Ils sont nés deux fois

4. L’amour de la Parole de Dieu

William Carey

Avant d’être le pionnier des Missions modernes, William Carey a été « un homme de la Bible », comme le souligne en premier lieu André Thobois dans sa préface à la biographie de Carey. Il fut aussi un homme de prière et un homme de vision, mais sa vision et sa prière étaient nourries de la lecture et de l’étude des Saintes Ecritures qu’il traduira et imprimera plus tard pour que le plus grand nombre de gens y aient accès. Et pourtant, ce n’était pas un intellectuel.

Elevé dans un petit village de l’Angleterre, il apprit à lire dans la Bible sur les genoux de sa grand-mère. A 14 ans, il lui fallut travailler. On choisit pour lui le métier de cordonnier : fabriquer et réparer chez lui les chaussures de ses concitoyens. Il fera ce métier jusqu’à l’âge de 23 ans. Dans l’atelier où il est en apprentissage, on discute beaucoup et William est souvent aux prises avec un compagnon qui appartient à une Eglise de Dissenters, c.-à-d. une Eglise séparée de l’Eglise anglicane officielle et qui insiste sur la nécessité d’une conversion personnelle. Mais un dimanche, William assiste à un culte dans une telle Eglise. C’est le texte du sermon qui le frappe : « Sortons du camp pour aller au Christ, portant son opprobre ». Il décide de sortir, lui aussi, du camp (de l’Église officielle) et de porter l’opprobre avec les Dissenters. Avec cette décision naît en lui le désir de mieux connaître le Christ et le christianisme. Il profitera de chaque passage d’un pasteur ou d’un enseignant dans son Eglise pour enrichir ses connaissances. Bientôt, il est nommé prédicateur laïque dans un village à une dizaine de kilomètres de chez lui. Pour préparer ses sermons, il lui faut connaître la Bible. Il ne lui suffit pas de la lire en anglais ; le soir, après avoir terminé son travail, il se met à étudier le latin, le grec et l’hébreu. Il y ajoutera le hollandais et le français pour pouvoir lire dans ces langues les livres qui lui tombent entre les mains.

Etant reconnu comme le jeune homme le plus instruit du village, on lui demande d’ouvrir une école pour les enfants. Cela augmentera quelque peu les maigres ressources de son métier — qu’il devra pratiquer après la classe. Et une partie de la nuit sera consacrée à l’étude. Il a 24 ans, il est marié et a trois enfants.

Dans sa salle de classe, il a affiché une carte du monde fabriquée par ses soins. Il lit tous les livres qu’il peut trouver sur les peuples païens. Dans l’Evangile, il a lu que Jésus-Christ a commandé à ses disciples d’aller par tout le monde et de prêcher à toute créature. Cet ordre ne serait-il plus valable ? Il pose la question à une réunion de pasteurs. Mais le président le rabroue : « Jeune homme, asseyez-vous ! Quand il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans votre aide et sans la mienne ». Carey se tait, mais son idée ne le lâche pas. Il rédige un document sur « les obligations des chrétiens à s’employer à la conversion des païens ». Pendant un an, il le discute avec des amis puis le publie en 1792. Lors d’une Assemblée générale de l’Association de son Eglise, son sermon enflamme l’auditoire et l’on décide d’organiser une société missionnaire lors de la prochaine conférence. Dans le salon d’une veuve, quatorze hommes se réunissent ; parmi eux, douze pasteurs baptistes. La société est constituée. Une première liste de souscription rapporte 13 livres et des poussières. Carey n’a rien pu donner, car il est trop pauvre, mais il se propose comme premier missionnaire de la société. C’est une heure historique : à quelque temps de là, tous les Baptistes d’Angleterre emboîteront le pas, puis les Méthodistes, les Baptistes américains, la Société des missions évangéliques de Paris, etc. Tout a commencé par l’obstination d’un homme qui a su enflammer treize autres.

Cette obstination lui sera encore nécessaire pour convaincre son père qui le croit devenu fou, sa femme qui refuse de partir, son Eglise qui va le perdre, les autres Eglises pour qu’elles pourvoient aux frais du voyage, à la subsistance des missionnaires (et de la femme de Carey restée au village… mais qui se décidera à la dernière minute à les accompagner). Il faut aussi éponger les dettes d’un Dr Thomas qui connaît le Bengale et s’est proposé de venir avec eux. Après cinq mois de voyage — que Carey emploie à l’étude du bengali — ils débarquent (clandestinement) à Calcutta, car la toute-puissante Compagnie des Indes orientales ne veut pas de missionnaire aux Indes. Ils gagnent donc la ville en pirogue. Plus tard, ils s’installeront dans une enclave danoise pour rayonner de là sur les pays environnants. Ils y fonderont une imprimerie pour diffuser la Parole de Dieu que Carey traduit d’abord en bengali, puis en sanscrit (car les brahmanes ne lisent que dans leur langue sacrée). En 1832, il aura dirigé et animé la traduction de tout ou partie de la Bible en 44 langues et dialectes différents. A chaque nouvelle édition, le texte est revu et corrigé. Toute l’œuvre missionnaire future bénéficiera de la possession de ces textes bibliques dans les langues du pays. Son don des langues est reconnu par les autorités anglaises qui lui demandent d’enseigner trois langues vernaculaires dans l’une de leurs institutions — ce qui lui permettra de financer en grande partie l’œuvre missionnaire et de la rendre indépendante du soutien anglais. Pour favoriser la lecture de la Bible, il crée avec ses collègues des écoles, puis une école normale pour former des maîtres et une université pour les futurs cadres. Le gouverneur anglais a reconnu la valeur de ces œuvres et les encourage, confiant à Carey l’organisation de l’œuvre scolaire dans d’autres provinces.

Sur tous les plans, Carey a travaillé pour l’avenir. Sa vision et sa foi lui ont permis de surmonter les difficultés qui se sont accumulées sur sa route : folie, puis mort de sa femme ainsi que de sa deuxième femme, incendie de l’imprimerie et perte de plusieurs années de travail, rupture avec la société missionnaire londonienne qu’il avait créée. Toute cette œuvre immense réalisée aux Indes a commencé dans une petite échoppe de savetier par un homme qui avait bénéficié pour toute formation de l’éducation donnée par son père, un tisserand chargé de la petite école primaire du village. Mais c’était un homme de foi et d’action, bénéficiant, il est vrai de dons exceptionnels, mais ces dons, il les a cultivés et mis totalement au service de son Maître.

Henry Martyn

Henry Martyn fut l’un plus éminents linguistes du début du 19e siècle. Avant sa mort à 31 ans, il avait traduit le Nouveau Testament en hindou aux Indes, en perse dans la Perse et en arabe en Arabie. Avec un ami, il l’a aussi traduit en ourdou. Lui-même n’a jamais vu aucune de ces traductions imprimées, mais après sa mort, elles ont atteint des millions de personnes au travers des dizaines d’éditions de ces versions.

Ses qualités intellectuelles furent remarquées très tôt dans différents domaines. Il obtint un grand prix en mathématiques, gagna le premier prix pour un essai en latin et poursuivit ses études à l’université de Cambridge. Mais ses succès académiques comptaient peu pour lui. Lorsqu’il apprit la mort subite de son père, il commença à se poser de sérieuses questions au sujet de ce monde invisible où il était allé et où un jour il devrait aller à son tour. Il se mit à lire la Bible et à prier, d’abord par des formules apprises, puis plus librement. En lisant dans l’Ecriture l’offre de la grâce de Dieu et du pardon par Jésus-Christ, il a demandé à Dieu d’y avoir part et, à partir de ce moment-là, le Christ occupa une place centrale dans sa vie, comme son Sauveur et son Seigneur.

Il fit de rapides progrès dans sa vie chrétienne sous la direction du pasteur Simeon, un fidèle prédicateur de la Bible qui le familiarisa avec l’œuvre missionnaire de William Carey aux Indes. Sous son impulsion, Martyn se sentit appelé à partir également comme missionnaire en Extrême Orient, en Chine ou aux Indes. Après des études théologiques, il fut ordonné dans l’Église anglicane et remplit ses devoirs pastoraux à côté de Simeon, tout en enseignant les classiques grecs au collège et en lisant régulièrement la Bible en grec et en hébreu.

Martyn réussit à partir pour les Indes en 1805 — par le Brésil et Le Cap, à cause de la guerre. A côté de ses devoirs de prédicateur, il se mit à étudier l’ourdou pour pouvoir communiquer l’Evangile aux femmes indigènes des soldats et traduire le Nouveau Testament dans cette langue. Il fut aussi rapidement attiré par la langue perse. Son amitié avec un Arabe converti lui fit envisager de se rendre en Perse pour traduire aussi le Nouveau Testament dans leur langue et le retraduire en arabe. Martyn poursuivit ces traductions parallèlement à ses devoirs de chapelain de l’armée britannique et le plus souvent harcelé par la maladie. C’est elle qui eut finalement raison de lui lors d’un voyage éprouvant qu’il fit à travers la Perse et la Turquie pour essayer de rejoindre Constantinople. Il fut enterré par les Arméniens avec des honneurs dus à un patriarche. Son œuvre immense lui survécut.9

9 D’après D. Bentley-Taylor My Love must wait : The Story of Henry Martin Downers Grove, IVP 1975.

Léonard Bréchet

Les parents de Léonard et Rodolphe Bréchet furent chassés de la Russie par la révolution bolchévique. Après des passages en Finlande, en Allemagne et en Hollande, la famille se replie sur son pays d’origine : la Suisse. C’est là que Léonard se convertit, grâce à l’influence de ses parents. « Je dois ma conversion à mes parents, dira-t-il. La rencontre décisive avec Jésus-Christ m’a été grandement facilitée par la piété authentique d’un père et d’une mère qui assument devant Dieu leurs responsabilités ».

La mère des deux garçons assiste à des réunions dirigées par Mme Alice van Berchem qui insiste sur la nécessité de faire lire régulièrement la Bible aux enfants. Mme Bréchet inscrit ses deux fils à la « Ligue pour la lecture de la Bible » dont ils seront parmi les premiers membres. « La fidélité à l’Ecriture marquera désormais la vie de Léonard… Dans un carnet, il note les réflexions que lui suggèrent ses lectures bibliques journalières » (C.-L. de Benoit).10

10 « Jésus s’approcha et fit route avec lui »un témoignage : Léonard Bréchet Vevey, Ed. des groupes missionnaires s.d. (1970) p. 26.

Après des études d’ingénieur à Zürich et une brève activité professionnelle, il ressent le besoin de se consacrer à plein-temps à l’œuvre du Seigneur. Il entre à l’Ecole biblique Emmaüs, fait une année en Angleterre pour perfectionner son anglais et s’initier au travail parmi la jeunesse, puis il se lance à fond dans l’évangélisation des enfants. Il sillonne la Suisse romande et l’Alsace pour engager les enfants à lire la Bible. Partout, il forme des groupes de « ligueurs » qui se réunissent pour étudier ensemble la Bible qu’ils lisent tous les jours avec les « Notes bibliques ».

Après la guerre, il est sensibilisé à la détresse des enfants orphelins et fonde avec un ami l’orphelinat « Le Bercail » à Guebwiller dans le Haut-Rhin, en même temps qu’il y installe le centre de la Ligue pour la lecture de la Bible en France. Dès 1946, il y organise des camps d’enfants ; puis ce sont des campagnes d’évangélisation dans différentes villes de France, de Suisse, d’Algérie et de Belgique. Partout, Léonard s’efforce de communiquer à ses auditeurs son amour de la Parole de Dieu. Plus tard, son ministère s’étendra à l’Allemagne, à l’Angleterre, au Canada, à la Russie et surtout à différents pays d’Afrique. Dans ces tournées, il engage les jeunes et les aînés à s’abonner aux Notes bibliques et à lire régulièrement la Parole de Dieu.

Il le fait fidèlement jusqu’au jour où la maladie s’installe dans son corps : fatigue persistante, surdité, bruits constants dans la tête, maladie de la moelle épinière. Ces jours-là, c’est encore la Parole qui lui apporte quotidiennement la consolation et le renouvellement intérieur dont il a besoin. La dernière année de sa vie, il continue à édifier tous ceux qui l’approchent ainsi que ses amis au loin auxquels il dicte des lettres (n’entendant plus le son de sa voix). Il meurt dans la paix du Seigneur à l’âge de 54 ans.11

11 D’après C.-L. De Benoit : Jésus s’approcha et fit route avec lui.

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