Le salut est offert gratuitement à « quiconque croit » en Christ : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Ac 2.21 ; Rm 10.13). Jésus a appelé tous les hommes à venir à lui : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos » (Mt 11.28). « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7.37). Le maître qui avait organisé un grand souper envoya son serviteur dire aux conviés : « Venez car tout est déjà prêt » (Lc 14.18). Cette parole est souvent répétée lors de l’invitation à la cène. Qui sont les conviés ? Les réponses à cette question divergent beaucoup : Ce sont tous les hommes disent les uns, ils sont Tous invités (titre d’un livre sur la cène), d’autres précisent : tous les baptisés, en donnant à ce terme son sens le plus large ; les évangéliques répondent généralement : « Ceux qui croient en Jésus comme leur Sauveur et leur Seigneur personnel », certains d’entre eux ajoutent : « et qui sont baptisés comme l’Ecriture l’enseigne ». Qui a raison ?
« Venez, car tout est prêt » se trouve dans la parabole du grand souper (Lc 14) qui ne représente pas la cène, mais le royaume de Dieu (v. 15), offert d’abord aux Juifs. C’étaient eux les « conviés » qui, l’un après l’autre, refusèrent l’invitation. Ensuite, les serviteurs vont inviter tous ceux qu’ils trouvent « dans les places et les rues de la ville… dans les chemins et le long des haies » : image de la grâce qui invite tous les hommes au salut, tous étant également indignes de participer au banquet des noces du Fils du Roi (Mt 22.2) : pauvres, estropiés, aveugles, boiteux. Oui, ils sont « tous invités » — et cependant, il y a une condition posée à la participation au repas. Matthieu le précise en rapportant la suite de la parabole : « Le roi entra pour examiner l’assistance. Il aperçut là un homme qui n’avait pas d’habit de noces. — Mon ami, lui demanda-t-il, comment as-tu pu entrer ici, sans être habillé comme il convient pour un mariage ? L’autre ne trouva rien à répondre. Alors le roi dit aux gens de service : Prenez-le et jetez-le pieds et poings liés dans les ténèbres du dehors où il y a des pleurs et d’amers regrets. Car beaucoup sont invités, mais ceux qui sont admis (lit. : élus) sont peu nombreux » (v. 12-14).
Entre l’invitation adressée à tous et la participation au repas s’insèrent :
a) L’acceptation de l’invitation : la parabole a précisément pour pointe ce refus incompréhensible de certains invités, au point qu’il faut insister auprès des plus démunis pour qu’ils acceptent de venir. Tout aussi incompréhensible est pour nous le refus de la grâce d’une grande partie de nos compatriotes. Mais c’est un fait. Nous ne pouvons pas tirer de l’ordre du Maître la conclusion qu’en a tirée Augustin et l’Eglise du Moyen-Âge : qu’il nous faudrait exercer sur eux une contrainte qui violerait la liberté que Dieu laisse à l’homme d’accepter ou de refuser le salut qu’il lui offre.
b) Le dépouillement des vieux habits (Colossiens 3.9) : reniement du passé, c’est-à-dire repentance, rupture avec certaines priorités (Lc 14.18-20), certaines habitudes de vie.
c) Le revêtement des nouveaux habits : le baptême « en Christ » c’est-à-dire la nouvelle naissance, implique le « revêtement de Christ ». « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3.27).
L’Apocalypse nous présente l’Epouse du Christ se préparant aux noces de l’Agneau. Comment ? « Il lui a été donné de se revêtir d’un fin lin, éclatant, pur. — Ce fin lin représente les actions justes de ceux qui appartiennent à Dieu… Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau » (Ap 19.7-9). « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront le droit de manger du fruit de l’arbre de vie » (22.14 ; cp. 7.14). Autrement dit, le repas du Seigneur est réservé aux seuls croyants.
La communion autour de la table du Seigneur est 1. la communion des croyants, 2. la communion des membres du Christ et 3. la communion des baptisés.
La pâque juive, était réservée aux seuls membres du peuple d’Israël (Ex 12.43). Les différentes mentions de la cène dans le Nouveau Testament permettent de vérifier que, dans chaque cas, les participants étaient des croyants, disciples du Seigneur.
Lors de l’institution, seuls les apôtres ont participé au repas. L’examen détaillé des récits de l’institution dans les différents évangiles montre que Judas a quitté le cercle des disciples avant l’institution du repas du Seigneur.1
1 Pour la démonstration, voir Le repas du Seigneur p. 226.
Dans le livre des Actes, la première mention de la fraction du pain (2.42, 46) est précédée de l’énoncé des conditions de participation à la communauté des disciples : repentance, baptême, pardon des péchés, réception du Saint-Esprit (v. 38, 41), séparation d’avec la génération perverse (v. 40), persévérance dans l’ensei- gnement des apôtres et dans la communion fraternelle (v. 42a). Le v. 47 précise la nature des membres de cette communauté : « ceux qui étaient sauvés ».
Dans la seconde mention de la cène, Luc dit : « nous étions réunis pour rompre le pain » (Ac 20.7). Qui comprend ce « nous » ? Paul (v. 1), Luc, les nouveaux membres de l’équipe apostolique nommés au v. 4 (Sopater, Aristarque, Second, Gaïus, Timothée, Tychique et Trophime) ainsi que les disciples (v. 7) de Troas qui ont écouté Paul durant toute la nuit (v. 11).
A Corinthe, Paul s’adresse à « ceux qui ont été purifiés de leurs péchés dans l’union avec Jésus-Christ » (1 Co 1.2), « sauvés » (1.18), « lavés, déclarés justes au nom du Seigneur Jésus et par l’Esprit de notre Dieu » (6.11) et qui appartiennent au Christ (3.23).
Dans l’Eglise primitive, tous ceux qui faisaient partie du Corps local du Christ participaient au repas du Seigneur. Ce repas exprimait l’unité de ce Corps : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain » (1 Co 10.17). Nous formons un même corps, nous avons part à une même vie, nous confessons une même foi et nous proclamons la même allégeance envers notre Seigneur commun.
a) Un même Corps
Participer à la cène signifie que l’on est en communion avec tous les frères et sœurs qui prennent part au même repas, donc que l’on accepte aussi les devoirs réciproques des membres de ce Corps.
Les épîtres sont remplies d’exhortations à ce sujet.2
1 Voir A. Kuen : Les uns les autres (Ed. Emmaüs).
Participer à ce repas signifie en particulier que l’on n’a rien contre un autre participant au même repas. Si nous avons quelque chose contre un frère, si nous estimons qu’il a mal agi contre nous ou qu’il a péché contre l’un des commandements de Dieu, le Seigneur nous demande d’aller le trouver (Mt 18.15).
L’invitation à la cène devrait donc comprendre une phrase avertissant ceux qui désirent prendre part au repas du Seigneur qu’ils expriment par là leur communion avec les autres participants et que, si cela ne correspondait pas à la réalité ou à leur désir, il serait préférable de s’abstenir et de régler d’abord le différend qui les sépare d’un autre membre.
b) Une même vie
Communier au Seigneur Jésus-Christ, c’est communier à sa vie par son Saint-Esprit, c’est-à-dire laisser son Esprit reproduire sa vie en nous. L’apôtre Jean souligne l’incompatibilité d’une communion avec le Christ avec une vie dans le péché. « Si nous prétendons être en communion avec lui, tout en vivant dans les ténèbres, nous sommes des menteurs et nous n’agissons pas comme la vérité l’exige de nous » (1 Jn 1.6). « Celui qui prétend qu’il demeure en Christ doit aussi vivre comme le Christ lui-même a vécu » (2.6). « Par conséquent, celui qui demeure en lui cesse de pécher et celui qui continue à pécher ne l’a jamais vu et ne l’a jamais connu » (3.6). Or, la cène est précisément l’affirmation que nous sommes un avec le Christ et qu’il vit en nous.
La veille de la pâque juive était appelée « le jour de la purification ». Ce jour-là, on parcourait toute la maison, une chandelle à la main, pour vérifier qu’il ne s’y trouvait plus aucune trace de levain, le levain étant un symbole du mal. L’apôtre Paul en tire la leçon pour nous : « Ne savez-vous pas qu’il suffit d’un peu de levain pour faire lever toute la pâte ? Faites donc disparaître tout vieux levain du milieu de vous afin que vous soyez comme une pâte nouvelle, puisque, en fait vous êtes sans levain. Car nous avons un agneau pascal qui a été sacrifié pour nous, le Christ lui-même. C’est pourquoi célébrons la fête de la pâque, non plus avec le vieux levain, le levain du mal et de la méchanceté, mais uniquement avec les pains sans levain de la pureté et de la vérité » (1 Co 5.6-8). Avant de participer au repas du Seigneur, chaque chrétien devrait « s’examiner » pour demander à Dieu de le purifier de tout péché reconnu — et éventuellement prendre la décision de mettre en ordre, dans sa vie et dans ses relations, ce qui ne l’est pas.
En buvant le vin qui représente le sang du Christ versé pour nous, nous confessons que « nous sommes morts par rapport au péché » (Rm 6.2), En prenant le pain qui représente le corps du Christ, nous déclarons que notre plus cher désir est de ressembler au Christ, que sa vie devienne nôtre et remplace peu à peu notre ancien comportement. Nous ne pouvons donc pas participer à la cène et continuer à vivre dans le péché. Parce que les Corinthiens prenaient la cène sans abandonner leur égoïsme (11.21), leurs divisions (1.11-12), leur tolérance envers les péchés sexuels (5.1-5 ; 6.13-20) et leur participation aux banquets païens (8.10), il y avait parmi eux « beaucoup d’infirmes et de malades et un grand nombre sont morts » (11.30).
Il est donc de notre devoir d’avertir solennellement ceux qui désirent participer au repas du Seigneur qu’ils s’engagent par là même à renoncer au péché, sinon ils encourent le jugement de Dieu.
c) Une même foi3
3 Dans ce paragraphe, le mot foi ne se rapporte pas à la foi qui sauve, la foi-confiance, mais au contenu doctrinal de « la foi transmise une fois pour toutes à ceux qui appartiennent à Dieu » (Jd 3). Le Nouveau Testament emploie ce mot dans ce sens dans Ga 1.23 ; Ep 4,5, 13 ; Ph 1.27 ; 1 Thessaloniciens 3.10 ; 1 Tm 3.9 ; Jd 20.
Ceux qui, dans l’Eglise des premiers jours, persévéraient dans la fraction du pain, persévéraient aussi dans l’enseignement des apôtres (Ac 2.42). L’apôtre Paul demande aux Romains de s’éloigner de ceux qui causent des divisions et des scandales au préjudice de l’enseignement reçu (16.17). Dans l’épître aux Galates, il est catégorique : « Si moi-même ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit ! Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit maudit ! » (1.8-9).
L’apôtre Jean est tout aussi net : « Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a point Dieu. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas : Salut ! car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses mauvaises œuvres » (2 Jn 9, 11). Ce refus de communion s’étendait bien entendu aussi à la communion autour de la table du Seigneur.
d) Une même allégeance4 au Seigneur
4 « Obligation de fidélité et d’obéissance envers un souverain ». Le mot se rapportait surtout au Moyen-Age à l’attitude du vassal envers le seigneur, son suzerain.
« Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ? » (1 Co 10.21-22). L’apôtre Paul donnait cet avertissement aux chrétiens de Corinthe qui s’estimaient autorisés à participer aux repas sacrificiels dans les temples païens. Or, derrière les idoles, l’apôtre discernait les démons qui égarent les hommes en les attirant vers de faux dieux. La participation au repas, dont une partie était consacrée à ces idoles, introduisait les convives dans la communion avec ces puissances démoniaques. « Je dis que ce qu’on sacrifie, on le sacrifie à des démons, et non à Dieu ; or, je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons » (v. 20).
Au 20e siècle, bien des pratiques donnent aux démons une même emprise sur ceux qui s’y livrent : cartomancie, spiritisme, astrologie, divination, lévitation, chiromancie, tables tournantes, pendule, port d’amulettes, méditation transcendantale…
En participant au repas du Seigneur, le croyant affirme avoir placé toute sa foi pour le présent et l’avenir en Jésus, le Fils de Dieu. Mais en recourant à des pratiques occultes, il déclare ne pas avoir une entière confiance dans la protection du Seigneur et dans l’avenir qu’il lui réserve. Il joue donc sur deux tableaux : le Seigneur et son adversaire. Double allégeance : on déclare appartenir à Jésus-Christ et l’on donne à l’adversaire un gage de sa confiance en lui. Tout l’Ancien Testament nous enseigne que l’Eternel est un Dieu qui ne tolère aucun rival (Ex 20.5 ; Dt 4.24 ; 5.9 ; 6.15 ; Jos 24.19 ; Ez 39.25 ; Na 1.2). Celui qui persiste dans des pratiques occultes après sa nouvelle naissance provoque la jalousie du Seigneur. Celui qui s’est livré à de telles pratiques dans le passé devrait se dédire solennellement, en présence d’un ou de deux témoins, de toute emprise qu’il aurait donnée à l’adversaire.
C’est pourquoi l’invitation à la cène devrait comprendre aussi quelques mots avertissant que la participation à ce repas est inconciliable avec des pratiques occultes, en nommant quelques-unes de celles qui sont les plus fréquentes dans la région.
Dans l’Eglise primitive, tous ceux qui faisaient profession de foi étaient immédiatement baptisés (Ac 2.41 ; 8.38 ; 9.18 ; 10.47-48 ; 16.14-15, 33 ; 22.16).
Les apôtres baptisaient seulement ceux qui croyaient en Jésus-Christ, leur Sauveur et leur Seigneur, selon l’ordre qu’ils avaient reçu de lui : d’abord « faites des disciples », ensuite : « baptisez-les »5. Après cela seulement, ils étaient admis comme membres de l’Église où l’on prenait la cène. Toutes les allusions au baptême dans les épîtres (Rm 6.3 ; 1 Co 12.13 ; Ga 3.27 ; Col 2.12 ; Hé 6.2 ; 1 P 3.21) appuient les données des Actes : les apôtres peuvent faire appel à ce symbole en présumant que tous les membres de ces Eglises étaient baptisés. Les témoignages émanant des premiers siècles de l’histoire de l’Eglise confirment la pratique apostolique : seuls les baptisés étaient admis au repas du Seigneur. Les confessions de foi de toutes les Eglises chrétiennes ont maintenu la priorité du baptême par rapport à la cène.
5 Voir A. Kuen : le baptême hier et aujourd’hui pp. 23-29 ; 143-190.
Si tous les chrétiens sont théoriquement d’accord pour réserver la cène aux seuls baptisés, ils diffèrent pratiquement dans l’application de cette règle puisqu’ils ne donnent pas au mot baptême le même sens. Pour les uns, c’est la cérémonie par laquelle ils ont passé en tant que nourrisson ; pour les autres, seul le baptême des croyants conféré à des adultes conscients et capables de témoigner de leur foi mérite le nom biblique de baptême. Dans la perspective des premiers, la quasi-totalité des habitants de nos pays christianisés étant baptisés, il n’y a pratiquement jamais d’empêchement à inviter tous ceux qui assistent au culte à participer au repas du Seigneur.
Certaines Eglises, par souci de fidélité au modèle biblique, ne donnent la cène qu’à des chrétiens baptisés (si possible par immersion) sur profession de leur foi. La plupart des Eglises évangéliques admettent à la table du Seigneur tous les visiteurs qui connaissent Jésus-Christ comme leur Sauveur et Seigneur et vivent en paix avec leur Eglise. Mais beaucoup d’entre elles recommandent aux jeunes qui ont grandi en leur sein et aux personnes qui se joignent à elles après une conversion de respecter l’ordre biblique baptême-cène.
Faut-il réserver la cène aux membres de la même Eglise (ou de la même dénomination) ?
Normalement, ce sont les membres de la même Eglise locale qui prennent part au repas du Seigneur dans leur assemblée. C’est là que l’on peut pratiquer la communion fraternelle représentée par le « seul pain » et s’assurer que les différents membres persévèrent dans la même vie, la même foi et la même fidélité au Seigneur. Là aussi qu’au besoin on peut exercer la discipline envers ceux qui n’obéiraient plus aux règles établies par les apôtres (2 Th 3.6). C’est pourquoi, soucieux de maintenir la pureté de la table du Seigneur, certaines dénominations ont limité la participation à la cène aux membres de leur Eglise locale ou à ceux des Eglises du même milieu, dûment recommandés par leur assemblée.
Cette pratique peut, certes, s’appuyer sur le précédent de l’Eglise primitive. Cependant, au 1er siècle, il n’y avait qu’une Eglise. Tel n’est plus le cas aujourd’hui et tous les essais de reconstituer l’unité — ou l’unicité — de l’Église n’ont abouti jusqu’à présent qu’à créer des dénominations supplémentaires. Nous ne pouvons nier le fait que des enfants de Dieu se trouvent probablement dans toutes les dénominations existantes. D’autre part, les déplacements sont devenus plus faciles et plus nombreux qu’au premier siècle. Toute Eglise peut et doit donc s’attendre à recevoir des visiteurs appartenant à d’autres milieux que le sien. Peut-elle leur refuser la participation au repas qui manifesterait précisément leur unité en Christ malgré tout ce qui peut les séparer ? Ce serait faire de la table du Seigneur le rassemblement de ceux qui sont d’accord sur telles et telles propositions doctrinales ou tels principes d’organisation.
« Si l’on propose quelque base de communion autre que la seule foi en l’expiation opérée par le Christ et une marche correspondant à cette foi, la Table cesse d’être celle du Seigneur et devient la table d’une secte » (C.H. Mackintosh).
Nous avons déjà abordé cette question plus haut (dans les textes bibliques relatifs à la cène : Les conséquences d’une célébration indigne). Voyons à présent quelles implications cette notion de dignité a sur la participation à la cène.
Etre conscient de son indignité
Notre première dignité pour participer à la cène est la conscience de notre indignité. Luther disait : « Ceux-là seuls sont indignes qui ne sentent pas leurs infirmités et qui ne veulent pas se reconnaître pécheurs » (Grand catéchisme). Ceux qui se croient capables de satisfaire aux exigences divines pensent ne pas avoir besoin du sacrifice du Christ pour les réconcilier avec Dieu.
Manger le pain qui représente la mort du corps du Christ, boire le vin qui nous rappelle son sang versé, c’est confesser qu’on a eu besoin de ce sacrifice pour être justifié. C’est pourquoi le premier objet de l’examen que l’apôtre nous demande (v. 28) sera le fondement de notre confiance devant Dieu : nos œuvres ou la mort du Christ ?
Marcher d’une manière digne du Seigneur
Une deuxième notion comprise sous ce terme était la conformité de la vie à la profession de foi. Les Corinthiens célébraient la cène de manière indigne car ils faisaient de ce mémorial du corps brisé de Christ, de son sang versé pour notre salut, un joyeux banquet, comme ils avaient l’habitude d’en faire dans les temples païens, sans discerner dans ces symboles la référence à la mort du Christ.
Mais cette mort pour nous entraîne notre mort, avec le Christ, au péché (2 Co 5.1-4 ; Rm 6.2-6). Communier d’une manière indigne c’est refuser de tirer de l’acceptation du salut sa conséquence logique, c’est-à-dire ne pas renoncer à vivre dans le péché pour vivre « d’une manière digne du Seigneur » (Col 1.10).
Donc manger et boire indignement, c’est aussi tolérer dans sa vie des péchés non confessés, non réparés et éventuellement non abandonnés. C’est pourquoi Paul continue en demandant aux chrétiens de se juger eux-mêmes pour n’être pas jugés et condamnés avec le monde (v. 30-32).
Discerner le Corps
Une troisième notion découle de l’idée de « corps de Christ ». Comme dans 10.16-17, l’apôtre passe sans transition du sens « corps physique » du Christ à celui de « corps collectif » représenté par l’Eglise. En prenant la cène, les Corinthiens affirmaient ne former qu’un seul corps (10.17), mais par leur manière d’agir, ils démentaient cette profession de foi : ils se divisaient en factions rivales (1.10s.), avaient des procès entre eux (6.1-9), suivaient leurs désirs sans se préoccuper des répercussions de leurs actes sur les membres faibles (8.10s.), ne pensaient qu’à eux-mêmes en oubliant les membres nécessiteux (11.21).
Participer « indignement » au repas du Seigneur, c’est donc aussi y prendre part en individualiste, sans considérer les intérêts des autres (Ph 2.4 ; 1 Co 13.5), en ne cherchant que son propre épanouissement spirituel.
Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange et boive…
L’examen de soi demandé par l’apôtre n’a pas pour but d’amener les chrétiens à s’abstenir de la cène, mais au contraire, à y participer en réglant ce qui est à régler. Ne sont des motifs de nous abstenir de la cène ni nos imperfections ou nos péchés récents, ni nos différends avec le prochain ou les fautes du prochain envers nous ou envers le Seigneur, ni les imperfections de l’Eglise ou les lacunes dans le mode de célébration.6
6 Voir le développement de R. Dubarry de ces différents points dans Le repas du Seigneur p. 245-247.
Existe-t-il des raisons qui peuvent amener un vrai chrétien à ne pas participer à la cène — en dehors des cas de discipline ou d’autodiscipline ?
La question se pose lorsqu’on assiste en visiteur à un culte au cours duquel on célèbre la cène. Puisque « nous tous qui participons à un même pain, nous formons un seul corps » (1 Co 10.17), notre participation à la cène exprime notre solidarité avec les autres participants. L’Eglise catholique, conséquente avec ce principe, a décrété que celui qui participe à son eucharistie manifeste par là sa soumission aux évêques et au pape. La même question peut se poser à nous dans une communauté qui diverge sur des points essentiels de l’enseignement des apôtres (divinité de Jésus-Christ, expiation par sa mort sur la croix, inspiration de l’Ecriture, nécessité de la nouvelle naissance pour être enfant de Dieu…). Pouvons-nous manifester notre solidarité avec elle autour de la table du Seigneur ? Chacun doit répondre à cette question pour lui-même en son âme et conscience (cf. 1 Co 5.11 ; 2 Jn 10-11).