Werner Ninck raconte comment d’une situation inextricable, ce qui paraissait impossible est devenu possible. La scène se passe dans les bas quartiers du port de Londres. Une femme à demi ivre vient trouver l’officière de l’Armée du salut pour lui raconter que sa colocataire était sur le point de se suicider et qu’elle voulait tuer quiconque tenterait de l’en empêcher. L’officière se rend immédiatement à ce taudis où, au bout d’un escalier sans rampe, elle trouve une porte verrouillée. Elle frappe plusieurs fois. « Qui est là ? — Une officière de l’Armée du salut. — Bon : l’Armée du salut peut entrer ! ». A peine l’officière a-t-elle franchi le seuil qu’elle voit une femme en haillons se précipiter sur la porte, la fermer à clé et mettre la clé dans sa poche. Sur la table, elle voit un grand coutelas de boucher. La femme, passablement ivre, s’en empare sur-le-champ. « Que voulez-vous ici ? — On m’a dit que vous voulez vous suicider. — Oui, j’en ai assez de la vie. Mais pourquoi ne mourriez-vous pas avec moi. On pourrait quitter cette vie ensemble ».
Aucun tremblement dans la voix ne trahit l’émoi intérieur de l’officière. Il s’agit de se maîtriser parfaitement et de gagner du temps. « Oui, pourquoi pas ? Si je devais mourir cette nuit, j’y serais préparée. Mais je ne crois pas que vous le soyez. Pourrions-nous prier ensemble. Ce ne serait pas bon de mourir sans avoir au moins essayé de prononcer une prière ». Elle s’agenouille. Après quelque temps, la femme se met à côté d’elle, tenant toujours fermement son coutelas en main. L’officière lui prend doucement la main et prie avec instance. Dans des paroles simples, elle révèle à cette femme l’amour d’un Sauveur qui comprend la misère humaine et qui pardonne. La femme laisse tomber le couteau. Dieu a remporté la victoire.
Les deux femmes se relèvent et s’embrassent. La femme raconte : « Venant d’une bonne famille, je suis devenue infirmière dans un hôpital londonien. J’ai été séduite et abusée ; alors je me suis mise à boire. Un jour, en assistant à une opération, j’étais tellement ivre qu’on m’a immédiatement congédiée. C’est ainsi que j’ai abouti ici ». Comme en rêve, elle accepta de faire une cure de désintoxication dans un établissement de l’Armée du salut. Elle y trouva le salut en Jésus-Christ et put retourner à sa profession. Elle finit sa carrière comme infirmière-chef dans un hôpital londonien. Ce qui paraissait a priori impossible a été rendu possible par le Christ — et par l’amour de cette officière de l’Armée du salut.3
3 D’après W. Ninck Greift Gott ins Leben ein ? Basel, F. Reinhardt s.d., p. 86-89 citant Hugh Redwood Gott im Grossstadtelend. Ein Buch moderner Wunder Gotha 1931.