Aimé Boisson était le fils aîné d’un pasteur méthodiste, mais ces antécédents n’eurent pas d’influence sur lui. Il avait été déçu par Dieu en priant pour la guérison d’un jeune frère — qui mourut. Aimé en conclut que Dieu n’existait pas. A l’école communale, il préférait l’école buissonnière. Au collège, il se fit remarquer par son indiscipline. Mis en pension à Nîmes, il en fut renvoyé après quelques mois. Son apprentissage chez un pharmacien fut plus positif, de sorte qu’il trouva une place de confiance dans une pharmacie de Thiers. Mais après quelque temps, il disparut, laissant des dettes un peu partout dans la ville où son père était pasteur. On le retrouva dans les Cévennes chez sa grand-mère — dont il vendait l’argenterie en cachette. De temps en temps, repris par sa conscience, il se disait : « Il faut que je change ! ». Il partit pour Marseille dans l’espoir de s’embarquer pour l’Afrique du Sud afin d’y recommencer sa vie.
Après de longs mois de recherche et de travaux par ci, par là, une compagnie de navigation lui accorda le passage sur un bateau partant pour Le Cap en l’employant à la pharmacie de bord. Boisson embarque son mince bagage et… manque le bateau. Peu importe : il sait que le navire doit faire escale à Bordeaux après avoir passé par Gibraltar ; il le rejoindra donc là-bas. Avant de quitter Marseille, il apprend que le bateau a sombré dans la Méditerranée et que la plupart des passagers ont péri. Est-ce seulement un heureux hasard qu’il n’ait pas été parmi les victimes, ou l’intervention d’une mystérieuse volonté ?
Installé à la terrasse d’un café, Boisson réfléchit à sa vie gâchée, à son avenir, quand une jeune salutiste vient vendre le journal de l’Armée du Salut. « Mademoiselle, êtes-vous aussi heureuse que vous en avez l’air ? ». S’ensuivit une conversation qui se termina par une invitation à une réunion présidée par le brigadier Peyron. « Monsieur Peyron ? Je le connais : c’est le père de mon copain de classe.1 Je vous promets d’y aller ». Et, à cette réunion, Boisson entend des paroles de la Bible qui lui sont familières, des chants qui font revivre son enfance, des prières qui lui rappellent celles de sa grand-mère. Lorsque, à la fin de son message, le brigadier Peyron demande : « Qui viendra ce soir à Celui qui veut le sauver ? », une voix décidée s’élève dans la salle : MOI !
1 Ce copain était Albin Peyron qui deviendra chef de l’Armée du Salut en France de 1917 à 1934.
Boisson est agenouillé à côté du brigadier auquel il dit à mi-voix : « Vous ne me reconnaissez pas ? Je suis Aimé Boisson, le camarade de votre Albin au lycée de Nîmes ». C’est après qu’il eut la certitude d’être entré dans la maison du Père qu’il quitta la salle. La première chose qu’il fit le lendemain matin fut d’envoyer un télégramme à ses parents : « Suis sauvé ! Dieu m’a donné Son pardon. Demande le vôtre ». La jeune fille du guichet lui demanda d’un air narquois : « C’est vous, Monsieur ? » Après une courte lutte intérieure, il répondit : « Oui, Mademoiselle, c’est moi ! » : première victoire sur la crainte du ridicule. Il en aura bien d’autres à remporter lorsqu’il sera officier de l’Armée du Salut !2
2 D’après Gilbert Abadie Aimé Boisson Paris Ed. Altis 1955.