Ils sont nés deux fois

Sans nouvelle naissance, pas de vie morale transformée

Dans son livre « Pots cassés »4, Harold Begbie relate un certain nombre de conversions de cas « désespérés » qui ont été totalement transformés. Il cite William James qui, dans L’expérience religieuse, définit la conversion comme étant « le procédé lent ou soudain qui, d’un être divisé, consciemment mauvais, inférieur et malheureux, fait un être pacifié, consciemment bon, supérieur et heureux ». Begbie ajoute que la conversion est « le seul moyen de changer un être foncièrement mauvais en un être foncièrement bon » ; elle « ne change pas la personnalité, elle en crée une nouvelle » (p. 12).

4 Paris, Fischbacher 1912.

Le Boxeur

Le premier exemple qu’il donne est celui du Boxeur, un homme remarqué dès l’école par sa violence : il lançait les ardoises à la tête de ses camarades et s’est fait renvoyer de presque toutes les écoles qu’il fréquentait à Marylebone, un quartier de Londres. Dès son adolescence, il vole des bouteilles de rhum et on le retrouve ivre mort dans le canal. Il cultive la boxe et remporte 16 matches dans des arrière-cours de tavernes. Avec les prix qu’il gagne, il achète des chevaux, des voitures, une blanchisserie. Son mariage ne l’empêche pas de mener une vie de débauche insolente et d’ivrognerie perpétuelle. Il fonde une agence de pari mutuel dans laquelle ses tricheries alertent la police. En une année, il subit 17 condamnations. Par ses menaces appuyées par sa réputation de violence, il terrorise tout le quartier et obtient toujours à boire sans payer. En prison, il imagine comment sortir de cette vie d’enfer : il va tuer sa femme et mourir sur l’échafaud. En sortant de prison, il achète un grand coutelas et un panier de provisions qu’il va porter à sa femme pour lui proposer la réconciliation. Elle accepte de le suivre, sans doute par peur. Dans la rue, le couple est rejoint par un salutiste qui les invite à la réunion de l’Armée du salut. Il dit au Boxeur qu’il ne serait jamais heureux tant qu’il n’aura pas trouvé la paix. « Dieu vous réserve une vie meilleure et vous le savez ! ». Le Boxeur traverse la rue et entre dans un cabaret. Pendant qu’il boit, il a une vision : sa femme est assassinée, lui-même est guillotiné, son âme erre malheureuse à travers l’univers. Il voit des gens qui désignent son fils : « C’est celui dont le père tua sa femme et mourut guillotiné ». Il se rend subitement compte de sa dépravation, sort ivre du cabaret et se rend à la salle de l’Armée du salut avec sa femme. A la fin de la réunion, il s’avance au banc des pénitents et prie Dieu d’avoir pitié de lui. Il se sent allégé d’un poids immense et rempli d’une grande joie. Le dimanche suivant, il défile dans les rues avec l’Armée du salut. Des milliers de gens le voient et se demandent : « Est-ce que cela va durer ? »

Il persévère malgré les épreuves : sa femme se retire de l’Armée du salut, son fils en démissionne, son associé avec lequel il a commencé un petit commerce ambulant de fruits et légumes ambulants vole son cheval et sa charrette ; mais il tient bon dans sa solitude, travaillant dur et consacrant tout son temps et son argent à sauver d’autres.

Un ivrogne sauvé

Le deuxième exemple de Harold Begbie est celui d’un enfant élevé dans une famille honnête et chrétienne. Son père mourut quand il était encore jeune. Il s’engagea dans l’armée anglaise à quatorze ans. Dans sa compagnie, il devint le meilleur tireur, mais il y apprit aussi à boire. Son tempérament colérique lui joua de mauvais tours. Un jour, il frappa un agent et fut cassé de son grade. Une autre fois, il faillit étrangler une fille ; seule l’intervention d’un ancien camarade le préserva de commettre un meurtre. Son ivrognerie et son mauvais caractère lui firent perdre toutes les places de travail. Il se maria avec une chrétienne qui endura avec patience toutes ses rages et ses menaces d’assassinat. Après trois années, il la chassa du foyer avec son enfant.

Un jour, dans le train, pendant qu’il se rendait à son travail, il entendit clairement une voix lui dire : « C’est ta faute et non celle de Dieu si tu ne peux pas être sauvé : tu ne veux pas croire ». Puis une paix inexplicable l’envahit et dans cette paix, il entendit une autre voix disant : « Je ne rejetterai pas celui qui vient à moi ». Ces mots se répétèrent inlassablement, dominant le bruit assourdissant du train. « Je ne savais qu’une chose, c’est que j’étais sauvé ». C’était un homme transformé. « La toute-puissante passion de l’alcool qui l’avait si longtemps dominé, l’effroyable rage et le ressentiment qui l’avaient possédé, le dégoût et l’horreur de vivre qui avaient assombri, pour lui, l’existence entière, tout cela cessait d’être, sortait de sa vie et semblait n’y avoir jamais existé. Il était plein d’une joie délicieuse. La religion seule peut accomplir d’aussi surprenants revirements, d’aussi totales transformations de tout l’être » (H. Begbie Pots cassés p. 94).

En quelques jours, cet homme retrouva sa femme, se mit d’accord avec elle pour recommencer ensemble leur vie, et le samedi soir suivant, ils se rendirent au local de l’Armée du salut dont ils devinrent des membres fidèles.

Cette histoire m’en rappelle une autre dont j’ai été moi-même témoin : dans un couple, la femme s’est mise à boire. Son état se dégrada au point que le mari demanda le divorce. Après quelque temps, la femme se convertit et changea de vie. Son mari la rencontra et fut frappé de la transformation opérée en elle — de sorte qu’il l’épousa une deuxième fois. Toute la famille fut entraînée dans cette révolution heureuse.

Harold Begbie donne d’autres exemples de transformations morales opérées par la conversion : celle de « l’ivrogne-né » qui avait appris à boire dans sa toute première enfance et qui, à 45 ans, était habituellement ivre. Une adjudante de l’Armée du salut se mit en tête de le sauver. Elle se rendit à son taudis et l’invita avec sa femme à venir à une réunion où il fut transformé. Plus tard, il vendit des journaux de l’Armée du salut dans les cabarets où il subit les moqueries de ses anciens amis et leurs invitations à boire auxquelles il résista vaillamment. Il est devenu « une vivante réclame du salut ». Dieu lui avait ôté le goût de l’alcool ; par contre, il lutta durant toute sa vie — victorieusement — contre la passion du tabac.

Le criminel

Le criminel dont Begbie raconte la vie subit sa première incarcération pour vol à l’âge de 9 ans. A 14 ans, il fut condamné à 15 mois de prison pour vol avec effraction. Après plusieurs autres condamnations méritées, il fut un jour accusé injustement et maltraité en prison par les policiers. En sortant, il n’avait qu’une pensée : tuer. Il assomma avec une barre de fer l’agent qui l’avait fait incarcérer et lui fracassa le crâne — ce qui lui valut un long séjour en cellule. Avant un nouvel emprisonnement, le Boxeur l’invita chez lui et lui parla de Dieu qui pouvait changer sa vie. En prison, il se mit à prier. En sortant, après une rixe qui le laissait tuméfié et méconnaissable, il se rendit à l’Armée du salut où il pria au banc des pénitents. Il se releva affranchi de toute idée de larcin, ayant la force nécessaire pour résister à ses anciens acolytes et s’exposer à leurs railleries sous la bannière du Salut. Il n’avait jamais travaillé une journée de toute sa vie. On lui trouva une place dans une blanchisserie où il se distingua par la qualité de son travail. Il se maria avec une jeune fille à laquelle il avait avoué tout son passé et qui ne lui posa qu’une condition : qu’il devienne un soldat régulier de l’Armée du salut. Comme le Boxeur, il voua sa vie au salut des autres.

Le tombeur d’agents

Le tombeur d’agents suivit un itinéraire semblable. Une pensée s’imposa à son esprit : « Si Dieu a pu sauver le Boxeur, il peut bien me sauver ». C’est dans sa prison qu’il fit sa première prière. Il avait déjà passé douze ans derrière les barreaux. Comment pourrait-il s’astreindre à une vie honnête et travailleuse ? « Dieu y pourvoira », lui répondit le Boxeur. Et cela se réalisa. En sortant de prison, il se rendit à un meeting de l’Armée du salut, s’agenouilla au banc des pénitents et demanda grâce et courage. Quand il se releva, ce n’était plus le même homme. «&nbp;Ce changement fut absolu et durable. Il avait été cruel ; il devint tendre comme une femme. Il avait été voleur ; il devint scrupuleusement honnête. Il avait été paresseux et inemployable, il n’avait jamais, hors de prison, fait une journée d’ouvrage; il devint un travailleur assidu. Il avait été bassement égoïsteé ; il se mit à penser aux autres, il donna pour la cause de la religion son temps et bientôt son argent. Quelle transformation d’une personnalité ! Quelle nouvelle naissance ! :» (H. Begbie Ibid. p. 194-195). Un incident montre la profondeur du changement qui s’est opéré en lui : lors d’une réunion de plein air, sa sœur que son salutisme affligeait plus que tous ses crimes passés, l’insulta, se moqua publiquement de lui et lui donna finalement une gifle sur la bouche. Au lieu de répliquer, notre homme se contenta de passer de l’autre côté du groupe. « Quand on pense à ce que cet homme avait été, on comprend le miracle qui s’était opéré en lui ».

Le dernier des derniers

Le dernier des derniers connut le cabaret comme bébé dans les bras de sa mère. Enfant, il fut obligé de voler sa nourriture. Après plusieurs condamnations, lorsqu’il en eut l’âge, il s’engagea dans l’armée pour avoir le vivre et le couvert — et de l’argent pour boire. Après une dispute avec un caporal qu’il menaçait de tuer, il fut condamné à six mois de travaux forcés puis mis à la porte. Sa vie connut deux dominantes : la boisson et la prison ; des douze années après son renvoi de l’armée, il en passa neuf derrière les barreaux. Pendant les périodes de liberté, il se fit entretenir par une femme à laquelle il servait de souteneur. Puis il compara sa vie à celle du Boxeur, il vit le changement survenu dans cette vie. « J’ai décidé tout d’un coup que si Dieu pouvait accomplir un pareil miracle, il pourrait bien m’en payer aussi une tranche ». Il s’en fut tout droit à la salle de l’Armée du salut, écouta les cantiques, les prières et les lectures ainsi que la prédication et, au moment de l’appel, il s’avança au banc des pénitents et dit à voix basse : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! ». Le passé glissa de ses épaules comme un vêtement sale. « Je peux recommencer ma vie » dit-il à l’adjudante et au Boxeur. C’est ce qu’il fit. Il chercha du travail, attendit sa maîtresse lorsqu’elle sortit de prison et lui proposa de l’épouser. Il ne reçut qu’injures de sa part ; pendant des semaines, elle le persécutait et l’insultait en public. Comme il ne pouvait la sauver, il pensa à sa mère. Il la trouva abandonnée par son deuxième mari et vivant dans la misère. Il la prit chez lui et pourvut à tous ses besoins.

Le plombier

Puis vient l’histoire du plombier habitué à boire dès l’âge de six ans lorsqu’il devait aller au cabaret chercher de la bière ou de l’eau-de-vie pour sa mère. Il apprit le métier de plombier et se procura, comme tous ses collègues, de l’argent supplémentaire en volant des feuilles de plomb destinées aux toitures. Tout cet argent passait dans les lieux de boisson. A la maison, il terrorisait sa femme et ses enfants. Un jour, où elle venait le chercher comme d’habitude, il lui lança : « Si tu ne me fiches pas la paix, je… », puis, se trouvant à court de menaces et de blasphèmes, il dit : « je me fais tempérant ». « Oh, lui répondit sa femme, tu as signé plus d’une fois l’engagement, et chaque fois, tu as arrosé ta signature ! ». Ces paroles eurent sur lui un effet extraordinaire. Il pensa à un vieux camarade de beuveries qui était entré dans l’Armée du salut. Il alla le trouver et lui demanda comment s’en sortir de son état. « Tu n’as qu’à dire à Dieu ce que tu viens de me dire. Fais-le tout de suite. Mets-toi à genoux. Dis-le lui ». Ce que fit le plombier. En se retrouvant dans la rue, il eut conscience d’un grand changement en lui-même. Quelque chose avait quitté son corps : il n’avait plus aucun de ces désirs que ce « quelque chose » l’avait poussé à satisfaire frénétiquement. Il se sentait envahir par une lumière douce et pénétrante.

Ce même soir, il alla au meeting de l’Armée du salut où il fit sa confession publique. Affranchi du besoin d’alcool ou de tabac, il pouvait passer devant les cabarets sans éprouver la moindre tentation d’y entrer. Le lendemain, au travail, il résista aux tentations que lui préparaient ses collègues, à leurs railleries et leurs insultes, plus tard : à leur mise en quarantaine sans lui adresser la parole. Lorsqu’il reçut sa paie, il rentra directement chez lui et donna l’argent à sa femme — pour la première fois — et l’embrassa (c’était aussi une première !). Il fut mis en chômage et chercha du travail pendant des semaines. Il finit par accepter un emploi de manœuvre et de balayeur de rues. C’est lui qui adressa au Boxeur sortant de prison la parole qui le remit dans le bon chemin.

Le chiffonnier

Le chiffonnier cherchait dans l’alcool la consolation de la mort de sa femme. N’ayant plus d’argent pour son loyer, il alla dormir dans une charrette abandonnée. Un soir, il eut l’idée de se payer une paillasse à l’asile de nuit. En y allant, il rencontre un clochard auquel il permet de dormir dans « sa » charrette. Le lendemain, il apprend que le clochardy est décédé, de sorte que tout le monde croyait — et répétait — que c’était lui qui était mort. Cette idée le remplit subitement de terreur : lui aussi devra mourir — et rendre compte de sa vie. Il se fit chemineau et quitta Londres pour sauver son âme. Marcher, les jambes lourdes et l’estomac dans les talons. Etre rejeté partout.

Un jour, épuisé, il s’affaisse dans un fossé et crie : « O Dieu, donne-moi quelque chose à manger ! ». Il regarde autour de lui et voit dans la haie d’en face un sac contenant deux brioches. Il retourne à Londres où il pense que les gens qui le connaissent auront davantage pitié de lui. Mais il est si pouilleux que tout le monde se détourne de lui. Un jour, mourant de soif, il mendie un verre à un cafetier chez lequel il avait dépensé une fortune. Celui-ci lui lance : « Va-t-en embêter l’Armée du salut ! ». On entendait les chants d’une réunion de plein air de l’Armée du salut sur une place voisine. Cette idée le séduit : « On y va, patron ! ». Il accompagne la fanfare jusque dans leur salle. Là, il s’agenouille au banc des pénitents et implore le pardon de Dieu et la force de recommencer sa vie : « O Dieu, criait-il sans cesse, je veux naître de nouveau ». La réponse vint aussitôt. Lui aussi se mit à travailler pour gagner honnêtement sa vie et s’occuper de sa vieille mère, soutenant l’Armée du salut des maigres économies qu’il pouvait faire.

Francisco Lacueva

Le chanoine Francisco Lacueva était prédicateur de la cathédrale de Tarazona en Espagne, professeur de théologie dogmatique au séminaire diocésain de la même ville. Dans Mon chemin de Damas, il raconte comment son cheminement l’a amené à être pasteur évangélique.

Jusqu’en 1948, il apaisait ses doutes et ses difficultés « à propos d’un grand nombre de doctrines que l’Eglise romaine oblige à croire, par la soumission totale que tout fidèle catholique romain doit, sous peine d’excommunication, aux définitions des Conciles et aux décisions des Papes, dont l’infaillibilité est un postulat fondamental dans le Romanisme. Lorsque mon activité professionnelle dans l’enseigne- ment de la théologie m’obligea à examiner les sources et les arguments qui servent d’échafaudage systématique aux conclusions théologiques romanistes, je me vis bloqué dans de nombreuses impasses, obligé de répondre d’une façon peu satisfaisante aux objections soulevées par mes disciples et me sentant incapable de résoudre mes propres perplexités intellectuelles » (p. 17).

Lors d’un séminaire théologique qu’il présida en 1957, un professeur d’histoire ecclésiastique démontra qu’aux premiers siècles on ne trouvait aucune trace de la « pénitence privée, avec l’absolution accordée par un prêtre après une confession auriculaire et que l’Eglise de Rome n’avait pas, aux premiers siècles, sur les autres Eglises, la suprématie et l’autorité auxquelles elle prétend maintenant ». Devant toutes ces contradictions, Lacueva passa peu à peu du scepticisme à l’agnosticisme religieux et finalement à l’athéisme, sa crise intellectuelle se doublant d’une crise morale.

Il avait lu dans une revue catholique, le nom du pasteur Samuel Vila. Il chercha son adresse dans un annuaire téléphonique et lui adressa une lettre pour lui exposer ses perplexités. M. Vila lui répondit que la solution de son problème spirituel ne consistait pas à passer d’une confession religieuse à une autre, mais dans une véritable conversion à Dieu par la foi en Jésus comme Rédempteur personnel. Il devait envisager la vie chrétienne « comme une idylle spirituelle avec Dieu ». La correspondance avec le pasteur Vila se poursuivit ; celui-ci lui envoya son livre Aux sources du christianisme qui amena Lacueva à sonder la Bible en demandant au Saint-Esprit de l’éclairer. En une année, il lut deux fois toute la Bible et plus souvent encore le Nouveau Testament. Résultat ? « Je voyais très clairement, pour la première fois dans ma vie, la fausseté d’un grand nombre de doctrines que l’Eglise catholique romaine présente comme des dogmes de foi. Comment ne m’en étais-je pas rendu compte avant ? Simplement parce que jamais je n’avais entrepris une étude aussi complète et aussi impartiale de la Parole de Dieu » (p. 28). Il arriva, par cette étude, à nier le sacrifice propitiatoire de la messe, la transsubstantiation, la confession auriculaire, le purgatoire, les dogmes concernant la Vierge Marie, l’infaillibilité du pape.

Pourtant, pendant toutes ces recherches, il priait Dieu de ne pas lui permettre de prendre une fausse route, d’être victime d’un mirage. Toute question qu’il posait à Dieu trouvait immédiatement une réponse dans la Bible. Maïs il attendait toujours quelque miracle garantissant le succès de la décision qu’il se proposait de prendre pour quitter le Romanisme. « Le miracle ne se produisit pas, mais je me souvins du passage de l’Evangile dans lequel Jésus expose la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Lorsque le riche, déjà en enfer, prie Abraham de laisser sortir Lazare afin qu’il ressuscite et aille prêcher la repentance aux cinq frères qui lui restaient et péchaient comme il le fit, Abraham lui répond : “Tes frères ont les écrits de Moïse et des prophètes, qu’ils les écoutent ! — Non, père Abraham, reprit l’autre. Mais si quelqu’un revient du séjour des morts et va les trouver, ils changeront”. Mais Abraham répliqua : “S’ils n’écoutent ni Moïse ni les prophètes, ils ne se laisseront pas davantage convaincre par un mort revenant à la vie !” (Lc 16.29-31). Je n’avais donc pas non plus besoin de miracles. J’avais “la Loi et les prophètes” c.-à-d. la Parole de Dieu. N’était-ce pas suffisant pour voir si mes idées nouvelles répondaient à ce qu’attendait Dieu ? Si elles étaient une inspiration du Ciel ou une suggestion du diable ?

» J’ouvris alors la Sainte Bible, et je lus dans Ac 17.11 : Les gens de Bérée “étaient bien mieux disposés que les Juifs de Thessalonique et ils accueillirent la Parole de Dieu avec beaucoup d’empressement ; ils examinaient chaque jour les Ecritures pour voir si ce qu’on leur disait était juste”. Il n’y avait aucun doute ! L’Ecriture sainte est l’unique pierre de touche pour savoir si une doctrine qui se nomme “chrétienne” l’est ou ne l’est pas en réalité. J’ouvris de nouveau la Bible et je lus dans Ga 1.8-9 : “Eh bien, si quelqu’un — même nous, même un ange du ciel — vous annonçait un message différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit ! Je l’ai déjà dit et je le répète maintenant : si quelqu’un vous prêche un autre message que celui que vous avez reçu, qu’il soit maudit !”. Je ne voulais pas être maudit, je ne voulais pas tomber sous l’excommunication promulguée par Paul, et qui était la seule vraie. Et c’est ainsi que, ne craignant plus les vaines malédictions des hommes, je continuai à observer uniquement la Parole de Dieu » (p. 42-43).

« Bien qu’en janvier 1961, la lumière eût commencé à se faire en moi, même après avoir été convaincu de la fausseté du Romanisme, je n’étais pas encore converti, j’avais beaucoup de peine à me dégager des liens du péché ». Suivant le conseil du pasteur Vila, il mit Dieu à l’épreuve et décida tout à coup de se convertir, d’abandonner pour toujours son ancienne vie pécheresse et de se livrer au Christ sans conditions. « Depuis lors, j’ai vu clairement que je renaissais à une vie nouvelle. D’octobre 1961 à juin 1962, mes compagnons, mes élèves et mes autres concitoyens purent se rendre compte du changement qui s’était fait en moi. Mes sermons avaient une force de conviction qu’ils n’avaient jamais eue jusqu’ici, ma conduite était maintenant irréprochable au point de vue de la morale chrétienne. Un enthousiasme, une joie intérieure, une allégresse inexplicable, un bonheur véritable inondaient mon cœur. Je priais comme je ne l’avais jamais fait. Mon passe-temps préféré était la lecture et l’étude de la Sainte Bible ».

Une chose le préoccupait : son passeport devait lui être accordé par son évêque — qui avait donné ordre au Vicaire général de ne délivrer aucun passeport aux prêtres de sa juridiction. Or, Lacueva se rendait compte que, dans les circonstances de l’époque (sous le gouvernement de Franco), il n’était pas prudent de rester en Espagne en se préparant à quitter l’Eglise romaine. Comme il préparait une thèse de doctorat, il demanda l’autorisation de se rendre à l’étranger pour la compléter et il obtint une dispense au décret épiscopal.

Le 21 juin 1962, il écrivit à son évêque qu’il renonçait à toutes ses charges et abandonnait l’Eglise catholique romaine. Le même jour, il passait la frontière pour se rendre en Angleterre où il put rendre compte dans beaucoup d’Eglises évangéliques de son cheminement et de sa conversion et où il reçut le baptême par immersion.5

5 Après quelque temps, il put retourner en Espagne où il compléta ses études bibliques et devint pasteur d’une Eglise baptiste. C’est là que j’ai eu l’occasion de le rencontrer, tenant devant lui mon livre Je bâtirai mon Eglise. « Si j’avais connu ce livre plus tôt, me dit-il, il m’aurait évité vingt années d’errements ». F. Lacueva est aussi l’auteur d’un certain nombre de livres évangéliques en espagnol, dont certains sont traduits en français : L’œuvre de la grâce, Bien vivre sa vie.

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