Abraham l’ami de Dieu

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La mort de Sara et l’achat de la caverne de Makpéla

(Genèse 23.1-20)

Sara est morte à 127 ans à Hébron, un nom qui signifie communion. C’est un privilège de mourir dans la communion avec Dieu et avec les siens.

Abraham voulait préparer à son épouse bien-aimée une sépulture digne d’elle. Elle avait été une fidèle compagne qui avait partagé avec lui bien des dangers et les risques de sa foi. Pendant plusieurs décennies, elle a porté le poids de sa stérilité. Elle l’a vaincue par la foi. Elle a maîtrisé la grande « maison » d’Abraham avec ses centaines de serviteurs – tout en restant dans une parfaite soumission à son mari qu’elle appelait son « seigneur » (Ephésiens 5.22s.).

Sa tombe devait être connue, reconnue et révérée ; c’est pourquoi Abraham acheta un terrain contenant une caverne destinée à devenir le caveau funéraire familial.

Sa négociation avec les Hittites a un caractère typiquement oriental. Les occupants du territoire venaient de l’Anatolie (la Turquie moderne) ; leur empire était très étendu au 18e siècle av. J.-C., mais des groupes de cette population avaient émigré bien avant cette date et s’étaient établis dans différents pays. Ceux dont il est question dans notre récit ont l’air de s’être bien assimilés dans la région, puisqu’ils portent des noms sémites et sont considérés comme des membres de la communauté locale (26.34 ; 27.46 ; 28.1 ; 36.2). Abraham, par contre, est vu par eux comme un « étranger » (23.4). Mais, les Hittites lui répondent qu’ils le considèrent « comme un prince de Dieu au milieu » d’eux. C’est sans doute sa victoire sur les quatre rois élamites et la libération des captifs de la région (chap. 14) qui lui valut cette réputation, de Dan à Beer-Chéba et jusqu’au nord de Damas (14.14-15). Une alliance avec lui était fort souhaitable. Ils lui proposent donc d’ensevelir sa femme dans l’une de leurs tombes (23.6). Mais, Abraham avait déjà repéré l’endroit qui lui convenait ; situé dans un champ appartenant à Ephrôn, c’était une caverne connue sous le nom de Makpéla (caverne double). C’est là qu’il voulait établir son caveau, loin des tombes hittites.

Ce qu’Abraham demande, c’est plus qu’une autorisation d’inhumer : c’est la propriété juridique d’une tombe. Il présente sa demande « à la porte de la ville » où se réunissent les notables et où d’autres passants pourront être témoins de la transaction – qui doit se dérouler en public. Ephrôn comprend que son intérêt n’est pas de vendre seulement la tombe ; il ne la laissera qu’avec le champ qui la contient. Il propose donc de donner le champ, la grotte et la possibilité d’y enterrer la défunte. Mais personne n’est dupe, pas plus Abraham que les témoins, et il veut acheter le tout. Le vendeur évoque adroitement la somme qu’il attend : accepter de l’argent ? Non, vraiment. Car que sont quatre cents sicles d’argent entre le patriarche et lui ? Mieux vaut ne pas en parler… (v. 15). « Abraham comprend (ou : accepta la proposition, les conditions, donna son consentement) ». Ce « caveau familial » sera la première possession qu’il aura dans la Terre promise. Y seront enterrés après Sara, Abraham, Isaac, Rébecca, femme d’Isaac, Léa puis Jacob, qui sera ramené d’Egypte afin d’être « réuni aux aïeux ».

La négociation se passe selon les règles1 – sauf sur un point : Abraham refuse de marchander le prix proposé, bien qu’il ait été exorbitant : 400 sicles, comparés aux 20 sicles payés pour Joseph (37.28). Et pour l’achat de tout le site du Temple, David ne paiera que 50 sicles d’argent à Oman (2 Samuel 24.24). Jérémie paya 17 sicles pour le champ d’Anathoth (Jérémie 32.9). D’après le Code d’Hammourabi, un ouvrier gagnait 6 à 8 sicles par an.

1 Pourquoi Abraham n’a-t-il pas accepté en cadeau le champ qu’Ephrôn lui offrait ? Voir l’entrée Genèse 23.11-16 dans l’EDB I.

Ephrôn a sans doute répété l’histoire à qui voulait l’entendre en se gaussant de la naïveté d’Abraham : une manière comme une autre d’assurer la pérennité de l’attribution de cette caverne en la rendant publique.

« Cette acquisition est si importante que le narrateur insère la copie du document cadastral (avec les précisions que l’on retrouve dans les anciens contrats de Mésopotamie)… Cet achat revêt une telle importance parce qu’il garantit la première et unique propriété foncière légalement acquise par le Patriarche dans la terre sainte : sa propre tombe » (W. Vischer p. 105).

Ces 400 sicles ont-ils été payés en pièces de monnaie ?

Non, les monnaies ont été inventées beaucoup plus tard. Le « sicle » n’était pas une monnaie, mais un poids. Le métal précieux était pesé : 1 sicle = 16,37 g. Vers l’an 1000 av. J.-C., on a passé en Italie de la masse de métal informe à la barre. Cette barre a ensuite été découpée en rondelles de même poids garanti par une empreinte. « La naissance de la monnaie fut un pas décisif dans l’histoire de l’argent, presque aussi important que l’invention de l’écriture. Il eut lieu vers 650 av. J.-C. en Asie Mineure. Sur ces premières monnaies, on a imprimé une effigie, généralement la tête d’un souverain. Sous la main des ciseleurs de tampons grecs, la monnaie est devenue une œuvre d’art. Les représentations sont d’une grande diversité. La valeur de la monnaie dépendait de son poids en argent ou en or » (E. Herrmann, Perspektive, 9/2003, p. 24).

Abraham n’a voulu acheter que la caverne, mais Ephrôn a insisté pour lui vendre tout le champ avec les arbres qu’il portait. Etait-ce pour se libérer des taxes afférentes ? M.R. Lehmann a attiré l’attention sur deux lois hittites obligeant celui qui achète un champ à payer les impôts et faire les corvées y afférentes. Mais s’il n’achète qu’une partie du champ, il n’est pas soumis à ces obligations. Si Ephrôn peut se débarrasser de tout le champ, il se libère en même temps des obligations qui y sont liées. Lehmann dit à ce sujet : « Nous avons trouvé que Genèse 23 est imprégné d’une connaissance intime des subtilités complexes des lois et des coutumes hittites, correspondant exactement au temps d’Abraham et s’insérant dans les traits hittites que nous rapporte la Bible. Avec la destruction définitive de la capitale hittite de Hattousa vers 1200 av. J.-C., ces lois ont dû tomber complètement dans l’oubli. Cette étude confirme de nouveau l’authenticité du matériel de base qui constitue l’arrière-plan de l’Ancien Testament, ce qui fait de lui une source de valeur unique pour l’étude de tous les aspects sociaux, économiques et légaux des périodes historiques qu’il dépeint ».2

2 « Abraham’s Purchase of Machpelah and Hittite Law », Bulletin of the American School of Oriental Research, 1.29 (1953) p. 18.

La caverne de Makpéla est aujourd’hui un lieu hautement gardé. « Les musulmans l’appellent Haram el-Khalîl – sanctuaire de l’Ami ; les juifs Me’arat hamakpéla — la grotte de Makpéla ; les chrétiens sépulture des Patriarches. Il représente, pour les uns et les autres, un des lieux les plus sacrés du monde » (A. Ségal p. 49-50). Les croisés y avaient construit une église dédiée à saint Abraham sur l’emplacement d’une ancienne mosquée – qui occupait l’espace d’une basilique chrétienne de l’époque byzantine, qui avait pris la place d’un sanctuaire juif. Depuis le retour des musulmans dans la région, le lieu est dominé par une mosquée à la mémoire d’ibrahim (Abraham), fondateur du culte monothéiste de la Ka’aba à La Mecque (et du pèlerinage à ce centre religieux de l’islam). Le lieu joue un rôle semblable à la tombe de Mahomet à Médine. Une parole attribuée au Prophète déclare : « Celui qui ne peut pas me visiter, qu’il aille visiter le tombeau d’Abraham, Allah efface ses péchés ». (D’après A. Ségal, p. 50-55). A l’Ecole biblique de Jérusalem, des dizaines de milliers d’ouvrages et plusieurs centaines de périodiques spécialisés sont consacrés à la caverne de Makpéla (interdite aujourd’hui par les musulmans).

Questions

  1. Quels motifs ont poussé Abraham à acheter cette caverne de Makpéla ?
  2. Pourquoi n’a-t-il pas accepté l’offre d’Ephrôn de donner la caverne gratuitement ?
  3. Quelle importance l’achat de cette caverne aura-t-il dans l’avenir ?

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