Marie dans l’Évangile et dans l’Histoire

Seconde Eve

L’Eglise romaine enseigne qu’en refusant l’obéissance à Dieu, Eve a amené la malédiction sur la race humaine. Par son obéissance à Dieu, Marie lui a apporté le salut.

« Le nœud dû à la désobéissance d’Eve s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a déjoué par sa foi… Par Eve la mort, par Marie la vie » (Jean-Paul II Catéchisme de l’Eglise catholique art. 494). « Nous croyons que la Très sainte Mère de Dieu, nouvelle Eve, Mère de l’Eglise, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ » (art. 975).

Premier texte qui fait le parallèle entre Eve et Marie : Irénée (évêque de Lyon vers la fin du 2e siècle) dans Adversus Haereses V, 19/1 : « Comme Eve, séduite par le discours de l’ange, se détourna de Dieu et trahit sa parole, ainsi Marie entendit de l’ange la bonne nouvelle de vérité, elle porta Dieu dans son sein pour avoir obéi à sa parole. Eve avait désobéi à Dieu ; Marie consentit à obéir à Dieu… le genre humain enchaîné par une vierge, est délivré par une vierge ».32 Mais la pensée d’Irénée se borne au parallèle Eve-Marie – qui ouvre, cependant, une porte aux dogmes futurs en parlant de la délivrance du genre humain « par une vierge », alors que cette délivrance n’était l’œuvre que de Jésus-Christ.

32 Voir tout le texte d’Irénée dans Miegge : La Vierge Marie p. 144s.

L’idée de « Marie : seconde Eve » s’appuie sur une exégèse de la prophétie de Genèse 3.15. Dans le texte hébreu, il (masc. c.-à-d. le Christ) écrasera la tête du serpent. La Septante traduit correctement ce mot par un masculin. Dans la version de Jérôme, il devient elle, et il applique la salutation angélique de Luc 1.28, 30-33 à la réalisation de la prophétie du protévangile. Dans Ave Maria, dit-il, Ave est l’anagramme de Eva. C’est Marie qui a écrasé la tête du serpent.

Cette exégèse est fausse pour quatre raisons : 1° Elle ne repose sur aucun appui textuel. La Biblia Hebraica de Kittel n’a aucune variante permettant de substituer elle à il. 2° Il n’y a aucune raison exégétique pour un tel changement : la promesse adressée à Eve est que sa descendance masculine triomphera de Satan. 3° Il existe des objections théologiques importantes à la notion d’une « seconde Eve ». D’une part, c’est Adam, et non Eve, qui est considéré comme représentant l’humanité. D’autre part, l’Ecriture parle d’un « second Adam », mais jamais d’une « seconde Eve ». Comme « second Adam », le Christ représente tout le peuple chrétien, comme Adam a représenté l’humanité (Romains 5.12-21 ; 1 Corinthiens 15.45-50). En Christ, la représentation et le salut sont imbriqués l’un dans l’autre. Appeler Marie « seconde Eve » implique qu’elle aussi a sauvé l’humanité. Le Concile de Vatican II n’a pas hésité à le dire, sans pouvoir s’appuyer sur l’Ecriture. 4° Il n’est pas légitime de changer l’Ecriture pour qu’elle se conforme « au latin des siècles passés ». Il aurait été préférable de rejeter soit le témoignage biblique, soit la tradition. (D’après D.E Wells Revolution in Rome p. 115-117).

L’identification, dans le Nouveau Testament, du Christ au Nouvel Adam « devait susciter une identification parallèle entre Marie et la nouvelle Eve, ce qui facilitera la définition du rôle co-rédempteur de Marie ; à la faveur de ces parallèles, Marie deviendra aussi l’épouse du Christ, comme la première Eve le fut du premier Adam » (R. Mehl Du catholicisme p. 86).

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