Ils sont nés deux fois

2. Une marche progressive dans la sanctification

Vérani

Pour apprécier à sa juste mesure l’œuvre du Saint-Esprit dans le cœur de ceux qui sont nés de nouveau, il faut voir la transformation qu’il est capable d’opérer en ceux qui « reviennent de loin » c.-à-d. des antipodes d’une marche chrétienne telle que la Bible la décrit. Plusieurs témoignages ont montré les changements opérés en ceux qui menaient, avant leur conversion, une vie dissolue ; cependant, cette vie restait plus où moins dans les normes de ce qui était admis ou toléré par la société occidentale. L’exemple suivant nous vient des antipodes géographiques et morales. Il est raconté par Matthieu Lelièvre dans sa biographie de John Hunt, l’apôtre des îles Fidji (voir son témoignage).

Vérani était un jeune chef de l’île de Viwa (dans l’archipel des îles Fidji), neveu du vieux chef de l’île et ami intime du grand chef de l’île voisine de Mbau, son suzerain. Son nom rappelait l’un de ses exploits (en langue fidjienne, Vérani signifie Français). Un navire français avait mouillé dans un port de l’île pour faire quelques échanges avec les indigènes. Vérani s’était lié d’amitié avec son capitaine et passait ses journées à bord avec lui. Il reçut l’ordre des chefs de Mbau de l’assassiner pour s’emparer du navire et de ce qu’il contenait. Avec l’aide de quelques compagnons, il captura le brick, massacra le capitaine et une partie de l’équipage, puis pilla le bateau. L’habileté et la ruse caractérisaient toute sa manière d’agir. Les trahisons, les tueries et les pillages occupaient toute sa vie. Un jour, il attira une ville dans un piège en massacrant tous ses habitants. Et, aux îles Fidji, être fait prisonnier signifiait être rôti et dévoré par ses vainqueurs.

Un autre jour, on vint dire à Vérani qu’une de ses femmes avait des relations coupables avec un jeune homme qui avait fait profession de christianisme. Vérani fit son enquête et constata que l’accusation était sans fondement. Néanmoins, il commença par tuer et manger une femme accusée d’avoir favorisé l’entrevue entre les prétendus coupables. Le jeune homme s’enfuit chez le missionnaire Hunt — qui alla trouver le chef afin d’intercéder en faveur de son protégé. Celui-ci reconnut l’innocence de l’inculpé, mais comme il se sentait déshonoré devant ses compatriotes par le bruit répandu, seule la mort de l’accusé pourrait laver son honneur. Le missionnaire garda le jeune homme chez lui pendant trois mois. Vérani imagina un stratagème pour le faire sortir de chez le missionnaire : il fit semblant de partir pour longtemps de l’île et chargea un cousin d’inviter le jeune homme à une promenade « puisqu’il ne risquait plus rien ». Celui-ci tomba dans le piège — malgré l’avertissement de Hunt — et fut abattu au cours de la promenade.

Tel était Vérani : un guerrier fourbe et assoiffé de sang. « Il n’y avait dans Fidji qu’un homme qui croyait à la possibilité de sa conversion. Cet homme de foi était John Hunt. Il priait pour lui et saisissait toutes les occasions de s’entretenir avec lui. Peu à peu, les préjugés de Vérani contre le christianisme tombaient un à un et il commença à voir les erreurs du paganisme. Il décida d’apprendre à lire pour pouvoir examiner le contenu de l’Evangile. Cette lecture lui fit désirer de se déclarer ouvertement pour le christianisme — s’il n’y avait pas son suzerain et ami, le chef de l’île de Mbau. Il alla le trouver deux fois en lui demandant de ne pas s’opposer à sa conversion, tout en l’assurant de sa loyauté envers lui. Finalement, il décida de faire publiquement profession de la foi chrétienne le Vendredi saint de l’année 1845.

La réalité de cette conversion se montra par la suite. Quelqu’un lui proposa d’échanger un canot contre l’un de ses fusils ; il refusa, craignant que le fusil serve à tuer quelqu’un. Son beau-frère fut traîtreusement assassiné. Il lui revenait le devoir de venger ce crime. Il refusa de le faire. Sa sœur vint avec les autres femmes du défunt le supplier de les étrangler pour qu’elles puissent escorter leur époux dans l’autre vie. Il les renvoya après leur avoir annoncé l’Evangile. Son suzerain lui annonça qu’il lui couperait les vivres. Vérani lui répondit que Dieu prendrait soin de lui. Il se décida à épouser chrétiennement sa femme principale et à renvoyer les autres. On lui avait conseillé de les garder comme servantes, mais il dit que si sa femme ne pouvait suffire à son travail, il lui viendrait en aide pour couper le bois et préparer les aliments. Il a même renvoyé toutes ses servantes.

Le souvenir de ses crimes l’écrasait ; il pleurait souvent sur son passé et se retirait dans la solitude pour donner libre cours à sa douleur. « On peut dire que, si peu d’hommes ont commis autant de péchés, il n’en est pas un qui s’en soit plus profondément repenti. La joie et la paix qui procèdent du sentiment du pardon de Dieu vinrent enfin remplir cette âme que l’Esprit de Dieu avait si bien travaillée » (M. Lelièvre). Il assistait régulièrement à toutes les réunions et mit son canot à la disposition de l’œuvre missionnaire. Il devint humble et serviable, prêt à intervenir pour prévenir une guerre ou un meurtre. Très tôt, il devint un prédicateur laïque fort utile à l’œuvre. Pendant huit ans, sa fidélité à Jésus-Christ ne subit aucune faille.

Bien qu’il refusât de participer aux guerres de son suzerain, il se déclara prêt à lui rendre toujours service. Ce fut le cas lorsque celui-ci, abandonné par ses alliés, avait besoin d’un négociateur prêt à se hasarder au milieu des peuplades rebelles pour essayer de les ramener. Vérani s’offrit pour ce service, conscient du danger auquel il s’exposait. Avant de partir, il prit toutes les dispositions pour assurer le sort de sa famille. Il tomba effectivement dans un guet-apens avec ses compagnons qui furent rôtis et dévorés. Lui-même échappa à ce sort et put être enterré par les missionnaires.2

2 D’après M. Lelièvre L’apôtre des cannibales : Vie de John Hunt Lausanne 1866.

Wang-Ming-tao

Wang-Ming-tao était un jeune Chinois amené à la conversion par un camarade de classe qui lui a appris à lire la Bible, à prier et à s’examiner chaque jour devant Dieu. Il écrit dans son autobiographie : «Je réalisais la transformation qui s’opérait en moi, sans toutefois comprendre tout ce qui se passait. Autrefois, j’avais proféré les propos les plus grossiers, j’avais fait les pires crasses, sans en avoir jamais éprouvé de la honte ou de la tristesse. Mais dès ma conversion, j’étais devenu un tout autre homme ; lorsqu’il m’arrivait d’avoir des propos malveillants, cela me faisait de la peine et j’étais repris dans mon propre cœur. Je me suis souvent frappé la poitrine et j’ai versé de nombreuses larmes à cause de mes péchés. Que de soupirs ! Que de confessions montées vers le ciel ! Il m’arrivait d’être vainqueur du péché, ce qui m’encourageait et me réjouissait beaucoup ».

Wang-Ming-tao avait 14 ans à l’époque ; il avait l’ambition de devenir politicien, mais il comprit que Dieu l’appelait à renoncer aux honneurs et à devenir prédicateur évangéliste. Après une longue lutte avec Dieu, il capitula. Lorsqu’il décida d’obéir à l’ordre du Christ et de se faire baptiser par immersion, il fut renvoyé de son poste d’instituteur par l’Eglise presbytérienne. A partir de 1925, il commença à prêcher çà et là à Pékin, Nankin, HongKong et jusqu’en Mandchourie.3

3 En 1955, il fut condamné à la prison à perpétuité par le régime communiste de Mao Tsé-Toung. Il fut libéré 23 ans plus tard, âgé de 80 ans. Il vécut jusqu’à son 91e anniversaire. Lire son autobiographie dans Wang-Ming-ta0 : Façonné par la main du Maître Thoune, Ed. Sénevé 1998.

William Bramwell

William Bramwell naquit en 1759 dans un village du Lancashire (Angleterre). Très jeune, il se faisait remarquer par sa droiture et sa fidélité. Aux yeux des hommes, il était sans reproche, mais à l’âge de 17 ans, sa conscience lui reprochait son manque d’amour pour Dieu et pour son prochain. Ce sentiment de culpabilité ne fit que croître, de sorte qu’un soir, il se jeta à genoux dans la rue, criant tout haut à Dieu pour obtenir grâce. Il alla confesser ses fautes à ses parents et leur demanda de lui pardonner. Ses parents lui assuraient qu’il n’avait aucun pardon à leur demander. Il essaya de vaincre les mauvais penchants de sa nature par toutes sortes de pratiques ascétiques, au point que sa santé fut sérieusement compromise. Deux médecins le déclarèrent atteint d’une maladie nerveuse provoquée par un épuisement excessif.

C’est au moment de la cène que l’amour de Dieu lui fut révélé et qu’il reçut le pardon de ses péchés. Il rentra chez lui, louant et bénissant Dieu. La joie du Seigneur l’inonda au point que sa santé même lui fut rendue. Il éprouva bientôt le besoin de la « communion des saints » et d’une instruction propre à le faire progresser dans la bonne voie. Voyant que les Méthodistes étaient méprisés de tous et que la Bible disait que ceux qui veulent vivre pieusement seront persécutés, il se joignit à eux et fut bientôt nommé prédicateur laïque. Il prêchait trois ou quatre fois le dimanche, souvent en plein air.

Il découvrit que la purification de tout péché qu’il recherchait ne s’obtenait pas par les supplications, les sacrifices et les souffrances que l’on s’impose, mais par la foi. C’est cette doctrine qu’il prêcha partout sous les noms d’onction, entière sanctification, sanctification radicale, pureté du cœur, vrai repos, amour parfait qui bannit toute crainte, glorieuse liberté ou plein salut. Il la définissait ainsi : « Une entière sanctification garde l’âme en repos à travers tous les orages de la vie ; elle rend pleinement satisfait de la place où Dieu nous met, quelle qu’elle soit ; elle approuve pleinement les ordres de Dieu ; celui qui la possède est complètement délivré de lui-même, préoccupé de la gloire de Dieu et possédé d’un ardent désir de faire le bonheur d’autrui. Quand nous sommes entièrement sanctifiés, le monde, pour nous, n’est plus, nous vivons en haut, “nous demeurons en Dieu et Dieu demeure en nous » (Vie de W. Bramwell p. 114). « Elle est avant tout un état de âme : plénitude de foi, d’amour, de joie, d’esprit de louange et d’actions de grâces ; elle ne se conserve que dans l’obéissance, le travail, le progrès continuel » (Id. p. 30).

« Etre purifié de tout péché est une chose, être rempli de Dieu en est une autre, une beaucoup plus grande » (p. 144). « La plus grande de toutes choses, c’est d’être rempli de toute la plénitude de Dieu (Ep 3.19) ; elle produit une obéissance constante à Dieu, remplie de joie, d’amour et d’adoration, ainsi qu’une bonté inaltérable envers le prochain quel qu’il soit » (p. 146).

En 1800, lorsque l’on mettait en doute la pérennité de cette expérience, il répondait : « Il y a 26 ans que cette bénédiction m’a été accordée, et depuis lors, j’ai toujours marché dans cette même parfaite et glorieuse liberté. Gloire soit à Dieu ! j’ai toujours été gardé par sa puissance et je demeure debout par la foi » (p. 22). « Dieu fit donc de Bramwell un “témoin de l’entière sanctification”, et l’effusion de l’Esprit qui lui apporta cette grâce fut une riche préparation pour le ministère qu’il eut dès lors à fournir » (p. 23).

Son ministère fut effectivement très béni : il a vu des conversion presque chaque jour et souvent des dizaines de personnes qui se tournaient vers Dieu ou qui recevaient cette entière sanctification. En plusieurs endroits, de véritables Réveils éclatèrent, et c’est par centaines que les gens furent adjoints aux « sociétés » méthodistes. Un conducteur de « classe » rend ainsi compte du Réveil dans sa ville : « Monsieur Bramwell vint au milieu de nous rempli de foi et du Saint-Esprit. Sa puissante prédication et ses ferventes prières furent tellement efficaces que les pécheurs les plus endurcis tremblèrent devant lui. Nous avions eu des effusions du Saint-Esprit, mais alors commença une véritable averse ; la puissance de Dieu, par le moyen de la vérité, eut un triomphe merveilleux » (p. 41).

Bramwell avait aussi un ministère d’encouragement et de formation des jeunes prédicateurs par les lettres qu’il leur écrivait.4

4 Ch. Challand consacre 24 pages à des extraits de lettres dans le chapitre « Conseils aux prédicateurs » de sa Vie de William Bramwell (édition abrégée) p. 101-124.

En 1813, Bramwell eut une grave attaque de fièvre rhumatismale. « Ses douleurs étaient grandes, mais il ne laissa jamais entendre aucune plainte ; par contre, on l’entendit souvent s’écrier : “Gloire à Dieu ! Ceci vaut mieux que les douleurs de l’enfer ». « La grâce de Dieu suffit aussi dans la maladie ».

Bramwell poursuivit son ministère jusqu’à la fin brusque que le Seigneur lui accorda en le faisant mourir en pleine rue d’une attaque d’apoplexie (1818).5

5 D’après Ch. Challand Vie de William Bramwell (édition abrégée) Nîmes, Dépôt de publications méthodistes, 1955.

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