Ils sont nés deux fois

L’amour de la vérité

Odilon Vansteenberghe

Odilon Vansteenberghe était né en 1887 dans un village de la Flandre orientale. Il fut mobilisé comme tous les Belges le 1er août 1914 et se distingua par son courage, ce qui lui valut une citation, une promotion, une médaille et les félicitations de son officier sur le champ de bataille. En cherchant à ramener quelques imprudents qui s’étaient aventurés hors des tranchées, il fut touché par une explosion. La blessure était mauvaise ; il fut évacué en Angleterre où l’on parlait de lui amputer la jambe. Pendant les longues semaines à l’hôpital, il eut le temps de réfléchir au sens de sa vie. Les théories de Marx auxquelles il s’était attaché avant la guerre ne lui furent d’aucun secours. Il demanda une Bible pour perfectionner son anglais ; cette lecture commença à l’intéresser. Il en discutait longuement avec l’infirmière chrétienne qui le soignait. Avant Noël 1914, il s’est décidé à accepter comme son Sauveur personnel Celui dont toute la Bible parlait. Il écrivit en décembre dans son journal personnel : « La guerre avec toutes ses horreurs a été mon chemin de Damas. J’ai réalisé pendant les heures de danger qu’il existe quelque chose de plus que la vie matérielle ; il doit y avoir une vie spirituelle, un Dieu ». Mais ce Dieu, il ne l’avait pas trouvé dans son Eglise catholique. « C’est dans la croyance protestante que j’ai trouvé le vrai chemin de la délivrance. Je sais que cela me coûtera beaucoup, que la lutte sera dure, mais je suis convaincu que c’est la seule façon d’effacer tous les doutes qui m’assaillent et au milieu desquels j’ai vécu jusqu’à présent. Je désire être sauvé et en sauver d’autres, en particulier ma femme bien-aimée. Puisse Dieu me donner sa grâce ».

Ayant été déclaré inapte au service militaire actif, il obtint à Londres un emploi de comptable et d’interprète auprès de la Commission belge pour le Contrôle du ravitaillement. Un jour, le commandant sous les ordres duquel il travaillait avait reçu plusieurs devis pour la fourniture de câbles électriques. Il se décida pour la firme qui lui offrait le prix le plus bas et il dit à Vansteenberghe : « Téléphonez-leur que nous avons reçu une offre plus favorable que la leur. S’ils pensent que quelqu’un d’autre peut enlever le contrat, ils descendront un peu plus leur prix ». Vansteenberghe demeura immobile. Il se rendait compte qu’il ne pouvait plus vivre selon les normes d’autrefois. « Je regrette, mon Commandant, je ne puis faire cela. Ce serait un mensonge et ma conscience le réprouve. — Mais Sergent, ce ne serait pas un mensonge pour vous. Vous n’avez qu’à répéter ce que je vous dis. S’il y a une faute, elle m’incombe. — Je regrette, mon Commandant, je ne peux pas me faire complice d’un mensonge ». Après un moment de silence, le Major lui dit : « Je suppose que vous savez que je peux vous faire renvoyer en France ? — Oui, mon Commandant, je le sais ». Les deux hommes se regardaient fixement dans les yeux; puis le Major dit : « Passez-moi le téléphone ».

Vansteenberghe ne fut pas destitué et renvoyé en France. Pendant quatre ans, il travailla sous les ordres de ce chef qui lui témoignait son estime. Après la guerre, il fut chargé d’une mission de confiance portant sur des sommes colossales pour rééquiper les usines belges. Il écrit : « Je ne sais si l’incident relaté ci-dessus a influencé ceux qui me donnèrent ainsi une preuve de leur confiance. De toute façon, je sais que l’intransigeance sur le terrain de la vérité est une des premières preuves de la réalité de notre profession chrétienne ».

Après l’Armistice, Vansteenberghe eut la conviction qu’il devait servir Dieu à plein-temps. Le chef de la Commission, passant dans son bureau lui dit : « Capitaine, après la démobilisation, vous viendrez avec nous ». Vansteenberghe savait que ce chef allait être nommé Premier Ministre de la Belgique. « Non, Commandant, je regrette. — Qu’allez-vous faire alors ? — Je compte faire de l’évangélisation. — Quelle bêtise ! ». Quelques jours plus tard, il reçut une autre offre mirobolante qu’il refusa également.

Il devint le bras droit de Ralph Norton, le fondateur de la Mission évangélique belge. L’une de ses activités principales fut la diffusion de la Parole de Dieu par laquelle il avait trouvé la foi : en 1930, près d’un million d’évangiles de Jean furent distribués à la population. Après le décès de Mr et Mme Norton, Vansteenberghe continua leur œuvre avec John Winston et dut l’assumer tout seul pendant la guerre de 39-45. Son fils Pierre, engagé dans la résistance, fut arrêté par les Allemands et fusillé. Cela n’arrêta pas son zèle et, après la guerre, il continua jusqu’à son dernier souffle en 1962 à parcourir la Belgique pour visiter les différentes Eglises et travailler pour son Maître en France, en Suisse, aux Etats-Unis.7

7 D’après Phyllis Thompson : Tison Ardent de Flandre Neuhausen-Stuttgart, Hänssler-Verlag 1973. Ce fut mon privilège de faire le voyage de Bruxelles à Strasbourg avec Odilon Vansteenberghe. J’ai beaucoup appris de son immense expérience. J’ai eu aussi l’occasion d’apprécier sa profonde humilité. Nous l’avions invité à un camp de jeunes dans les Vosges. A un moment donné, une légère divergence de vues théologique apparut entre nous. Je lui dis : « Je n’oserais pas contredire un Docteur en théologie ». Avec un grand rire, il me répondit : « Oh la la ! Ce sont des doctorats comme on en fabrique au Texas ! » (Il avait obtenu un doctorat honoris causa de la faculté de théologie de Dallas).

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