“Souvenez-vous de vos anciens conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu.
Considérez l’aboutissement de toute leur vie, et imitez leur foi.”
Hébreux 13.7
Mercredi 13 juillet 2005 ; il est 13 h 30. L’été s’installe doucement mais chaudement, dans cette belle région des Cévennes. Une foule nombreuse et silencieuse s’agglutine devant l’impressionnante porte d’entrée de l’édifice religieux du XIXe siècle. Jouxtant la place d’Armes, ombragée de platanes centenaires, le Temple de St Jean du Gard, ouvre grand ses imposantes portes.
Combien sont-ils ? Deux cents ? Trois cents ? Difficile de compter. La grande majorité s’est installée sur les longs bancs en bois ciré, d’autres se tiennent debout dans les allées intérieures et sur les tribunes à l’étage. Paradoxalement, le silence, qui s’impose naturellement dans ces circonstances, ne plombe pas l’atmosphère. Bien au contraire. Une douce paix prend possession des lieux que quelques nostalgiques chuchotements qui raisonnent discrètement dans l’enceinte, viennent renforcer un peu plus :
— bonjour, cela faisait longtemps que nous nous étions vus ?
— oh oui, bien vingt ans, non ?
— ……
— c’était à l’occasion d’une de ses dernières campagnes d’évangélisation, je crois.
— oui vous avez raison, mais je ne me souviens plus où c’était… il en a tellement fait !
— figurez-vous que j’avais invité, ce soir-là un ami, et il a été touché par le message entendu.
— comme beaucoup avant lui... D’ailleurs il ne serait pas impossible d’en trouver ici, cet après-midi. N’est-ce pas extraordinaire de voir comment Dieu s’est servi de notre frère durant toutes ces années de service ? Et quel privilège de pouvoir être là pour l’accompagner dans sa dernière demeure et manifester ainsi notre affection aux siens, qui l’ont toujours soutenu et encouragé dans son ministère.
— oui, que de souvenirs…
Mes propres souvenirs s’entremêlent alors… L’émotion ? Peut-être. Toujours est-il que, soudain, je me rappelle quel accueil chaleureux il m’adressait chaque fois que je me rendais chez lui. Il m’attendait devant l’ascenseur, debout dans le couloir, à quelques pas de la porte d’entrée entr’ouverte de son appartement du quatrième étage. Il lançait alors, avec un large sourire et une main grande ouverte : — Bonjour mon cher ! Ce qui mettait tout de suite à l’aise et donnait envie d’entrer. Mais ce jour-là, des sentiments de paix, de joie et de regret se mélangent dans mon cœur. La paix parce que nous le savions entre les mains de Celui qu’il avait si fidèlement servi tout au long de sa vie et donc dans le repos céleste. Ensuite la joie de l’avoir connu dès ma plus tendre enfance, et côtoyé de près, ayant été son pasteur durant quelques années. Mais ce sont surtout les regrets qui prédominent. Ceux de ne pas avoir su prendre le temps… Oui le temps de “profiter” de ses expériences, alors que nous habitions seulement à quelques kilomètres l’un de l’autre. Et je me surprends alors à réaliser combien il va me manquer, nous manquer à tous.
Bien que d’un caractère discret, André Adoul était un homme connu et reconnu dans son ministère d’évangéliste itinérant ; la foule rassemblée cet après-midi en témoigne, ainsi que les nombreuses lettres de condoléances qu’Alice, sa veuve, a reçues. Les uns l’ont côtoyé personnellement et étaient devenus, au fil du temps, ses amis. D’autres l’ont seulement entendu prêcher l’Evangile, quelque part en France ou ailleurs, et se rappellent avoir été interpellés par son message si simple et si profond. Mais la grande majorité le connaît à travers ses nombreux écrits qui resteront comme des testaments de sa foi et de son engagement au service de Jésus-Christ.
L’homme et l’évangéliste qu’était André Adoul laisse une trace indélébile dans les cœurs de tous ceux qui sont là pour lui rendre un dernier hommage. Ses traces sont comme l’empreinte même de son Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qui, tel un bon Berger, n’a jamais cessé de conduire son serviteur et de le porter dans ses bras.