Le Groupe des Dombes tente d’expliquer aux catholiques la raison des réticences des protestants devant le culte marial. Le protestant, « sentant monter en lui cette crainte que ses frères en Christ n’aient quelque tendance à faire de Marie comme une déesse, il nous rappelle que le culte chrétien, c’est prier Dieu seul par son Fils en l’Esprit » (Marie p. 106).
Au lecteur de juger, par les citations qui suivent, si cette crainte est justifiée.
Pendant les trois premiers siècles, nous n’avons aucune trace d’un culte de Marie ni d’une prière adressée à la Vierge. « Au cours des cinq premiers siècles, on n’aperçoit dans les peintures ou les fresques du temps aucun indice montrant que Marie était en quoi que ce soit élevée au-dessus des fidèles… Il faut arriver au 6e siècle pour rencontrer des indices d’une dignité prééminente accordée à Marie. Il s’agit d’une peinture représentant l’Ascension du Sauveur et contenue dans un manuscrit syriaque daté de l’an 586. Marie est placée au centre des apôtres. Là, elle a le nimbe, de même que Jésus et les anges ; les apôtres ne l’ont pas » (A. Antomarchi Rome face à l’Evangile citant le Dictionnaire de Hastings p. 223).
Au 4e siècle, en Arabie, des femmes se disent « prêtresses de la Vierge » et instituent une fête en l’honneur de Marie. Elles lui offrent en sacrifice de petits gâteaux – comme les femmes de Juda le faisaient à la « reine du ciel », attirant sur elles et sur leur pays la malédiction de Dieu, comme le déclare le prophète Jérémie (Jérémie 7.16-20). Ces femmes arabes formaient une secte combattue par Epiphane qui leur reprochait d’être inspirées par le diable pour rendre des honneurs divins à la nature humaine.
C’est au 5e siècle seulement que le culte de la Vierge fait vraiment son apparition sous l’influence des cultes païens. En 606, le Panthéon de Rome (temple païen contenant les statues de tous les dieux) lui est consacré. A partir de là, le culte de la Vierge se répand partout sans obstacle. Ses images et ses reliques se multiplient dans les églises, alors que Jésus, petit enfant dans les bras de sa mère, passe dans l’ombre.
« On peut admettre comme un fait établi, que le culte de Marie s’est substitué à celui des divinités-mères du monde méditerranéen » (G. Miegge La Vierge Marie p. 13).
Pierre Bourguet parle « d’une gigantesque tentative romaine pour christianiser tant bien que mal les résurgences de diverses religions naturelles» (Le protestantisme et la Vierge Marie p. 13). C’est ainsi que l’on s’explique « les reports, sur la tête de Marie, d’une masse de titres appartenant jadis aux déesses des païens ».
Au second Concile de Nicée (787), une distinction a été faite entre la vénération due aux saints (dulie) et le culte dû à Dieu seul (latrie). Mais déjà à cette époque, Marie était considérée comme formant une classe à part et la vénération qui lui était attribuée s’appelait hyperdulie.26
26 Dulie = honorer : latrie = adorer : hyperdulie = vénérer.
L’hyperdulie est le respect suprême dû à Marie à cause de son éminente dignité de « Mère de Dieu et à cause de son ministère de Mère de tous les hommes, de médiatrice universelle, de co-rédemptrice. Il n’est pas supérieur, mais spécifiquement distinct de la vénération des saints, car Marie est la reine des saints » (P. Maury Le protestantisme et la Vierge Marie p. 35). Ces distinctions subtiles des théologiens sont royalement ignorées des simples fidèles qui invoquent Marie comme ils invoqueraient Dieu ou Jésus-Christ.
Pour pouvoir entendre et exaucer les millions de prières qui montent tous les jours vers elle depuis la terre entière, Marie doit être dotée de l’omniprésence et de l’omniscience divines ; donc elle doit avoir été divinisée, car aucun humain ne reçoit ces qualifications après sa mort. On lui attribue aussi quantité de miracles que seul un être divin peut accomplir. Pourtant, même l’Eglise romaine n’a jamais assimilé Marie à Dieu.27
27 On reste cependant perplexe devant les affirmations du pape Benoît XVI, qui a prononcé en août 2005 à Castel Gandolfo une allocution à l’occasion de l’Assomption de Marie dans laquelle il a dit : « Comme le Christ est ressuscité des morts avec un corps glorifié et remonté au ciel, ainsi la Vierge qui lui fut pleinement associée a été accueillie avec toute sa personne dans la gloire céleste… Elle nous écoute toujours, nous est toujours proche et participe, en tant que Mère du fils, à sa puissance et sa divinité ».
Dans le décalogue, Dieu a décrété : « Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux là-haut, ou sur la terre ici-bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre.
« Tu ne te prosterneras pas (ne t’inclineras pas BFC) devant ces images ni les serviras, car moi, Yahvé ton Dieu, je suis un Dieu jaloux… » (Exode 20.4-5a Bible de Jérusalem, Ed. 1955).
Or, dans la plupart des églises catholiques, on trouve une statue de Marie devant laquelle les fidèles se prosternent, s’agenouillent ou s’inclinent.
D’après le Catéchisme de l’Eglise Catholique, éd. 1992 p. 423 et 440ss, ce 2e commandement a été supprimé.
Souvenons-nous de l’histoire du veau d’or. Après en avoir coulé la statue, Aaron annonça : « Demain, fête en l’honneur de Yahvé » (Exode 32.5). Le veau d’or ne devait pas représenter une idole étrangère, mais matérialiser l’Eternel qui a fait sortir Israël du pays d’Egypte (v. 4).
« Nous voyons ici que, selon la Bible, l’idolâtrie ne consiste pas seulement à adorer de faux dieux, mais également à adorer le vrai Dieu en ayant recours à des images. Pour les chrétiens, cela signifie qu’ils ne doivent pas non plus, dans leurs cultes, utiliser de représentations visuelles du Dieu trinitaire, ou d’une personne de la Trinité. Le commandement ne vise pas l’objet de notre adoration, mais la façon dont nous adorons : ‘Tu ne feras pas d’image taillée, ni de représentation quelconque’ (Exode 20.4) et ‘Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne les serviras pas’ v. 5a) » (B. Prunneaux 1998-2003 p. 57).
Une reine se distingue des autres femmes par sa couronne. La « Reine de l’univers » a droit à la couronne la plus précieuse. Bernard Prunneaux cite l’exemple du couronnement de la statue de Notre-dame des Vertus dans sa ville natale de Ligny-en-Barrois (département de la Meuse). Après avoir reçu l’approbation du pape Léon XIII, l’évêque de Verdun procéda à ce couronnement le 25 septembre 1894. Pour cette couronne, on n’avait pas lésiné sur le prix. Le journal local dit : « Le joaillier a employé l’or le plus pur, quelques parties seulement sont en argent. Comment essayer de décrire une merveille de l’art lapidaire ? Des émeraudes, des opales, des diamants, des turquoises, des grenats, des améthystes, des pierres fines et d’autres brillants de valeur concourent à l’orner… Dans les divers détails du diadème, les donateurs peuvent reconnaître leurs bagues, leurs pendants d’oreille, etc. ».28
28 Cité par B. Prunneaux 1998-2003 p. 66. Il rappelle à ce propos Juges 8.26-27 : « Les anneaux d’or que Gédéon avait demandés pesaient près de vingt kilogrammes en tout. Il reçut également les croissants d’or, les pendants d’oreilles et les manteaux de pourpre que portaient les rois madianites, ainsi que les colliers qui ornaient le cou de leurs chameaux. Avec l’or, Gédéon fabriqua une statue qu’il installa dans son village, à Ophra. Tout Israël s’y prostitua, en lui rendant un culte, de sorte que cette statue devint un piège pour Gédéon et pour sa famille ». On se souvient aussi que le veau d’or avait été fabriqué avec les bijoux des Israélites.