Friz Berger est né dans une famille pauvre de l’’Emmental (Suisse). Ils étaient huit enfants et les parents avaient bien de la peine à les nourrir et les vêtir. Après sa scolarité, il apprit le métier de charron. Il allait régulièrement à l’église, de sorte qu’il se considérait comme un bon chrétien. Il ne se connaissait que cinq péchés qui le faisaient souffrir : les jeux de cartes et de boules, jurer, mentir et fumer. Il excusait sa passion du jeu en disant qu’il fallait aller au bistrot pour avoir des clients. Il lui arrivait de jouer toute la nuit aux cartes — bien qu’il lui ait fallu travailler de 5 h du matin jusqu’à 19 h. Il se sentait lié au tabac bien qu’il se sente mal en fumant. En rentrant du cabaret et en voyant ses enfants avec des habits et des souliers troués, il se sentait repris dans sa conscience à cause de l’argent qu’il avait dépensé en boisson et en fumée. La misère de la famille augmentait de semaine en semaine. Bien des fois, il promettait à sa femme de ne plus aller à la taverne, mais lorsqu’il voyait ses camarades y aller, cela l’attirait irrésistiblement. Souvent, en rentrant, il s’agenouillait sous un cerisier en priant Dieu de l’aider. Le dicton : « Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions » le poursuivait.
Le 11 février 1899, pendant qu’il était au cabaret jouant aux cartes, un homme rentra et commanda une limonade et une saucisse. Il se dit : « Une bonne saucisse me ferait plus de bien que de boire du vin ! ». Cela fit naître en lui le désir de changer de vie, d’ajouter foi à la Bible et de faire ce qu’elle demande. Une félicité subite l’inonda. Il entendit une voix lui demandant de souscrire un engagement à la Croix bleue. Il ne savait pas ce que c’était et se rendit la même nuit chez le notaire, son voisin et camarade de jeu, pour lui demander de quoi il s’agissait. « C’est une société qui demande de s’abstenir de toutes les boissons alcoolisées ». Ce notaire voulait se renseigner où il y avait une section et souscrire un engagement avec Berger. Ce qu’ils firent.
Berger ne voulait plus seulement se débarrasser de ses cinq péchés, mais commencer une nouvelle vie. Il se rendit à une réunion de croyants dans laquelle il trouva une grande joie. Par différentes expériences, il fut amené à renoncer au braconnage et au chapardage de fruits. Sa femme fut malade pendant sept mois ; elle fut guérie par la prière de son mari — qui se mit à prier avec succès pour d’autres malades.
L’Esprit de Dieu l’amena à confesser ses vols de bois et de fruits à ceux qu’il avait frustrés. C’est avec crainte et tremblement qu’il se rendit chez des voisins, leur proposant de les dédommager. Il fut aussi libéré de son tempérament colérique bien que, selon lui, il n’était pas encore né de nouveau. Par la lecture de Rm 6, il acquit la certitude que ses péchés étaient pardonnés et que, par grâce, il était accepté comme enfant de Dieu. C’est le message qu’il put aussi apporter dans les réunions de la Croix bleue — dont il devint président. Plus tard, il fut agent de la Croix bleue du canton de Berne.
Il profita des réunions qu’il devait organiser pour évangéliser, ce qui déplut au comité central qui le congédia. Là-dessus, 22 sections de la Croix bleue démissionnèrent de l’organisation centrale et fondèrent une nouvelle association qui prit le nom de « Société évangélique de frères » (Evangelischer Brüderverein). C’était le 9 octobre 1914. Cette Société subsista jusqu’à la mort de Fritz Berger, donnant naissance à beaucoup de groupes en Suisse allemande et Suisse romande. Après sa mort, une scission eut lieu entre ceux qui voulaient maintenir toutes les doctrines enseignées par Berger et ceux qui opposaient au « Berger a dit » : « Mais la Bible dit ». Ces opposants fondèrent les Eglises missionnaires évangéliques qui envoyèrent des missionnaires dans des pays essentiellement catholiques — dont la France.18
18 D’après F. Berger Von der überschwenglichen Gnade Gottes in meinem Leben Wydibühl, Brenzikofen, Verlag F. Berger s.d. Personnellement, j’ai été invité à donner des conférences à une réunion des prédicateurs des Assemblées évangéliques missionnaires et à une réunion de toutes ces Eglises. Cette scission si douloureuse fut un moyen dont le Seigneur s’est servi pour envoyer des serviteurs de Dieu dans des pays qui n’avaient que peu de témoignages de l’Evangile.
Heinz Pellmann avait un long chemin douloureux derrière lui lorsqu’il a enfin trouvé la paix. Il avait adhéré avec enthousiasme à l’idéal de la jeunesse hitlérienne. Idéal brisé ! Il a tenté de s’enfuir de l’Allemagne de l’Est pour rejoindre sa fiancée à Hambourg. Arrêté par les gardes-frontière. Par chance, il a pu leur fausser compagnie et rejoindre Hambourg. Mariage. Emploi comme cuisinier. Leurs questions non résolues les ont amenés à étudier l’astrologie, la pensée positive, l’évolutionnisme, la caractérologie, mais ils n’y trouvèrent aucune réponse. Naissance de deux garçons. « Vous êtes un couple idéal ! » disaient les voisins — qui ne voyaient pas leur déchirement intérieur.
Un jour, la belle-sœur de Heinz leur annonça que le Canada acceptait des immigrants allemands. « On y va ! ». Débuts difficiles. Insécurité et insatisfaction permanentes. « On devrait avoir notre maison, alors tout irait bien ! ». A force de travail, ils purent l’acheter. Trois filles vinrent compléter la famille. « Quels chanceux : avec une telle maison, de beaux enfants et une si belle femme ! » disaient leurs amis. Mais précisément cette belle femme suscita subitement un flot de jalousie en Heinz. Il demanda à un détective de la surveiller. « Elle est sans reproche » fut sa conclusion.
Un jour, en rentrant, il trouve sa femme en train de prier et de lire la Bible. « Tu devrais aussi la lire ! — À quoi bon, je sais tout ce qu’il y a dedans ! ». Mais une voix intérieure lui suggéra que c’est peut-être par là qu’il pourrait être délivré de son insatisfaction perpétuelle. Il accompagna sa femme à l’église et s’efforça de se comporter en bon chrétien — sans que cela change quoi que ce soit en lui.
Un soir, leurs voisins les invitèrent à voir une émission retransmettant une série de réunions de Billy Graham. Pour se montrer bon voisin, il se rendit chez eux avec sa femme. « C’est un bon message — pour les autres ! ». Mais il y retourna le deuxième soir. Graham avait pris comme thème : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ». Le lendemain, il pouvait à peine attendre le soir. « Mr Graham n’a pas dit que je devais mettre ma vie en ordre, mais que je devais venir à Jésus tel que je suis, comme un pécheur. Jésus me purifiera de tous mes péchés. Lorsqu’il fit l’appel, c’était comme si des écailles tombaient de mes yeux. La lumière inonda mon âme. Là, dans la chambre de mes voisins, je tombai à genoux et je demandai à Dieu de pardonner mes péchés, de purifier mon cœur et de le remplir de son Esprit ».
« A partir de là, j’étais comme un autre homme. Mon cœur était rempli d’amour envers tout le monde. Mes préjugés racistes disparurent. Pour la première fois de ma vie, je remerciai Dieu pour ma femme et pour mes enfants. Je me sentais intérieurement nettoyé. J’avais la certitude d’avoir enfin trouvé la vérité ».19
19 D’après C. Mitchell Die nach vorn kamen p. 102-110.