Abraham l’ami de Dieu

19
La plus grande épreuve d’Abraham

(Genèse 22.1-19)

L’épreuve fait partie de l’éducation de Dieu pour nous amener à la maturité. Jacques le dit : « Mes frères, quand vous passez par toutes sortes d’épreuves, considérez-vous comme heureux. Car vous le savez : la mise à l’épreuve de votre foi produit l’endurance. Mais il faut que votre endurance aille jusqu’au bout de ce qu’elle peut faire pour que vous parveniez à l’état d’adultes et soyez pleins de force des hommes auxquels il ne manque rien » (Jacques 1.2-4).

« Dieu éprouva Abraham » (en lui demandant de sacrifier son fils). « Quand Dieu éprouve quelqu’un, c’est une preuve certaine de la confiance qu’il lui accorde » (C.H. Mackintosh, p. 61). Nous ne lisons jamais que Dieu a éprouvé Loth. Après avoir reçu le fils de la promesse, Abraham « n’était-il pas en danger de s’attacher au don plutôt qu’au Donateur ? » (Id. p. 62). Discernait-il en Lui « Celui qui pouvait susciter des descendants des cendres-mêmes de son fils offert sur l’autel, aussi bien que du sein de Sara dans sa vieillesse » ? (Id.).

Abraham a vu sa foi éprouvée pendant de longues années, mais à présent qu’Isaac est né et qu’il a grandi, l’épreuve suprême l’attend. Ce que Dieu lui demanda : « Prends Isaac, ton fils unique, que tu aimes, et va au pays de Morija. Là, tu me l’offriras en sacrifice sur l’une des collines, celle que je t’indiquerai » (Gn 22.2) allait à l’encontre non seulement de la raison humaine, mais encore de la promesse divine.

Si Isaac était tué pour lui, Dieu contredisait tout ce qu’Abraham pensait savoir de lui. Dans le passé, lorsqu’il lui demandait d’obéir, il lui donnait d’abord une nouvelle révélation de sa nature. Ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Ce qu’Abraham allait faire était un acte d’adoration (22.5). Il allait agir sur la base du Dieu qu’il connaissait d’après ses révélations antérieures : un Dieu qui ne pouvait manquer à sa parole ; c’est pourquoi il dit aux serviteurs qu’il allait revenir avec l’enfant. « Aie confiance et obéis ! », telle est notre part : confiance dans la Parole de Dieu, fondement sur lequel nous pouvons baser notre obéissance – même si nous ne comprenons pas ce que Dieu nous demande.

« Dieu marche en contradiction avec Dieu, la foi en contradiction avec la foi, le commandement en contradiction avec la promesse » (S. Jean Chrysostome). « Dieu se contredit lui-même ouvertement. Car comment ces actes peuvent-ils s’accorder : ‘En Isaac je te donnerai une postérité’ et ‘Prends ton fils et sacrifie-le’ » (Luther). « Dieu ordonne à Abraham de mettre lui-même son fils à mort afin qu’il n’y ait aucun doute possible sur sa mort » (W. Vischer p. 100) et que seule une résurrection pourra le ranimer.

« Dieu se pourvoira de l’agneau pour le sacrifice ». « Pouvons-nous lire tout cela sans apercevoir dans le lointain, comme à travers une fenêtre, le fils aimé du Père suivre du mont des Oliviers par Gethsémané le chemin de la passion : l’Agneau qui porte le péché du monde ? Le sacrifice que Dieu a épargné à son ‘ami’ (Jacques 2.23), au Patriarche du peuple de la foi, il l’offre lui-même. Le Père éternel n’a pas épargné son propre fils, mais l’a livré pour nous tous (Romains 8.32) » (W. Vischer p. 102).

L’obéissance d’Abraham lui valut le titre d’« ami de Dieu » : « Abraham, notre ancêtre, n’a-t-il pas été déclaré juste à cause de ses actes, lorsqu’il a offert son fils Isaac sur l’autel ?… Abraham a eu confiance en Dieu, et Dieu, en portant sa foi à son crédit, l’a déclaré juste, et il l’a appelé son ami » (Jacques 2.21, 23).

C’était une affaire entre lui et Dieu, un test personnel qu’Abraham ne pouvait certainement pas partager avec Sara. La triple description : « Isaac, ton fils unique, que tu aimes » excluait tout malentendu.

Le sacrifice d’Isaac fut sans contredit l’épreuve suprême de la foi d’Abraham. Dieu lui fait une demande insensée (de notre point de vue).1 Aucun homme de Dieu dans la Bible ne fut placé devant une telle exigence. Pendant 25 années, Abraham et Sara avaient attendu ce fils, il était né dans des conditions incroyables ; à cause de lui, ils avaient chassé Agar et l’autre fils d’Abraham ; en Isaac reposait tout l’espoir de l’avenir de la maison, ils lui avaient voué tout leur amour et certainement aussi une éducation exemplaire. Et maintenant, il fallait non seulement le perdre, mais le sacrifier ! Isaac était ce qu’Abraham avait de plus cher, mais Dieu comptait encore davantage pour lui. C’est pourquoi, sans hésiter, il obéit. Il était prêt à placer son amour pour Dieu au-dessus de son amour pour son fils (« ton fils unique, que tu aimes », lui avait dit Dieu), prêt à être incompris par sa femme aimée.

1 Comment Dieu pouvait-il appeler Isaac le fils « unique » d’Abraham, alors qu’Ismaël était aussi son fils, né des années auparavant et qu’il eut encore d’autres fils (Genèse 25.6) ? Voir l’entrée Genèse 22.2 dans l’EDB I. Comment Dieu a-t-il pu demander à Abraham ce qu’il interdit formellement ailleurs à Israël ? Voir l’entrée Genèse 22.2 dans l’EDB I.

Hébreux 11.13-19 retrace ce point tournant de la vie d’Abraham. Le v. 13 le range parmi ceux qui sont « étrangers et voyageurs sur la terre ». Les v. 17-19 montrent comment il a remporté la victoire dans l’épreuve. « Tout ce que nous avons, qu’il s’agisse de dons naturels ou de ce que nous avons reçu par grâce, doit passer par Morija ? C’est une loi du royaume de Dieu que tout ce que nous sommes et que nous avons, du début à la fin de notre vie, doit passer par la mort et la résurrection – aussi les fruits de la grâce, aussi la lumière reçue de Dieu après que nous ayons abandonné ce qui relevait de la nature. En vérité, nous ne possédons que ce qui a passé par Morija » (O. Stockmayer p. 142).

Celui qui a osé dire à Dieu « Tu ne peux pas faire cela » lorsqu’il s’agissait de Sodome, se tait à présent et accepte dans la foi la décision divine, sans demander d’explication.

Dieu avait progressivement éduqué Abraham en lui apprenant à abandonner ce qui lui était cher : le lieu de son enfance et ses amis à Our, sa famille, le mode de vie auquel il était habitué, le choix des terrains de pâturage (lorsqu’il a laissé choisir Loth) : tout ce qui donnait du prix à sa vie. A présent, il lui demande d’abandonner l’enfant de la promesse, « celui que tu aimes ». Abraham obéit sans hésiter. Peut-être Dieu nous éduque-t-il aussi par des pertes pour que nous soyons prêts à tout abandonner entre ses mains ? Ce n’est pas au début de sa vie de foi que Dieu a demandé un tel sacrifice à Abraham. « Dieu est fidèle et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Au moment de la tentation, il préparera le moyen d’en sortir pour que vous puissiez y résister » (1 Corinthiens 10.13). Il exerce ces forces par les diverses épreuves par lesquelles il nous fait passer au cours de notre vie et nous donne la force et la grâce nécessaires au moment voulu.

Quel rôle Isaac a-t-il joué dans cette histoire ? Dans 18.19, Dieu avait dit d’Abraham : « je l’ai choisi pour qu’il prescrive à ses descendants et à tous les siens après lui de faire la volonté de l’Eternel, en faisant ce qui est juste et droit ». Abraham a certainement mis ces directives en pratique et a appris à Isaac tout jeune à faire la volonté de l’Eternel… ce qui est juste et droit. Celui-ci obéit sans discuter aux ordres de son père. Il entreprend avec lui ce pèlerinage de trois jours pour offrir un sacrifice à Dieu. Il pouvait dire comme son lointain Descendant : « Je fais toujours ce qui lui est agréable » (Jean 8.29). Contrairement à leur habitude, on peut supposer qu’ils accomplirent ce voyage en silence.

Il y a quelque 70 kilomètres entre Beer-Chéba et le mont Morija. Abraham avait amplement le temps de réfléchir à la promesse que Dieu lui avait faite : « C’est par Isaac que te sera suscitée une descendance » (21.12). Il s’y accrocha et crut que Dieu accomplirait sa promesse à la lettre. En voyant la montagne de loin, il dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne ; le garçon et moi, nous irons jusque là-bas pour adorer Dieu, puis nous reviendrons vers vous » (22.7). C’était bien un acte d’adoration qu’il allait faire, car « il allait montrer à la face du ciel et de l’enfer que nul autre objet ne remplissait son âme que le Dieu Tout-puissant » (C.H. Mackintosh). En disant : « puis nous reviendrons vers vous », était-ce un pressentiment ou son espérance s’exprimait-elle ainsi ? Ou bien n’avait il pas vraiment l’intention de le sacrifier ?

C’est Hébreux 11.17-19 qui nous donne la solution de l’énigme. Puisque Dieu lui avait dit : « C’est par Isaac que tu auras une descendance » (Hébreux 11.18), Abraham a estimé que « Dieu est assez puissant pour ressusciter un mort » (v. 19). C’est pourquoi, « par la foi, Abraham a offert Isaac en sacrifice lorsque Dieu l’a mis à l’épreuve » (v. 17).

Abraham n’avait jamais ni vu ni entendu parler de résurrection, mais puisque Dieu lui avait dit : « C’est par Isaac que tu auras une descendance », il fallait qu’il trouve le moyen de faire vivre Isaac jusqu’au moment où il pourrait engendrer un fils. Il devait maintenant le sacrifier. Bien ! Donc Dieu le ferait vivre après ce sacrifice. C’est pourquoi Paul pouvait comparer la foi d’Abraham à celle des croyants de la nouvelle alliance (Romains 4.16-25).

Quand il cheminait vers le mont Morija, nous pouvons facilement imaginer quelles pensées ont pu lui venir, suggérées par Satan : « Si tu sacrifies ton fils, que deviendront les promesses de Dieu au sujet de ta descendance et de ton héritage ? Toutes tes espérances s’évanouiront ! Pense à Sara ! ». « Il est prêt à plonger le couteau dans le sein de l’enfant, parce que la parole divine est plus certaine pour lui que le fait même de la mort » (Bible annotée, p. 244).2

2 Dieu a-t-il tenté Abraham ou l’a-t-il mis à l’épreuve ? Voir l’entrée Genèse 22.1 dans l’EDB I.

En chemin, Isaac demanda à son père où était l’animal du sacrifice (qu’ils emmenaient habituellement avec eux). Nous pouvons imaginer quelle douleur cette question a provoquée dans le cœur du père : c’était remuer le couteau dans la plaie. Pouvait-il répondre : « C’est toi l’agneau pour l’holocauste » ? Impossible ! Dieu lui a certainement inspiré sa réponse : « Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l’agneau pour l’holocauste. Et ils pour suivirent leur chemin tous deux ensemble » (probablement en silence). C’est effectivement, ce qui s’est passé. Abraham parlait-il en prophète, ou bien laissait-il une fois de plus son espérance s’exprimer ?

Isaac n’était plus un petit enfant. Josèphe dit qu’il avait 25 ans à ce moment-là. Il aurait facilement pu s’opposer à son père centenaire en imaginant ce qui l’attendait éventuellement. Il aurait pu s’enfuir. Mais, lui aussi obéit par la foi – foi dans cette parole de son père et en Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste. Préfiguration du chemin de Jésus vers Golgotha ; mais lui, il savait quelle en serait l’issue, il l’a néanmoins suivi jusqu’au bout.

« Abraham chargea le bois de l’holocauste sur son fils Isaac » (Genèse 22.6) : le bois qui allait consumer son fils et qu’il devait porter lui-même (sans savoir ce qui l’attendait). Tandis que lorsque Jésus a porté sa croix (Jean 19.17), il savait que ce serait lui qui y serait cloué.

En fils obéissant, Isaac suit son père – bien qu’il ait pu se demander quel serait cet agneau que Dieu procurerait pour le sacrifice. Il a préfiguré Celui dont l’épître aux Hébreux dira : « Bien qu’étant Fils de Dieu, il a appris l’obéissance par tout ce qu’il a souffert » (5.8). En montant à Golgotha, portant sa croix, il a donné volontairement sa vie : « Si le Père m’aime, c’est parce que je donne ma vie ; mais ensuite, je la reprendrai. En effet, personne ne peut m’ôter la vie : je la donne de mon propre gré. J’ai le pouvoir de la donner et de la reprendre. Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père » (Jean 10.17-18).

Nous admirons les derniers préparatifs d’Abraham pour le sacrifice : « Quand ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham construisit un autel et y disposa les bûches » (v. 9), sachant que c’est son fils qui allait mourir et être brûlé sur cet autel (holocauste veut dire : entièrement consumé). C’est sans doute à ce moment-là que le père a révélé à son fils la terrible vérité : c’est lui qui allait être sacrifié sur cet autel. « Puis il ligota son fils Isaac – qui se laisse ligoter, sans s’enfuir ’comme un agneau muet’ – et le mit sur l’autel par-dessus le bois ».

« A l’âge d’Abraham, il lui aurait été difficile d’attacher le jeune homme sur l’autel si celui-ci s’était débattu. Or, rien n’est dit à propos d’une lutte ou d’une résistance de la part d’Isaac » (D. Lane, p. 120).

Déjà Abraham prit en main le couteau pour immoler son fils. Sur l’autel, celui-ci entendit (pour la première fois ?) la voix de Dieu qui va épargner la vie d’Isaac : « l’ange de l’Eternel lui cria du haut du ciel : Abraham ! Abraham ! – Me voici, répondit-il. L’ange reprit : Ne porte pas la main sur le garçon, ne lui fais pas de mal, car maintenant je sais que tu révères Dieu puisque tu ne m’as pas refusé ton fils unique » (v. 11-12).

Dieu dit : « maintenant (je sais que tu révères Dieu) ». Pourquoi ce maintenant ? Lui qui est omniscient, ne le savait-il pas avant ? Il faut croire que non ! C’est par « l’œuvre de la foi » que la foi a démontré sa réalité. Jacques le dira : « Abraham, notre ancêtre, n’a-t-il pas été déclaré juste à cause de ses actes, lorsqu’il a offert son fils Isaac sur l’autel ? Tu le vois, sa foi et ses actes agissaient ensemble et, grâce à ses actes, sa foi a atteint son plein épanouissement. Ainsi s’accomplit ce que l’Ecriture déclare à son sujet : Abraham a eu confiance en Dieu, et Dieu, en portant sa foi à son crédit, l’a déclaré juste, et il l’a appelé son ami. Vous le voyez donc : on est déclaré juste devant Dieu à cause de ses actes, et pas unique ment à cause de sa foi » (Jacques 2.21-24).

Savoir une chose par avance ne signifie pas la savoir indépendamment d’elle. C’est parce qu’elle se produit à un moment donné que l’on peut savoir d’avance qu’elle se produira. Par exemple, on peut prédire une éclipse de lune parce qu’elle se produira une certaine nuit. C’est l’événement qui permet sa prédiction. L’épreuve d’Abraham n’était pas une épreuve fictive comme le scénario d’une pièce de théâtre dont on connaît d’avance la fin. Abraham était un homme libre qui pouvait obéir à Dieu ou lui refuser son obéissance (comme Adam). C’est après son obéissance que Dieu a su quelle était sa décision – et qu’il a pu la connaître d’avance.

« Puis l’ange de l’Eternel appela une seconde fois Abraham du haut du ciel et lui dit : – Je le jure par moi-même, parole de l’Eternel, puisque tu as fait cela, puisque tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions, je multiplierai ta descendance et je la rendrai aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que les grains de sable au bord de la mer. Ta descendance dominera sur ses ennemis. Tous les peuples de la terre seront bénis à travers ta descendance parce que tu m’as obéi » (v. 15-18).

Abraham avait dit d’une manière prophétique : « Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l’agneau pour l’holocauste » (v. 8). Cette prophétie se réalisa. « Un bélier s’était pris les cornes dans un buisson ». Isaac a appris les voies de Dieu : « sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon des péchés » (Hébreux 9.22) ; pour lui, pécheur, ce bélier a dû mourir – Dieu a pourvu à un substitut pour lui. Pour Jésus, il n’y a pas eu de substitut ; il a dû offrir le sacrifice de sa vie afin d’être notre substitut. Esaïe 53 dit que le Serviteur de l’Eternel sera « comme un agneau que l’on mène au sacrifice » (v. 7). En voyant venir Jésus, Jean-Baptiste dit : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde » (Jean 1.29, 36). Dieu a effectivement pourvu « à l’Agneau » non seulement pour épargner Isaac, mais pour sauver tous ceux qui croient. Il avait demandé à Abraham de sacrifier son « fils unique, celui qu’il aimait ». Il a rendu témoignage à Jésus lors de son baptême et de sa transfiguration : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qui fait toute ma joie » (Matthieu 3.17 ; 17.5). Il l’a sacrifié sans chercher de substitut pour lui. L’apôtre Paul en tire la leçon : « Lui qui n’a même pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas aussi tout avec lui ? » (Romains 8.32).

« Dieu avait dit : C’est par Isaac que tu auras une descendance. Dieu, estimait-il, est assez puissant pour ressusciter un mort. Et son fils lui a été rendu : c’est une préfiguration » (Hébreux 11.18-19).

Kendall estime que ces versets figurent parmi les plus importants du NT : ils parlent du passage de l’ordre « selon la chair » à celui « selon l’Esprit ». La « préfiguration » (figure, parabole) se rapporte à la résurrection (spirituelle) par laquelle Isaac avait passé.

Abraham ne pouvait plus regarder Isaac après Morija comme il l’avait vu auparavant. Son fils aurait dû être mort et ce n’est que par l’intervention de Dieu qu’il a pu continuer à vivre. La véritable « semence » promise n’était pas le fils né de la chair, mais une semence spirituelle ; elle se perpétuera non par procréation, mais par régénération. Tous les descendants d’Abraham qui ne passent pas par une mort semblable et par l’intervention d’un acte de Dieu sont considérés par Dieu comme des enfants d’Agar (Romains 9.6-8 ; Galates 4.23) – même s’ils peuvent être biologiquement de la descendance d’Abraham. Nous ne sommes fils d’Isaac que si nous avons été ressuscités à une vie nouvelle. Isaac a dû sa survie non à son père, mais à Dieu seul. Il en est de même de nous. La chair doit s’effacer devant l’Esprit pour qu’il puisse régner. La nature doit mourir pour que la grâce puisse dominer. Cela implique une discontinuité radicale entre notre nature et l’œuvre de l’Esprit. Mais ce qui a commencé par l’Esprit s’égare souvent et cherche à se perfectionner par la chair. Il en est malheureusement ainsi de beaucoup de dénominations qui ont commencé par un réveil spirituel.

Calvin voyait la véritable Eglise là où 1° la Parole de Dieu est prêchée, 2° les sacrements sont administrés et 3° la discipline est exercée. Kendall ajoute une 4e caractéristique : là où la distinction rigoureuse entre le monde naturel et celui de l’Esprit est respectée (ce qui n’est guère le cas dans les Eglises de multitude où les enfants de parents chrétiens sont automatiquement inclus dans « l’alliance de grâce » par le baptême des enfants).

Lorsque Dieu a demandé à Abraham de sacrifier son fils « unique », « celui qu’il aimait », il a pu penser par avance à son Fils unique bien-aimé, celui qui faisait toute sa joie. « Voici comment Dieu a démontré qu’il nous aime : il a envoyé son Fils unique dans le monde pour que, par lui, nous ayons la vie » (1 Jean 4.9). « Oui, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tous ceux qui placent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie éternelle » (Jean 3.16).

Après l’acte d’obéissance d’Abraham, Dieu lui a fait une promesse accompagnée d’un serment (Genèse 22.16-18). A nous aussi Dieu a fait une promesse et il a prêté serment : « Dieu a garanti sa promesse par un serment. Ainsi, il nous a mis en présence de deux actes irrévocables, dans lesquels il est impossible que Dieu mente. Ces actes constituent un puissant encouragement pour nous qui avons tout quitté pour saisir fermement l’espérance qui nous est proposée » (Hébreux 6.17-18).3

3 Marie Balmary conteste la compréhension traditionnelle du récit du sacrifice d’Isaac. Pour elle, Dieu n’a pas demandé à Abraham d’immoler son fils, mais de le faire « monter ». Elle s’appuie sur la traduction Chouraqui où Dieu dit à Abraham : « Prends donc ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va pour toi en terre de Moryah, là, monte-le en montée sur l’un des monts que je te dirai ».
« Va pour toi » ou « vers toi » est un rappel de la parole qu’Abraham a entendue lorsque Dieu l’a appelé à sortir de Harân (pour trouver son identité). Puisqu’il n’est pas question de son départ à lui, s’agit-il d’une action qu’il ferait concernant son fils ? « Un rappel lui est donc fait du jour où lui-même a été définitivement séparé (sevré) de sa famille par la parole du divin, après la mort de son père : ‘Va pour toi et là monte-le en montée’. La traduction d’André Chouraqui a de quoi surprendre après des siècles de : ‘Offre-le en holocauste’. Pourtant, elle est littérale. Pour moi-même, j’avais traduit : ‘Elève-le en élévation sur l’un des monts que je te ferai voir’ ». Puis, elle cite le commentaire de Rachi : « Littéralement FAIS-LE MONTER. Dieu ne lui dit pas : Immole-le. Le Saint, Béni soit-il, ne voulait nullement cela, mais seulement le faire MONTER sur la montagne pour donner à la personne d’Isaac le caractère d’une offrande à Dieu. Et une fois qu’il l’aura fait MONTER, il lui dit : Fais-le descendre… Pourtant, tant de traducteurs ont d’emblée compris dans ce qui est demandé à Abraham ce que lui-même, Abraham, en comprend » (p. 196-197). N’est-on pas pardonnable de ne pas avoir mieux compris que le principal intéressé ? La réponse de Dieu semble impliquer qu’il voulait savoir si Abraham était prêt à lui sacrifier son fils, son unique (v. 16).
Le sens que Marie Balmary voit dans le récit de Genèse 22 est que Dieu voulait dire, non pas d’immoler Isaac, mais de « l’élever vers l’Autre, ne pas “retenir’ (pour soi) de Lui » (p. 216).
Ce n’est en tout cas pas ce qu’Abraham a compris. Le fait qu’il ait ramassé du bois (22.3), pris un couteau et des braises (v. 6) et construit un autel (v. 9) montre qu’il a pris la demande de Dieu au sérieux, et qu’il avait bel et bien l’intention de sacrifier physiquement son fils. Dieu a réellement demandé à Abraham ce sacrifice, Abraham a obéi, mais Dieu est intervenu pour l’empêcher d’accomplir l’acte. Le seul sacrifice d’un être humain que Dieu ait demandé et accepté fut celui de son propre Fils, en propitiation pour nos péchés.

« Abraham, Isaac et le bélier sont des figures du Sauveur. Comme Abraham, Jésus est le croyant qui va jusqu’au bout dans l’obéissance, comme Isaac, il donne sa vie en sacrifice, comme la mort du bélier, la sienne a valeur substitutive : Jésus est mort pour nous » (R. Benz, p. 31).

Aujourd’hui, la mosquée d’Omar s’élève à l’endroit où, selon la tradition, Abraham a eu l’intention de sacrifier son fils. Le sanctuaire est le troisième lieu sacré de l’islam après la Ka’aba de La Mecque et le tombeau du Prophète à Médine. Il a été appelé Le Dôme du Rocher à cause de la grande roche qui en occupe le centre. Ce serait là, qu’Abraham a tenté de sacrifier Isaac (Ismaël pour les musulmans). C’est aussi l’endroit où était placée l’arche de l’alliance de Moïse, et le lieu où s’élevait le Temple de Salomon. Pour les musulmans, c’est le voyage nocturne de Mahomet et son ascension qui donnent à la roche toute sa valeur sacrée. Sur la roche, on remarque un petit creux : ce serait l’empreinte du pied de Mahomet lorsque, accompagné de l’ange Gabriel, il est monté au ciel pour y recevoir les instructions d’Allah. Il en redescendit pour s’envoler sur son cheval ailé à La Mecque. Sous la roche se trouve une petite grotte qui « s’est formée au moment de l’ascension du Prophète, parce que le rocher voulait le suivre, mais fut retenu par l’ange ».

Questions

  1. Après avoir interdit les sacrifices d’enfants, Dieu pouvait-il demander à Abraham de sacrifier son fils ?
  2. Quelles pensées ont dû soutenir Abraham dans sa marche vers Morija ?
  3. Pourquoi Isaac ne s’est-il pas enfui lorsqu’il a compris qu’il allait être sacrifié ?

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