Morale et contrebande

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Ordres de marche

Imaginez que vous êtes un officier ayant reçu de ses supérieurs l’ordre d’envahir le territoire ennemi. Vous faites alors un plan permettant d’attaquer au moment et à l’endroit où il s’y attend le moins. Mais, en avançant, vous découvrez qu’il dispose de fortifications importantes. De plus, il semble être au courant de vos plans, ou alors vous avez été vu par ses sentinelles. Car, tout à coup, il ouvre le feu, et c’est pour vous la retraite forcée.

Après avoir pris connaissance de votre rapport, vos supérieurs vous demandent si vous vous êtes emparé de certaines positions. « Non, répondez-vous, l’ennemi m’en a empêché. » Croyez-vous pouvoir vous disculper par une telle réponse ? Ce n’est pas ainsi que se pratique la guerre. Quand un soldat reçoit un ordre, il est lié par son serment et doit combattre jusqu’à la mort. Il ne se laisse pas intimider par la résistance de l’adversaire. Il la savait avant de partir, et ses chefs aussi la connaissaient. La seule raison de l’ordre reçu, c’est la résistance à opposer à l’ennemi et la nécessité de le vaincre.

Le même principe s’applique exactement à la guerre spirituelle. Cependant, plus d’un soldat chrétien semble dire à son Chef : « Impossible d’avancer : l’ennemi désapprouve notre objectif et refuse de nous laisser passer. »

L’argument n’est-il pas ridicule ? Evidemment, l’ennemi ne veut pas laisser passer; sinon, il ne serait pas un ennemi. C’est son rôle de combattre contre les armées de l’Eternel. Pourquoi alors tant de chrétiens se montrent-ils alarmés au moindre signe d’opposition ? Pourquoi s’offensent-ils quand un pécheur se moque de leur témoignage ? Pourquoi adaptent-ils aux restrictions de l’ennemi leur programme pour faire avancer la cause du christianisme ?

La réponse est simple : ils oublient les ordres reçus et Celui qui les a donnés.

La Seigneurie du Christ

Le premier principe de toute œuvre chrétienne est le suivant : le Seigneur Jésus, qui a écrasé Satan et vaincu la mort, nous ordonne d’envahir ce monde occupé par l’ennemi et de le rendre à Dieu. Nous avançons sous Sa seule autorité et ne devons rien avoir à faire avec l’ennemi. Pas de concessions, pas d’excuses !

Et puis, Il nous a donné Sa parole que les portes mêmes de l’enfer ne prévaudront pas, finalement, contre l’avance de Son Eglise. Toutes les manœuvres et les manifestations de puissance du diable ne sont que les derniers soubresauts de sa résistance à la toute-puissance de Dieu. Et pourtant, des milliers de gens cèdent pratiquement devant l’opposition et l’hostilité à l’Evangile. Si la foi est encore une arme pour eux, elle est devenue objet de collection d’armes anciennes.

Les glorieuses promesses de notre Seigneur ne sont plus, pour de trop nombreux chrétiens, que de belles devises.

Jésus est Roi. Ce devrait être là le point de départ de toute conversion et de tout service chrétien. Et c’est aussi le centre de notre combat spirituel, comme les ennemis de l’Evangile le savent, depuis l’époque néo-testamentaire jusqu’à nos jours.

Qui bouleverse quoi ?

Quand Paul et son équipe d’évangélisation arrivèrent à Thessalonique, le Conseil municipal fut ébranlé par ce qu’on entendait dire : « Ces gens qui ont bouleversé le monde sont aussi venus ici » (Act. 17.6). Voilà une affirmation mensongère, qui provenait des ennemis du Christ. Tournez-la dans l’autre sens, et vous aurez la vérité.

C’est le diable qui avait bouleversé le monde entier, et ces hommes étaient là pour le remettre en place ! Bien entendu, de tels hommes sont combattus par les gouvernements de ce monde, lesquels sont généralement au service de l’ennemi et ses prisonniers.

Mais j’aime ce passage… Si seulement on pouvait dire à chaque campagne d’évangélisation que nous bouleversons le monde ! Et comment s’y prendre ? La suite nous le montre : ils affirmaient qu’il existe un autre roi : Jésus ! C’est cela qui effraie la foule, et non pas que des chrétiens viennent fonder une ou deux églises, mais bien qu’ils prêchent un autre roi !

Et c’est pour cela que le message du Royaume de Dieu suscite une telle haine chez les communistes, de nos jours. C’est la raison pour laquelle, en Union soviétique, les recueils de cantiques contiennent si peu de chants parlant du combat chrétien ou du retour du Seigneur.

Récemment, des chrétiens allemands de l’Est, désireux de réimprimer un recueil de chants, ont été forcés d’éliminer tous les cantiques tels que : « L’Agneau sur son Trône », où « En avant, soldats du Christ ». C’est le message de l’autre Roi, le message du Royaume. Cela provoque un conflit spirituel. Et c’est là ce qui fait peur. C’est aussi là que nous devons tenir bon.

La plus importante déclaration de l’histoire

Quand ce Roi glorieux nous donne un ordre, ce n’est pas à nous de discuter, d’hésiter pour savoir dans quelle mesure nous obéirons ou non. Nous devrions, au contraire, tenir pour un privilège de pouvoir passer à l’action au moindre signe de Sa part, sans penser une minute à nos propres convenances, à notre confort.

Et quels sont ces ordres ?

« Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mat. 28.18-20).

Nous le voyons là, regardant pour la dernière fois les disciples, le jour de Son ascension, avant de prendre la place qui Lui revient sur le trône de Dieu. Il a pour eux un message d’une importance capitale, une des plus importantes déclarations jamais prononcées ici-bas. Il est sur le point de les envoyer en territoire ennemi. Mieux que personne Il se rend compte que le diable est le prince de ce monde, et qu’il n’épargnera rien pour empêcher Ses disciples de répandre la nouvelle de ce qu’il vient d’accomplir sur la Croix. Il est sur le point de les arracher aux griffes de Satan. C’est un cri de guerre, et Jésus est seul à savoir de quelle guerre. Alors Il déclare : « Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Elle repose dans mes mains percées. »

Il explique à ce petit groupe de disciples qu’ils doivent se répandre dans le monde entier, avec une autorité absolue. Tel est l’ordre formel du Fils de Dieu tout-puissant et omniscient. Il ne leur demande pas de faire ce qu’Il leur dit : Il le leur ordonne.

L’opium du peuple

Certes, tous sont d’accord avec la première moitié de cette affirmation, notamment que Jésus possède tout pouvoir dans le ciel. On voit là, d’ailleurs, la raison probable pour laquelle nous désirons aller au ciel. En effet : toutes nos pensées s’orientent vers le ciel, la paix et le bonheur exprimés par nos cantiques… Et cela peut même nous pousser à éviter le conflit et le combat que représente la vie chrétienne.

Nous avons en ceci exactement la raison pour laquelle Karl Marx, qui était d’origine judéo-chrétienne (ses parents s’étaient convertis au protestantisme), fut indigné et écrivit que la religion est l’opium du peuple. Il avait vu des chrétiens ne tenir compte que de cette partie de l’avertissement de Jésus. Mais c’est également « sur la terre » que Lui revient toute autorité. En ajoutant : « Allez par toutes les nations », Il nous ouvre le champ de bataille. Il montre ainsi qu’il s’agit d’un combat spirituel, et Il envoie Ses disciples (vous et moi) en territoire ennemi pour récupérer ceux qui sont, sous une forme ou sous une autre, prisonniers de Satan, derrière d’innombrables barrières ou rideaux.

S’Il nous dit de faire « de toutes les nations des disciples », cela signifie bien que lesdites nations ne sont pas des disciples, c’est-à-dire, comme telles, pas chrétiennes.

Watchman Nee, ce grand chrétien chinois, mort en prison au bout de vingt ans, dans son livre de méditations journalières Une Table dans le Désert, commente comme suit cette question du Psaume 2 : « Pourquoi ce tumulte parmi les nations ? » : « C’est parce que les gouvernements tiennent conseil contre le Seigneur et contre le Christ ; quelque violentes que soient les hostilités qui les séparent, ils sont tous unis contre Lui. Nous considérons certaines nations comme bonnes, d’autres comme mauvaises. Mais l’Ecriture montre que le Prince de ce monde règne sur chacune et les pousse à se libérer de tout ce qu’impose la loi du Christ : amour, humilité, vérité… C’est le seul passage de la Bible où il est dit que Dieu rit. L’Eglise primitive était très consciente de Sa domination.

Prenons-y garde plus que jamais, car bientôt — peut-être de notre vivant — Il paîtra les nations avec une verge de fer. A nous de dire aux hommes d’être sages et de mettre leur confiance en Lui. »

L’Eglise primitive

Les premiers chrétiens formaient, ils le savaient, un corps, mis à part pour un but : conquérir le monde pour Christ, faire de toutes les nations des disciples. Ils savaient également que, étant envoyés par Jésus, ils n’avaient besoin de demander la permission à personne. L’ennemi à combattre n’était pas humain, mais spirituel : religions, philosophies, politiques dominant des pays entiers, comme elles dominent, de nos jours, des continents.

Quand l’ordre leur fut donné, il y a bientôt deux mille ans, il existait autant de « rideaux » politiques, religieux ou culturels que maintenant. Malgré une opposition mortelle, ils ont envahi chaque coin de l’Empire romain.

Partout

C’est pour moi un grand réconfort de penser que Jésus ne nous à pas envoyés seulement vers des pays qui nous réservent un bon accueil. Nous avons trop longtemps cru que « portes ouvertes » signifiait que les chrétiens ou missionnaires étaient bien reçus. Cependant, existe-t-il pour Dieu des portes fermées ?

Nous voilà aux prises avec la question controversée de la contrebande des Bibles. Je ne crois pas que le Seigneur veuille que Sa Parole et Son témoignage soient tenus en échec par des frontières gardées ou des décrets gouvernementaux. Ce serait contraire, tant à l’esprit qu’à la lettre de Son ordre de faire de toutes les nations des disciples. En effet, n’est-il pas plus raisonnable de concentrer nos efforts sur les bastions les plus résistants à l’Evangile et les plus dominés par la puissance du diable ?

Une question d’obéissance

Le Dr Dotchenko, ce brillant physicien nucléaire russe, réfugié au Canada il y a quelques années, interrogé sur l’aide aux chrétiens de l’Est, et sur la contrebande de Bibles, a répondu comme suit :

« Faites tout ce que vous commandent votre conscience, votre courage et votre confiance en Dieu. Nous soumettrons-nous à ces forces impies, ou bien obéirons-nous au Seigneur qui nous ordonne de paître Ses brebis ? Je prie, a-t-il ajouté, pour Frère André et ses collaborateurs afin que le Seigneur continue à les protéger et à les inspirer. C’est là le vrai combat : risquer sa vie et sa liberté pour apporter à ses frères la Parole de Dieu. »

Et pourtant, malgré tout le respect que nous avons pour notre frère, nous pensons que c’est encore plus une affaire d’obéissance que de courage et de confiance en Dieu. Ici se pose la question délicate de l’obéissance aux Autorités. Bien sûr que nous devons leur obéir, mais seulement dans la mesure où elles ne prennent pas la place de Dieu.

Mais, direz-vous, comment un gouvernement peut-il prendre la place de Dieu ? C’est dans les domaines de la consécration et de l’adoration. Dieu réclame notre corps, notre âme et notre esprit. La chose est claire dans l’Ecriture. Nous avons eu de si graves compromis avec les systèmes de gouvernement de ce monde — bien que la Bible l’interdise — que nous ne savons souvent plus ce qui constitue un conflit avec Dieu.

No man’s land

Un jour qu’on essayait de lui tendre un piège, Jésus, prenant une pièce de monnaie, demanda: « De qui est cette effigie ? » Comme on lui répondait : « de César », Il répliqua qu’il fallait rendre à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui est à Dieu. Alors ses interlocuteurs le laissèrent, n’étant pas décidés à se déterminer.

Jésus voulait aussi dire par là que, ayant été faits à l’image de Dieu, nous devons Lui donner ce qui Lui revient, ce qui est de Lui, soit notre être tout entier, de sorte qu’il ne reste rien pour César. C’est là ce qu’enseigne si manifestement l’apôtre Paul dans Romains 12.1 : « Offrez votre être tout entier en sacrifice vivant. Ne vous conformez pas au présent siècle ». c’est-à-dire aux systèmes actuels. Ne travaillez pas pour eux, travaillez pour le Royaume de Dieu !

Mauvaise volonté

Pourquoi ne sommes-nous pas entièrement à Christ ? Si c’était le cas, nous obéirions à Dieu, ainsi qu’aux autorités qui ne sont pas opposés à Sa volonté. Nous la connaissons, cette volonté. Nous essayons d’esquiver ses commandements et nous ne sommes pas heureux. Comme le disait William Penn, en 1681 : « Si nous ne sommes pas gouvernés par Dieu, des tyrans régneront sur nous. »

Certains essaient même de substituer la prière à l’obéissance. J’ai un grand ami dans les pays communistes, un universitaire qui travaille à plein temps dans l’évangélisation. « Tous ces gens, me disait-il un jour, qui, quand ils veulent travailler pour Dieu demandent la permission aux autorités ou à la police pour distribuer des tracts, tenir des réunions en plein air, etc., montrent par là qu’ils ne sont pas vraiment décidés à entreprendre le combat pour et avec le Seigneur. S’ils le voulaient vraiment, ils le feraient, en toute simplicité et obéissance, comme Dieu le leur commande dans Sa Parole. Bien sûr, cela déplairait aux autorités et les fâcherait. Bien sûr que cela peut leur valoir l’arrestation et l’interrogatoire. Mais au moins ils auront obéi ». Il faudrait être conscient, une fois pour toutes, du fait que les dirigeants de ce monde ne sont pas du côté de Jésus-Christ. Pierre s’en est rendu compte très rapidement (Actes 5) : dès les premiers pas de l’Eglise primitive, les autorités ont contrecarré le travail et les méthodes évangéliques, sans compter qu’elles se dressaient contre les hommes eux-mêmes. C’est ainsi qu’ils furent arrêtés par les autorités auxquelles la Bible ordonne de se soumettre…

Ce qui importe

« Nous vous avons expressément défendu d’enseigner en ce nom-là… » (Actes 5.28), s’écrie le Souverain-sacrificateur.

Quelle fut la réponse des apôtres ? « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. »

C’est là, en effet, ce qui compte. Jésus a commandé de prêcher l’Evangile dans tous les pays. Que l’un de ces pays résiste — par le moyen de la police, de l’armée, de la culture, ou même de la religion — l’ordre reste le même.

Puisqu’il s’agit d’un conflit d’ordre spirituel, la Parole de Dieu nous enseignera ce que nous avons à faire, comment nous y prendre et quelle attitude observer, face aux autorités, voire à nos propres autorités. Avons-nous le droit de critiquer les gouvernements qui agissent contre Dieu, se montrant cruels et impies, persécutant l’Eglise ? Pouvons-nous entreprendre quelque chose pour aider les chrétiens qui veulent rester fidèles à leur Dieu ? Y a-t-il un moyen de les secourir ?

Ce n’est pas là une question de morale, mais bien de savoir qui règne et qui doit être obéi.

Nous avons à ce propos un exemple clair dans le livre de Daniel (chap. 3). Le roi de Babylone a fait ériger une statue et a commandé à tous ceux qui vivent dans son royaume — y compris les Juifs en exil, dont quelques-uns occupent de hautes positions — de l’adorer au premier son des instruments de musique.

Son autorité était reconnue par tous, et tous s’y soumettaient, y compris Daniel, l’homme de Dieu. Cependant ses trois amis, lorsque la musique se mit à résonner et que tout le monde s’inclinait, ne bougèrent pas. Ils refusaient… et furent jetés dans le feu.

Dans le cas particulier, les magistrats cherchaient à prendre la place de Dieu. Mais que virent-ils en regardant dans la fournaise ? Quatre hommes — et non les trois qu’on y avait jetés — marchant librement, sans brûler. Et le quatrième avait l’aspect d’un fils des dieux.

Qu’était-il arrivé ? Dieu s’était identifié avec ceux qui avaient désobéi à l’ordre du roi. Et cela, parce que l’événement spirituel était plus important que le fait national. Ceux qui avaient refusé l’obéissance au décret gouvernemental étaient dans la volonté de Dieu, et Dieu les avait préservés.

Justifiés par les œuvres

Nous avons encore une illustration dans l’histoire de Rahab : « C’est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les rebelles, parce qu’elle avait reçu les espions avec bienveillance » (Hébr. 11.31). Son acte est des plus illégaux, car les autorités locales étaient contre Israël, lequel était sur le point de conquérir son pays. Donc, le devoir de Rahab l’assujettissait à son roi, son propre gouvernement, et à son peuple. Ou bien ? Non, elle avait perçu quelque chose d’autre : le conflit spirituel (Josué 2) et avait décidé dans son cœur de suivre le Dieu d’Israël.

Le point culminant du récit se situe au moment où les soldats (disons la police) arrivent chez elle en disant : « Tu as logé des Israélites venus pour espionner le pays. Nous devons les arrêter. Voici le mandat d’arrêt officiel. »

Mais la femme a caché ces deux hommes. Ecoutez sa réponse : « Oui, des hommes sont venus, mais je ne savais pas d’où ils étaient. » Etait-ce la vérité ? Non. « Et comme on allait fermer la porte de la ville, le soir, ils sont partis. Poursuivez-les, vous les atteindrez certainement ! »

Etait-ce la vérité ? Non. Car elle les avait cachés sur son toit, sous des tiges de lin. Puis, une fois la police partie, elle les fit descendre et passer la muraille au moyen d’une corde. Mais pas avant d’avoir obtenu la promesse qu’on l’épargnerait, elle et tous les siens, et qu’on la traiterait avec magnanimité quand l’Eternel aurait donné le pays à Israël. Voilà une histoire étonnante : cette femme ment, cache des espions, les aide à fuir, tout cela contre la justice de son pays, parce qu’elle à reconnu un autre royaume, le Royaume de Dieu, pour lequel elle risque tout.

Bien entendu, je ne suis pas pour le mensonge, et je ne mens jamais dans l’exercice de mon ministère, ni autrement. J’en ai pris l’engagement il y a des années. Cependant, quand je m’approche d’une frontière communiste avec une voiture chargée de Bibles et autres livres, bien décidé à ne pas mentir, je prie de tout mon cœur pour que je n’aie pas non plus à dire la vérité. C’est ainsi que nous travaillons.

Et Rahab, alors ? Nous pouvons conclure qu’étant une femme païenne, elle a menti. Mais il y a une liste de noms écrits par Dieu dans Hébreux 11, et Rahab est du nombre : « C’est par la foi que Rahab, la prostituée, ne périt pas avec les rebelles, parce qu’elle avait reçu les espions avec bienveillance. »

Ce n’est pas pour avoir menti qu’elle est ici louée, mais pour son attitude et, de plus, pour son acte. Voyez Jacques 2.25 : « Rahab, la prostituée, ne fut-elle pas également justifiée par les œuvres, lorsqu’elle reçut les messagers et qu’elle les fit partir par un autre chemin ? »

Ce qu’elle à fait a été déterminé par ce qu’elle a cru. L’action, ici, est le produit d’une attitude, d’un sentiment. À part cela, le paganisme à joué son rôle, bien entendu.

Dissimulation

Dans l’Ancien Testament, nous avons également l’exemple d’un des plus grands hommes de Dieu : le prophète Samuel. Il avait été chargé d’oindre Saül comme roi, lequel, par la suite, s’en montra indigne et fut rejeté par Dieu, qui donna à Samuel l’ordre d’oindre à sa place David, un homme selon Son cœur. Il s’agissait de préserver Israël comme nation, ainsi que la lignée devant donner naissance à Son Fils, le Messie. Dès les premières pages de la Bible, nous voyons Dieu vouer tous ses soins à cette préservation, à travers les jours de prospérité ou d’apostasie.

Mais Samuel est effrayé par cette nouvelle. Comment aller oindre quelqu’un à la place du roi ? Et si le roi l’apprend (on était déjà dans un Etat policier). « Il me tuera ! » En effet, le diable était en train d’utiliser un homme oint par le serviteur de Dieu pour détruire l’ascendance du Messie, pour rendre impossible la naissance de Jésus à Bethléem et l’apparition du Royaume de Dieu dans ce monde.

Tous les grands crimes de l’Ancien Testament, que ce soit la destruction de Joseph ou celle des Israélites en Egypte, ont pour but d’empêcher la venue de Jésus sur la terre. « Si Saül l’apprend, il me tuera… » Alors Dieu lui dit : « Prends une génisse… » Voilà Dieu Lui-même qui pousse Samuel à cacher ce qu’il va faire, à déguiser son acte et à ne dire qu’une partie de la vérité ! Restriction mentale… Escamotage de la vérité. « Ecoute, dit Dieu, prends la génisse et, si la police de Saül t’arrête, tu diras que tu vas offrir un sacrifice auquel Isaï est invité. »

Oui, Dieu autorise à dissimuler par une déclaration autre que celle qui aurait dévoilé le but principal de la visite de Samuel à Isaï, Cependant, pas de mensonge. Nous ne voyons jamais Dieu inciter à mentir. Le fait est que Saül n’avait pas le droit de connaître le but de cette mission. Et Samuel n’avait aucune obligation de le révéler. Cacher ne signifie pas mentir. Il y a une grande différence entre vérité partielle et mensonge.

Une question de priorité

Comme je l’ai dit plus haut, je prie avec ferveur afin de n’avoir pas à dire la vérité. Et ce n’est nullement mentir que de voiler la vérité à des gens qui ne sont plus dignes de la savoir, parce qu’ils sont au service du diable. En effet, leur but est d’empêcher le Royaume de Dieu de venir dans ce monde. Et ils utilisent pour cela les moyens les plus cruels : suppressions de la vérité, meurtre de pasteurs et de croyants, emprisonnement de millions de chrétiens, destruction des églises. Et tous ces douaniers et policiers font partie d’un même système. Certes, je les aime comme créatures humaines, mais pas leur idéologie, car ils sont les tenants du diable lui-même, pour barrer la route au Royaume de Dieu.

Pour revenir à Saül, pourquoi sera-t-il furieux s’il apprend l’objet de la visite de Samuel à Isaï ? Parce qu’un autre sera oint roi à sa place !

Jésus est le Roi des rois, et ses ordres ont la priorité sur tous les décrets des gouvernements humains, notamment des hommes impies cherchant à arrêter la diffusion du message de l’Evangile. Cela est en rapport avec la Révélation divine, laquelle ne se discute pas. « Nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » C’est aussi simple que cela.

J’ai eu plus d’une discussion à ce sujet avec des chrétiens qui croient sincèrement que la contrebande de Bibles est immorale, vu que nous avons à obéir aux autorités quelles qu’elles soient, même russes ou chinoises. Si les apôtres de l’Eglise primitive avaient raisonné ainsi, l’Evangile n’aurait jamais pénétré en Europe. En étudiant le Nouveau Testament de près, on constate qu’il n’y a pas un seul pays qui les ait invités à prêcher Jésus-Christ, ni même autorisés. Au contraire, ils subissaient la persécution. C’est en se cachant et en faisant des choses illégales qu’ils ont réussi à diffuser la Bonne Nouvelle.

Aujourd’hui, l’impératif n’a pas changé : il faut que l’Evangile soit prêché à toute créature, que ce soit par le moyen de diplomates, d’hommes d’affaires, de missionnaires ou de contrebandiers : il faut qu’il pénètre dans chaque pays. Nous n’avons pas le droit de priver qui que ce soit de l’occasion de connaître son Seigneur et Sauveur. Aucun gouvernement n’a le droit d’empêcher un seul chrétien — tant à l’Est qu’à l’Ouest — de voyager pour faire connaître la Parole de Dieu, écrite ou orale.

Je le répète : aucune autorité n’est habilitée à enlever à un chrétien la possibilité d’annoncer qui est le Christ. En conséquence, sommes-nous prêts à obéir à Dieu ou aux hommes ?

Cette façon de voir ne vous rapportera que des ennuis, vous dira-t-on. Effectivement. Un grand sportif communiste, Emile Zatopek, qui se trouvait en Indonésie, envoyé officieux de son gouvernement, arriva à Jésus-Christ, grâce à un missionnaire suisse travaillant dans ce pays. Quelques mois plus tard, ce même missionnaire alla voir Zatopek dans sa patrie, la Tchécoslovaquie. Et il rencontre cet ancien colonel en train de balayer les rues, mais toujours disciple de Jésus-Christ.

« Comme étant en prison avec elle »

En 1967, Maria Braun, une chrétienne baptiste remarquable, fut condamnée à cinq ans de travaux forcés. Nous avons publié la chose, demandant aux chrétiens de prier pour elle. Puis, le 23 mars 1971, les Zsvetsia reproduisaient une lettre de Maria Braun, où elle reniait sa foi, déclarant avoir été justement condamnée pour avoir transgressé la loi en prêchant le Christ à des enfants.

Je ne saurais la condamner. Je crois plutôt que, si elle a cédé à de terribles pressions, c’est parce qu’on n’a pas assez prié pour elle, que les chrétiens ne se sont pas assez « souvenus d’elle comme s’ils étaient eux-mêmes en prison » (Hébreux 13). Si vous aviez été en prison avec elle, lui auriez-vous donné votre couverture ou votre pain, ou encore votre Bible pour la fortifier, avec votre amour et vos prières ? Fait tragique : des chrétiens abandonnant la foi parce qu’ils n’ont plus la force de supporter les pressions auxquelles on les soumet. Dieu seul sait où ils en sont réellement. C’est pourquoi nous vous demandons de prier, non seulement pour nous, mais aussi pour l’Eglise persécutée.

Maria Braun à été accusée de transgresser la loi. On me reproche souvent, à moi aussi, de l’enfreindre en apportant la Bible dans des contrées où on l’interdit.

Cependant, qu’est-ce que loi ? Car il y a deux lois, et la première est la loi de Dieu. Quand on a demandé à Jésus quel était le plus grand commandement, il a répondu en citant le sixième chapitre du Deutéronome, que tout enfant juif connaissait : « L’Eternel, notre Dieu, est le seul Eternel. Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras… Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (6.4-7, 9).

Voilà la loi de Dieu, que Jésus à renouvelée en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants ».

Est-ce cette loi qu’a transgressée Maria Braun ?

L’autre loi, celle du régime athée, dit : « Tu n’enseigneras pas Jésus aux enfants. Tu ne leur enseigneras pas à prier, ni à lire la Bible. Tu ne les mèneras pas à l’Eglise. C’est interdit. »

Et voilà le problème reposé : à quelle loi le chrétien doit-il obéir ? De qui doit-il accomplir les ordres ?

Ménager le diable

Je dois vous le dire en toute franchise : si nous sommes conséquents dans notre observance de la Loi de Dieu, nous contreviendrons forcément à celle de certains Etats. Partout où il est interdit d’enseigner le christianisme, ou d’introduire des Bibles, il s’agit de désobéir ou à la loi des hommes ou à celle de Dieu.

Si nous ne « faisons pas de toutes les nations des disciples », y compris la Russie, la Mongolie, la Chine, le Tibet et tous les autres pays communistes, en donnant comme raison que ces pays sont derrière des barrières politiques, que notre acte déclencherait une guerre froide (pour ne pas dire chaude), nous établissons pour nous-mêmes une tradition qui ménage l’ennemi. Bien plus, nous l’aidons à tuer les enfants de Dieu et à s’opposer à la venue de Son Royaume. On ne saurait désobéir davantage à la Loi de Dieu !

Aux menaces des autorités de Jérusalem, Pierre répondit simplement qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5.27-29).

Si nous transgressons la Loi de Dieu afin de nous en tenir à celle des hommes, nous permettons au diable de continuer à régner sur le monde, au communisme, à l’athéisme, à la révolution et à la haine de balayer l’univers, de sorte que l’Eglise sera exterminée par la violence, le crime et la guerre.

Ou bien nous rompons avec nos traditions de paresse et nous mettons à garder les commandements de Dieu (Mat. 28.19 ; Hébr. 13.3).

Marche de protestation

Ayant saisi où se trouvait le problème et en quoi il consistait, l’Eglise primitive réagit de la bonne manière quand les apôtres furent battus puis relâchés et firent rapport sur ce que les autorités avaient ordonné (Actes 4.23). En effet, les fidèles ne « passèrent pas à l’action », ne décidèrent pas de « les tuer ». Non, leur réaction fut tout autre : « ils élevèrent la voix et prièrent » : au lieu d’organiser une marche de protestation, ils eurent une réunion de prière : « Ils élevèrent à Dieu la voix ensemble, et dirent : Seigneur, toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, c’est toi qui as dit par le Saint-Esprit, par la bouche de notre père, ton serviteur David… » Suit une merveilleuse prière : « Car ils se sont assemblés dans cette ville contre ton Saint Fils Jésus. »

Jésus était au ciel, mais c’était bien de Lui qu’il s’agissait sur la terre : ils combattent contre Jésus, non pas contre notre système, contre le capitalisme ou l’impérialisme, mais contre Jésus : « Et maintenant, Seigneur, vois leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec une pleine assurance, en étendant ta main, pour qu’il se fasse des guérisons, des miracles et des prodiges, par le nom de ton saint serviteur Jésus » (Act. 4.29, 30).

En d’autres termes : « Seigneur, aide-nous à ne pas être intimidés, à ne pas craindre les pressions et la persécution, même si cela nous transforme en une Eglise souterraine. Donne-nous de la hardiesse, et étends ta main pour guérir, pour que des miracles se produisent par le nom de Jésus ».

Il en va exactement de même de nos jours. Ce que beaucoup considèrent comme un problème moral, disant : « Vous ne devriez pas faire de la contrebande : c’est contraire à la loi », n’est rien d’autre qu’un compromis avec le diable. On refuse ainsi à Dieu le droit de régner à la place du diable.

Paul, Silas, Pierre et les autres disciples obéissaient à Dieu plutôt qu’aux hommes, en en acceptant joyeusement les conséquences, notamment la prison et la mort. Dans leur cachot, ils ne se répandaient pas. en hurlements et protestations ; non, ils chantaient, heureux de souffrir pour le Christ.

Dans le premier livre de Samuel (ch. 19) nous voyons le roi Saül ordonner à son fils, pourtant soumis, de tuer David. Mais Jonathan désobéit au roi et à son père — bien que la Bible ordonne le contraire — aidant même David à fuir. Et Dieu le bénit pour cette désobéissance, lui et toute la nation. Bien que nous devions être soumis les uns aux autres, notre obéissance dernière revient à l’autorité suprême : « Que ta volonté soit faite sur la terre, Seigneur Jésus ! »

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