Comment lire la Bible

4. LA MÉDITATION D’UN VERSET DES PROVERBES

Toute l’Ecriture…

L’apôtre Paul en parlant de l’Ancien Testament disait : « Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour persuader, reprendre et former à la justice, afin que l’homme de Dieu se trouve pourvu de tout et propre à toute bonne œuvre » (II Tim. 3.16, trad. Maredsous). Dans le corps de ces écrits inspirés de l’ancienne alliance, il y a, comme dans le corps humain, des membre honorés (la Genèse ; les Psaumes, Esaïe 53). D’autres sont méprisés et négligés, ils ont rarement les honneurs de la chaire et beaucoup de chrétiens ignorent leur contenu : certains livres historiques, les « hagiographes » (ou textes de Sagesse ; Eccl. Prov. Cant.) et la plupart des petits prophètes.

Certes, ces livres ne nous présentent pas les grandes vérités du salut, pourtant ils sont très utiles pour nous apprendre à mieux vivre à la gloire de Dieu. Si nous les négligeons, nous ne pourrons guère espérer être « pourvu de tout et propre à toute bonne œuvre ».

Beaucoup de ces écrits auxquels nous attribuons une valeur secondaire portent la signature du roi Salomon. L’époque de David avait été une période troublée où l’on s’attachait à trouver le secret de la paix du cœur et de la communion avec Dieu. Les Psaumes nous apportent l’écho de ces préoccupations. « Au temps de Salomon, roi de paix où rien ne troublait la sécurité du cœur et de l’esprit, on méditait, on observait, on contemplait, on devisait à loisir » (F. Godet). Le livre des Proverbes nous apporte le reflet de ces occupations.

Chaque proverbe constitue une petite unité de pensée autonome et le contexte ne nous apporte que rarement des éclaircissements. C’est généralement le fruit d’une observation qui doit stimuler notre réflexion et guider notre activité. Dans les temps anciens, les bergers avaient coutume de choisir chaque jour un verset des Proverbes comme sujet de leurs méditations, habitude qu’il serait certainement utile d’imiter.

Prenons un exemple : « le paresseux ne rôtit pas son gibier » (Prov. 12.27) : Quelles réflexions peut nous suggérer un verset pareil ? Certains chrétiens, désorientés par le caractère « terre à terre » des pensées contenues dans ce livre, ont cherché à en élever le niveau sur le plan spirituel en allégorisant ses données. Le caractère artificiel, parfois incongru, des résultats d’une telle interprétation condamne la méthode. L’Ecriture s’intéresse à l’homme entier, aussi à ses aspects « terre à terre », elle le veut entièrement sanctifié et consacré à Dieu.

Le sens matériel du proverbe

Salomon nous présente un chasseur. Durant des millénaires la chasse faisait partie, avec l’agriculture et l’élevage, des occupations principales de l’homme. Elle exige de grandes qualités : observation, patience, adresse, mais dispense de la qualification essentielle pour l’agriculture et l’élevage : la persévérance dans le travail quotidien. L’agriculteur doit préparer le sol, semer, biner, herser, lutter durant des mois contre la sécheresse, les mauvaises herbes, les maladies, s’il veut faire une bonne récolte. L’éleveur doit nourrir et soigner ses bêtes pendant plusieurs années avant de pouvoir goûter leur viande. Le chasseur est, en un instant, possesseur d’une bête adulte dont la viande est souvent plus succulente que celle des animaux domestiques. La chasse elle-même est un plaisir plus qu’un travail. Dans notre civilisation, elle est devenue un loisir de riches. Du temps de Salomon, ceux qui n’aimaient pas le travail soutenu de l’agriculteur ou de l’éleveur faisaient de la chasse leur occupation principale.

Chaque métier, cependant, a ses côtés désagréables : le travail du chasseur commence à la maison lorsqu’il faut nettoyer, dépecer, et préparer le gibier, faire du feu, tourner la broche, etc… C’est là précisément l’occupation que laisse tomber le chasseur de notre texte : il « ne rôtit pas son gibier ». Pourquoi ? A-t-il chassé par sport, sans avoir besoin du produit de sa chasse ? Salomon nous donne la vraie raison : c’est un paresseux.

Est donc paresseux, non seulement celui qui aime se prélasser dans son lit ou son fauteuil : « un peu dormir, un peu croiser les mains » (Prov. 6.10), c’est aussi celui qui est capable d’efforts, mais d’un certain genre seulement : de ceux qu’il s’est choisi parce qu’ils lui plaisent. Lorsqu’il s’agit de traquer une bête, de bander son arc et de viser, il sait « y mettre un coup », mais l’effort fastidieux de la cuisine le rebute. Beaucoup d’actuels « chasseurs » font comme lui : ils remettent à autrui le soin de préparer leur venaison pendant qu’ils discutent de leurs exploits autour d’un verre.

Applications actuelles

Les occupations des hommes ont bien changé depuis l’époque de Salomon. Pourtant on pourrait encore les classer en trois catégories :

  1. les métiers apparentés à l’agriculture : ceux qui exigent un travail persévérant avant de donner du fruit
  2. l’élevage : soigner, nourrir (les bêtes, soigner des hommes, les éduquer, les instruire…)
  3. la chasse (aux affaires, aux clients…)

Nous assistons actuellement à une « passivisation » de notre civilisation : la faveur générale s’oriente vers les métiers de la 3e catégorie et vers les loisirs qui offrent, sans effort préalable, un plaisir immédiat : cinéma, télévision, illustrés, alcool, érotisme. C’est une chasse incessante aux émotions exaltantes, aux sensations nouvelles ou excitantes (drogues), aux états d’âme euphoriques, aux sentiments agréables. Le chasseur est même dispensé de la tâche fastidieuse de « rôtir son gibier » : celui-ci lui est servi tout préparé, rôti à souhait et même « pré-mâché » : on peut, aujourd’hui, se livrer, installé confortablement devant sa télévision, à un chasse ininterrompue d’images, et d’émotions. Conditionnement dangereux qui prive peu à peu les habitués de ces plaisirs de la réflexion personnelle, du sens critique et de l’habitude de l’effort.

Pour l’auteur des Proverbes, « le précieux trésor de l’homme c’est l’activité », pour nos contemporains, c’est le « dolce farniente ». La vie est devenue une croisière ennuyeuse entrecoupée d’escales de plus en plus nombreuses de plaisirs : réceptions mondaines, shopping (chasse aux occasions), flirt (chasse aux aventures). On rêve d’abréger progressivement le temps séparant les escales ; la « civilisation des loisirs » ambitionne de faire de la vie un safari permanent. La pensée, de plus en plus émoussée, ne sert plus qu’à ressasser les souvenirs du dernier amusement et à préparer le prochain. La raison que Dieu nous avait donné pour le chercher et le connaître a été détournée au service du Moi et de la jouissance (Rom. 1.28-30).

Applications spirituelles

Notre manière d’agir dans les choses de ce monde se répercute sur notre attitude face à Dieu et dans nos responsabilités spirituelles. La tendance à la paresse et l’habitude de « chasser sans rôtir son gibier » se transposent sur le plan spirituel. On s’attend là aussi à obtenir les bénédictions sans effort, on a tendance à courir d’un gibier à l’autre sans prendre le temps de valoriser et d’assimiler les produits de sa chasse : on cherche à esquiver les tâches fastidieuses de l’« après chasse ».

Nous sommes plus riches que tous nos prédécesseurs en informations religieuses : livres, revues, traités, conférences, disques, émissions radiophoniques diffusent la pensée chrétienne. Jamais pourtant la connaissance de Christ n’a été si superficielle, la croissance des chrétiens si lente et les réalisations si sporadiques et si décevantes. Pourquoi ? Notre verset nous donne la réponse.

A quoi correspond l’étape chasse ? Cela peut être la recherche des connaissances bibliques et des vérités spirituelles dans des lectures, des sermons, des conférences, des entretiens, des conventions. On collectionne les idées religieuses comme des trophées de chasse, mais elle ne transforment pas la vie parce que l’étape « rôtir son gibier » a été négligée : on ne médite plus ce qui a été lu et entendu, on ne prend pas le temps de tourner et retourner les pensées dans la réflexion et la prière jusqu’à ce qu’elles soient assimilées. On amasse des émotions et des expériences, maïs elles sont aussitôt chassées par de nouvelles impressions et restent sans emprise sur l’être profond. Relisons Jacques 1.22-25.

Pour une église, la chasse peut correspondre à la conquête des âmes par l’évangélisation collective ou le témoignage individuel. Etape indispensable à une vie équilibrée conforme à la volonté de Dieu, mais qui doit obligatoirement être suivie d’un autre travail moins spectaculaire et attrayant : les visites aux personnes intéressées, les entretiens sur leurs problèmes, l’édification et l’enseignement des nouveaux convertis, l’éducation des membres d’église. Jésus reprochait aux pharisiens de parcourir terres et mers pour faire un prosélyte, mais de le laisser ensuite devenir pire qu’eux-mêmes. Il les accusait en somme de ressembler au chasseur de notre texte. Aujourd’hui encore, l’engouement pour la chasse est généralement plus grand que pour les tâches humbles été persévérantes du « travail de suite ».

Ce verset est donc bien propre à inspirer notre examen de conscience.

Quelques pages à relire et à méditer

Luc 8.15 ; 21.19 ; Actes 14.22 ; Rom. 2.7 ; 5.2-3 ; 12.12 ; Eph. 6.18 ; II Thess. 1.4 ; II Tim. 2.12 ; Héb. 6.12-15 ; 10.36 ; 12.1 ; Jacq. 1.25.

Examen de conscience

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