Nous verrons plus loin, dans les chapitres consacrés à la biologie, que la théorie transformiste, née au début du 19e siècle, avait cru pouvoir expliquer le mécanisme de l’évolution en faisant appel à des facteurs qui, tous, se sont révélés inaptes ou illusoires. En effet, la science biologique a pu montrer que les caractères acquis, indispensables à Lamarck comme à Darwin, n’étaient pas héréditaires. Ils sont même rigoureusement intransmissibles, comme on a pu le démontrer depuis. Cette certitude, selon J. Rostand, est même l’une des mieux assurées de la science moderne1.
1 J. ROSTAND, L’Homme, Paris, 1962, 3e éd., p. 134.
A la fin du 19e siècle, la découverte des principales lois de la biologie rendait de plus en plus improbables les thèses des pionniers de l’évolution. On sait maintenant que les facteurs invoqués par Lamarck et par Darwin sont notoirement insuffisants pour provoquer l’évolution des espèces. Dès lors, « l’idée d’une évolution par transformations insensibles franchissant graduellement les fossés qui séparent les espèces n’était plus admissible. Le transformisme passait par une terrible crise2. »
2 J. CARLES, Le transformisme, Paris, 1957, p. 18.
Bien peu, cependant, s’en rendirent compte à ce moment. C’est que l’idée même d’une transformation progressive et lente était entrée dans les esprits des biologistes pour n’en plus ressortir. La théorie subsistait contre les faits.
Le même phénomène s’était également produit dans les esprits des géologues, avec plus d’ampleur encore que chez les biologistes. Déjà, à la fin du 18e siècle, le Russe M.V. Lomonossov (1757) et l’Anglais J. Hutton (1795) avaient soutenu que les opérations de la nature étaient demeurées identiques à travers les âges. Cette idée, reprise par Ch. Lyell, se généralisa et finit par s’imposer grâce à lui.
Ch. Lyell (1797-1875) passe pour être le véritable fondateur de la géologie moderne sous sa forme traditionnelle. Face à Cuvier (1769-1832) qui admettait de multiples catastrophes d’ampleur mondiale, Lyell posa comme principe que l’on devait pouvoir rendre compte des faits géologiques sans faire appel à la notion de catastrophe. Pour lui, « le présent est la clef du passé ». Sa doctrine, connue sous les noms d’actualisme ou d’uniformitarisme, eut une influence décisive sur plusieurs générations de géologues, jusqu’à notre époque.
Et pourtant, cette thèse n’est pas à l’abri de tout reproche, il s’en faut de beaucoup. D’éminents géologues commencent à la mettre en doute. Il n’empêche qu’elle demeure le fondement de la géologie classique des écoles et des universités. C’est pourquoi nous pensons qu’il n’est pas inutile de l’exposer sommairement et de la soumettre à la critique.
L’actualisme considère que les phénomènes de la nature sont invariants. Les causes actuelles3 sont les mêmes que les causes passées et il est inutile d’en chercher ou d’en imaginer d’autres. Sous cette forme relativement modérée, la thèse était recevable. Elle répondait en effet à un besoin qu’ont tous les esprits scientifiques d’expliquer l’inconnu à partir du connu, sans faire appel à des forces imaginaires ou à des lois ignorées.
3 Il y a d’ailleurs là matière à confusion. En réalité l’anglais actual signifie réel et non pas actuel. Si bien que Lyell ne veut pas tellement dire que les causes présentes ont toujours été réalisées, mais plutôt que les causes réellement constatées suffisent à rendre compte des phénomènes géologiques, sans qu’il soit nécessaire d’en imaginer d’autres. Cependant, comme on le voit, le contresens n’est pas bien grave dans la mesure où, pour Lyell, les causes réelles étaient précisément celles qu’il pouvait constater dans la nature présente.
Mais la thèse s’est amplifiée. L’uniformitarisme, qui régna jusqu’à nos jours en géologie, affirme davantage : Non seulement les causes actuelles des phénomènes ont toujours été identiques et agissantes, mais leur effet moyen et leur rapidité moyenne sont restés identiques. Le géologue français Pruvost formulait ainsi ce principe, dès 1856 : « Les conditions physiques responsables des phénomènes géologiques sont demeurées de même nature (uniformes) au cours des temps écoulés4. » Il y avait bien là quelque dogmatisme : comment affirmer aussi paisiblement que rien n’a pu changer depuis les origines ? Ce n’était guère rigoureux sur le plan de la méthode scientifique, mais on comprend qu’une telle théorie s’accordait à merveille avec les idées d’évolution progressive qui se développaient parallèlement en paléontologie et en biologie. Selon celles-ci, le temps s’écoulerait paisiblement, tel un fleuve majestueux, sans tourbillons, sans rapides, sans cataractes. Bref, sans catastrophes. Tout devrait être explicable en faisant intervenir les forces géologiques actuellement agissantes, et elles seules, ces forces étant demeurées identiques à elles-mêmes en intensité au cours des âges. De plus, les lois physiques présentement en vigueur auraient toujours été valables et le seraient toujours5.
4 Cité par P. ROUTHIER, Essai critique sur les méthodes de la géologie, Paris, 1969, p. 71.
5 Nous ne pensons pas que ce dernier point puisse être critiqué, Ce ne sont pas les lois qui ont varié, mais les conditions d’applications qui rendent ces lois valables ou non.
Cette thèse est-elle irréfutable ? Nous ne le pensons pas : au début du 20e siècle déjà, certains savants commencèrent à se révolter contre ce dogmatisme uniformiste. Des géologues comme E. Kaiser (1921), J. Walther (1924) et même le grand L. Cayeux (1944) proposèrent de ne pas se limiter aux causes actuelles, mais de laisser la porte ouverte aux « causes anciennes », c’est-à-dire à des phénomènes qui se seraient réalisés autrefois, sans être observables dans la nature aujourd’hui. Plus récemment encore, P. D. Krynine (1956) et H.H. Read (1957) ont critiqué l’actualisme, à tel point qu’en 1965 S.J. Gould se demandait si cette notion était encore nécessaire, et s’il ne convenait pas de l’abandonner6.
6 S.J. GOULD, Is Uniformitarianism necessary ?, dans « American Journal of Science », vol. 263, 1965, p. 223-228 et 919-921.
De nombreux arguments militent en effet contre cette doctrine. Nous allons en mentionner quelques-uns.
a. Le mode de formation tout à fait exceptionnel de certaines roches
Selon l’actualisme, les phénomènes du passé et ceux du présent ont des causes identiques. Or, il est facile de montrer que certaines couches géologiques ont une origine mettant en jeu des causes qui n’existent plus à l’heure actuelle. Nous prendrons deux exemples, l’un emprunté aux roches volcaniques, l’autre aux roches sédimentaires.
— On trouve dans plusieurs régions du monde des plateaux basaltiques très épais (parfois plus de 2000 m) s’étendant sur des superficies considérables (Irlande : 100 000 km2 ; Dekkan : 300 000 km2 ; Brésil : 900 000 km2, soit deux fois la superficie de la France environ !). L’ensemble de ces plateaux basaltiques couvre une superficie de plus de 2 millions de km2. L’origine en est connue : il s’agit de coulées de basalte ayant eu lieu principalement au Crétacé et au Tertiaire7. Le basalte est une lave très fluide, à refroidissement lent (sauf en surface). La plupart des géologues pensent qu’il s’agit là d’un volcanisme d’un type tout à fait particulier qu’ils nomment volcanisme fissural8.
7 7. Le lecteur trouvera p. 92-93 un tableau des ères géologiques avec la chronologie habituellement reçue. Nous précisons dès maintenant que les dates qui figurent dans ce tableau ne sont pas celles que nous pensons devoir retenir. Sur les questions de chronologie, voir l’annexe de cet ouvrage.
8 Cf. Ch. POMMEROL et R. FOUET, Les roches éruptives, Paris, 1965, p. 20, ou À. MORET, Précis de géologie, Paris, 1967, 5e éd., p. 136.
Or, ce genre de volcanisme n’est observé nulle part à l’heure actuelle du moins à une pareille échelle9. D’énormes masses de basalte en fusion sont montées des profondeurs de la terre (magma) à travers des fissures gigantesques de l’écorce. On chercherait vainement à rendre compte de l’existence de ces plateaux à partir des phénomènes présentement observables dans la nature.
9 On connaît bien de rares cas d’épanchements de type « volcanique » de faille, mais ces phénomènes, d’ampleur limitée, ne sont aucunement comparables à ceux que nous avons décrits. Par ailleurs, la nature actuelle ne nous fournit pas d’exemples d’épanchements de laves acides telles qu’on en rencontre dans les couches géologiques (rhyolites par exemple). Le cas le plus extraordinaire de volcanisme fissural historique est celui qui s’est produit en 1783 en Islande. Par une fissure de 24 km de long, 105 bouches ont vomi 12,5 km3 de lave. Cet exemple unique apparaît ridicule auprès de l’ampleur des phénomènes du Crétacé ! Voir B. GEZE, Roches volcaniques et volcanologie, dans Géologie, I Paris, 1972, p. 553.
— Les roches sédimentaires nous fourniront un deuxième exemple. On sait qu’une grande quantité de roches ont été déposées par les océans. Or les roches élaborées dans le passé géologique semblent bien ne pas avoir eu le même mode de formation que celles qui se forment actuellement. On a depuis longtemps remarqué que la sédimentation massive qui a eu lieu dans les géosynclinaux des temps anciens n’a rien de commun avec le processus de la sédimentation dans les fonds océaniques actuels. Les conditions du passé ne sont plus celles du présent.
Inversement, les conditions actuelles de dépôt ne se retrouvent pas dans le passé. Ainsi, selon R. Routhier, « des argiles rouges à nodules de manganèse se déposent un peu partout sur des fonds océaniques, qui n’ont pas d’équivalent dans les séries anciennes10 ».
10 P. ROUTHIER, op. cit., p. 74.
Là encore, les phénomènes du passé diffèrent de ceux du présent, et l’actualisme est en défaut.
b. L’intensité variable des phénomènes géologiques
Les phénomènes géologiques n’ont pas partout ni toujours la même ampleur, là même où ils ont les mêmes causes. L’échelle varie dans des proportions telles que l’actualisme n’a plus guère de sens. Ainsi en est-il pour l’érosion, pour les variations du champ magnétique terrestre, pour les chutes de météorites, etc.
L’érosion est généralement tenue pour plus forte actuellement que par le passé, bien que cette thèse soulève un certain nombre de difficultés sur lesquelles nous reviendrons11. Sans discuter ici ce point, relevons seulement que ce simple fait nie l’actualisme. En effet, « si les taux moyens avaient été dans le passé ce qu’ils sont actuellement, l’épaisseur enlevée aux continents aurait été, depuis le Cambrien, de 43 km, et depuis l’an - 2000 (millions d’ans) de 174 km12 ». Ces chiffres sont évidemment beaucoup trop forts. Aucun géologue ne pourrait accepter une telle abrasion. Il faut donc se résoudre à admettre de très grandes variations dans les taux d’érosion.
11 En particulier on ne voit pas bien les raisons qui ont pu augmenter la vitesse de cette érosion depuis les temps anciens. Mise à part l’érosion due à l’action chimique des eaux qui a pu augmenter depuis l’ère industrielle, tous les autres facteurs d’érosion paraissent avoir été plus actifs dans le passé qu’à présent. Pensons en particulier aux actions érosives énormes du vent, des glaciers, du ruissellement, de l’écoulement en nappe, actions qui étaient possibles lorsque la végétation, selon la thèse évolutionniste, manquait encore sur terre. Et aussi lors des changements de climats que l’on croit avoir décelés. Nous reviendrons ailleurs sur ce point.
12 A. CAILLEUX, La géologie, Paris, 1967, 6e éd. p. 69.
Quant au champ magnétique terrestre, il montre une irrégularité encore plus grande. On savait depuis longtemps que le pôle magnétique n’était pas fixe et que l’intensité de ce champ avait varié au cours des âges. Mais les études récentes, en particulier celles de E. Thellier, le meilleur spécialiste mondial en la matière, ont montré que ces variations étaient beaucoup plus importantes qu’on ne le croyait. En effet, non seulement le champ magnétique a varié en intensité et en direction, mais ces variations mêmes sont irrégulières et bien plus rapides que prévues. Ainsi « l’idée d’une certaine régularité de la dérive des pôles, toujours par rapport à chaque continent pris séparément, a disparu au profit d’une marche tantôt extrêmement rapide, tantôt lente13 ». Cet auteur parle même d’un « véritable affolement à l’inversion » pendant les époques géologiques récentes, affolement qui « ne serait pas du tout un caractère général au long des âges14 ».
13 E. THELLIER, Le magnétisme interne dans La géophysique de J. GOGUEL, Paris, 1971, p. 360.
14 Ibid., p. 347.
Enfin, un dernier exemple de variations de vitesse des phénomènes. On a pu calculer que si les météorites à base de fer étaient tombées, dans le passé, au même rythme qu’à l’heure actuelle, la totalité du fer contenu dans le monde pourrait avoir une origine météoritique, ce qu’aucun géologue ne saurait admettre.
Tous ces exemples, et bien d’autres encore, nous montrent qu’il faut renoncer une fois pour toutes à l’idée que les phénomènes du passé se déroulaient forcément à la même vitesse et avec la même amplitude qu’aujourd’hui.
c. Phénomènes différents, donc causes différentes
Certains phénomènes du passé, non réalisés actuellement, ne peu- vent s’expliquer qu’en faisant appel à des causes autres que celles que nous connaissons. Il en est ainsi d’ailleurs en biologie comme en géologie.
Les évolutionnistes eux-mêmes ont recours à cette hypothèse. Ils doivent en effet convenir que leurs théories explicatives de l’évolution supposent des conditions que l’on ne constate plus de nos jours, voire même des lois différentes des nôtres. Or il semble bien que les lois ne changent pas. Il y a là une contradiction grave dans la thèse évolutionniste actualiste !
Par exemple, l’explication évolutionniste de l’origine de la vie invoque le processus de la génération spontanée, alors que tout ce que l’on sait en biologie s’oppose à cette idée. Les évolutionnistes reconnaissent bien qu’actuellement une telle génération spontanée est impossible, mais ils pensent qu’elle a dû être possible dans les temps anciens15. Dans le cas contraire, notre présence sur terre ne s’expliquerait pas. Puisque nous sommes là, c’est qu’il y a eu génération spontanée. On voit sur quelle pétition de principe repose ce raisonnement16.
15 P. GAVAUDAN souligne ainsi cette inconséquence : « Le fait est que si nous pouvons démontrer que jusqu’à présent aucun cas de génération spontanée n’a été observé, nous postulons tout de même que ce phénomène a dû nécessairement se produire autrefois. Nous résolvons évidemment cette contradiction en attribuant au milieu primitif des pouvoirs particuliers dans des conditions très différentes de celles d’aujourd’hui. Finalement, bien que n’ayant aucune preuve de ce postulat, nous l’admettons en général parce que nous n’aurions aucune solution de rechange au problème de l’origine de la vie, en dehors, bien entendu, d’un acte miraculeux et surnaturel. » P. GAVAUDAN, Sur l’abandon de la théorie de la génération spontanée, dans A.I. OPARINE, L’origine de la vie sur la terre, Paris, 1965, p. 423. C’est nous qui soulignons.
16 Remarquons au passage le manque de logique qui se cache derrière cette logique apparente. C’est le refus de considérer sérieusement l’hypothèse d’un Créateur qui conduit à une telle solution. Il en irait tout autrement si l’idée d’un Dieu-Créateur n’était pas rejetée a priori. Si je me trouve devant une œuvre achevée, je me dois raisonnablement de penser que cette œuvre a un auteur. Je me rejetterai seulement en désespoir de cause sur la solution de la génération spontanée de l’œuvre en question lorsque toute autre solution sera démontrée impossible, et seulement dans ce cas. Ce qui est vrai pour une œuvre l’est encore plus pour les êtres vivants, dont la complexité est encore plus grande que celle d’une œuvre littéraire. Ce qui n’empêche nullement qu’on attribue au hasard ou à la génération spontanée l’existence de ces êtres complexes. Est-ce raisonnable ?
De même, le fait d’accepter l’évolution oblige les transformistes à supposer d’autres conditions et d’autres lois, puisque tout montre qu’à l’heure actuelle l’évolution des êtres vivants est achevée. Il faut donc imaginer « des processus n’ayant plus cours dans le monde actuel17 ».
17 Sur le recours des évolutionnistes à des processus n’ayant plus cours dans la nature présente, voir J. ROSTAND, L’Homme, Paris, 1962, p. 126, 127.
Il en va de même en géologie18. Un seul exemple : les glaciations. Elles ne peuvent pas s’expliquer dans le cadre étroit de l’actualisme. Les 29 explications données à ces glaciations sont, de l’avis de tous, insuffisantes et font, de toute manière, appel à des causes qui ne sont plus en jeu aujourd’hui, à des « manières de catastrophes19 ». De plus, elles semblent se terminer aussi brusquement qu’elles ont commencé. Ces faits s’opposent à l’opinion habituelle qui continue à croire aux changements graduels20.
18 On trouvera un bon énoncé de quelques-unes de ces critiques de l’actualisme en géologie dans P. ROUTHIER, op. cit., p. 71-75.
19 Cf. E.J. OPIK, Climate and the changing sun, dans « Scientific American », vol. 198, juin 1958, p. 89. Nous reviendrons sur ce sujet dans la seconde partie de cet ouvrage.
20 Cf. D.B. ERICSON, W.S. BROECKER, J.L. KULP et G. WOLLIN, Late-Pleistocene Climates and Deep-Sea Sediments, dans « Science », vol. 124, 31 août 1956, p. 385-389.
d. Une origine catastrophique est préférable dans bien des cas
C’est bien plutôt vers la notion de catastrophe qu’on se trouve ramené lorsqu’on considère certaines formes de terrains géologiques. Ainsi en est-il des formes actuelles du plateau de Columbia, aux Etats-Unis. De l’avis de plusieurs géologues pourtant formés par la doctrine actualiste, on ne peut les expliquer qu’en invoquant un catastrophisme au moins régional21. Dans ce cas, la durée des temps géologiques pourrait être considérablement raccourcie.
21 Cf. J.H. BRETZ, H.T.V. SMITH et G.E. NEFF, Channeled Scabland of Washington : New Data and Interpretations, dans « Bulletin of the Geological Society of America », vol. 67, août 1956, p.957ss. La même formation a été expliquée dans le sens du catastrophisme mondial par le créationiste H.G. COFFIN, Creation, Accident or Design ?, Washington, 1969, p. 249-261.
Cette idée trouve un appui tout à fait imprévu dans la synthèse des minéraux réalisée en laboratoire22. Obtenue par des savants qui étaient tous des actualistes orthodoxes, cette synthèse a, au contraire, renforcé les positions du catastrophisme, comme l’a très bien vu R. Hooykaas : « En fait, sans le vouloir, cette orthodoxie géologique bat en brèche le Lyellisme, car la synthèse des minéraux en laboratoire s’opère d’une manière éminemment catastrophique. La production de charbon et de pétrole en laboratoire, si l’on y cherchait un appui pour la doctrine de l’uniformité, fournirait au contraire un argument puissant aux partisans de la création instantanée23. »
22 On a pu réaliser en laboratoire la synthèse de roches comme le granite, le marbre, le gneiss, etc. Cette synthèse s’effectue en quelques jours, voire en quelques minutes. Voir le chapitre 4.
23 R. HOOYKAAS, Continuité et discontinuité en géologie et en biologie, Paris, 1970, p. 103. C’est nous qui soulignons.
Il semble donc préférable de renoncer à cet a priori de l’uniformitarisme. Trop de faits s’y opposent et montrent que les phénomènes du présent ne suffisent pas pour rendre compte de ceux du passé. En particulier, il convient de réhabiliter la notion de catastrophisme. Elle seule permet d’expliquer certains faits géologiques et, nous le verrons, paléontologiques. Ce n’est d’ailleurs nullement faire un sacrifice intellectuel. La science sait que de telles catastrophes ont eu lieu. Reste à en déterminer l’ampleur et les conséquences.