Ils sont nés deux fois

Pardonné et justifié

Félix Neff

Félix Neff (1797-1829), l’apôtre des Hautes Alpes, avait, lui aussi, cherché durant de longues années la paix avec Dieu sur la base des œuvres. Un traité, « Le miel découlant du rocher », le rendit attentif à l’inutilité des efforts humains. « Le Sauveur n’exige absolument rien de l’âme pour sa justification ».

« Lorsqu’une longue et triste expérience m’eut appris à connaître ma faiblesse et mon indignité, lorsque après mille vœux inutiles et mille efforts infructueux, je sentis enfin qu’en moi n’habite aucun bien et que, malgré ma résistance, j’étais entraîné vers la perdition par une force invincible… je pus m’estimer bienheureux de trouver un livre qui, dépeignant avec la plus exacte vérité le misérable état de mon cœur, m’indiquait un remède gratuit et le seul efficace. Je le compris à la seconde lecture… Je reçus avec joie la bonne nouvelle qu’il annonçait, à savoir que nous devons aller au Christ avec toutes nos souillures, toute notre incrédulité et notre impénitence.

» Je me hâtai de suivre ce conseil salutaire et, dès la première fois, j’en éprouvai toute l’excellence. j’ai pu dire comme saint Jean, avec assurance : “Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, Ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie… (1 Jn 1.1) ».7

7 S. Lortsch, Félix Neff, Dieulefit, 1941, p. 22-24.

Adolphe Monod

Adolphe Monod (1802-1856), l’un des plus illustres prédicateurs français, dut, lui aussi, apprendre à renoncer à tout mérite personnel pour s’approprier la grâce de Dieu.

« Ma tristesse d’alors n’ayant plus de frein, se déclara aussi vive et aussi profonde qu’elle eût jamais été, et m’ayant désormais vaincu tout entier, occupait seule, depuis les actes les plus indifférents de ma vie extérieure, jusqu’aux replis les plus retirés de ma vie intérieure, où elle corrompait dans leur racine mon jugement, mon sentiment et mon bonheur… C’est alors que voyant, comme par un trait de lumière, que mon esprit était, et avait toujours été, dans un état d’aveuglement et de déviation qui devait cesser pour que je puisse avoir la paix ; qu’attendre la cessation de ce désordre, de ma raison et de ma volonté qui en étaient atteintes elles-mêmes, ce serait faire comme un aveugle qui prétendrait corriger la cécité d’un de ses yeux à l’aide de son autre œil, aveugle aussi ; qu’ainsi je n’avais de ressource que dans l’influence extérieure, je me ressouvins de la promesse du Saint-Esprit et ce que les déclarations les plus positives de l’Evangile n’avaient pu me persuader, l’apprenant enfin de la nécessité, je crus, pour la première fois de ma vie, à cette Promesse, dans le seul sens selon lequel elle pouvait répondre le mieux aux besoins de mon âme, dans celui d’une action réelle, extérieure, surnaturelle.

» Renonçant à tout mérite, à toute force, à toute ressource personnelle, et ne me reconnaissant de titre à sa miséricorde que ma misère, je lui ai demandé son Esprit pour changer le mien. Depuis ce jour, il y a plus de trois semaines, je n’ai point eu de retour de mélancolie. Comme il y a un abîme sans fond de misère à ne compter que sur soi-même, il y a un abîme sans fond de consolation à ne compter que sur Dieu ».

A la fin de sa vie, Monod confirmera ce témoignage en écrivant à un ami : « L’espérance était entrée dans mon cœur, et une fois engagé dans cette voie, le Dieu de Jésus-Christ, auquel je venais d’apprendre à me confier, a fait le reste ». Au milieu des souffrances et de « la perspective de la mort », il peut dire, s’appuyant sur son expérience personnelle : « Dieu relèvera votre esprit abattu, il y répandra une force nouvelle et, quand votre heure sera venue, vous vous en irez, rempli de cette paix que je goûte aujourd’hui ».8

8 Wilfred Monod, La nuée des témoins, Fischbacher, Paris 1929, t. II, p. 118-127.

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