Comment lire la Bible

5. L’ÉTUDE D’UN CHAPITRE DE LA LOI

Chez les Juifs les cinq livres de Moïse s’appelaient « la loi », le reste de leur Bible était intitulé « les prophètes » (Mat. 7.12 ; 11.13 ; Actes 13.15 ; 24.14) et les « hagiographes ».

Les lois de l’ancienne alliance, en particulier les lois cérémonielles, nous paraissent dénuées de tout intérêt actuel : quelle signification peuvent avoir pour nous les sacrifices et les rites accomplis dans un temple démoli depuis 1900 ans ? Le livre du Lévitique, en particulier, apparaît à beaucoup de chrétiens comme définitivement périmé.

« Le Lévitique est peut-être le livre de la Bible le plus méconnu et le plus fermé pour beaucoup de gens. Cependant, son importance est telle qu’on peut le considérer comme la clé de l’Ancien Testament. Il révèle la façon dont Dieu voulait être adoré sous l’ancienne alliance, et contient sous une forme imagée, tous les principes spirituels du culte du Nouveau Testament » (R. Pache).

Prenons, par exemple, le deuxième chapitre de ce livre consacré aux offrandes. Lisez-le en entier et notez les mots et expressions qui reviennent le plus souvent.

Remarques préliminaires

Vous serez certainement frappés par la répétition du mot offrande (25 fois). Ce mot et le verbe offrir reviennent constamment dans ces premiers chapitres (une centaine de fois dans les chapitres 1 à 7). Cette première constatation nous parle : quelle place occupe l’offrande dans nos relations avec Dieu ? N’allons-nous pas au culte, ne lisons-nous pas la Bible, ne prions-nous pas, surtout pour recevoir des bénédictions de Dieu ? L’Israélite, qui avait moins de privilèges que nous, était exhorté à offrir quelque chose à Dieu.

L’expression : « d’une agréable odeur à l’Eternel » se trouve 3 fois dans le chapitre. Elle revient 12 fois dans les 8 premiers chapitres à propos des offrandes apportées par l’homme à Dieu. Dieu peut-il agréer ce que nous avons à lui offrir ? Ce chapitre nous montre quelles conditions Dieu pose pour que notre offrande soit « d’une agréable odeur à l’Eternel ».

Une dernière remarque préliminaire : comptez les verbes porteurs de commandements : il versera, il ajoutera, il apportera… Vous en trouvez une vingtaine : l’homme n’a pas à imaginer ce qu’il pourrait bien accomplir pour faire plaisir à Dieu. Dieu a des idées précises là-dessus et l’homme n’a qu’à suivre les recommandations données dans sa Parole. Un peu plus loin, dans ce même livre du Lévitique, nous retrouverons constamment cette expression : « comme l’Eternel l’a ordonné » (8.5, 9, 13, 17, 21, 31, 34, 35, 36 ; 9.21 ; 10.1, 13, 15, 18).

Symbolisme des rites

Nous n’apportons plus de gâteaux à des sacrificateurs. Quelle signification ont donc ces rites pour nous ?

Quel sens avaient-ils pour les Juifs ? Lorsqu’un homme apportait un gâteau fait de fleur de farine arrosé d’huile et aromatisé d’encens, quelles pensées son offrande lui suggérait-elle ? Farine et huile étaient les éléments essentiels de sa nourriture, le produit de son travail : culture, moisson, mouture, cuisson. Avec cette galette, il offrait à Dieu le fruit de son labeur. Il comprenait que Dieu nous demande de lui consacrer nos efforts et le fruit de notre travail.

En allant un peu loin, il pouvait se dire que Dieu ne demandait pas des grains de blé et des olives, mais le produit des grains et des olives écrasées. La mouture évoque la souffrance. La cuisson au four (v. 4) et à la poêle (v. 4) pouvait également lui parler des souffrances, qu’elles soient cachées (four) ou visibles (poêle).

Nourriture, travail et souffrance ne sont-ils pas les composantes de notre vie ? L’offrande de gâteau symbolisait l’offrande de notre vie d’homme avec ses joies, ses peines et ses souffrances.

La vie agréable à Dieu

Quelques détails supplémentaires précisaient le genre de vie que Dieu nous demande de lui offrir :

  1. sans levain : le levain c’est de la pâte aigre qui fait enfler la nouvelle pâte d’une manière creuse, artificielle. Ainsi l’orgueil enfle, l’hypocrisie aigrit la nature humaine ;

  2. sans miel : au premier abord, le miel est doux et agréable, mais il fermente vite (surtout le miel de raisin que l’on utilisait beaucoup en ce temps-là) et il devient aigre. C’est la douceur naturelle du caractère qui subit vite l’influence des ferments ambiants ;

  3. avec du sel : le sel n’est guère agréable au premier contact, mais mélangé aux aliments il affine leur saveur. D’autre part, il conserve et ne s’altère pas (cf. Marc 9.49-51) ;

  4. avec de l’encens : l’encens n’a aucune utilité pour l’homme : il ne se mange pas et ne rend pas les aliments agréables. Il n’est là que pour Dieu : on brûle de l’encens dans le temple : sa fumée monte vers le ciel comme un symbole des prières et des louanges.

Ces détails parlaient à tout Israélite qui réfléchissait, ils lui indiquaient quelle vie pouvait être agréée par Dieu.

Les Juifs pieux savaient en outre que l’huile était symbole de l’Esprit divin (les rois étaient oints d’huile), que le levain représentait la corruption du monde (la Pâque devait se célébrer avec des pains sans levain). Le texte précise que le sel était « signe de l’alliance de ton Dieu » (v. 13).

Il devait donc présenter à Dieu une vie pétrie (v. 4), donc imprégnée de la présence du Saint-Esprit, arrosée (v. 1) journellement par ce même esprit, élevant à Dieu de continuelles adorations (encens). Cette vie vécue dans l’alliance avec Dieu (sel) devait être exempte du « levain de la malice » et de la « méchanceté » (I Cor. 5.8), ainsi que de toute douceur qui ne serait que le produit fugace de la nature humaine (miel).

Sacrifice propitiatoire

Si cet Israélite était sincère, il devait se rendre compte de la distance qui séparait la vie demandée par Dieu et la sienne. Dieu l’appelait-il à un idéal inaccessible ou lui faisait-il présenter sa propre condamnation ? Non certes, car ce sacrifice, comme les autres, avait un caractère substitutif, donc propitiatoire, c’est-à-dire rendant Dieu propice, favorable. Il représentait la vie que l’Israélite pieux aurait désiré offrir à Dieu et qu’il ne pouvait lui présenter que sous la forme d’un symbole.

Il reconnaissait par cette offrande qu’il aurait dû apporter à Dieu une vie conforme à la signification de son gâteau, donc que seule une vie parfaite pouvait être agréée par lui. Mais, dans sa grâce, Dieu acceptait le symbole à la place de la réalité et se montrait propice (caractère propitiatoire du sacrifice) à l’offrande.

Signification pour nous

Ces mêmes significations sont encore valables pour nous. Ce chapitre peut nous servir d’exhortation et d’avertissement. Devant ce tableau d’une vie agréable à Dieu, nous pouvons nous demander si notre vie correspond à l’exigence divine. Il faut aussi apaiser notre conscience troublée, car dans ce symbole nous pouvons voir l’image de la vie de Jésus-Christ offerte à la place de notre vie imparfaite.

En effet, comme la galette, le Fils de Dieu a été pétri d’huile (conçu du Saint-Esprit), arrosé par cette même huile (l’onction reçue après son baptême). Comme un encens, ses prières montaient continuellement à Dieu. Plus il était en contact avec le feu de l’épreuve, plus le parfum de sa vie consacrée à Dieu se répandait. Il a rétabli l’alliance avec Dieu. Ses paroles et ses actes ont, comme le sel, attaqué les plaies de son peuple, mais préservé le monde de la corruption. On ne trouvait en lui ni enflure creuse, ni hypocrisie (levain), ni caractère doucereux (miel). Sa vie a été, comme les grains de blé, broyée et exposée au feu de l’épreuve. Il a connu les souffrances visibles (poêle) et cachées (four). Comme il était l’holocauste parfait (Lév. 1), le sacrifice parfait d’action de grâces (ch. 3), d’expiation (ch. 4) et de culpabilité (5.14-26), il est aussi la réalisation du symbole de l’offrande dont tous les gâteaux offerts au long de l’histoire d’Israël n’étaient que la préfiguration.

Quel apaisement, lorsqu’à la fin d’une journée marquée par l’imperfection de notre vie, nous pouvons nous présenter devant Dieu, non plus avec cet aveu mille fois répété : « Seigneur je n’ai rien à t’offrir », mais avec l’offrande parfaite de la vie de Jésus-Christ. Son sang a été versé pour expier nos péchés. Son corps, c’est-à-dire sa vie, a été « donné pour nous » (Luc 22.19) : il a été fait pour nous « sanctification » (1 Cor. 1.30) : « Nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes » (Héb. 10.10). Nous pouvons donc, comme le conclut l’auteur des Hébreux, nous approcher de Dieu « avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d’une mauvaise conscience » (10.22).

Nous nous souviendrons toutefois que cette offrande substitutive ne nous dispense pas des efforts pour aligner notre vie sur le modèle présenté, pas plus que le sacrifice expiatoire de Christ ne nous relève de l’obligation de lutter contre le péché. Christ, n’est pas seulement donné « pour nous ». Il vit aussi en nous. C’est pourquoi il peut, par son Esprit, reproduire en nous la vie parfaite symbolisée par l’offrande du gâteau.

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