Ils sont nés deux fois

2. La part de la volonté

Charles Finney

Chez Charles Finney (1792-1875), le célèbre revivaliste américain, la volonté a joué un grand rôle. Les sentiments, cependant, n’étaient pas absents.

«Le salut m’apparut sous son vrai jour. Je vis clairement la réalité et la plénitude de l’expiation faite par Jésus-Christ. Je vis que son œuvre est une œuvre complète ; que j’étais loin de posséder une justice qui m’appartienne en propre ; que je ne devais pas chercher à me recommander à Dieu par mes œuvres et que je n’avais pas autre chose à faire qu’à me soumettre à la justice de Dieu.

» Cette justice m’apparut comme une justice complète qui nous est offerte et que chacun de nous doit accepter ; je vis que tout ce que Dieu demandait de moi était de consentir à abandonner le péché et à accepter Jésus-Christ. Le salut était entièrement en Jésus-Christ qui s’offrait à moi comme mon Dieu et mon Sauveur ».

Il se rendit dans un petit bois près de la ville (en se cachant, de peur que quelqu’un puisse le voir et penser qu’il allait prier). Lorsqu’il vit un espace laissé libre au milieu de grands arbres abattus, il se dit : « Je donnerai là mon cœur à Dieu ou je n’en reviendrai pas ». Mais divers sentiments luttaient en lui : la peur que ce soit trop tard pour lui — que quelqu’un vienne et le voie — il lui semblait que son cœur était sec et qu’il ne pourrait pas prier… Puis la promesse : « Vous me chercherez et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur » lui revint en mémoire. « Je m’en emparai immédiatement. Jusque-là, j’avais cru à la Bible d’une foi purement intellectuelle et je n’avais jamais pensé que la foi doive être une confiance volontaire. Maintenant, je me confiai volontairement en la véracité de Dieu. Je ne doutai pas que la promesse qui s’était présentée à mon esprit soit dans la Bible… Aussi m’écriai-je : “Tu sais Seigneur que je te cherche de tout mon cœur et que c’est pour te prier que je suis venu ici ; tu as donc promis de m’exaucer”. Je continuai longtemps à prier, à m’approprier les promesses de Dieu. Je me levai, j’atteignis bientôt la route. Je remarquai que j’étais devenu merveilleusement calme et paisible. Toute conviction de péché avait disparu ; je n’avais plus le moindre souci quant au salut de mon âme ».

Il se demanda même s’il n’avait pas commis le péché contre le Saint-Esprit : « Qu’est-ce que cela signifie, un pécheur tel que moi, ne plus avoir le moindre sentiment de culpabilité ? Cependant la paix et le repos de mon âme surpassaient tout ce que je pouvais dire ; c’était inexplicable. J’essayai de rappeler ma conviction de péché, de reprendre le fardeau qui m’accablait précédemment, ce fut en vain.

» Bientôt je compris que c’était là la réalisation de cette parole : “Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu”. Je voyais qu’au moment précis où, dans le bois, j’avais cru, tout sentiment de condamnation avait disparu entièrement de mon esprit ».6

6 Memoirs of Rev. Ch. Finney by Himself, Barnes, New York, 1876, p. 16 ; Ed. française, Genève 1895, p. 15-17.

C. H. Rappard

Extérieurement, l’expérience est la même chez C. H. Rappard (1837-1909), le futur directeur de l’Ecole Biblique S. Chrischona, près de Bâle. Cependant aucune expérience spéciale, aucune émotion n’accompagna l’acte de foi.

Carl Heinrich Rappard acquit la conviction que sa position vis-à-vis de Dieu n’était pas la bonne. Il se sentait loin de lui, froid, indifférent, mort. Alors, il se souvint tout à coup de la parole : « Si, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent » (Lc 11.13). Cette parole le saisit au point qu’il s’agenouilla en un endroit tranquille, et pria : « Père céleste, mes parents m’ont donné volontiers tout ce qui est bon, donne-moi donc ton Saint-Esprit, comme tu l’as promis ». En cet instant il ne fit aucune expérience particulière, mais ce fut le début d’une vie de foi et de prière consciente.7

7 E. Bunke, C.H. Rappard, Brunnen-Verlag, Giessen Basel, p. 15-16.

Otto Stockmayer

La réflexion peut ébranler la volonté et amener à la consécration à Dieu. Ce fut le cas chez Otto Stockmayer (1838-1917), un évangéliste dont le ministère fut particulièrement béni.

Etudiant en théologie, il subit l’influence de la critique biblique négative. A vingt ans, il devient franc-maçon. Un voyage à travers la Suisse lui fait connaître de vrais chrétiens et le prépare à la décision pour le Christ. En quittant sa place de précepteur, il est bouleversé par la parole d’adieu de son hôtesse : « Monsieur Stockmayer, j’ai de la peine à la pensée de ce que vous pouvez encore devenir ».

« Je ne m’étais pas attendu à ces paroles. J’étais là comme frappé par la foudre, ne parvenant pas à prononcer un mot. Je regagnai ma chambre. Je restai longtemps planté à côté de mon lit, regardant fixement dans un coin. Alors il me sembla recevoir un ordre bien précis : “Donne-moi ta vie, fais-le maintenant ou tu ne le feras jamais”. Je pris ma vie et je la jetai aux pieds de Dieu comme un gamin boudeur, en lui disant : “Tiens, prends-la, et fais de moi ce que tu veux !” ».

« Une vraie foi, dira-t-il plus tard, ne commence jamais qu’à partir du moment où la volonté est présente, où un acte s’accomplit. On ne croit pas au Christ comme à une nouvelle lue dans un journal. Croire en lui, c’est le saisir, et pour cela il faut d’abord se dessaisir de soi et se livrer à lui ».8

8 D’après H. Bruns, Ergriffen von Jesus, p. 98-100.

Billy Graham

La décision volontaire est aussi l’élément déterminant dans la conversion de Billy Graham (né en 1918).

« J’avais seize ans lorsque j’assistai à la première grande mission d’évangélisation qui devait avoir lieu dans notre petite ville. Tout le monde se mit en branle pour discuter l’emplacement où devait être dressée la grande tente. Quant à moi, j’étais furieux intérieurement à l’idée de quelque prédicateur étranger venant nous dire que nous étions tous des pécheurs. Dans ma confusion, je changeai de place pour me trouver derrière une dame avec un grand chapeau, car il me semblait que les 5000 auditeurs avaient tous les regards fixés sur moi.

» Les deux semaines qui suivirent furent des plus pénibles pour moi. Pour éviter le regard perçant du prédicateur, toute la bande de mes copains se joignit au chœur, de façon à être assis derrière lui. Mais cela ne servit à rien. L’offre d’une nouvelle naissance nous fut présentée sans ambages, et j’avais le désir, au fond de moi-même, de la recevoir, mais que devais-je donc faire ?

» Un soir, après sa prédication, Ham fit un appel à la conversion. Il avait beaucoup parlé du péché, mais il nous rappela que “Dieu manifeste son amour envers nous, en ce qu’étant encoure pécheurs, le Christ est mort pour nous” (Rm 5.8).

» Les éléments d’une vraie conversion selon la Bible sont la repen- tance, la foi et la nouvelle naissance. Qu’est-ce que la repentance, selon la Parole de Dieu ? Cela signifie tout simplement un changement radical d’attitude. C’est un renversement des valeurs dans tout l’être humain. Et le second pas, c’est la foi. La Bible nous enseigne que la foi est l’unique moyen de s’approcher de Dieu.

» Mais ces grandes réalités commençaient à peine à se faire jour en nous, en cette soirée mémorable, tandis que les paroles puissantes du prédicateur retentissaient dans la grande tente. Enfin, plusieurs d’entre nous se sentirent touchés en plein cœur.

» Mon cousin fut le premier à se décider. “Moi, j’y vais, me dit-il tout bas, et toi ?”” C’est à ce moment-là que ma décision pour le Christ fut prise irrévocablement. Celui qui dirigeait la chorale nous fit chanter toutes les strophes du cantique “Tel que je suis”, puis il entonna un second cantique. C’est pendant le chant de la dernière strophe que je me levai et vins sur le devant. Je ressentais comme des poids attachés à mes talons. J’étais là devant l’estrade avec trois cents autres personnes qui prenaient la décision de suivre Christ.

» Mon cœur se serra quand je vis une femme pleurer à chaudes larmes. Je ne ressentais aucune émotion. Peut-être m’étais-je trompé ? Et si mes bonnes intentions de devenir chrétien ne duraient pas ? Je me demandais si je n’étais pas en train de me rendre ridicule, et je faillis retourner à ma place. C’est alors qu’un ami de notre famille s’approcha de moi en pleurant. Il avait un grand amour pour les âmes et, me prenant dans ses bras, il m’expliqua, en termes très simples, le plan de Dieu pour mon salut. Son explication s’adressait à mon intelligence et, même si elle ne répondait pas à toutes les interrogations que je pouvais avoir à ce moment-là, ni à celle que j’aurais par la suite, elle me donna les faits qu’il fallait que je sache pour devenir enfant de Dieu… Mon ami pria pour moi, puis me demanda de prier moi-même. J’avais entendu le message et ressenti l’impulsion intérieure de m’avancer, mais maintenant il fallait que je m’engage avec le Christ. Intellectuellement, j’acceptais le Christ parce que je reconnaissais que ce que je savais de lui était vrai. Par mes émotions, je sentais que je désirais l’aimer en retour de son amour pour moi. Il restait maintenant à décider si je voulais lui donner toute ma vie et lui demander de la diriger.

» Mon âme fut alors inondée d’une joie et d’une douceur inconnues jusqu’alors. C’était vraiment la joie de Dieu dans l’assurance d’être sauvé, d’être enfin “né de nouveau’’ ».9

9 Billy Graham : Tel que je suis p. 45 et autres documents.

On comprend pourquoi, dans ses campagnes d’évangélisation Billy Graham insiste sur la décision volontaire et la nécessité de la manifester publiquement.

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