Max Thurian a donné à son livre le titre : Marie, mère du Seigneur, figure de l’Eglise. Il cite dès l’introduction Galates 4.26 : « La Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle notre mère », commenté ainsi par Calvin : « C’est elle qui est la mère des fidèles. Car elle en garde la semence de vie incorruptible, de laquelle elle nous forme, elle nous conçoit en son sein, et puis nous enfante. Elle a aussi du lait et de la nourriture ferme, de laquelle elle nous nourrit continuellement, après qu’elle nous a engendrés ». « Ainsi, conclut Thurian, Marie et l’Eglise sont unies dans cette vocation de maternité : l’une nous fait comprendre l’autre, car l’une est la figure de l’autre. Marie, mère de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, est figure de l’Eglise, mère des fidèles » (p. 11).
Oui et non. Oui pour l’Eglise, notre mère. C’est l’Eglise (universelle), communauté de tous les enfants de Dieu, qui est la dispensatrice de la Parole de Dieu par laquelle nous sommes engendrés à la vie nouvelle, les évangélistes qui nous annoncent le salut font partie de l’Eglise, nous sommes nourris et soignés, formés et repris dans l’Eglise locale. Par toutes ces fonctions, elle ressemble à une mère. Et pourtant, il est dangereux de parler de « notre sainte mère l’Eglise », car on y voit bien vite une institution détentrice exclusive du salut, hors de laquelle personne ne peut être sauvé. Il vaut mieux en rester aux formules bibliques qui assignent ce rôle de mère à la Parole de Dieu (Jacques 1.18 ; 1 Pierre 1.23 ; Ephésiens 1.13), car dans la mesure où cette Parole se perd dans l’institution, celle-ci ne peut plus engendrer des enfants de Dieu. Quant à la « Jérusalem d’en haut », il ne faut pas oublier qu’elle est « d’en haut » c.-à-d. céleste, ce que les Réformateurs appelaient l’Eglise invisible qui comprend tous les rachetés.
A partir de là, le parallèle entre Marie et l’Eglise devient fragile et dangereux.
Dans le développement que Ph. Decorvet consacre à Marie, modèle pour nous, il dit que : 1° elle accueille la grâce dont elle est l’objet. 2° Elle est humble et obéissante. 3° Elle loue Dieu. 4° Elle intercède (à Cana). 5° Elle appelle à suivre Jésus (Jean 2.5). 6° Elle se tient au pied de la croix. 7° Elle se joint à l’Eglise. (Marie… p. 75-84). Elle en devient membre, mais n’en est pas la figure.