Ils sont nés deux fois

Croire, c’est obéir au Christ et lui être fidèle

Watchman Nee

Huo Ping, la mère de Watchman Nee (en chinois : Nee To Sheng), s’était livrée à Dieu dans sa jeunesse et avait même donné un anneau d’or à une évangéliste, mais par la suite, elle se lança dans la politique révolutionnaire et passait son temps à des jeux de cartes et de dés. Or, voilà qu’elle entend que cette évangéliste venait dans sa ville tenir des réunions. Par amitié pour elle, elle se rendit à ces réunions et retrouva le chemin vers Dieu. Elle commença à tenir un culte de famille auquel son fils Watchman assista. Là, contrairement aux traditions chinoises, elle lui confessa de l’avoir battu à tort et lui demanda de lui pardonner. Watchman se détourna sans lui répondre, mais la nuit suivante, il fut touché par Dieu à cause de cette confession : jamais encore il n’avait entendu que des parents aient à tel point perdu la face devant leur enfant. Si la prédication chrétienne pouvait obtenir de telles transformations, cela valait la peine d’aller écouter cette évangéliste. C’est là qu’il fut, lui aussi, saisi par le remord de ses péchés et qu’il trouva en Christ son Sauveur. Dans un acte de consécration, il se livra à Dieu et lui promit de le servir. Il avait entendu que lors de sa naissance, sa mère l’avait consacré au service de Dieu. De plein cœur, il donna son assentiment à ce pacte. Watchman avait 18 ans. Il décida de faire comme les disciples de Jésus qui « abandonnèrent tout pour suivre le Maître » et de consacrer à Dieu toutes ses facultés, son temps, son argent, sa force physique.

Il se rappela avoir triché lors d’un examen de connaissances bibliques en inscrivant des données sur ses mains. Or, leur directeur les avait avertis qu’un étudiant pris sur le fait de tricher serait immédiatement renvoyé du collège — ce qui lui interdisait l’accès à l’université et à des études à l’étranger. Tout son avenir était en jeu, mais Watchman alla trouver son directeur et lui confessa son forfait. Il fut soulagé d’apprendre qu’il pourrait rester au collège.

Il disparut inopinément un jour pour se rendre pendant une année à Chang-Hai afin de suivre les cours de l’Ecole biblique de Dora Yu, l’évangéliste par laquelle il s’était converti. Il y apprit à se confier uniquement à Dieu, à saisir la Parole de Dieu par le cœur — et à l’apprendre par cœur. Lorsqu’il fut de retour dans son collège, il prit la résolution de parler du Christ avec chacun de ses camarades après avoir prié pour lui. Par la pureté de sa vie et sa sincérité, il gagna leur attention. Plusieurs d’entre eux furent convaincus, se joignirent aux réunions de prière et commencèrent à évangéliser en ville.

La mère de Watchman avait échangé ses tournées de propagande politique contre des tournées d’évangélisation. Son fils l’invita à l’accompagner à des études bibliques tenues pas deux missionnaires anglaises qu’elle avait évitées jusqu’à présent parce qu’elles pratiquaient le baptême des croyants. Après un moment de prière, elle consentit à y aller. « Et, de plus, j’aimerais être baptisée. — Moi aussi, répliqua Watchman, c’est pour cela que j’y vais ». C’est par l’étude de la Bible qu’il était arrivé à cette conviction, et c’est ainsi que lui, sa mère et son frère furent baptisés dans le fleuve. Peu de temps après cela, ils prirent le repas du Seigneur en toute simplicité dans la maison d’un ami où ils se réunissaient pour la prière et l’étude de la Bible. C’était en 1922.

A la fin de cette année vint à Fou-Tcheou une autre évangéliste, une ancienne athée militante, enseignante d’une école du gouvernement qui avait brûlé tous les Nouveaux Testaments qu’elle avait trouvés chez ses écolières. Deux d’entre elles résolurent de prier pour elle. Bientôt, elle fut saisie d’une soif de Dieu et se mit à lire la Bible en secret. Elle y découvrit le Christ comme Sauveur personnel. Par ses réunions à Fou-Tcheou, plusieurs se convertirent. Après son départ, les jeunes convertis décidèrent de continuer les réunions ; ils allèrent dans les rues pour inviter les gens — qui vinrent de plus en plus nombreux aux rencontres quotidiennes. De là, plusieurs dizaines de jeunes se rendaient à la campagne pour évangéliser les paysans.

Pendant ce temps, Watchman grandit intérieurement. Il apprit à se plier à un frère plus âgé qui, selon lui, avait tort, à ses parents qui lui interdisaient l’évangélisation d’une île infestée par des bandits. Il apprit aussi à dépendre financièrement de Dieu seul, à renoncer à son amour pour une jeune fille mondaine. Il continua son évangélisation des îles avec ses collaborateurs et fut encouragé dans sa foi par des réponses précises à leurs prières. Il se mit aussi à étudier sérieusement des commentaires bibliques et des biographies d’hommes de Dieu.

Dans les années 1927-28, il fut gravement malade de la tuberculose. Il écrivit son premier et son seul livre : « L’homme spirituel » (les autres livres parus sous son nom furent rédigés par les élèves qui avaient assisté à ses prédications et ses études bibliques). Watchman Nee avait à peine 25 ans et plus tard, il jugea ce livre trop théorique. Il publia aussi une revue : « Le chrétien » qui le fit connaître par beaucoup de croyants — entre autres par Witness Lee. Il fut invité en Malaisie et en Angleterre (où il fréquenta les Assemblées de Frères darbystes, mais en fut exclu parce que, lors de sa visite à Londres, il avait rompu le pain dans l’Eglise d’Austin Sparks à Honor Oak).

L’œuvre du Little Flock (petit troupeau) grandit rapidement par les traités rédigés par Watchman Nee et par les « apôtres » qui allaient de lieu en lieu pour fonder des Eglises. En 1928, il y en avait 128. Dans les Eglises du Petit Troupeau, les croyants se rencontraient pour mieux connaître le Seigneur et pour le servir. Dans certaines d’entre elles, on trouvait des Chinois lettrés (médecins, professeurs, hommes d’affaire et officiers de l’armée). On y pratiquait le baptême des croyants et la fraction du pain le dimanche. Les membres de ces Eglises avaient une attitude très critique vis-à-vis des différentes dénominations chrétiennes parce qu’elles étaient les fruits des missions étrangères. Des conférences que Nee donna lors d’un voyage en Europe sont nés deux livres fondamentaux : « La vie chrétienne normale » et « La vie d’Eglise chrétienne normale ».

Dans l’année 1943, Nee développa avec Witness Lee une nouvelle forme d’évangélisation des contrées non touchées par l’Evangile : un certain nombre de familles y émigrèrent, soutenues pendant les trois premiers mois par l’Eglise qui les envoyait. Ensuite la communauté composée d’artisans de divers métiers pourvoyait elle-même à ses besoins. Dans plusieurs cas, un nombre important de nouveaux convertis furent gagnés et baptisés (parfois dans de très mauvaises conditions : dans un cas, il fallut casser la glace du fleuve, épaisse de 60 cm). Nee se consacra principalement à la formation des collaborateurs qui furent par la suite envoyés dans différentes régions de Chine et à l’étranger.

Entre temps, les communistes poursuivaient leur « longue marche » et investissaient une ville après l’autre. Chang-Hai et Pékin tombèrent en 1949. Pendant deux années après la « libération », on laissa l’Eglise tranquille. Les membres du parti observaient les chrétiens, ils se renseignaient sur les dirigeants et formaient leurs plans pour l’avenir.

W. Lee vint à Hongkong et essaya de persuader W. Nee de ne pas retourner à Chang-Haï. Il avait fait de mauvaises expériences avec les communistes et connaissait leur stratégie. Mais les anciens de Chang-Hai le prièrent de revenir et Nee se déclara prêt à soutenir ses enfants spirituels, fût-ce au prix de sa vie. Il croyait encore à la possibilité d’une collaboration paisible avec le gouvernement communiste. Les grandes assemblées se dispersèrent et continuèrent à évangéliser. Leur influence fut considérable car ils n’avaient aucun lien avec l’étranger. Au cours de l’année 1951, presque tous les missionnaires étrangers partirent.

Un membre du Petit Troupeau publia dans le journal chrétien officiel (le seul toléré par le parti) une accusation contre W. Nee qui, selon lui, contrôlait de manière dictatoriale 470 Eglises dans le pays. Le 10 avril 1952, Nee fut arrêté en Mandchourie dans sa 50e année. La fabrique de médicaments qu’il avait créée pour soutenir l’œuvre fut confisquée par l’Etat et lui-même fut emprisonné et soumis au lavage de cerveau et aux différentes méthodes de coercition pour le soumettre aux buts du parti. Les Eglises furent forcées de s’associer au programme du parti, mais beaucoup de « petits troupeaux » refusèrent. Elles continuèrent à évangéliser avec grand succès — même dans les écoles politiques. Un véritable Réveil se répandit parmi les étudiants.

En janvier 1956, tous les membres de l’Eglise de Nee devaient assister à une série de réunions convoquées par le bureau des affaires religieuses. On leur lut une liste d’accusations de 2296 pages présentant Nee comme responsable de manœuvres impérialistes, d’espionnage, d’irrégularités financières et d’une vie immorale. Dans le même temps, des milliers de conducteurs chrétiens furent incarcérés dans le pays. Dans le journal religieux officiel, 11 pages furent consacrées aux crimes de W. Nee, un loup ravisseur. Les membres de son Eglise furent soumis à un enseignement marxiste ; ceux qui ne se pliaient pas furent emprisonnés. Le régime carcéral consistait en 8 heures de travail dans une fabrique, 8 heures d’enseignement politique et 8 heures de sommeil.

Après les 15 années de prison auxquelles il avait été condamné, ses amis espéraient sa libération, mais son orientation politique n’était pas suffisamment transformée aux yeux de ses geôliers, de sorte qu’il devait rester en prison. Dans les années 60, ses écrits se répandirent aussi dans le monde occidental, de sorte que l’on priait beaucoup pour les chrétiens chinois.

On apprit de source officielle que W. Nee pouvait être libéré et expulsé de Chine si une rançon importante était déposée dans la banque chinoise de Hong-Kong. Il était tellement connu et aimé que cette somme fut bientôt rassemblée et déposée, mais on apprit de la même source que la transaction était annulée. On suppose que c’est Nee lui-même qui l’a refusée. Le 1er juin 1972, âgé de 69 ans, il mourut en prison.24

24 D’après Angus Kinnear Watchman Nee, Ein leben gegen den Strom Wuppertal Brockhaus 1976 (1974).

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