Baptême et sainte cène

Chapitre 4

Comment le repas du Seigneur a-t-il été compris au cours de l’histoire de l’Eglise ?1

1 Ces quelques lignes résument le développement historique de la doctrine de la cène au cours des premiers siècles (Le repas du Seigneur p. 177-189), au Moyen Age (p. 199-200), au temps de la Réforme et après (p. 201-221).

Au cours des premiers siècles, on a pratiqué fidèlement la cène dans toutes les rencontres de l'Eglise, mais très tôt se sont manifestés quelques glissements de son sens. Dès le 2e siècle, par analogie avec l’ancienne alliance, on y a vu un sacrifice propitiatoire (c.-à-d. qui nous rend Dieu propice). Il fallait y assister le plus souvent possible pour voir ses péchés pardonnés. Peu à peu s’est aussi répandue l’idée que, dans la cène, le pain et le vin sont transformés en corps et en sang du Christ, de sorte que la vie éternelle dépendait de sa participation à ce sacrement, qui devenait une répétition du sacrifice de la croix.

Cette évolution s’accentuera au cours du Moyen-Age : pour accomplir le sacrifice de l’eucharistie, il faut un sacrificateur, c.-à-d. un prêtre consacré : d’où un fossé de plus en plus grand entre le clergé et les fidèles. La cléricalisation de l'Eglise fut un corollaire obligé de cette évolution doctrinale. La table de communion devint un autel. Le peuple, séparé des prêtres par les jubés, assistait toujours plus passivement au mystère eucharistique. L’hostie était présentée à l’adoration des fidèles, la coupe leur fut retirée. Vers le 12e siècle, on définit la doctrine de la transsubstantiation, transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ, et sa « présence réelle » sous cette forme dans l'église. Cette évolution ne se fit pas sans résistance d’éminents théologiens, mais leurs voix furent étouffées d’autorité.

Les Réformateurs réagirent contre les déviations de l’Eglise romaine, mais ils ne purent pas se mettre d’accord sur leurs conceptions de la cène. Luther a défendu l’idée d’une présence réelle du corps et du sang du Christ au moment du repas du Seigneur (consubstantiation), tout en s’opposant à une transformation de la substance des éléments. Pour Zwingli, la cène est un témoignage public de la foi. Les éléments n’ont qu’une valeur de symboles. Calvin adopta une position moyenne entre les deux : bien que le pain et le vin signifient le corps et le sang du Christ, le fidèle qui communie reçoit réellement ce corps et ce sang par la vertu du Saint-Esprit: «en prenant le signe du corps, nous prenons pareillement le corps» (Institution IV.17, 10).

La Réforme radicale a défendu une vue spirituelle et symbolique de la cène. Le Mouvement des Frères du 19e siècle a replacé la cène au centre du culte (comme l’Eglise primitive).

Dans l'Eglise catholique, la doctrine eucharistique a passablement évolué depuis le Concile de Trente, surtout depuis Vatican II ; bien que le noyau de cette doctrine soit resté inchangé, son interprétation est plus souple.

Le BEM (Baptême, eucharistie, ministère, document élaboré à l’instigation du Conseil œcuménique des Eglises) reflète davantage la pluralité des doctrines ecclésiales sur la cène que la doctrine biblique. Il était destiné à favoriser l’intercommunion entre membres de différentes Eglises.

Si par ce terme on entend une participation commune à la cène d’enfants de Dieu membres d’Eglises différentes, on ne voit pas ce que l’on pourrait y objecter. Si, par contre, il s’agit, pour des croyants, de participer à l’eucharistie catholique, ils doivent savoir quelle signification l'Eglise romaine donne à l’eucharistie et à la participation à sa célébration2.

2 Voir dans Le repas du Seigneur p. 270 l'avis du Cardinal Suenens : participer à l'eucharistie catholique, c'est confesser publiquement sa communion avec les évêques et avec le pape.

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