Robert Morrison, l’apôtre de la Chine, est né en 1782 dans la famille pieuse d’un travailleur agricole, il apprit très tôt à connaître les histoires de la Bible et à prier Dieu mais, entraîné par de mauvais camarades, il se joignit à une troupe d’acteurs ambulants. Cette vie ne lui apporta guère de satisfaction. En quittant ses camarades de plaisir, vers l’âge de quinze ans, il passa par une expérience profonde de salut personnel. Il sentit la gravité de son péché et se mit à trembler devant la justice de Dieu. « Le péché me devint un fardeau et je fis l’expérience d’un changement de vie. J’abandonnai mes compagnons insouciants et je me consacrai à la lecture de la Bible, à la méditation et la prière ».
Il rentra chez lui, travailla avec son père à la fabrication d’anneaux et, après 12 ou 14 heures de travail manuel, il lisait la Bible ou un livre d’étude jusque tard dans la nuit. Il sacrifia toutes ses économies pour avoir des leçons de latin, de grec et d’hébreu. A 21 ans, il entra au Collège théologique de l’Église Congrégationaliste. Son intérêt pour la mission le fit postuler auprès de la Société missionnaire de Londres. Il fut accepté et poursuivit ses études pendant 14 mois à l’Académie missionnaire de Gosport, puis il étudia la médecine, l’astronomie et le chinois à Londres. Il apprit quelques rudiments de cette langue avec un Chinois qui désirait apprendre l’anglais.
Comme la Compagnie des Indes Orientales possédait tous les bateaux pour l’Extrême-Orient et qu’elle s’opposait à l’introduction de missionnaires en Chine, Morrison dut passer par l’Amérique et le Cap Horn pour arriver à Canton, la seule ville chinoise ouverte (pendant quelques mois de l’année) aux commerçants étrangers. Il s’y installa clandestinement et acheta quelque trois à quatre cents livres en chinois. Après bien des péripéties, l’offre d’un poste de traducteur-adjoint de la Compagnie des Indes à Canton lui permit de rester en Chine et de s’atteler à la traduction de la Bible en chinois — entreprise qu’il termina en 1819 malgré l’interdiction sévère de la loi chinoise punissant de la peine de mort tout Européen qui « ferait imprimer des livres pour pervertir la multitude ». Il rédigea en même temps une grammaire et un dictionnaire (de 4590 pages, expliquant plus de 40 000 mots), fonda un collège anglo-chinois à Malacca, ouvrit un dispensaire à Canton. Il ne se laissa abattre ni par la mort de sa femme (après six années d’absence) et de deux de ses enfants, ni par celle de son meilleur collaborateur, par l’incendie de Canton qui détruisit une partie importante de ses possessions, par la confiscation de sa presse suscitée par la jalousie des jésuites de Macao, ni par de nombreuses autres déceptions.
Après tous ses travaux et toutes ses épreuves, son corps usé refusa d’aller plus loin. Il mourut à Canton à l’âge de 36 ans après avoir été nommé interprète officiel pour les négociations du Surintendant anglais avec les autorités chinoises.20
20 D’après J. Blocher Robert Morrison, l’apôtre de la Chine (1782-1834) Paris, Les Bons Semeurs 1938.
John Hunt naquit en Angleterre en 1812 dans une famille de fermiers. Très tôt, il dut servir de garçon de ferme. Des camarades incroyants l’amenèrent à négliger la prière et la lecture de la Bible. Une maladie grave qu’il contracta à seize ans lui fit voir la mort de près et, durant les longues heures de souffrance, il fut saisi d’une profonde conviction de péché. Sa résolution de changer de vie se fortifia encore plus lorsqu’il apprit qu’un ami était mort de la même maladie à laquelle il ne venait d’échapper que par la grâce de Dieu. Il prit le courage de refuser à ses anciens amis l’invitation à les suivre et il se rendit chez des voisins chrétiens qui l’amenèrent à des réunions tenues par des pasteurs méthodistes. Il découvrit là une joie et une assurance qu’il ne possédait pas. En même temps, il sentit naître en lui une immense soif de savoir et il profita de chaque moment libre pour s’instruire. Au bout de quelque temps, son nom parut sur la liste des prédicateurs laïques. Un pasteur qui l’entendit prêcher fut frappé par son intelligence et ses dons. Il lui demanda s’il ne voudrait pas se préparer pour le ministère pastoral, mais John ne se croyait pas capable de devenir ministre ; par contre, se sentant appelé à se consacrer à l’œuvre de Dieu, il se demandait s’il ne pourrait pas accompagner un missionnaire en partance pour le Cap afin de lui servir de domestique.
Mais Dieu avait d’autres projets pour lui. En septembre 1835, il fut admis à l’Institut théologique et littéraire d’Hoxton, près de Londres. Il y passa trois ans en approfondissant à la fois ses connaissances et sa foi.
En 1838, la maison des missions wesleyennes reçut un appel de détresse de l’un des archipels de la Polynésie : deux missionnaires attiraient l’attention sur les pratiques horribles des cannibales des îles Fidji et demandaient instamment qu’on leur envoie du renfort pour gagner ce pays à l’Evangile. Un rapport sur les habitants de ces îles signalait chez eux « une passion frénétique pour la chair humaine ». La table d’un chef ne devait jamais en manquer. Tout prétexte était bon pour s’en procurer. Si la guerre ne fournissait pas suffisamment de victimes, on condamnait des concitoyens pour une peccadille à être amputé d’un bras ou d’une jambe. Un missionnaire raconte que le fils d’un chef le conduisit un jour à un vaste champ planté de 872 grosses pierres. « Chaque fois que mon père a dévoré un cadavre, il a planté une pierre, mais plusieurs ont déjà été enlevées ». Si un chef meurt, toutes ses femmes sont étranglées. C’est dans ce contexte que Hunt sera appelé à exercer son ministère.
Arrivé là-bas, avec sa jeune femme, Hunt se vit assigner une des îles où il devait continuer tout seul le travail d’un missionnaire autorisé à se retirer quelque temps en Australie, pour des raisons de santé — cela sans connaître ni la langue ni les mœurs des indigènes. Quelques jours après son arrivée, il s’opposa comme il put à une autre coutume locale : l’habitude d’enterrer vivants des malades ou des gens dont on voulait se débarrasser.
Hunt se mit avec ardeur à l’étude de la langue fidjienne et un mois après son arrivée, il lut son premier sermon dans cette langue, puis il parvint à prêcher sans notes. Il se mêlait aux habitants pour mieux connaître leur dialecte. Ceux-ci furent gagnés par son amabilité et vinrent de plus en plus nombreux chez lui — emportant tout ce qui leur plaisait. Sans tarder, Hunt se mit à traduire le Nouveau Testament dans la langue du pays.
Dans une autre île, le roi avait demandé un missionnaire après avoir rendu visite à une île déjà évangélisée où il avait vu que les indigènes avaient reçu nombre de couteaux, marmites et fusils. Hunt y fut envoyé avec sa femme et un médecin missionnaire. Ils furent bien reçus par le roi, mais on leur assigna sur le domaine royal une vieille maison inconfortable et insalubre dont la porte et les fenêtres ne devaient jamais être fermées (sous peine d’être tués et dévorés). Lorsque le fils du roi se perdit en mer, Hunt intercéda auprès de son père pour la vie de ses seize femmes, ce qui excita la fureur du roi qui les fit étrangler toutes (y compris sa propre fille). Une autre fois, on déposa devant sa porte une douzaine de cadavres fraîchement tués avant de les rôtir sur un brasier tout proche pour les consommer lors d’une fête.
Peu à peu, l’hostilité des natifs augmenta contre les missionnaires qui s’opposaient à leurs pratiques ancestrales. Lorsque la femme de Hunt fut malade, lorsque leur enfant mourut, les indigènes venaient ricaner devant leur porte. Plusieurs fois, le roi faillit tuer Hunt dans un de ses accès de colère. Son fils, qui était le vrai régent de l’île, émit un décret menaçant tout sujet qui se convertirait au christianisme d’être tué et mangé. Le premier à se tourner vers le christianisme fut son oncle, le frère du roi — auquel il n’osa pas appliquer le décret.
Par deux fois, des navires américains abordèrent dans l’île et entrèrent en contact avec les missionnaires. En entendant leur récit, ils leur offrirent de les amener dans une autre île, mais les deux fois les missionnaires refusèrent. Pourtant, les épreuves ne leur manquèrent pas : les deux familles perdirent leur premier enfant (les Hunt en perdront encore deux autres), Madame Hunt tomba gravement malade, plusieurs fois des bandes entourèrent leur maison, menaçant de les tuer, mais les deux missionnaires étaient persuadés que Dieu ne les avait pas amenés dans cette île pour qu’ils abandonnent le travail commencé.
Hunt resta trois ans dans cette île, semant la Parole de vie, intervenant comme arbitre dans les conflits, s’interposant lorsqu’on voulait enterrer des malades ou tuer des veuves. Quelques insulaires s’étaient décidés pour le christianisme. Hunt fut appelé à s’installer sur l’île de Viwa pour remplacer un missionnaire malade et à superviser toute l’œuvre d’évangélisation des îles Fidji.
Sur cette île, il lui fallut aussi user de beaucoup de patience et de persévérance avant de voir les premiers fruits. La conversion de Vatéa, la femme principale du chef de l’île, fut un avant-goût d’une moisson abondante. Cette conversion facilita pour beaucoup d’habitants de l’île leur décision en faveur du christianisme, mais là aussi, la persévérance du missionnaire fut mise à rude épreuve, car, après des signes indubitables d’un changement de vie, cette femme abandonna son vieux mari, retourna dans son île natale et lorsqu’on voulut la forcer à retourner à Viwa, elle alla se jeter du haut d’une falaise. Ayant réchappé de la mort, elle vécut plusieurs années loin de Dieu — auquel elle revint en fin de compte.
Hunt eut souvent à souffrir de l’ingratitude de ceux auxquels il avait apporté de l’aide. Il avait guéri un jeune homme et l’avait hébergé pendant trois mois ; après son départ, Hunt s’aperçut qu’il manquait une couvée de huit canards anglais dans sa basse-cour. Il les découvrit sur un bateau où le jeune homme les avait vendus au capitaine.
Après un ministère béni dans plusieurs îles Fidji, après avoir assisté à un véritable Réveil, Hunt mourut paisiblement sur son lieu de travail en 1848 à l’âge de 36 ans. En considérant toute l’œuvre réalisée dans les dix années de sa présence sur ces îles (résumées dans les 428 pages de la biographie de Matthieu Lelièvre), on ne peut qu’admirer la grâce de Dieu qui a agi à travers lui.21
21 D’après M. Lelièvre L’apôtre des cannibales : Vie de John Hunt Lausanne 1866. Voir la conversion de l’un des habitants de ces îles : Verani.