu 12.31, 32 sur le péché irrémissible : pas de pardon pour ceux qui attribuèrent de façon blasphématoire les actions de la Toute-Puissance divine au mal (ou Baal-Zébul ou Béelzébul). Josué avertit le peuple d’attribuer aux Baals de Canaan la puissance que seul Yahvé possède, c’est commettre un péché qui, s’il persiste, ne peut être pardonné.

« V. 27 Une grande pierre fut dressée sous le fameux chêne de Sichem comme témoin de l’engagement solennel du peuple. Il est intéressant de noter qu’un grand pilier calcaire a été découvert au cours de fouilles archéologiques à Sichem. Les bénédictions et les malédictions normalement attachées à de telles alliances ne sont pas toujours exprimées explicitement comme dans Deutéronome 28, mais elles sont implicites dans les avertissements de ce verset et des versets 19 et 20. Cf. le renouvellement précédent de l’alliance à Sichem dans Jos 8.30-35.

« Le dernier acte public de Josué fut donc de conduire son peuple à ce renouvellement solennel de l’alliance » (H.J. Blair NCB p. 260-261).

« Le livre se ferme sur le récit de l’enterrement du corps de Joseph. Transporté pendant toute la traversée du désert, il connut enfin le repos de la Terre promise dans le sol sacré de Sichem. Il se peut, comme l’ont soutenu de nombreux commentateurs, que cet enterrement ait eu lieu bien avant la mort de Josué. Mais la place de cette mention fut sans doute inspirée : elle symbolise précisément en conclusion le message de tout le livre de Josué : la fidélité de Dieu » (H. J. Blair NCB p. 261).

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