Héros d’hier et aujourd’hui

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Moïse : un héros pour se tenir sur la brèche

EN JUILLET 1987, UN GRAND HOMME DE DIEU mourut à l’âge de quatre-vingt neuf ans. C’était Pierre Deyneka Père, le fondateur de « Slavic Gospel Association » — S.G.A. (Association Slave de l’Evangile). Il émigra de Russie vers les Etats-Unis en 1914 et fut connu dès lors pour l’œuvre qu’il a accomplie au nom des chrétiens de l’Europe de l’Est et de l’Union Soviétique.

De nombreux Russes ont quitté leur pays, sans avoir jamais regardé en arrière, vers leur pays d’origine. Cela ne fut pas le cas pour Pierre Deyneka. Il se tint sur la brèche, et c’est en cela que réside sa grandeur.

Un héros qui se tient sur la brèche c’est quelqu’un qui choisit de vivre dans une situation éprouvante et parfois même dangereuse, dans le but de venir en aide aux autres, alors qu’il pourrait vivre dans l’aisance, le confort et la sécurité. Pierre était assurément ce genre de personne.

Des millions de croyants derrière le Rideau de Fer ont des raisons de remercier Dieu pour l’influence que Pierre a exercée, et qui se perpétue grâce à ses enfants, à travers la mission qu’il a fondée (S.G.A.), l’Ecole Biblique Russe, les nombreuses diffusions radiophoniques, les livres et les conférences auprès d’autres chrétiens pour susciter leur intérêt, au nom de l’église de l’Union Soviétique, et les stimuler à intercéder pour elle.

Voilà ce qu’un héros se tenant sur la brèche veut dire.

Quel est le but du sacrifice ?

Quelques chrétiens pensent que ce qu’il y a de plus important dans leur vie c’est la certitude qu’ils iront au paradis après leur mort. Si c’est réellement la chose la plus importante, pourquoi deux des plus grands hommes de la Bible — Moïse dans l’Ancien Testament et l’apôtre Paul dans le Nouveau Testament — ont donc exprimé clairement, tous les deux, leur détermination d’être effacés du Livre de Vie ? Pourtant, qu’est-ce qui pouvait avoir plus d’importance pour eux qu’une place assurée au Ciel ? En fait, ces deux héros de la foi étaient convaincus qu’il y avait réellement quelque chose de plus important. Explorons donc un événement de la vie de Moïse pour découvrir cette chose tellement importante.

Cette histoire se trouve dans Exode 32. Moïse était resté plusieurs jours sur le Mont Sinaï pour recevoir les Lois de Dieu, mais pendant son absence le peuple s’impatienta et décida de se fabriquer une idole — un veau en or — et ils l’adorèrent.

Alors, voici ce qui se passa :

« Le Seigneur dit à Moïse : Va, descends ; car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Egypte, s’est corrompu. Ils se sont promptement écartés de la voie que je leur ai prescrite. Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. Maintenant laisse-moi ! Ma colère va s’enflammer contre eux, et je les exterminerai ; mais je ferai de toi une grande nation.

Mais Moïse implora l’Eternel son Dieu, et dit : Pourquoi Eternel, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple ?

Et l’Eternel regretta le malheur dont il avait déclaré qu’il frapperait son peuple.

Le lendemain, Moïse dit au peuple : Vous avez commis un grand péché. Je vais maintenant monter vers l’Eternel : peut-être pourrais-je faire l’expiation pour votre péché.

Moïse retourna vers l’Eternel et dit : Ah ! ce peuple a commis un grand péché. Ils se sont fait des dieux d’or. Pardonne maintenant leur péché ! Sinon, je t’en prie, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » (Ex. 32.7, 11, 14, 30-32)

L’étendue de l’offense

En considérant toute l’histoire jusqu’à ce point, nous pouvons voir combien le peuple s’était conduit avec ingratitude. Dieu les avait délivrés de l’esclavage en Egypte, avait noyé leurs ennemis (l’armée de Pharaon) dans la mer et les avait conduits sur la terre sèche ; Il les avait pourvus en eau, en manne et même en cailles, en plein désert, et avait fait le serment de leur donner la Terre Promise et de faire d’eux une nation sainte. Mais pendant que Moïse était sur la montagne, le peuple perdit patience et se comporta comme si Dieu n’existait même pas.

Ce n’est pas étonnant que Dieu fut à ce point irrité !

Moïse aussi était très irrité. Comme il descendait de la montagne et « qu’il approchait du camp, il vit le veau et les danses. La colère de Moïse s’enflamma ; il jeta de ses mains les tables (sur lesquelles les Lois de Dieu avaient été gravées) et les brisa au pied de la montagne. Il prit le veau qu’ils avaient fait et le brûla au feu ; il le réduisit en une poussière qu’il éparpilla à la surface de l’eau et fit boire les Israélites » (Ex. 32.19, 20). Sa colère ne se calma que lorsque trois mille coupables impénitents furent mis à mort (Ex. 32.28).

L’étendue du sacrifice

Si Moïse fut tellement irrité, pourquoi supplia-t-il Dieu de pardonner à Son peuple — et offrit-il à Dieu d’effacer son nom du Livre de Vie s’Il ne voulait pas leur pardonner ? Pourquoi fit-il une proposition aussi téméraire et aussi inconsidérée ? Moïse réalisait pourtant la terrible gravité de cette offre. Pourquoi donc agissait-il ainsi ?

Le Seigneur représentait vraiment tout pour Moïse. Lorsque Dieu avait délivré le peuple de l’armée de Pharaon, Moïse avait entonné publiquement ce cantique : « L’Eternel est ma force et l’objet de mes cantiques, Il est devenu mon salut. Il est mon Dieu : je veux Lui rendre hommage. Il est le Dieu de mon père : je l’exalterai » (Ex. 15.2). En effet, toute la vie de Moïse avait été consacrée au service de Dieu. Pour lui, il n’y avait aucun autre but dans la vie, et il ne pouvait concevoir une vie future qui aurait pu être séparée de Dieu.

Moïse connaissait donc la gravité de ce qu’il disait. Il est certain que lorsque Paul a prononcé des paroles identiques, il était lui aussi au courant des conséquences éternelles : « Je souhaiterais être moi-même anathème (et séparé) du Christ pour mes frères, mes parents selon la chair » (Rom. 9.3), si cela avait pu assurer leur salut. Il aimait tant ses compatriotes Israélites qu’il aurait fait ce sacrifice suprême, afin de se tenir sur la brèche.

Avant de remonter sur la montagne, Moïse avait dit à son peuple : « Peut-être pourrais-je faire l’expiation pour votre péché » (Ex. 32.30). Cette idée d’expiation substitutive apparaît dès le commencement de la Bible. Bien qu’aucun homme, même pur, ne puisse expier lui-même son péché, ni en libérer son frère, comme le déclare le Ps. 49.8, Dieu préparait son peuple en l’instruisant, dans l’attente d’un Messie, un Agneau sans tâche qui serait digne d’être le Rédempteur. (Quelques commentateurs lisent Ex. 32.32 dans ce sens : « Si tu ne pardonnes pas à ton peuple, alors efface- moi aussi du Livre »). Cette interprétation aussi nous montre la détermination de Moïse de s’identifier au peuple, en demandant à Dieu, soit de leur pardonner, soit de le condamner lui aussi avec les autres — il était décidé à se tenir avec le peuple et à plaider à leur place, quoi qu’il en coûte.

Mais c’est dans la réponse de Dieu que nous trouvons la démonstration la plus convaincante de la grandeur de l’offre de Moïse. Dieu n’accepta pas cette offre sacrificielle de Moïse : « C’est celui qui a péché contre moi que j’effacerai de mon livre » (verset 33), mais le cœur de Dieu fut touché par le plaidoyer de Moïse et Sa colère fut atténuée. Il accepta d’épargner la nation, bien qu’il punît ceux qui étaient coupables, pour leur propre instruction et Il substitua Sa présence directrice personnelle par celle d’un ange qu’il chargea de les précéder tout au long de leur voyage.

Comment se tenir sur la brèche

Moïse se tint sur la brèche. Une brèche est une ouverture dans le système de défense, un trou dans le mur. Dieu ne nous a jamais demandé de mettre du ciment, des briques, ou des pierres dans ce trou. Les Ecritures font uniquement appel à l’homme pour se tenir sur cette brèche.

Nous offrons de souffrir à la place des autres

Nous ne pouvons être une victime expiatoire pour les péchés, comme Christ l’a été, mais nous pouvons, à la ressemblance de Christ, remplir une fonction de sacrificateur, ainsi que Paul le dit : « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous et je supplée dans ma chair à ce qui manque aux afflictions du Christ pour son corps qui est l’Eglise » (Col. 1.24). Cela veut dire que mon corps — et je dois le comprendre littéralement — s’intègre et fait partie du système de défense. Dès ce moment, l’ennemi aura à compter avec moi. Et aussi longtemps que je me tiendrai là, ceux que je protège — peut-être mes propres enfants, mon église, ma nation, peut-être l’Eglise souffrante en Russie, en Chine, en Iran — seront protégés, mais moi, je recevrai les coups.

C’est pourquoi je pense qu’il est tellement important de ne pas accuser l’Eglise qui souffre à travers le monde, comme si ses souffrances étaient la conséquence de son propre péché. Elle souffre peut-être pour nos péchés, non pas dans le sens d’une rédemption cosmique, que Christ a déjà accomplie, mais dans le sens qui est défini par Paul dans l’épître aux Colossiens, celui de suppléer dans sa chair à ce qui est nécessaire à la propagation de l’Evangile, à la croissance de l’Eglise, et à la réconciliation des pécheurs.

Nous intercédons pour les autres auprès de Dieu

Lorsque Moïse s’adressa à Dieu pour le pardon du peuple, on peut presque entendre l’hésitation de sa voix : « Si Tu pardonnes leur péché — mais si tu ne le fais pas. » comme s’il réalisait que leur péché était trop grave pour être pardonné sans une expiation convenable. Moïse réalisait que Dieu pouvait refuser de pardonner au peuple uniquement parce qu’il le demandait ; il offrit donc le plus grand sacrifice qu’il connaissait, sa propre relation avec Dieu et son espérance dans le salut éternel.

Moïse ne pouvait pas expier personnellement pour le peuple ; c’est pourquoi il fallait que Jésus vienne. Le plan de Dieu prévoyait un sacrifice d’une telle valeur que, sur la base de ce seul sacrifice, tous les péchés du monde pourraient être pardonnés. Ce sacrifice ne pouvait donc être qu’un sacrifice personnel de Dieu, Son propre Fils : une personne, un corps, se tenant sur la brèche pour nous. Dans le cas de Jésus, c’était quelqu’un qui n’avait jamais péché, mais qui cependant devint péché lui-même à la place des autres. Et c’est pour cela que Dieu put accepter ce sacrifice.

Mais Moïse ressemblait à Christ lorsqu’il s’offrit en expiation. Je ne suis pas en train de suggérer que nous devrions faire une offre semblable aujourd’hui. Le Calvaire a eu lieu ; le prix a déjà été payé. Mais Moïse avait compris la signification du véritable combat spirituel : quelque chose devait avoir lieu afin d’établir un pont entre un Dieu infiniment Saint et un homme pécheur. Quelqu’un avait à se tenir sur la brèche. Quelqu’un avait à faire don de lui-même. C’est cela l’intercession.

Précédemment dans ce chapitre, Moïse fit la démonstration de cette forme d’intercession, se tenir sur la brèche, ce qui est notre devoir et notre privilège :

« Moïse implora l’Eternel son Dieu, et dit : Pourquoi Eternel, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Egypte par une grande puissance et par une main forte ? Pourquoi les Egyptiens diraient-ils : C’est pour leur malheur qu’il les a fait sortir, c’est pour les tuer dans les montagnes et pour les exterminer de la surface du sol ? Reviens de l’ardeur de ta colère, aie du regret au sujet du malheur de ton peuple. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël tes serviteurs, auxquels tu as dit, en faisant un serment par toi-même : je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel, je donnerai à votre descendance tout ce pays dont j’ai parlé, et ils en hériteront pour toujours. » (Ex. 32.11-13)

Moïse semblait employer trois approches différentes lorsqu’il plaidait pour le peuple :

Il en appela au bon sens de Dieu en disant, en substance : « Tu as déployé un si grand effort pour délivrer ce peuple, pourquoi le rendre totalement inutile à présent ? »

Il en appela aux relations de Dieu avec l’homme en faisant ressortir que si Dieu détruisait les Israélites, les païens Le croiraient cruel, puisqu’ils ne comprendraient jamais Ses justifications.

Il en appela à l’intégrité de Dieu, en Lui rappelant qu’Il avait promis à Abraham, à Isaac et à Jacob de bénir leurs descendants.

La prière, c’est ce qui vous concerne personnellement ; et je crois que cela est facile. Vous priez pour recevoir la bénédiction, la protection, la santé, et tout le reste. Mais l’intercession c’est tout l’effort que vous mobilisez pour les autres.

Dans une circonstance similaire, lorsque Dieu fut très irrité à cause du péché de Sodome et Gomorrhe, Abraham intercéda pour le peuple, plaidant avec Dieu pour sauver la ville s’il s’y trouvait cinquante personnes parmi ses habitants qui seraient encore vertueuses, puis quarante-cinq, puis quarante, trente, vingt, et finalement dix. Et Dieu accepta de sauver la ville, si seulement dix personnes vertueuses pouvaient s’y trouver (Gn. 18.27-33).

Se tenir sur la brèche

Mais qu’est-ce qui donne le droit à quiconque de marchander avec le Dieu Tout-Puissant ? Je suis convaincu, en fait, qu’on a le droit de raisonner avec Dieu, mais à la condition que l’on veuille en payer le prix. Dans le cas de Moïse, nous voyons qu’il était disposé à sacrifier même son propre salut. Il montrait sa détermination de donner sa propre vie en sacrifice. Il ne parlait pas dans une attitude de rébellion. Il ne menaçait pas : « Dieu, si tu effaces ce peuple, tu ne m’auras pas non plus. » Il agissait, grâce à sa perspicacité extraordinaire, dans le sens que Dieu exigeait de la part d’un agneau sacrificiel — qui fut en fin de compte Son propre Fils — pour effacer le péché du monde.

Le prix

Dieu n’a réclamé ni la vie de Moïse, ni que son nom soit effacé du Livre de Vie. Moïse n’étant pas la Personne sans péché, son sacrifice n’aurait eu aucun pouvoir pour la rémission des péchés du peuple. Mais, Dieu a apparemment permit à Moïse de payer un prix symbolique pour l’expiation, à l’exemple du sacrifice d’agneau qu’Il avait institué dans l’Ancienne Alliance, afin d’annoncer, symboliquement, la venue future de l’Agneau de Dieu qui allait effacer le péché du monde.

Le vœu le plus ardent de Moïse, durant toute sa vie, avait été d’entrer en Terre Promise. Mais Dieu ne le lui permit pas. Il y eut semble-t-il deux raisons pour cela. Premièrement, Moïse avait frappé le rocher avec colère, à cause des récriminations du peuple au sujet de l’eau, alors que Dieu lui avait donné l’ordre de parler au rocher (Nb. 20.8-12). La seconde raison est rapportée dans diverses parties de la Bible ; Dieu faisait porter partiellement par Moïse le poids du péché de rébellion dont le peuple s’était rendu coupable (cf. Dt. 1.37 ; 3.23-29 ; 4.21). Cette situation est pathétique. La grande mission de Moïse avait été de conduire le peuple vers la Terre Promise, mais il ne lui fut pas possible de voir sa conclusion victorieuse. C’est le fardeau qu’il a porté par substitution pour le péché du peuple, pour lequel il avait donné sa vie ; peinture graphique du serviteur souffrant de Esaïe 53 et de Jésus-Christ sur la croix. C’était la souffrance d’un héros se tenant sur la brèche.

Les résultats

La réponse de Dieu fut remarquable, quelque chose que vous avez rarement entendu ou lu à ce sujet. On la trouve dans Ex. 32.14 : « Et l’Eternel regretta le malheur dont il avait déclaré qu’il frapperait son peuple. » Ce que Dieu attend c’est une personne pour se placer sur la brèche et dire : « Dieu, raisonnons tous les deux. Qu’arrivera-t-il à Ton grand nom ? Comment l’ennemi parlera-t-il de Toi ? Ils diront Dieu a échoué parce que Son peuple a échoué. Que vont devenir tes promesses ? Dieu, il doit y avoir un autre moyen. »

Un intercesseur ne peut raisonner avec Dieu qu’à la condition de connaître Dieu personnellement, Ses promesses, Son caractère, et comment Il a négocié avec Son peuple dans le passé. Dieu Lui-même nous invite à cette relation intime : « Venez donc et plaidons, dit l’Eternel » (Es. 1.18).

La récompense

Après cet incident de la grande idolâtrie d’Israël et de l’intercession de Moïse, les Ecritures relatent la rencontre la plus ardente qui ait jamais eu lieu entre un homme et Dieu, depuis le Jardin d’Eden. Moïse était à nouveau sur la montagne avec Dieu, et Moïse dit :

«… Fais-moi connaître tes voies ; alors je te connaîtrai et j’obtiendrai ainsi ta faveur. L’Eternel dit à Moïse : J’accomplirai aussi cette parole que tu as prononcée, car tu as obtenu ma faveur, et je te connais par ton nom.
Moïse dit : Fais-moi voir ta gloire ! L’Eternel répondit : Je ferai passer devant ta face toute ma bonté et je proclamerai devant toi le nom de l’Eternel…
Il ajouta : Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre.
L’Eternel dit : Voici un endroit près de moi ; tu te tiendras sur le rocher. Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Puis je retirerai ma main et tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue. » (Ex. 33.13, 17-23)

Quelle récompense ! On le voit, Dieu aimait Moïse ! Le fait que Dieu avait mis sur les épaules de Moïse une partie de sa juste indignation ne veut pas dire que Dieu le haïssait. Moïse avait trouvé grâce aux yeux de Dieu. Dieu lui avait même accordé le privilège de la souffrance sacrificielle.

Peu avant sa mort, Dieu conduisit Moïse sur une haute montagne de l’autre côté de la Mer Morte sur le Mont Nebo, (la Jordanie actuelle) d’où il pouvait voir la Terre Promise. « C’est là le pays que j’ai promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant : Je le donnerai à ta descendance. Je te l’ai fait voir de tes yeux; mais tu n’y entreras pas » (Dt. 34.4).

Des siècles plus tard, lorsque les temps furent accomplis et que Jésus-Christ, la parfaite expiation pour le péché, fut sur la scène, le fardeau fut enlevé des épaules de Moïse. Un jour Jésus emmena quelques-uns de Ses amis — Pierre, Jacques et Jean — sur une montagne. Là Il fut transfiguré devant eux — et Moïse et Elie apparurent à Ses côtés. Que faisaient-ils là ? Luc 9.31 rapporte qu’ils parlaient de l’œuvre que Jésus allait accomplir sur le Calvaire.

Qu’est-ce que Moïse savait à ce propos ? Il en savait beaucoup. Il avait été appelé à se tenir sur la brèche pour un certain temps, afin de recevoir les blessures du péché à la place du peuple. Il comprenait que le jour viendrait pour Christ d’être l’expiation parfaite. Et c’est pour cela que Moïse fut finalement autorisé à se tenir sur cette montagne avec Jésus. Il se trouvait enfin en Terre Promise.

Participant à la bataille à travers les siècles

Avant la transfiguration, Satan avait mobilisé tous ses efforts par des attaques destinées à empêcher Jésus de naître à Bethléem et, par la suite, de parvenir jusqu’à la croix. Toutes les attaques de Satan, après que Jésus soit ressuscité, se retournèrent contre l’Eglise dans le but de contrecarrer le dessein de Dieu, qui est de répandre l’Evangile parmi toutes les nations. Satan espère de cette façon, empêcher Christ de revenir dans la gloire.

Nous ne sommes pas ici-bas pour notre intérêt personnel. Nous sommes ici pour prendre une part active dans la grande bataille qui dure depuis des siècles. Notre devoir est de proclamer le Royaume de Dieu, d’établir ses principes, et de sauver les gens de l’emprise de l’adversaire, en leur parlant de la puissance de salut de Dieu. Afin de parvenir à ce but, nous devons être des intercesseurs, et en le faisant nous pouvons être amenés à nous tenir dans la brèche, à la place des gens qui autrement périraient, de ceux qui ont besoin de protection, des autres qui sont privés de protection à cause des persécutions, et des personnes qui sont devenues faibles à cause de leur propre péché.

L’intercession est l’antithèse du fatalisme. Trop de chrétiens sont fatalistes aujourd’hui : « Ce qui doit arriver, arrivera. » Ils vont jusqu’à excuser leur propre passivité en déclarant qu’ils agissent par soumission à la volonté de Dieu. C’est un non-sens ! Un millier de fois par jour, nous faisons en sorte que notre propre volonté soit faite. Et lorsque nous ne l’obtenons pas, nous déclarons : « Que la volonté de Dieu soit faite. » Or, nous devons être des combattants pour Dieu, nous devons combattre pour la vertu contre l’injustice et l’immoralité. Nous devons avoir une relation avec Dieu qui nous amène à Lui parler librement ; nous devons avoir le discernement des voies de Dieu et de Ses désirs.

Pendant que j’étais à Prague, en Tchécoslovaquie, en 1955, j’ai rendu visite à une petite église de Moravie, où quarante jeunes gens environ étaient rassemblés. C’était une époque de grande répression. De nombreux croyants avaient été contraints d’abandonner leur emploi ou de dénoncer l’enseignement à cause de leur foi. Ils étaient considérés comme étant antipatriotiques.

Après avoir encouragé ces croyants, je reçus un petit présent de leur part, et ils me demandèrent de le porter sur moi en Hollande. C’était un petit insigne en argent qui avait la forme d’une coupe.

« Ceci, me dirent-ils, est le symbole de l’église en Tchécoslovaquie. Nous l’appelons la coupe de souffrance. Maintenant vous êtes devenu participant à cette coupe. Lorsque les gens vous questionneront à son sujet, parlez-leur de nous et rappelez-leur que, nous aussi, nous faisons partie du Corps de Christ, et que nous sommes dans l’affliction. »

Comme je portais toujours cet insigne au revers de mes vestes, de nombreuses personnes à travers le monde se sont souvenues d’eux et ont intercédé pour eux, et pour d’autres croyants qui vivent derrière le Rideau de Fer. Peut-être nous sommes-nous de cette façon tenus dans la brèche pour eux. Ce genre d’intercession est-elle bénéfique dans notre monde moderne ? Oui, je crois qu’elle l’est. Bien que la situation soit toujours très répressive et très précaire, il y a eu beaucoup de changements vers le meilleur.

En 1987 par exemple, un certain nombre de prisonniers politiques furent libérés en Union Soviétique, ils représentaient environ la moitié du nombre de croyants recensés se trouvant en prison à cause de leurs activités spirituelles. Le gouvernement Soviétique a promis d’autoriser l’impression de 100 000 Bibles à l’intérieur de l’Union Soviétique, et d’importer de l’étranger 100 000 Bibles de plus. Konstantin Kharchev, le président du Comité Soviétique pour les Affaires Religieuses, a déclaré qu’il fallait changer les lois extrêmement restrictives. Il a admis officiellement, pour la première fois sans doute, que le gouvernement avait été responsable de la fermeture de milliers d’églises. Les prières des croyants à travers le monde sont exaucées.

Nous louons Dieu lorsque Sa lumière pénètre l’obscurité du péché et de la souffrance. Mais Satan est déterminé à garder le monde dans les ténèbres, et 66 % de la population mondiale continue, comme nous le savons, à vivre dans des conditions qui restreignent leur libre pratique des cultes et de la foi. Le monde a encore besoin de héros de la foi, pour se tenir sur la brèche. Serez-vous l’un de ces héros ?

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