Ils sont nés deux fois

L’esprit de service

Ernst Modersohn

Durant la guerre de 1914-1918, le pasteur E. Modersohn fut affecté comme aumônier à une clinique pour les soldats blessés dirigée par une sœur diaconesse dont il devait nettoyer la chambre et à laquelle il devait apporter les repas. Après quelque temps, une deuxième diaconesse fut adjointe à la première. Le sous-officier responsable de la clinique fit comprendre à Modersohn qu’il était là pour les soldats, non pour les diaconesses. « Je vais le leur dire, décida notre pasteur, et leur annoncer que désormais je ne les servirai plus ». Il s’apprêtait à leur transmettre cette décision lorsqu’il reçut une lettre de sa fille avec une belle carte sur laquelle elle avait dessiné le verset de Mc 10.44-45 : « Si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit le serviteur de tous. Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir lui-même et donner sa vie en rançon pour beaucoup ».

« Ce message ne m’emballa guère. Je le relus. Etait-ce bien ce que disait la Bible ? J’entrai dans ma chambre et je recherchai le verset dans mon Nouveau Testament grec. Malheur à moi : il était marqué là, non pas : “le serviteur de tous”, mais : “l’esclave de tous”. Un esclave peut-il se plaindre de son travail ? Jamais. Mais une chose était claire : dans notre clinique, je voulais être “le premier de tous”. Par conséquent je devais devenir “l’esclave de tous”. Donc je ne pouvais pas annoncer aux diaconesses que je cessais mon service auprès d’elles. Au contraire : ce que j’avais fait de mauvaise grâce auprès d’elles, je voulais maintenant le faire avec joie.

» Je me rendis auprès des deux sœurs pour leur annoncer : “Je voulais vous dire que j’ai décidé d’être le premier ici dans cette clinique”. – ???, Qu’est-ce que cela veut dire ? — Je leur montrai ma carte. Puis je me rendis auprès du sous-officier auquel j’annonçai également : “Je veux être le premier ici. — Qu’est-ce que cela veut dire ?”. Je lui montrai ma carte. — Hm !

» A midi, lorsque je vins à la cuisine pour servir le repas de mes soldats, j’y trouvai le sous-officier qui me dit : “Laissez cela. Je peux aussi le faire”. Apparemment, il voulait aussi être le premier.

» Le lendemain matin, je descendis à la cuisine pour chercher le petit-déjeuner des diaconesses. J’y trouvai l’une d’elles qui m’avait précédé et qui me dit : “Je peux faire cela moi-même !”. Cette pensée ne lui était jamais venue auparavant, mais la parole du Seigneur avait apparemment éveillé en elle le désir d’être la première.

» À partir de ce jour, nous avons connu une belle atmosphère d’entente mutuelle dans cette clinique ».17

17 D’après H. Bruns Ernst Modersohn Giessen-Basel, Brunnen Verlag 1953, p. 43-46.

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