« Dans le catholicisme, la mariologie, comme doctrine et piété concernant Marie, s’est développée probablement comme contrepoids d’une théologie sévère et masculine. La puissance de Dieu et la divinité de son Fils, l’impérialisme justicier du Père, la pesée ultime des âmes, la bifurcation éternelle entre l’enfer et le paradis, même avec le rattrapage du purgatoire, toute cette représentation quelque peu terroriste du jugement dernier appelait un rééquilibrage, sinon une contestation : comment ne pas penser à la Mère ? » (M. Leplay Marie… p. 77).
Ce développement était dû à une fausse image du Père qui «&nbp;a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son Unique » et qui continue à nous aimer (2 Thessaloniciens 2.16 ; 1 Jean 4.19 ; Apocalypse 1.5) et de Jésus-Christ, qui n’est pas si loin de nous qu’il faille un intermédiaire entre lui et nous (cf. Ephésiens 3.12 ; Hébreux 4.16). Un enseignement correct aurait pu empêcher ces déviations ainsi que « l’émergence et les débordements d’une piété mariale voulant corriger l’austérité du Père et la sévérité du Fils » (M. Leplay Id. p. 83).
Au Moyen Age, le Christ était représenté comme un Homme dont la colère était sévère, un Juge inexorable, alors que Marie était revêtue de toutes les vertus de la bonté et de la miséricorde. Si le Christ demandait l’application de la justice, Marie interviendrait en demandant que l’on fasse grâce au pécheur. Dieu le Juge était toujours prêt à envoyer le pécheur en enfer ; le simple croyant se réfugiait alors sous la protection de Marie, pleine d’amour et de pitié. Alphonse de Liguori dit : « Si Dieu est en colère contre un pécheur et que Marie le prend sous sa protection, elle retient le bras vengeur de son Fils et sauve le pécheur » (The Glories of Mary p. 124). « O Vierge Immaculée, empêche ton Fils aimé, qui est irrité par nos péchés, de nous abandonner au pouvoir du diable ! » (p. 248). Liguori imagine une scène dans laquelle deux échelles pendent du ciel. Le pécheur essaie d’escalader celle qui vient du Christ, mais lorsqu’il aperçoit sa face irritée, il tombe en arrière par terre. Alors il entend une douce voix : « Essaie l’autre échelle ! ». Il le fait et, à son étonnement, il avance aisément et, au sommet, il est accueilli par la Vierge Marie qui l’introduit au ciel et le présente au Christ – qui ne peut rien refuser à sa Mère.