On l’aura compris dans les pages qui précèdent : les évangéliques, fidèles aux affirmations des Pères de l’Eglise et des Réformateurs,3 refusent tous les dogmes ajoutés à l’Ecriture au cours des siècles. Est-ce à dire qu’ils refusent aussi tout contact avec des chrétiens catholiques ? Ils reconnaissent que tous ceux qui confessent Jésus-Christ comme leur Sauveur et leur Seigneur sont enfants de Dieu, quelles que soient les erreurs qu’ils peuvent professer sur d’autres points. D’ailleurs eux-mêmes ne s’estiment pas détenteurs de l’unique vérité absolue, bien qu’ils s’efforcent d’aligner toutes leurs croyances sur la Parole de Dieu. Ils essaient donc de s’aligner sur la devise (attribuée entre autres à Melanchthon) : « Dans les choses essentielles : unité, dans les choses secondaires : liberté, en toutes choses : charité ».
3 « Ce qui est écrit, crois-le : ce qui n’est pas écrit, ne le recherche pas » (Athanase). « Lorsqu’il s’agit des divins et saints mystères de la foi. il ne faut rien avancer sans l’autorité des Ecritures divines… La sécurité de notre foi dépend… du témoignage des Ecritures divines » (Cyrille de Jérusalem). «Je vous prie et vous supplie que, fermant les oreilles à toute autre voix, nous suivions pour règle le canon de la Sainte Ecriture » (Chrysostome). « On doit mettre la Sainte Ecriture au-dessus de toutes les lettres qui ont pu être écrites plus tard par des évêques. Car, quant à l’Ecriture. il ne saurait y avoir ni doute, ni discussion possible sur la vérité ou sur la justice de ce qui s’y trouve incontestablement écrit& » (Augustin, qui oppose cette autorité infaillible à l’autorité faillible du raisonnement humain, des évêques et des conciles). « Je ne veux pas que l’on prouve quoi que ce soit par des documents humains, mais par des oracles de Dieu… Il ne faut pas penser comme les évêques catholiques s’ils pensent quelque chose qui soit contraire aux Ecritures canoniques de Dieu » (Id.). « C’est la doctrine de l’Esprit qui nous est transmise dans les livres canoniques : si les conciles établissent quelque chose qui lui soit contraire, je l’estime une impiété » (Jérôme). « Tout ce qui n’a pas pour soi l’autorité des Ecritures peut être méprisé aussi facilement que prouvé » (Id.). « Ce n’est point l’autorité des parents ni des ancêtres qu’il faut suivre, mais bien l’autorité des Ecritures et la volonté du Maître qui est Dieuénbsp;» (Id.). Références de ces différentes citations dans A. Kuen : Je bâtirai mon Eglise p. 34-35).
« Tous les articles de foi sont suffisamment établis dans la sainte Ecriture afin qu’on n’en établisse aucun de plus » (Luther). « Dieu demeure la règle à laquelle sont sujets non seulement les hommes. mais aussi les anges » (Calvin). « Tout accord qui se fait hors de la Parole de Dieu est une faction d’infidèles et non point consentement de fidèles » (ld.). « Nous croyons que la parole de Dieu qui est contenue dans ces livres a Dieu pour origine et quelle délient son autorité de Dieu seul et non des hommes. Cette parole est la règle de toute vérité et contient tout ce qui est nécessaire au service de Dieu et à notre salut. Il n’est pas permis aux hommes, ni même aux anges, d’y rien ajouter, retrancher ou changer… toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées d’après elle » (Confession de foi des Eglises réformées de France 1559). « Nous rejetons de tout cœur tout ce qui ne s’accorde pas à cette règle infaillible » (Confession de foi des Pays-Bas). Références Ibid. p. 23-24.
Sur le plan des contacts individuels, ils peuvent affirmer clairement leur position, la justifier au besoin sans vouloir convaincre ceux qui sont d’un autre avis (en s’inspirant du conseil de l’apôtre Paul dans Philippiens 3.15-16).
Ils peuvent rappeler aux amis catholiques que, durant de longs siècles, l’immaculée Conception et l’Assomption de Marie n’ont pas été une question de foi, que de grands théologiens de l’Eglise s’y sont opposés et que certains papes ont même interdit d’en débattre. Comme ces dogmes ne font pas partie des « vérités fondamentales de la foi », ils peuvent bien considérer ceux qui n’y croient pas comme d’aussi bons chrétiens qu’eux. Il en est de même de la croyance en la virginité perpétuelle de Marie. Elle n’est pas affirmée par l’Ecriture, c’est une « conviction de foi de l’Eglise ancienne » que l’on peut partager ou ne pas partager sans en faire une cause de refus de communion.
Peut-on prier avec des chrétiens catholiques ? S’ils sont d’accord de prier Dieu par Jésus-Christ, pourquoi pas ?
Concernant Marie, on peut, comme nous y invite le Groupe des Dombes, « louer Dieu pour et avec Marie, saluer en elle l’œuvre de Dieu et rendre grâces à Dieu pour son exemplaire réponse » (art. 280). Un point, c’est tout. Après cela, dans nos contacts avec des chrétiens catholiques, nous pouvons aussi leur rappeler l’unique médiation de Jésus-Christ (Jean 14.6 ; 1 Timothée 2.5) et l’invitation de Jésus à venir directement à lui (Matthieu 11.28) et à prier en son nom (Jean 14.13 ; 16.24, 26).
« Protestants et catholiques sont d’accord pour reconnaître qu’il faut, avec les Ecritures, vénérer, c.-à-d. aimer, respecter, honorer la Vierge Marie et louer Dieu pour elle, ‘que toutes les générations’ ont à tâche de dire ‘bienheureuse’.
« Ils sont d’accord pour dire qu’il faut l’imiter et la considérer comme un exemple, notamment en rejoignant sa prière et sa louange au Père.
« Ils divergent au moment de l’invoquer : la tradition protestante lui refuse tout rôle d’intercession, tandis que les catholiques se confient à son intercession maternelle et lui disent quotidiennement : ‘Priez pour nous, pauvres pécheurs’» (Groupe des Dombes art. 286).
L’essentiel, c’est de se référer constamment les uns et les autres à la Parole de Dieu, prêts à réformer leurs croyances et leur vie à sa lumière en sachant qu’elle « est vivante et efficace. Elle est plus tranchante que toute épée à double tranchant et, pénétrant jusqu’au plus profond de l’être, jusqu’à atteindre âme et esprit, jointures et moelle, elle juge les dispositions et les pensées du cœur. Nulle créature n’échappe au regard de Dieu, tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte » (Hébreux 4.12-13), elle est toujours prête à « enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu » (2 Timothée 3.16). On peut donc lui faire entièrement confiance pour réformer nos croyances et nos vies afin qu’elles soient conformes à la volonté de Dieu.
Dans le dernier volet de sa réflexion, le Groupe des Dombes s’est donné pour objectif « la conversion des Eglises » en leur donnant des conseils en vue d’un rapprochement œcuménique. Le chrétien évangélique n’a pas cette ambition – ni l’espoir d’un changement tel qu’une unité soit envisageable au niveau des institutions. Même à supposer que des déclarations officielles interviennent de la part du magistère catholique (le pourrait-il sans désavouer des proclamations « infaillibles » du passé ?), il sait que les Eglises sont constituées, non seulement d’autorités hiérarchiques qui se prononcent, mais d’hommes et de femmes qui façonnent leur vie religieuse selon leurs goûts. Plus d’une fois, on l’a noté, la piété et les pratiques des fidèles ont devancé et provoqué la proclamation des dogmes. Or, à ce niveau, il faut compter avec la force d’inertie de millions de personnes que l’on ne fera pas changer à coups de réflexions théologiques.
Les seules personnes sur lesquelles nous pouvons espérer avoir quelque influence sont celles qui se trouvent dans le rayon de nos contacts personnels. Par nos prières, notre exemple de vie et notre témoignage oral, nous pouvons avoir sur elles un impact qui les rapproche du Christ.