En cherchant à vous faire partager mon angoisse au sujet de l’Afrique, je me rends parfaitement compte qu’une question peut se poser à ceux qui lisent ce livre. Comment est-il possible, se demanderont-ils, que Frère André passe de son activité de contrebandier biblique en Europe de l’Est à se soucier tout à coup du continent africain ?
Voilà une question intéressante. Il vaut la peine d’essayer d’y répondre. Quand, il y a dix ans, j’écrivis mon premier livre, j’étais personnellement engagé à fond dans le travail qui consistait à porter des bibles au-delà du Rideau de Fer. Ce livre était l’histoire de mes aventures d’alors. Depuis lors je suis connu comme « Le Contrebandier de Dieu » selon le titre du livre*. Je me rends compte que beaucoup de gens pensent que je suis toujours occupé à traverser les frontières des pays communistes dans une VW bourrée de bibles. Ce que je fais maintenant n’est pas aussi différent que certains le pensent. La différence essentielle, c’est seulement la couleur de la peau des gens et les noms sur les poteaux indicateurs. Je n’avais jamais imaginé que mon travail consisterait à me vouer au ministère de « contrebandier ». Dieu ne m’a pas appelé à faire de la contrebande, mais à m’occuper de Son peuple. C’est un fait : beaucoup de Ses enfants vivent dans des pays entourés de murs, de barbelés, de barricades, pour nous empêcher, eux de sortir et moi d’entrer. C’est pourquoi, si l’on désire vraiment s’occuper d’eux, cela vous lance un défi et exige de vous le courage d’enfreindre les lois de certains pays. C’est ce que j’ai fait. Quand je suis entré en contact avec les gens de ces pays, j’ai découvert que ce dont ils avaient le plus besoin c’était de bibles. « Que puis-je faire pour vous ? », leur ai-je demandé : « Apportez-nous des bibles, m’ont-ils répondu. C’est ce que j’ai fait. Pendant quinze ans, je leur ai apporté bibles et littérature chrétienne. Dieu m’a été en aide. Il a fermé les yeux des douaniers plus souvent que je ne puis m’en souvenir. Il a accompli plus de miracles que je ne puis le dire. C’est pourquoi, pendant des années, j’ai pu faire passer des bibles à travers le Rideau de Fer, sans passer une seule nuit en prison. Pourquoi ? Tout simplement parce que Dieu voulait que Ses enfants possèdent Sa Parole. Il n’était pas du pouvoir de certains hommes nommés Staline ou Khroutchtchev ou Brejnev d’empêcher cette action.
*En français « Le Contrebandier »
Dès que parut le livre décrivant mes activités, tout changea. Partout dans le monde des gens devinrent conscients de leur responsabilité à l’égard des chrétiens vivant dans certains pays. J’appelle cette partie du Royaume de Dieu l’Eglise qui souffre. Si je ne l’appelle pas Eglise clandestine, c’est parce que ce terme fait penser à un groupe de gens qui se cachent, sans témoigner activement pour leur Seigneur. Bien au contraire, les chrétiens que j’ai rencontrés ne correspondent pas du tout à cela. Je ne l’appelle pas non plus Eglise des pays fermés, parce que je ne crois pas qu’il existe un pays vraiment fermé à l’Evangile. Dieu ne saurait y consentir ; certains territoires sont plus imperméables que d’autres. Dans certains cas il faut faire plus de sacrifices et courir plus de risques. Mais toute porte s’ouvre si on la pousse assez fort. Il n’existe pas de pays fermé à l’Eglise, mais il y a des endroits où l’Eglise doit accepter de grandes souffrances pour pouvoir exister.
Mon ministère s’exerce partout où se trouve cette Eglise qui souffre. Pendant la dernière partie du 20e siècle, l’augmentation spectaculaire du nombre des chrétiens persécutés est en rapport direct avec les progrès de la Révolution mondiale. Que cette dernière se manifeste sous le nom de communisme, de nationalisme, de mouvement de libération ou sous tout autre nom, le résultat est toujours le même. Partout où la Révolution triomphe, l’Eglise en est une des premières victimes. C’est d’abord en Europe de l’Est que la Révolution a déclaré la guerre à l’Eglise : en Russie, en Pologne, en Allemagne de l’Est, en Roumanie et dans tous les pays qui, à la fin de la deuxième guerre mondiale, sont tombés sous le contrôle de la Russie. Je suis d’abord entré en contact avec l’Eglise persécutée de l’Est, où mon ministère a débuté.
Quand « Le Contrebandier de Dieu » parut, des milliers de gens qui n’avaient jamais pensé sérieusement aux souffrances de l’Eglise persécutée ont commencé à prier pour leurs frères et leurs sœurs vivant dans les pays communistes. Beaucoup ne tardèrent pas à s’offrir personnellement pour participer à ce ministère. Des choses étonnantes se produisirent. Par exemple, un comptable de Nouvelle-Zélande était envoyé à Londres pour affaires. Il fit son voyage en passant par la Sibérie, emportant avec lui des bibles, qu’il déposa partout où il s’arrêta. Quand il arriva à Londres, il m’écrivit pour me dire, plein de joie : « Dieu a fait pour moi les mêmes miracles qu’Il accomplit pour vous ». Il y eut beaucoup de cas semblables.
En écrivant « Le Contrebandier de Dieu », je craignais qu’il n’alerte les autorités communistes et qu’elles ne rendent notre tâche plus périlleuse. Mais au contraire, il en découla une grande bénédiction. Alors que nous rencontrions plus d’hostilité et d’opposition au cours de nos voyages, beaucoup plus de prières montèrent vers Dieu, et, en conséquence, il y eut plus de miracles et plus de victoires. Ce livre devint une gigantesque lettre circulaire invitant ses lecteurs à la prière. Le petit ruisseau de littérature chrétienne que mon travail fit couler vers ces pays se transforma en fait en un fleuve, des chrétiens de plus en plus nombreux s’engageant dans ce travail.
Mon rêve devint réalité quand des douzaines d’équipes de touristes, d’étudiants et d’hommes d’affaires traversèrent ces frontières avec de petites quantités de bibles. Portes Ouvertes est l’organisation qui dirige cette activité depuis Ermelo, en Hollande. Chaque année, nous envoyons de 80 à 100 équipes vers les Eglises martyres. Nous avons fort à faire pour éliminer ceux qui recherchent l’aventure ou des volontaires sans motivation profonde. Il faut aussi former ceux qui iront dans les pays interdits. Nous ne nous engageons jamais à la légère. Nous n’envoyons jamais des gens sans les avoir préparés aux risques qu’ils vont courir. Par la grâce de Dieu, jusqu’ici aucune de nos équipes n’a été emprisonnée. Mais plusieurs fois nous l’avons échappé belle. Il a fallu consacrer beaucoup de temps à la prière pour des équipes qui donnaient l’impression d’être en difficulté. A ce jour cependant, tous ceux qui ont pu entrer en sont ressortis.
Nous formons des gens pour aller dans des pays étrangers où ils ne connaissent pas de chrétiens, mais où ils en trouvent. Des collaborateurs chevronnés vont dans des régions difficiles pour y trouver des renseignements, pour y établir des contacts, pour organiser des systèmes de distribution et trouver exactement ce dont les Eglises de différentes villes ont besoin. Ils préparent ainsi le chemin pour un plus grand nombre d’équipes qui s’introduisent avec la masse des touristes. Nous achetons des terrains et de l’équipement pour modifier les voitures ou les reconstruire de façon qu’elles puissent transporter sept à huit cents bibles. Il en résulte que nous introduisons maintenant plus de bibles dans les pays de l’Est que ce ne fut jamais le cas. De plus, nous y accomplissons beaucoup d’autres travaux. Nous avons transporté une imprimerie complète dans une ville, ainsi que plusieurs automobiles destinées à des ecclésiastiques locaux. Nous avons aussi présidé des milliers de réunions de prières et de services religieux. Par exemple, il y a une petite ville russe dans laquelle nous avons apporté, pendant ces dix dernières années, plus de douze mille bibles, dont la plupart ont été naturellement distribuées à des croyants vivant dans des régions qui en étaient démunies.
Cependant, un des résultats négatifs de la publication du « Contrebandier de Dieu », c’est que finalement j’ai été obligé de ne plus prendre part à ces voyages. Je n’ai pas cessé immédiatement ; mais une année après la parution du livre je me suis rendu compte que la police était au courant de mes déplacements et qu’elle me surveillait de près pour savoir qui je visitais et contactais dans ces pays. Finalement, j’ai dû renoncer à ces voyages, dès que des amis d’Europe de l’Est m’ont fait savoir qu’ayant été convoqués par la police, ils avaient vu une copie du « Contrebandier de Dieu » sur le bureau de l’officier de police. Cela m’a fait comprendre qu’après quinze années d’aventures dans le terrier du renard, il convenait de m’occuper de la stratégie, pour laisser à des personnes moins connues des autorités le soin des choses plus passionnantes.
Alors que l’armée soviétique envahissait Prague, en 1968, j’y fis une de mes dernières expéditions de libraire ambulant. Une semaine avant que les Russes ne pénètrent en Tchécoslovaquie, j’ai eu l’impression que cela allait se produire sans tarder. J’ai même annoncé alors cette invasion à un ami. Un jour, alors que j’étais à mon bureau en Hollande, mes enfants s’y précipitèrent en criant : les nouvelles de la télévision parlent de Prague. Alors j’ai branché mon poste, juste pour voir une émission de Tchécoslovaquie décrivant l’invasion soviétique.
Quand je vis cela, je n’eus pas besoin de convoquer une réunion de prières pour savoir ce qui me restait à faire. J’en conclus que si les Russes faisaient la moitié du chemin dans ma direction, il fallait que je fasse le reste.
L’après-midi même, je chargeai ma fourgonnette de bibles russes. En un jour j’arrivai à la frontière tchécoslovaque. Je n’avais même pas cherché à cacher ces bibles, espérant que la confusion que j’étais sûr de rencontrer à la frontière me permettrait de passer la douane sans être fouillé. Quand j’arrivai à la frontière, je rencontrai un embouteillage de plus d’un kilomètre de long, formé d’autos pleines de ces milliers de Tchécoslovaques cherchant à sortir du pays. Ma voiture était la seule à se diriger en sens contraire. Comme je m’y attendais, le douanier débordé ne prit même pas la peine de me demander mon visa ni de fouiller ma voiture. Il me dévisagea comme si j’étais fou, secoua lentement la tête, timbra mon passeport et me fit signe de passer.
A dix kilomètres de la frontière, je rencontrai déjà l’armée soviétique. Au détour de la route, j’aperçus deux immenses tanks qui la bloquaient. Un soldat soviétique vint vers moi, le visage tendu, et me demanda mes papiers. Tout en les lui tendant je prononçai la prière du « Contrebandier », comme je l’avais déjà fait si souvent : « Seigneur, j’ai dans ma voiture des bibles que je désire porter à Tes enfants dans ce pays. Quand tu étais sur cette terre, Tu as rendu la vue aux aveugles. Maintenant, je Te prie d’intervenir pour que ces yeux qui voient soient aveuglés. Ne permets pas que les soldats voient ces choses que Tu ne désires pas qu’ils découvrent ». Une fois encore, Dieu honora cette prière et l’exauça. Les soldats ne regardèrent pas dans la voiture et me laissèrent passer.
Plus loin, à Pilzen, je rencontrai une autre division. Bien malgré moi, je me trouvai au milieu d’une colonne de tanks soviétiques traversant la ville dans un roulement de tonnerre. C’était une expérience étrange en même temps que très embarrassante. En effet, il y avait là des milliers de gens alignés le long des trottoirs et dans les places publiques. Ils faisaient le poing contre les Russes, qu’ils regardaient avec colère, crachant même dans leur direction. C’était une foule on ne peut plus tranquille. Mais dès qu’ils voyaient mon fourgon avec ses plaques hollandaises ils commençaient à crier et à applaudir. Je pensai alors : « S’il vous plaît, ne faites pas cela : ce n’est pas le moment de souhaiter bruyamment la bienvenue à un pauvre Hollandais : Surtout pas quand il y a un tank russe à cinq mètres derrière lui » Peu à peu je dépassai les tanks et me trouvai seul sur la route, roulant en direction de Prague. Plusieurs personnes m’’arrêtèrent et me conseillèrent de ne pas m’y rendre. La ville était déjà occupée. J’y arrivai le soir même.
La ville était complètement en désordre. Les Tchèques avaient retourné tous les poteaux indicateurs. Pour créer la confusion chez les Russes ils avaient recouvert de peinture tous les noms de rues et les numéros des maisons. Des poteaux indicateurs faits à la hâte montraient le chemin de retour à Moscou, pour se moquer des Russes. Ce dimanche matin, je prêchai dans une église. Les tanks passaient à grand bruit dans les rues ; on entendait au loin des tirs sporadiques ; et pourtant l’église était bourrée de gens, debout. En m’adressant à eux j’insistai sur cette idée : « Si vous n’allez pas à la rencontre des incrédules avec l’Evangile, ils viendront à vous en révolutionnaires ou en forces d’occupation. » A la fin du culte, je me tins à la porte pour serrer les mains. J’en eus les doigts presque écrasés, car ils tenaient à me remercier d’être allé jusqu’à eux pour leur apporter ce message.
Dans cette église, en cette tragique matinée, je les encourageai à profiter de l’occasion pour évangéliser les soldats russes. Je déposai toutes mes bibles sur une table devant l’église. Ils les prirent toutes, et tous allèrent distribuer la Parole de Dieu aux soldats soviétiques, qui, pour leur part, ne semblaient pas se sentir très à l’aise. On leur avait dit qu’ils seraient reçus à bras ouverts par les Tchèques, comme des libérateurs. Au lieu de cela, ils découvraient des gens hostiles, aigris, qui les maudissaient, leur jetaient des pierres et cherchaient même à incendier leurs tanks. Ils étaient complètement démoralisés, mal dans leur peau. Et tout à coup, en ce dimanche matin, des Tchèques souriants allaient à eux, disant : « Ivan, Jésus t’aime ; voici un livre qui va te le dire ». Et ils leur offraient ces bibles imprimées en russe. « Nous vous aimons car Jésus vous aime », disaient-ils aux soldats russes. Ceci ne se passa pas seulement à Prague mais aussi dans d’autres villes où nous avions envoyé des équipes.
Ensuite, nous allâmes dans la ville de Prague pour distribuer nos tracts aux habitants. Ce ne fut jamais aussi facile. Les gens les prirent et acceptèrent les bibles que nous leur offrions, comme des affamés se saisissent de pain. Les autorités civiles étaient trop occupées avec les Russes pour se soucier de nous arrêter. Après avoir épuisé mon stock de tracts et en avoir distribué des dizaines de milliers, je retournai en Hollande. Ce fut là un de mes derniers voyages pour distribuer de la littérature religieuse à l’Est. Quelques années après, j’allai en Yougoslavie avec un chargement. Ce fut une expédition facile, mais j’avais décidé que je méritais bien un dernier voyage.
En 1960, le grand combat révolutionnaire passa de l’Europe de l’Est au Sud-Est asiatique.
Si l’on prend les communistes au sérieux, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Dès 1917, début de la Révolution en Russie, son but déclaré a été la domination du monde entier et rien n’a jamais permis de croire que ce plan ait été changé. A l’issue de la dernière guerre mondiale, l’Europe de l’Est est tombée aux mains des communistes comme un combattant épuisé. En quelques années les nouveaux régimes furent mis en place. Il y eut quelques soulèvements, qui furent écrasés, en Hongrie et en Pologne. Mais dès 1960 l’Europe de l’Est devint en apparence une région gagnée à la Révolution. Depuis, le foyer du combat s’est déplacé vers le Sud-Est asiatique.
Les noms sont peut-être un peu différents en Asie, mais en définitive le combat y reste le même. La Chine y forme la force la plus importante ; l’idéologie y a pour thème le nationalisme . En théorie, ce que l’on propose, c’est de nourrir les masses sous-alimentées de l’Asie. Mais tout cela n’est que détail. En Asie, le combat qui s’est livré fut celui de l’Eglise pour assurer sa survie, alors que des régimes hostiles s’efforçaient d’anéantir complètement le christianisme. En 1960, la Révolution s’est répandue à travers le Sud-Est asiatique comme un feu de brousse. La première victime fut, comme toujours, l’Eglise.
En 1965 je fis mon premier voyage en Chine communiste. J’y découvris une Eglise martyre si semblable à celle que j’avais vue en Europe de l’Est que j’eus vraiment l’impression du déjà-vu. Je me rendis de Chine au Vietnam, pressentant que la Révolution se propagerait irrésistiblement dans ce pays. Je me trouvais à Da Nang quand les « marines » américains y débarquèrent. Je les ai vu arriver pour commencer une guerre longue, terrible mais inutile, qu’ils ont perdue huit ans plus tard. Ils l’ont perdue parce qu’ils n’ont jamais vraiment cherché à la gagner. Depuis lors je passai chaque année un mois au Vietnam pour y travailler parmi les soldats, les tribus montagnardes, les églises chrétiennes. Je compris bien vite que les communistes arriveraient à leur fin, c’est pourquoi je fis des efforts désespérés pour préparer les chrétiens que je rencontrais à affronter les souffrances qu’ils ont à subir aujourd’hui. Mais même au début, quand l’optimisme était encore possible, il était clair que les choses évolueraient au Sud-Est asiatique dans la direction de la Révolution.
Le président Mao a dit un jour : « Ce ne sont pas les armes qui décident de l’issue de la guerre, mais les hommes qui s’en servent. » J’y ai souvent pensé en voyant la détermination des soldats Vietcong cheminant dans les deux sens, le long de la piste Ho Chi Minh. Portant leur lourd équipement, le dos chargé de matériel, vivant d’un peu de riz, on les sentait comme inspirés par la vision d’un Vietnam communiste. Je comparais les privations de ces gens à la vie des soldats américains. Leur nombre, leurs armes sophistiquées, leur équipement et leur technologie n’ont jamais pu compenser leur attitude hésitante et inconstante. Ces soldats ressentaient vivement le manque de soutien de la part de leur pays. Ils n’avaient qu’un seul désir, en finir pour en sortir le plus rapidement possible.
Dans les années soixante, les communistes avaient plus de colporteurs de livres dans le Sud-Est asiatique qu’il n’y avait de missionnaires chrétiens dans le monde entier ; ils livraient un combat pour atteindre l’intelligence et l’âme des gens, alors que l’Amérique comptait seulement sur ses canons et ses hélicoptères pour gagner la bataille. J’avais alors toute une série de cartes de correspondant de guerre au Vietnam, ce qui me permettait de circuler librement dans tout le pays. (Ne me demandez pas com- ment je les avais obtenues : il faut bien garder certaines choses secrètes). Au début de la guerre, je pris part à une conférence de presse. J’entendis alors un général américain déclarer : « Il n’existe aucune situation à laquelle nous ne puissions faire face. Tout est parfaitement au point. » Quelle grossière erreur commettait ce général : Il était parfaitement incapable de comprendre l’aspect spirituel du combat qu’il devait livrer : Ce ne fut pas une surprise pour moi de voir tomber le Vietnam, le Laos et le Cambodge. La Révolution y était arrivée longtemps avant les soldats américains. Ceux-ci partaient battus avant même que ne commence le combat, celui qui compte le plus& : gagner l’esprit des gens. J’étais le témoin de l’avance de la Révolution.
Nous avons alors développé notre activité en Chine et au Vietnam. J’ai visité tous les pays avoisinant la Chine. Nous sommes maintenant (1977) en train d’imprimer aux Indes la Bible en chinois. Si nous envoyons aux Indes des bibles imprimées, il arrive qu’elles soient détruites. C’est pourquoi nous les imprimons là-bas, et des équipes leur font passer la frontière en jeeps. En Chine le travail avance lentement et est plein de risques. L’an dernier (1976) nous n’avons pu faire que dix-huit voyages dans ce pays. Il est beaucoup moins perméable que ceux de l’Europe de l’Est. Les endroits où traverser la frontière en automobile ou en train sont rares et très espacés. Les équipes qui ont réussi à y pénétrer mentionnent la faim des gens pour la Parole de Dieu et leur enthousiasme à parler des choses de la religion. Il est certain qu’en Chine il y a aujourd’hui (1977) une Eglise vivante, mais qui vit sous un régime beaucoup plus brutal que ceux des pays de l’Europe de l’Est.
Lorsque Saïgon tomba aux mains des Nord-Vietnamiens et que le communisme s’empara du Cambodge et du Laos, la Révolution une fois encore orienta ses efforts vers un nouvel objectif. L’Europe de l’Est réduite en esclavage, le Sud-Est asiatique conquis, un nouveau champ de bataille s’organise& : l’Afrique : Il fallait bien qu’il en soit ainsi. L’Afrique, avec ses émeutes, ses effusions de sang et son instabilité politique, était un objectif tout trouvé. Chou En-lai s’est rendu en Afrique orientale il y a quelques années. A son arrivée à Pékin, il a déclaré : « L’Afrique est mûre pour la Révolution. »
C’est bien le cas : Mais elle est également prête au réveil… à un renouveau chrétien. L’Afrique peut être gagnée, et le combat y fait rage.