Morale et contrebande

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Le combat

Un soir, je me trouvais à Cuba, où un évêque méthodiste parla sur Ephésiens 6 : « Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les principautés. » Après cela, j’eus un entretien avec un prêtre orthodoxe, un homme vraiment né de nouveau. « André, me dit-il, je ne crois pas que nous puissions quoi que soit contre le communisme avec des armes, car c’est une puissance spirituelle. Trois fois par jour je prie et je lie toute la puissance communiste et athée dans les airs — je me bats dans le ciel. »

« Gloire à Dieu », lui répondis-je. « C’est bien là l’endroit pour combattre. Vous aurez accompli quelque chose pour le Royaume de Dieu et détruit la forteresse du diable. »

J’aimerais vous faire comprendre que la seule condition de succès dans la lutte contre le territoire ennemi et sa reconquête pour Dieu est d’avoir conscience d’un monde spirituel invisible.

La chose est confuse pour plus d’un chrétien, d’où des fautes et des malentendus. Le véritable ennemi du Christ n’est pas un régime temporel, si impie soit-il. Non, son adversaire est Satan lui-même, et notre combat se livre contre les forces sataniques qui parcourent le monde.

Non par la puissance ou la force…

La Parole de Dieu est très claire quant à la réalité du monde invisible. Dans le deuxième Livre des Rois (ch. 2), nous voyons Elie, ce géant de Dieu, sur le point de quitter ce monde. Et il le sait. N’est-ce pas un privilège pour un serviteur de Dieu d’être renseigné sur l’avenir au point de pouvoir accomplir son ministère jusqu’à la dernière minute ? Puis voilà Elisée qui marche avec lui. Vous rappelez-vous cette histoire ? Voici comment elle commence : « Lorsque l’Eternel fit monter Elie au ciel dans un tourbillon, Elie partait de Guilgal avec Elisée. Elie dit à Elisée : « Reste ici, je te prie, car l’Eternel m’envoie jusqu’à Béthel ». Elisée répondit : « L’Eternel est vivant et ton âme est vivante ! je ne te quitterai point. »

Admirable : Elisée est tellement décidé à obtenir de Dieu ce qu’il y a de meilleur qu’il ne veut pas rester en arrière pour n’obtenir qu’un produit de seconde qualité, comme c’est le cas, hélas ! pour beaucoup de gens. Ainsi, ils partent ensemble pour Béthel. Là, les élèves de l’école biblique d’alors disent à Elisée : « Sais-tu qu’aujourd’hui l’Eternel va enlever ton maître ? » — « Je le sais. Taisez-vous ! »

Et, de nouveau, Elie lui parle : « Maintenant, tu vas rester ici, mon garçon. L’Eternel m’envoie à Jéricho. » — « Non, j’y vais avec toi » (Version Frère André).

A Jéricho, un autre groupe d’élèves d’école biblique affirme la même chose. Et, de nouveau, Elie lui dit de rester là parce que Dieu l’envoie jusqu’au Jourdain. Même réponse d’Elisée : « Je ne te quitterai pas. »

Au bord du Jourdain, cinquante jeunes gens se tenaient à distance. Oui, les écoles bibliques et missionnaires abondaient en Israël, mais il y avait peu d’hommes de Dieu décidés à avancer jusqu’à obtenir une pleine bénédiction.

Puis Elie prit son manteau, en frappa les eaux de la rivière, qui se séparèrent, comme autrefois celles de la mer Rouge pour laisser passer les Israélites.

Une fois arrivés de l’autre côté, Elie, cette fois, lui dit : « Demande ce que tu veux que je fasse pour toi ! » Si Elisée avait consenti à rester en arrière la première fois, il n’aurait jamais reçu pareille proposition. Vous voyez maintenant ce qu’un homme peut manquer en n’allant pas jusqu’au bout.

Alors Elisée répond : « Que je reçoive une double portion de ton esprit. »

Pour moi cela signifie à peu près ceci : « Tu es un homme extraordinaire, même sur le plan naturel, un géant dans tous les sens du mot. Et moi, je ne suis qu’un pauvre paysan. Je n’ai pas ton caractère, ta personnalité. Tu es sans nul doute le chef d’Israël. Les écoles bibliques ne manquent pas, mais aucun chef n’en sort. Il semble que ce soit moi que Dieu appelle. Comment puis-je te succéder, si je n’ai pas deux fois autant d’esprit que toi pour compenser la différence ? »

Elisée montre par là qu’il est un homme spirituel. Il sait que ce n’est ni par la force ni par la puissance que s’accomplit le ministère, mais par l’Esprit de Dieu.

Les techniques de Dieu

Il se trouve qu’Elisée n’a pas commis l’erreur propre à tant de sociétés missionnaires fondées par de grands hommes de Dieu, lesquelles pensent pouvoir, par leurs propres forces, accomplir les mêmes exploits que leurs fondateurs. Mais elles ne le peuvent pas. La succession est trop lourde. Dieu n’appelle qu’une fois un Hudson Taylor ou un Charles Studd. On ne saurait imiter un homme que Dieu a spécialement revêtu pour un ministère de pionnier.

Et cependant, il existe un moyen : si... si seulement Dieu peut nous donner une double portion de Son Esprit, alors nous pourrions faire le même travail. C’est là ce à quoi Elisée avait réfléchi depuis longtemps. Et maintenant, il ne veut pas laisser Elie partir seul : il la veut à tout prix, cette double portion. Et le vieux prophète l’a compris : « Tu demandes une chose difficile. Mais si » (si… tu peux voir le monde invisible, si tu peux pénétrer la technique de Dieu) « si tu me vois quand je serai enlevé d’avec toi, cela t’arrivera ainsi ; sinon, cela n’arrivera pas » (2 Rois 2).

En effet, Dieu ne gaspille pas la plénitude de son Esprit en faveur d’un homme non entièrement consacré ni entièrement décidé à en payer le prix afin de pouvoir pleinement l’utiliser.

Mais il y a aussi une question de préparation : il ne faut pas vous imaginer qu’il n’y ait qu’à se croiser les bras, sans apprentissage, sans discipline, sans école biblique, sans prière, parce que le Saint-Esprit peut tout compenser. Non, Elisée avait été pendant longtemps un fidèle disciple d’Elie avant d’arriver à ce point culminant où il voit comme jamais auparavant que la nature du combat est spirituelle et que celui-ci ne peut se livrer que sur le plan spirituel.

Si vous et moi pouvons le saisir, alors Dieu nous donnera tout ce dont nous avons besoin pour vaincre l’ennemi, proclamer Jésus-Christ et revendiquer Ses enfants. En Lui demandant la plénitude de Son Esprit, nous mettons à Sa disposition tous nos talents et nos études.

J’aurais aimé entendre l’entretien de ces deux. hommes. Ils savaient qu’Elie pouvait être enlevé à chaque instant, mais ils ignoraient comment. Et puis, tout à coup, tandis qu’ils parlaient en marchant, voilà un char de feu, des chevaux flamboyants…! Ils sont séparés, Elie s’élève dans un tourbillon, et Elisée le voit ! Gloire à Dieu. Il a vu se réaliser ce prodige ; il a vu le char céleste et Elie disparaitre, comme plus tard les disciples de Jésus ont vu leur Maître monter au ciel.

Elisée a vu ce que personne d’autre ne pouvait voir : le monde invisible. Quel instant ! On comprend son cri : « Mon père, mon père, le char d’Israël et sa cavalerie ! »

Puis Elisée se débarrasse de ses vieux habits : il n’en a plus besoin maintenant que le manteau d’Elie est tombé sur lui.

Début de ministère

Elisée revient au bord du Jourdain. De l’autre côté, les cinquante élèves de l’école biblique, qui ont vu le miracle du passage à sec de la rivière par Elie et Elisée, sont toujours là. Et maintenant la rivière a repris son cours normal : elle coule comme d’habitude. Que va-t-il se passer ?

Manteau d’Elie en main, Elisée s’écrie : « Où est le Dieu d’Elie ? » Il frappe les eaux, qui se séparent comme la première fois, et il passe. Quelle histoire extraordinaire ! Elle nous apprend que c’est par sa reconnaissance et sa communication avec le monde invisible qu’un homme en acquiert l’autorité — qui se manifeste ensuite visiblement.

N’était-ce là qu’un événement unique, un fait spécial en rapport avec des circonstances spéciales ? C’est parfois ainsi que nous nous expliquons les manifestations inusitées. En tout cas, en ce qui concerne Elisée, la question n’est pas restée sans réponse. Voyez 2 Rois 6 par exemple. Elisée et son serviteur se trouvent à Dothan, lors du siège de cette ville par les Syriens. En se levant de bon matin, le serviteur aperçut une immense armée de chars et de chevaux entourant la ville. « Hélas ! mon maître, que faire ? »

Il y en a beaucoup de nos jours qui peuvent sympathiser avec son désespoir, en voyant les forces du mal resserrer leur étau sur leur vie.

Mais écoutez la réponse d’Elisée : « Ne crains point, car ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux. » Cela ne ressemble-t-il pas à la première épître de Jean (ch. 4) : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » ?

De telles déclarations émanent de la foi, ne l’oublions pas. Puis Elisée se met à prier. Permettez-moi de vous donner ici mon interprétation de cette prière : « Seigneur, je t’en supplie, ouvre-lui les yeux pour qu’il voie pendant une fraction de seconde ce que je ne cesse de contempler jour et nuit ! »

Et Dieu l’exauça : il ouvrit les yeux du jeune homme afin qu’il vît les collines d’alentour remplies de chariots de feu. Il aperçoit un instant le monde invisible dont Elisée était constamment conscient, ces anges qui, selon l’épître aux Hébreux, sont des « esprits au service de Dieu envoyés pour exercer un ministère envers ceux qui doivent hériter le salut ».

La recherche d’une révélation totale

Si nous croyons au monde invisible, aux anges, alors aucune porte, ni aucune frontière ne restera fermée. La clé du problème, c’est que le combat n’a pas lieu entre le communisme et le capitalisme, mais bien entre le prince de la puissance de l’air, le prince des ténèbres et le Seigneur Jésus-Christ, Prince de gloire et Sauveur du monde ! À moins de ne comprendre que notre combat se trouve dans le monde des forces spirituelles invisibles, nous n’aurons jamais assez d’autorité pour agir contre les gouvernements et autres autorités — ce qui est pourtant la volonté de Dieu à notre égard.

L’apôtre Paul

Ah ! voilà l’objection ! Comment un chrétien respectueux de la loi peut-il préconiser des actes antigouvernementaux ? Et les enseignements concernant la soumission aux autorités ? Pourquoi résister au « pouvoir institué par Dieu » ? C’est là que des masses de chrétiens bien intentionnés, au nombre desquels quelques ecclésiastiques parmi les plus éminents, s’embrouillent dans des idées confuses.

Pour comprendre le problème il nous faut tout d’abord examiner attentivement deux points :

  1. Qu’enseigne la Bible au sujet des rapports entre un chrétien, c’est-à-dire un citoyen du Royaume de Dieu, et l’autorité temporelle de son gouvernement terrestre ?
  2. Quelle est la véritable nature des systèmes de gouvernements humains ?

Les arguments significatifs de l’apôtre Paul dans Romains 13 sont spécialement intéressants pour le Hollandais de culture calviniste que je suis. Pendant les cinq ans d’occupation allemande de notre pays, certains chrétiens en vue ont collaboré avec l’occupant, le considérant comme le gouvernement légal, parce que Paul dit qu’il n’est pas d’autorité ou de pouvoir qui ne soit institué par Dieu.

Analysons donc ce passage avec le soin qu’il requiert :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu à établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité ? Fais-le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains ; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience. » (Rom. 13.1-5).

Paul précise qu’il n’existe pas d’autorité en dehors de Dieu, mais il définit aussi très clairement le genre d’autorité et de gouvernement dont il parle : protégeant le bien et approuvant ceux qui le pratiquent, le magistrat étant le serviteur de Dieu pour le bien du peuple.

Est-ce le cas des autorités athées (et impies) ?

A ce propos, Paul fait une autre déclaration, dans 1 Timothée 2.1-4 :

« J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »

Là aussi, il définit l’autorité qui nous gouverne : il montre que son devoir est de protéger le bien et de nous assurer la liberté religieuse afin de pouvoir accomplir la loi de Christ. Qu’est-ce que cette loi ? Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. Et il rattache cette idée au fait que nous devons prier pour les autorités.

En d’autres termes, quand un gouvernement, local, national ou international limite l’Eglise dans ses activités, porte atteinte au témoignage des chrétiens ou même les persécute, nous ne sommes nullement obligés d’obéir audit gouvernement dans le domaine du culte et de la conscience. Nous demeurons libres, vu la définition du gouvernement donnée par Dieu. Obéir à de telles autorités serait aussi stupide que d’obéir à l’occupant qui vous fait la guerre, aussi stupide que si les Juifs avaient obéi à Hitler. Bien fausse interprétation de Romains 13 !

Une version moderne exprime ainsi ce que Paul (voir plus haut) écrit à Timothée : « … afin que nous puissions mener une vie paisible, dans la pleine observance de la religion. » Alors, si un gouvernement empêche d’observer pleinement la religion en fermant sa frontière au témoignage chrétien, notre devoir est de nettement nous y opposer.

Vous me demanderez si je puis vous fournir une preuve à l’appui. Eh ! bien, le meilleur moyen d’établir la véracité d’une déclaration, c’est d’examiner la vie de celui qui l’a faite.

C’est ainsi que, à Damas (Actes 9.23) nous voyons les Juifs comploter pour faire mourir Paul. Ce n’était pas là le fait d’un individu, mais bien d’un gouvernement, avec mandat d’arrêt officiel. Car, au lieu de persécuter l’Eglise comme les chefs lui en avaient donné l’ordre, Paul se comportait désormais en témoin de Jésus-Christ.

Nous lisons qu’il fut informé du complot et que la « police » gardait les portes jour et nuit. Alors ses amis l’aidèrent à fuir en le descendant, de nuit, dans une corbeille, par-dessus la muraille. Quel acte illégal ! Paul n’aurait-il pas dû plutôt s’effacer devant les chefs légitimes ? Ceux-ci ne sont-ils pas institués par Dieu ? Non, dit Paul. Je ne puis suivre les commandements de Dieu en laissant limiter mon activité évangélique, pour laquelle j’ai été envoyé par Lui. Puisque je risque l’arrestation, je passe la frontière illégalement, sans devoir montrer mon passeport.

L’apôtre ne tenait pas compte des règlements que d’autres, quand ils ne travaillent pas pour la cause de Dieu, sont tenus d’exécuter. Ce n’est pas pour avoir conformé ses actes à la loi qu’il se trouvait fréquemment en prison. Voyez-le à Thessalonique (Actes 17). Le peuple s’en prend à la maison de Jason pour en faire sortir Paul et les siens, afin de les trainer devant la justice locale. Peine perdue : il s’est caché ! Il a mis son ministère et sa mission à l’abri de l’ennemi. Il est devenu « souterrain », plutôt que de déférer aux ordres de ce qu’on appellerait le pouvoir légal.

A Ephèse (Actes 19), même situation. Certains historiens rapportent que, dans la seule ville d’Ephèse, vingt mille se convertirent à sa prédication. La baisse de la vente des objets de piété, c’est-à-dire des statues d’Artémis, n’est dès lors pas étonnante. Mais, autre chose également remarquable, le conseil de la ville a admis que pendant les trois ans de son évangélisation à Ephèse, Paul n’a jamais proféré quoi que ce soit contre sa déesse. Il y parla tant de Jésus qu’il y eut vingt mille convertis. Moi aussi, je préfère un ministère positif et ne veux pas perdre mon temps à abattre les opposants.

Les chrétiens qui, à Ephèse, forcèrent Paul à se cacher et à quitter la ville, reconnaissaient les degrés hiérarchiques, sachant que son ministère importait plus qu’une éventuelle décision judiciaire.

Il ressort clairement de la vie de Paul que la fierté d’être citoyen romain et son respect général des autorités de l’Empire n’ont jamais pris la place de sa soumission inconditionnelle au Seigneur Jésus, même lorsque cela le mettait en conflit avec Rome, ce qui pouvait signifier la mort. Il tenait une autorité pour juste, mais il savait à quelle autorité devait aller sa docilité.

Et l’apôtre Pierre ?

L’enseignement néo-testamentaire au sujet des autorités ne vient pas uniquement de Paul. Pierre a aussi, à cet égard, des déclarations qu’il vaut la peine de considérer. Que propose-t-il ?

« Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. C’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés, étant libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté, mais agissant comme des serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde ; aimez les frères ; craignez Dieu; honorez le roi. » (1 Pierre 2.13-17).

Autrement dit, il faut honorer les conducteurs du peuple et craindre Dieu. Et le gouvernement doit lui-même être agréable à Dieu en punissant le mal et en préconisant le bien. En dehors de cela, nous n’avons pas de raison de lui obéir.

A nouveau vous me demandez comment je peux le démontrer. Et, comme dans le cas de Pierre, je vous renvoie à la vie et aux actes de l’auteur de ces lignes : le fameux incident rapporté dans Actes 5 et mentionné plus haut. Les dirigeants font pression sur Pierre, puis l’emprisonnent. Ces mêmes autorités qui sont censées punir le mal et exalter le bien. Elles le traitent comme un prisonnier particulièrement dangereux, lui assignant seize soldats pour le garder.

Qu’arriva-t-il ? De nuit, un ange de Dieu vint ouvrir la porte de la prison. En voilà une action subversive ! Forcer des portes de prison verrouillées par des représentants du pouvoir institué par Dieu. De surcroît, c’est Dieu Lui-même qui s’identifie à l’homme qui a défié les maitres de l’heure, et qui le sort de sa geôle en lui ordonnant de retourner dans le Temple pour prêcher les paroles de vie interdites par l’Etat.

Dieu n’a pas peur d’une confrontation avec les forces du mal. C’est nous qui avons peur de Lui obéir. C’est pourquoi certains en sont encore à débattre le problème de la prétendue contrebande — qui n’en est d’ailleurs pas une : c’est simplement l’obéissance à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Il y a un choix à faire : on peut obéir aux hommes, aux conducteurs. Vous n’êtes pas tenu de faire quoi que ce soit pour Jésus durant votre vie. Vous pouvez plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu… et laisser le monde aller en enfer. La soumission au souverain civil et légal est un principe soigneusement commenté par les Ecritures. Et la question se pose : qu’est-ce qu’un gouvernement « légal » ?

Si le pays est envahi par un occupant, celui-ci représente-t-il votre gouvernement ? Ou bien sont-ce les autorités en exil ou « souterraines » ? La même question concerne notamment la dictature communiste. Aucun des gouvernements de l’Europe de l’Est n’est en place par la volonté du peuple, selon des élections libres. On peut affirmer sans exagérer que, même en Russie, 95 % de la population déteste son gouvernement. Est-ce là ce qu’on est convenu d’appeler un gouvernement légal, ou encore institué par Dieu ? Certes, non, puisqu’il agit contre Sa volonté expresse en empêchant la prédication de l’Evangile. C’est pourquoi nous passons outre et continuons à exécuter les ordres de Jésus-Christ, le Seigneur.

En principe, toute autorité terrestre dérive de Dieu et de Sa volonté souveraine. Mais, en pratique, la plupart des maîtres de ce monde sont vendus à Satan et devenus l’expression visible de la puissance démoniaque du monde invisible. Les anges de Dieu sont à l’œuvre dans ce monde invisible, au service des enfants de Dieu. Mais nous ne saurions oublier que les démons de l’enfer y exercent aussi une activité considérable. C’était, en effet, le plan de Dieu que les dirigeants lui soient dociles en faisant le bien. Mais un grand nombre d’entre eux ont méprisé ce plan en se faisant les agents du mal et du péché.

A cet égard, le communisme ne peut que retenir toute notre attention, et cela, pour deux raisons.

Tout d’abord, parce qu’il ne s’agit pas, en réalité, d’un parti politique, mais bien d’une religion. C’est plus une religion que toutes les autres : elle commande l’engagement et le don total de soi, ce qui la rend très efficace. Ensuite, c’est la première fois dans l’histoire de notre planète qu’une « organisation » se donne pour but, avec les moyens les plus cruels, d’exterminer l’Eglise tout entière. Jusqu’ici, toutes les persécutions — souvent terribles — dirigées contre une Eglise ou l’autre, ont été nationales ou locales, et non universelles comme actuellement. Il est probable que, au cours de la présente génération, il y a eu plus d’être humains morts pour leur foi que pendant ces vingt siècles de christianisme. Maintenant, la moitié de la terre se trouve unie sous le manteau du communisme dans un effort délibéré de destruction et d’anéantissement de l’Eglise de Christ. Et ce but s’accomplit, non à pas lents, mais rapidement.

Ces deux faits rendent nécessaires des éclaircissements au sujet de l’œuvre spéciale pour laquelle Dieu m’a appelé ainsi que mes amis et collaborateurs.

Des hommes morts

Ce qui m’a mis en mouvement, il y a une vingtaine d’années, c’est le fait que les mouvements de jeunesse communiste comptaient 97 millions de membres. Actuellement, ils en totalisent 120 millions, ce qui représente de loin la plus importante organisation mondiale. Ces jeunes sont de fidèles membres de leur parti, que l’on entraîne pour une révolution mondiale, et qui sont prêts à risquer leur vie pour atteindre cet objectif.

Il y a des années, Krouchtchev s’adressait aux troupes massées sur la Place Rouge à Moscou en des termes tout à fait scripturaires : « Vous êtes tous des hommes morts. » Il voulait dire par là qu’ils avaient déjà donné leur vie pour le parti. « Et maintenant, ajouta-t-il, allez dans le monde et prouvez-le ! »

C’était là en fait ce que Jésus avait dit à ses disciples. Oui, le communisme est une religion. C’est pourquoi on ne saurait le combattre que spirituellement. Je ne crois pas qu’une action militaire quelconque, d’où qu’elle provienne, puisse faire quoi que ce soit pour écraser le communisme. Au contraire, puisqu’il s’agit d’une religion, celle-ci possède deux éléments essentiels à toute religion : un ennemi commun et un but pour l’avenir.

Le communisme doit avoir un ennemi. Sinon il ne saurait subsister. S’il n’en existe pas, on en invente un, tout comme Mao lorsqu’il lança sa révolution culturelle, Sinon le communisme serait mort en Chine.

Il est effrayant de voir jusqu’où cela va. Les amis de Mao, avec lesquels il avait combattu côte à côte pendant cinquante ans, ses ministres ont, tout simplement, été transformés en ennemis, afin qu’il pût garder son peuple derrière lui. Il est donc impossible que la paix règne dans le monde tant que subsiste le communisme. On ne peut pas non plus le vaincre en mettant sa confiance dans l’homme. C’est une puissance spirituelle dont ne peut avoir raison qu’une autre puissance spirituelle : l’Eglise de Christ !

C’est pourquoi, dans les nations où l’Eglise de Jésus-Christ est persécutée et pratiquement supprimée, telles la Chine, l’Albanie, la Corée du Nord et le Tibet, nous avons spécialement l’obligation de pénétrer et d’accomplir des actes auxquels les autorités objectent fortement, et qu’elles considèrent comme criminels. Nous le devons pour l’amour de Christ et du monde entier, pour lequel Il est mort.

Le pire ennemi

Le Dr Dotchenko remarque avec raison que le pire ennemi du communisme est l’ennemi idéologique. C’est pourquoi la haine et les pires persécutions ont pour objet les chrétiens. La documentation à cet égard est volumineuse. Elle à été remise maintes fois aux organismes internationaux, sans résultat.

Le Ier février 1972, le Parlement norvégien a connu un débat sur les persécutions endurées par les chrétiens derrière le rideau de fer. C’est la première fois qu’un gouvernement comme tel s’occupe de ce sujet. La question posée était la suivante : « La Norvège peut-elle faire quelque chose pour que ces persécutions prennent fin ? »

Dans les discours prononcés par les membres influents des divers partis, la véracité des rapports ne fut pas mise en doute une seule fois. On parla des emprisonnements, des enfants enlevés à leurs parents, des assemblées troublées et des foyers détruits.

Karl Aasland, ministre appartenant au parti du centre, déclara notamment : « Il apparaît clairement que certains de ces pays entravent sciemment et systématiquement la liberté de pratiquer la religion. Il ne fait dès lors pas de doute qu’il s’agit d’une politique de dégradation mentale et morale, ainsi que d’extermination de toute religion. L’aspect le plus grave et le plus dangereux de tout ceci est le refus total à la population d’un choix, et l’obligation pour l’enfance et la jeunesse de grandir dans l’idéologie athée. En effet, l’idéologie communiste ne saurait être conciliée avec la notion chrétienne de la vie. »

Les évêques luthériens

Le synode des évêques luthériens norvégiens avait publié antérieurement un document disant entre autres : « Officiellement, ces pays jouissent d’une pleine liberté de conscience. Et cependant, l’évangélisation chrétienne y est réduite à tel point que les croyants sont privés des occasions élémentaires de témoigner de leur foi. Ils sont punis comme des ennemis de l’Etat, désobéissant aux lois. En réalité, ils sont punis parce qu’ils prennent leur foi au sérieux, selon l’ordre du Maître de convertir leurs semblables. En oubliant cela, nous trahissons la cause de l’Evangile. Nous la trahissons également en nous taisant et en négligeant de faire ce qui est en notre pouvoir pour informer l’opinion mondiale à ce sujet. »

Ainsi, d’une part, le Parlement norvégien considère les persécutions derrière le rideau de fer comme des crimes, et il fait appel, par l’entremise de son ministre des affaires étrangères, à la Commission de l’ONU pour la Défense des Droits de l’Homme, afin que soient condamnées de telles violations de la charte internationale.

De l’autre, ce sont les évêques de Norvège qui prennent la défense des chrétiens persécutés et font appel au monde entier pour protester contre de tels outrages.

Et à moi, on reproche de violer ces lois inhumaines pour aider nos frères chrétiens persécutés pour leur foi et leur fidélité. Autrement dit, je devrais me conformer à des lois que les chrétiens de l’Est transgressent en vertu de leur foi en Dieu et que des organes internationaux considèrent comme inhumaines et cruelles !

Questions délicates

Certaines agences de presse affirment toujours à nouveau que les Bibles ne manquent pas derrière le rideau de fer. Les sociétés bibliques — avec lesquelles nous entretenons de très cordiales relations — envoient des rapports sur leurs activités fécondes dans ce domaine. Mais voici ce qui se passe fréquemment : en Roumanie, par exemple, un nombre important de Bibles ont été imprimées. Cependant, il s’agit d’une traduction absolument inacceptable, soit pour des protestants, soit pour des baptistes ou autres évangéliques. Et pourtant, nous lisons que « la distribution se fait par l’entremise des paroisses, proportionnellement au nombre des fidèles », lesquelles paroisses sont « tenues de communiquer au patriarcat les noms des acquéreurs, ainsi que le prix perçu ». Autrement dit, chaque détenteur d’une Bible est désormais connu des services de police et risque l’arrestation…

Autre point délicat : nombreux sont les touristes rentrés de Moscou, enthousiasmés par les foules qu’ils ont vues se presser dans les églises, par exemple à l’église baptiste. Mais, ce qu’ils n’ont pas vu, c’est que cette église est un attrape-nigaud, afin que les visiteurs ne croient plus aux récits de persécutions.

En réalité, le Synode officiel des Eglises évangéliques de Moscou a décidé en 1960 qu’il était interdit d’évangéliser — même du haut de la chaire — de baptiser entre 18 et 8o ans, d’appeler à la repentance et d’instruire les enfants ou de les emmener à l’église.

Des hommes de Dieu tels que Kropofiev, Vins, Kryouchkov, protestèrent, disant que les Eglises allaient trop loin dans leur coopération avec le gouvernement. Ils s’en séparèrent et furent bientôt arrêtés et emprisonnés avec plusieurs autres. Ce fut là le début de l’Eglise évangélique baptiste non enregistrée — faussement appelée Eglise souterraine, qui connut immédiatement une croissance extraordinaire. Actuellement, on estime qu’elle est trois fois plus nombreuse que l’Eglise baptiste enregistrée. Elle est littéralement persécutée par son Eglise-mère.

Cependant, si ces chrétiens ne s’étaient pas séparés, s’ils n’avaient pas fait passer la loi de Dieu avant celles des hommes, la véritable Eglise de Christ serait aujourd’hui presque inexistante. Une fois de plus, Dieu à tiré le bien du mal.

Vision prophétique

Il s’installe donc une Eglise persécutant ses propres « saints » avec l’aide des autorités.

Je cite de nouveau le Dr Dotchenko : « Dieu permet à la puissance de l’ennemi d’agir afin d’éprouver notre fidélité, de voir si nous sommes dignes de la vie éternelle. En effet, aucune puissance humaine n’a le droit d’intervenir dans l’adoration de Dieu et de Jésus-Christ, selon la Bible. Les chrétiens doivent obéir à toutes les lois qui ne les gênent pas dans cette adoration. Accepter l’autorité communiste est incompatible avec le culte dû à Dieu et avec la foi chrétienne. C’est comme si l’on faisait du voleur le propriétaire légitime de la maison. »

Pour qui connaît la Parole de Dieu, l’hostilité des nations envers l’Eglise de Jésus-Christ n’a rien d’étonnant. Dans Luc 21, où Jésus parle des temps de la fin, annonçant tremblements de terre, famines, pestes, terreur et grands signes dans le ciel, il dit entre autres :

« Mais, avant tout cela, on mettra les mains sur vous, et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous mènera devant des rois et devant des gouverneurs, à cause de mon nom. »

Ce « on » représente le gouvernement, les autorités en place, lesquelles sont à la tête des prisons comme des Eglises.

Et le Seigneur de poursuivre :

« … Vous serez livrés même par vos parents, par vos proches et par vos amis, et ils feront mourir plusieurs d’entre vous… »

Cela se passe littéralement en Russie aujourd’hui, pour ne citer que le jeune Pavlik Morozov, qui dénonça ses parents et ses oncles, lesquels essayaient d’empêcher leur famille de mourir de faim en ne livrant pas 95 % de leurs récoltes à l’Etat. Ils furent exécutés.

Le Seigneur conclut ainsi son avertissement :

« Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom. Mais il ne se perdra aucun cheveu de votre tête ; par votre persévérance vous sauverez votre âme. »

Les saints sont appelés à tout endurer par la foi. Jésus à prédit que son Eglise passerait par un Calvaire semblable au sien.

Le silence de la majorité

Il est une dernière chose que je me sens contraint de dire sur ce sujet si tragique. C’est ce qu’Esaïe déclare dans la Parole de Dieu :

« C’est un peuple pillé et dépouillé ! On les a tous enchaînés dans des cavernes, plongés dans des cachots ; ils ont été mis au pillage, et personne qui les délivre ! Dépouillés, et personne qui dise: Restitue ! » (42, v. 22)

Personne pour exiger de l’ennemi des âmes qu’il « laisse aller mon peuple », comme Moïse l’a exigé de Pharaon et Jésus du prince des ténèbres. « Laisse aller mon peuple ! »

En général, en Occident, les chrétiens font partie d’une majorité silencieuse, n’exigeant rien de l’ennemi, passifs, pâles et muets. Nous formons le pont par-dessus lequel passe, sans obstacle, un monde de corruption, de haine et de révolution, pour corroder et maudire la vie de la génération montante. Et, dans ce que nous appelons la démocratie, il n’existe aucune force capable d’arrêter ce mal, si ce n’est la puissance de Dieu.

Oh ! si seulement cette puissance pouvait se manifester à travers nous ! Le problème de notre démocratie, c’est que nous avons la liberté de la tuer et nous y travaillons par notre silence, ne défendant pas les libertés de notre propre famille, ni ceux qui n’ont plus de liberté, qui ne peuvent plus parler sans aller en prison et à la mort.

Personne pour dire ou exiger : « Restitue ! »

En ne plaidant pas la cause de l’Eglise persécutée, en ne prenant pas position pour Jésus-Christ, nous collaborons en plein avec le diable pour l’extermination de l’Eglise.

Si nous n’entrons pas dans le combat spirituel, si nous ne disons tien, ne faisons rien, notre abstention se transforme en triomphe de l’athéisme. D’autre part, si, en obéissant à l’ordre du Seigneur, nous passons à l’attaque, comptant sur les puissantes ressources que Dieu tient à notre disposition, nous verrons céder les portes mêmes de l’enfer. Jésus est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Il règne éternellement. Quelle destinée pour nous de marcher à sa suite sur ce champ de bataille qu’est le monde !

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