L’histoire de l’humanité a connu au cours de ces deux derniers siècles un développement sans précédent et une somme prodigieuse d’informations a été recueillie. Toutefois, cette véritable explosion de connaissances, si impressionnante soit-elle, ne s’est pas produite sans un certain nombre de vicissitudes. Je me contenterai d’en signaler deux.
La première est inhérente au nombre et à la diversité des informations disponibles. Aucun cerveau ne peut prétendre les dominer toutes et chacun n’accède qu’à une très petite fraction du savoir. Pour comprendre le progrès scientifique et y participer, l’homme doit donc nécessairement recourir à la spécialisation, qui devient ainsi une des caractéristiques les plus frappantes de notre époque. En limitant ses recherches à un domaine extrêmement précis et en renonçant à une multitude d’autres formes d’appréhension de la connaissance, le savant perd la possibilité d’accéder à une vue d’ensemble, large et équilibrée, des multiples voies qui mènent à la découverte de la vérité, but de toute recherche.
Le deuxième et grave inconvénient résulte de la complexité de nos informations. Celle-ci est telle, en effet, que les savants se font mutuellement confiance et tiennent pour admis les concepts de base, au lieu de faire l’effort de s’interroger sans cesse sur leur validité et de les réexaminer à la lumière des découvertes les plus récentes. Cette attitude constitue une réelle faiblesse méthodologique, qui risque pendant longtemps encore d’être à l’origine de graves erreurs. Or, si l’homme désire parvenir à la connaissance de la vérité, surtout en ce qui concerne les grandes questions de son origine, de son rôle, de ses devoirs et de sa destinée, il doit se rendre compte de cette faiblesse méthodologique, être conscient de l’étroitesse de son propre point de vue de « spécialiste » d’un domaine très limité et aussi renoncer à faire aveuglément confiance à des concepts communément reçus pour la seule raison qu’ils le sont par le plus grand nombre ; car il se peut que ces concepts soient faux.
Le livre que nous présentons ici n’est pas ordinaire pour deux raisons. Il a le mérite de remettre en cause des affirmations essentielles, considérées généralement comme irréfutables, et il tente, à partir de très nombreuses sources d’informations, une approche de la question fondamentale de nos origines.
Je voudrais également souligner la nécessité d’une large synthèse englobant les différentes branches de la recherche, car, prises séparément, celles-ci n’offrent qu’une vue partielle de la réalité. Considérons deux domaines nettement distincts, la science et la religion. La religion met en évidence certains éléments très importants pour l’homme : l’éthique, les devoirs moraux, les rapports humains, l’adoration d’un Etre supérieur. La science, pour sa part, s’attache plus spécialement aux objets matériels, qui peuvent être connus par observation directe, par exemple les propriétés physiques ou biologiques d’un milieu particulier. Or, toutes les données, qu’elles soient d’ordre religieux, scientifique, ou encore d’ordre historique ou psychologique, sont autant d’aspects d’une seule et même réalité et correspondent à autant de possibilités de perception de celle-ci. Pour éviter l’erreur si répandue qui consiste à établir des lois générales à partir d’observations faites dans une sphère restreinte, nous devons donc essayer de tenir compte de tous les éléments touchant notre recherche.
Ce livre, grâce à l’élaboration d’une synthèse des données scientifiques et religieuses, se rapproche plus que tout autre de l’idéal d’une enquête menée sur des bases pluridisciplinaires. Ses auteurs, refusant la tentation de se conformer à l’opinion générale, ont fait preuve d’une indépendance de pensée enrichissante et nécessaire à tout progrès intellectuel. L’avis de la majorité ne doit jamais être pris comme critère ; ce serait détruire tout espoir de progrès.
Il faut également louer leur volonté de prendre en considération les idées nouvelles et les idées « anciennes ». Il est en effet indispensable d’être libre de tout préjugé pour aborder le domaine scientifique et de ne rien classer « a priori » comme périmé. Une information nouvelle peut fort bien renverser la perspective et remettre en valeur une idée abandonnée depuis longtemps. C’est en acceptant des bouleversements de ce genre que les hommes progressent vers la vérité.
D’autres auteurs, particulièrement aux Etats-Unis, ont traité ce sujet d’une manière parallèle, mais il me semble qu’il s’agit là de la première tentative récente de ce genre réalisée en France. Non seulement cet ouvrage est bien documenté — et beaucoup d’informations proviennent de savants de langue française — mais les matériaux ont été judicieusement utilisés pour tenter de répondre à des questions essentielles, qui devraient préoccuper tout être humain.
Je suis heureux de présenter ce livre hors du commun. Par les informations qu’il apporte et par les questions qu’il pose, il pourra certainement enrichir le lecteur.
Ariel A. ROTH
Co-directeur du Geoscience Institute,
Professeur de Biologie
à l’université Loma Linda, Californie,
et à l’université Andrews, Michigan.