Ayant établi la nécessité de la théologie, nous présenterons maintenant la preuve de sa possibilité et nous en indiquerons ensuite les divisions habituelles.
La possibilité de la théologie provient de deux choses : la révélation de Dieu et les capacités de l'homme. La révélation de Dieu prend deux formes : générale et spéciale. Les capacités de l'homme sont de deux sortes : mentales et spirituelles.
Pascal a parlé de Dieu comme d'un Deus Absconditus (un Dieu caché), mais il soutenait également que ce Dieu caché s'était révélé lui-même et qu'on pouvait par conséquent le connaître. C'est bien vrai. On ne pourrait certainement pas connaître Dieu s'il ne s'était révélé lui-même.
Mais que veut-on dire par "révélation" ? La révélation est l'acte de Dieu par lequel il se fait connaître ou communique la vérité à l'intelligence, par lequel il rend manifeste à ses créatures ce qui n'aurait pas pu être connu autrement. La révélation peut se produire dans un acte instantané et unique, ou s'étendre sur une longue période de temps ; et cette communication de lui-même et de sa vérité peut être perçue par l'intelligence humaine d'une façon plus ou moins complète.
Les arguments formels en faveur de l'existence de Dieu seront présentés dans le chapitre suivant, mais la discussion de la révélation de Dieu est fondamentale pour les preuves de son existence. Pour prouver la possibilité de la théologie, il faut traiter d'abord de la révélation aussi bien générale que spéciale.
1. La révélation générale de Dieu. Nous la trouvons dans la nature, dans l'histoire et dans la conscience. Elle est communiquée par le moyen des phénomènes naturels survenant dans la nature ou dans le cours de l'histoire ; elle s'adresse de façon générale à toutes les créatures intelligentes et elle est à la portée de tous ; elle a pour objet de combler le besoin naturel de l'homme et de persuader l'âme de rechercher le vrai Dieu. Chacune de ces trois formes de révélation mérite une brève considération. D'abord, il y a la révélation de Dieu dans la nature.
Tous les naturalistes qui rejettent l'idée même de Dieu et qui soutiennent que la nature est autosuffisante et s'explique par elle-même ne voient pas de révélation de Dieu dans la nature. Les panthéistes ne voient pas non plus de vraie révélation de Dieu dans la nature. Certains d'entre eux identifient Dieu au "tout", à l'"universum", ou à la "nature" ; d'autres parlent de lui comme de la puissance éternelle de l'énergie effectuant tous les changements dans le monde phénoménal, et d'autres encore, comme la raison s'extériorisant dans l'univers. Étant donné qu'ils retiennent tous la conception déterministe du monde, ils ne découvrent pas dans l'univers de révélation d'un Dieu distinct de celui-ci. Les théologiens de la crise ne tiennent pas non plus tellement compte d'une révélation de Dieu dans la nature. Barth, par exemple, maintient que l'homme a si complètement perdu l'image originelle de Dieu que, sans un acte surnaturel dans chaque cas particulier, il ne peut pas avoir la moindre connaissance de Dieu. Dieu doit créer la capacité de recevoir une révélation et la communiquer ensuite à l'homme. Brunner soutient que, bien que l'homme ait perdu le contenu de cette image, il n'en a cependant pas perdu la forme. Il croit, par conséquent, que l'homme perçoit quelque chose de Dieu dans la nature.
Les déistes, d'un autre côté, maintenaient que la nature était la révélation toute-suffisante de Dieu. Ils disaient qu'elle nous fournissait si clairement quelques vérités simples et immuables à propos de Dieu, de la vertu, de l'immortalité et d'une récompense future qu'aucune révélation spéciale n'était nécessaire. Mais la philosophie sceptique et critique a démontré qu'il n'y a jamais eu dans la nature une révélation comme celle que maintenaient les déistes. Ce que les déistes soutenaient n'étaient rien d'autre que des vérités abstraites tirées, non pas de la nature, mais d'autres religions, en particulier du christianisme. La conception déiste a largement été supplantée par la croyance que nous n'avons pas de révélation de Dieu dans la nature.
Mais les hommes en général ont toujours vu dans la nature une révélation de Dieu. Les plus doués d'entre eux ont exprimé leurs convictions dans un langage semblable à celui des psalmistes, des prophètes et des apôtres (Job 12.7-9 ; Ps. 8.2-4 ; 19.2ss. ; Es. 40.12-14, 26 ; Ac. 14.15-17 ; Ro. 1.19ss.). La révélation de Dieu dans la nature révèle qu'il y a un Dieu et qu'il a des attributs tels la puissance, la gloire, la divinité et la bonté. Mais il y a des limites à la révélation de Dieu dans la nature. Bien qu'elle laisse l'homme inexcusable, cette seule révélation est insuffisante pour le salut ; elle a cependant pour but d'inciter l'homme à rechercher une révélation plus complète de Dieu et de son plan de salut, et elle constitue un appel général de Dieu à l'homme pour que celui-ci se tourne vers lui. En outre, cette révélation est obscurcie par le problème du mal physique dans le monde.
En plus de la révélation de Dieu dans la nature, il y a aussi la révélation de Dieu dans l'histoire. Le psalmiste a vigoureusement affirmé que le sort des rois et des empires reposait entre les mains de Dieu quand il a écrit : "Car ce n'est ni de l'orient, ni de l'occident, ni du désert que vient l'élévation. Mais Dieu est celui qui juge : il abaisse l'un, et il élève l'autre" (Ps. 75.6ss. ; voir aussi Ro. 13.1). Et Paul a déclaré que Dieu "a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure ; il a voulu qu'ils cherchent le Seigneur, et qu'ils s'efforcent de le trouver en tâtonnant" (Ac. 17.26ss.). En accord avec cette déclaration, le système chrétien trouve dans l'histoire une révélation de la puissance et de la providence de Dieu.
La Bible, de la même manière, parle des relations de Dieu avec l'Égypte (Ex. 9.13-17 ; Jér. 46.14-26 ; Ro. 9.17), l'Assyrie (És. 10.5-19 ; Ez. 31.1,14 ; Na. 3.1-7), Babylone (Jér. 50.1-16 ; 51.1-4), la Médie et la Perse (És. 44.24-45.7), la Médie, la Perse et la Grèce ensemble (Da. 8.1-21), les quatre royaumes qui ont vu le jour à la fin du royaume d'Alexandre (Da. 11.5-35) et l'empire romain (Da. 7.7s., 23ss.). Les Écritures montrent d'un bout à l'autre que "la justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples" (Pr. 14.34). Elles montrent aussi que, bien que Dieu puisse, pour ses sages et saints desseins, permettre qu'une nation plus méchante triomphe d'une moins méchante, à la fin, il traitera la plus méchante plus sévèrement que l'autre (Ha. 1.1-2.20).
Dieu s'est plus particulièrement révélé dans l'histoire d'Israël : dans la conception qu'Israël avait de Dieu et dans la façon dont Dieu s'est comporté à l'égard d'Israël. Pour ce qui est de la première, il est sûrement remarquable qu'à une époque où le monde entier avait sombré dans le désespoir du polythéisme et du panthéisme, Abraham, Isaac, Jacob et leurs descendants en soient venus à connaître Dieu comme un Dieu personnel, infini, saint, qui se révèle lui-même comme celui qui a créé, qui soutient et qui gouverne l'univers (Jos. 24.2). Non seulement cela, mais aussi qu'ils aient conçu l'homme comme créé à l'origine à l'image de Dieu, comme étant tombé de cette haute position et ayant attiré sur lui et sur sa postérité le péché, la condamnation et la mort. Et encore plus que cela, qu'ils aient saisi le dessein de rédemption de Dieu par le sacrifice, de délivrance par la mort d'un Messie, du salut pour toutes les nations, et d'un règne final de justice et de paix. Ce sont vraiment là des conceptions fantastiques. Elles ne sont cependant pas dues au génie religieux d'Israël, mais à la révélation de Dieu à son peuple. Dieu est représenté comme apparaissant personnellement aux patriarches ; comme faisant connaître sa propre personne et sa volonté par des rêves, des visions et des extases ; comme leur communiquant directement ses messages ; et comme révélant son saint caractère par la législation mosaïque, le système sacrificiel et le service du tabernacle et du temple.
La révélation de Dieu se voit également dans l'histoire du peuple. Bien qu'Israël ait été petit, qu'il ait vécu dans une petite contrée obscure et qu'il ait eu peu de commerce avec le reste du monde, il était cependant un spectacle pour le monde entier (Deu. 28.10). Quand Dieu menaça de détruire le peuple dans le désert à cause de son grave péché, Moïse le supplia d'épargner le peuple parce que cette destruction entacherait son honneur (Ex. 32.12 ; Deu. 9.28). Quand Israël obéit à Dieu, il déposséda sept nations plus grandes que lui (Deu. 7.1 ; 9.1 ; Jos. 6-12) ; mais quand il suivit ses propres voies, Dieu le livra à des nations qui l'opprimèrent et l'amenèrent en captivité dans des pays étrangers. Quand il se repentit et cria à Dieu, celui-ci lui envoya un libérateur et lui donna la victoire sur ses ennemis. Ce cycle du péché, de la repentance et de la délivrance est répété à plusieurs reprises dans le livre des Juges. David triompha de tous ses ennemis parce qu'il marcha dans les voies de Dieu (2 Sa. 7.9-11), et tous les rois fidèles connurent la prospérité dans leur pays et remportèrent des victoires à la guerre. Mais chaque fois que le peuple s'éloignait de Dieu, il connaissait la sécheresse, des invasions de sauterelles et des défaites à la guerre. On peut donc vraiment dire que, dans toutes les expériences d'Israël, Dieu s'est révélé lui-même, non seulement au peuple, mais aussi au monde entier à travers celui-ci.
Et finalement, Dieu s'est révélé dans la conscience. Nous donnerons une définition plus complète de la conscience lors de l'étude de la constitution morale de l'homme (Chapitre XVI), mais nous nous contenterons de dire ici que la conscience n'est pas inventive mais plutôt dotée de discernement et d'impulsion. Elle juge si le cours d'une action proposée ou une attitude est ou non en harmonie avec notre norme morale et elle nous incite à faire ce qui est harmonieux avec elle et à nous abstenir de ce qui ne l'est pas. C'est la présence en l'homme de ce sens du bien et du mal, de ce quelque chose doté de discernement et d'impulsion, qui constitue la révélation de Dieu. Ce n'est pas quelque chose que l'on s'impose à soi-même, comme le prouve le fait que l'homme s'en débarrasserait bien s'il le pouvait ; c'est la réflexion de Dieu dans l'âme. Tout comme un miroir et la surface unie d'un lac reflètent le soleil et révèlent non seulement son existence mais aussi, jusqu'à un certain point, sa nature, de même la conscience dans l'homme révèle à la fois l'existence de Dieu et, jusqu'à un certain point, sa nature. C'est-à-dire qu'elle nous révèle non seulement qu'il existe mais qu'il fait aussi une nette distinction entre le bien et le mal (Ro. 2.14-16), qu'il fait toujours ce qui est bien, et qu'il tient également la créature dotée de raison responsable de toujours faire le bien et de s'abstenir du mal. Elle laisse également sous-entendre que toute transgression sera punie.
Nous en concluons donc que nous avons, dans la conscience, une autre révélation de Dieu. Ses interdictions et ses ordres, ses décisions et ses désirs, n'auraient aucune véritable autorité sur nous si nous ne ressentions pas que nous avons dans la conscience une réalité, quelque chose dans notre nature qui est cependant au-dessus d'elle. Autrement dit, elle révèle qu'il y a dans l'univers une loi absolue du bien et du mal, et qu'il y a aussi un législateur qui personnifie cette loi dans sa personne et sa conduite.
2. La révélation spéciale de Dieu. Par révélation spéciale, nous voulons parler des actes de Dieu par lesquels il fait connaître sa personne et sa vérité à des moments spéciaux et à des personnes particulières. Bien que donnée à des moments spéciaux et à des personnes particulières, cette révélation n'est pas nécessairement destinée seulement à ces personnes ou à ces moments. En fait, Dieu a demandé à des hommes de proclamer ses hauts faits et ses œuvres merveilleuses parmi tous les peuples de la terre (Ps. 105.1ss.). La révélation spéciale est, en fait, un trésor qui doit être partagé avec le monde entier (Mt. 28.19ss. ; Lu. 2.10 ; Ac. 1.8). Elle est communiquée aux hommes de différentes façons : sous la forme de miracles et de prophéties, dans la personne et l'œuvre de Jésus-Christ, dans les Écritures et dans l'expérience personnelle. Nous considérerons brièvement chacune de ces façons.
Tout d'abord, Dieu se révèle dans les miracles. Un véritable miracle est un événement exceptionnel, accomplissant une œuvre utile et révélant la présence et la puissance de Dieu (Ex. 4.2-5 ; 1 Ro. 18.24 ; Jn. 5.36 ; 20.30ss. ; Ac. 2.22). Un faux miracle, sinon une simple supercherie, est une démonstration de puissance, faite dans un but de parade et d'ostentation, et inférieure au vrai miracle. Il peut être opéré par des moyens sataniques ou démoniaques (Ex. 7.11ss., 22 ; Mt. 24.24 ; Ac. 8.9-11 ; 13.6-8 ; 2 Th. 2.9 ; Ap. 13.13). Un véritable miracle est un événement exceptionnel en ce qu'il n'est pas un simple produit des lois soi-disant naturelles. Les miracles touchant la nature se divisent en deux catégories :
Souvent c'est le moment même où un événement se produit qui est miraculeux, comme dans le cas de la séparation de la Mer Rouge. Un vrai miracle accomplit toujours une œuvre pratique et bienfaisante. Les miracles de Jésus-Christ étaient pour le bénéfice de ceux pour qui il les faisait.
Les vrais miracles sont une révélation spéciale de la présence et de la puissance de Dieu. Ils prouvent son existence, sa présence, ses soins et sa puissance. Ce sont des occasions dans lesquelles Dieu sort, pour ainsi dire, de sa cachette pour montrer à l'homme qu'il est le Dieu vivant, que c'est encore lui qui règne sur l'univers et qu'il est suffisant pour tous les problèmes de l'homme. Si un miracle ne produit pas cette conviction à propos de Dieu, ce n'est probablement pas un vrai miracle.
Les systèmes naturaliste, panthéiste et déiste rejettent tous les miracles a priori. L'univers est pour eux une grande machine qui se supporte elle-même. Pour eux, les miracles sont impossibles, car ils sont des violations des lois de la nature et, de plus, sont incroyables car ils contredisent l'expérience humaine. On peut répondre à cela de la façon suivante ; la première proposition assume à tort que les lois de la nature sont autosuffisantes et qu'elles ne subissent aucune influence, qu'elles ne reçoivent aucune direction et qu'elles n'ont besoin d'aucun maintien de l'extérieur. Mais la vérité, c'est qu'elles ne sont pas complètement indépendantes, car une simple puissance ne peut pas se maintenir elle-même ni opérer dans un but précis ; il faut pour cela une puissance intelligente et infinie ; et cette puissance concourt à toutes les opérations, aussi bien celles de la matière que de l'esprit, sans leur faire pour autant violence. Pour ce qui est des actes mauvais, Dieu y concourt non en ce qu'ils sont mauvais, mais bien parce que ce sont des actes naturels. Et s'il fait cela dans le fonctionnement courant des lois de la nature, pourquoi devrions-nous considérer comme une violation de ces lois si, dans des circonstances exceptionnelles, il les intensifie ou les augmente, les neutralise ou agit indépendamment d'elles ?
La seconde proposition selon laquelle les miracles sont incroyables parce qu'ils contredisent l'expérience humaine assume à tort que l'on doit fonder toutes nos croyances sur l'expérience humaine actuelle. Les géologues parlent de grandes activités glaciaires dans le passé, et des mers et des baies qu'elles ont formées ; nous ne voyons pas cela dans notre expérience, mais nous l'acceptons cependant. La révélation que Dieu donne de lui-même dans la nature, l'histoire et la conscience devrait nous amener à nous attendre à des miracles à différents moments. Les miracles ne contredisent pas l'expérience humaine à moins de contredire toute l'expérience humaine, aussi bien passée que présente. Ce fait nous permet d'accepter sans problème ce qui s'est vraiment passé si nous avons des preuves à l'appui.
De plus, les géologues admettent sincèrement que, sur cette planète, la vie n'a pas existé de toute éternité. Ils n'ont pas de preuves concluantes quant à la façon dont la vie a commencé. Mais la vie n'a certainement pas surgi de la matière inanimée ; elle n'a pu provenir que de la vie elle-même. L'introduction de la vie sur cette planète est donc en elle-même un témoignage à la réalité des miracles.
Et maintenant, de façon certaine, nous dirons que la preuve des miracles repose sur le témoignage. La foi est basée sur ce que nous considérons comme un témoignage vrai. L'histoire nous serait presque inconnue si nous ne devions croire qu'à ce que nous avons personnellement observé ou vécu. Les miracles de la Bible reposent sur des témoignages valables. Il n'est pas possible ici d'examiner les preuves de chacun, et ce n'est pas non plus nécessaire ; si nous pouvons prouver un des plus importants miracles de la Bible, nous aurons alors ouvert la voie pour l'acceptation des autres.
La résurrection physique de Jésus-Christ est un des faits historiques les mieux attestés1. Presque tous les récits qui en parlent ont été écrits entre 20 et 30 ans après l'événement ; ils nous assurent que Jésus-Christ est bel et bien mort, et qu'il a été enseveli ; que, bien que ses disciples ne s'attendissent pas à ce qu'il ressuscite, plusieurs d'entre eux l'ont vu vivant quelques jours après la crucifixion ; qu'ils étaient si certains de sa résurrection qu'ils l'ont déclaré vigoureusement et publiquement à Jérusalem un mois et demi après que cela s'était produit ; que, lorsque ce sujet a été mentionné, il n'a pas été remis en doute ni à ce moment-là ni à aucun autre moment au cours de la période apostolique ; qu'aucun démenti de ce fait ne nous est parvenu d'aucune source ; que les disciples ont sacrifié leur position sociale, leurs biens matériels et même leur vie pour ce témoignage ; que Paul ne prouve pas la résurrection de Jésus-Christ mais s'en sert comme preuve de la résurrection de tous les croyants ; et que, dans l'Église, le Nouveau Testament et le jour du Seigneur, nous avons un témoignage qui vient corroborer l'historicité de ce grand événement. Et si la résurrection de Jésus-Christ est un fait historique, cela ouvre alors la voie pour l'acceptation des autres miracles.
1 — Pour une étude détaillée des preuves voir McDowell, Evidence That Demands a Verdict, p. 185-273.
Et finalement, nous croyons qu'il se produit encore des miracles. Ils ne sont même pas contraires à l'expérience d'aujourd'hui. Tous les vrais chrétiens peuvent témoigner du fait que Dieu répond effectivement aux prières. Ils sont convaincus que Dieu a en fait accompli des miracles en leur faveur, ou en faveur de certains de leurs amis. Ils sont convaincus que les seules lois de la nature ne peuvent pas rendre compte des choses qu'ils ont vues de leurs propres yeux ou expérimentées dans leur propre vie. Même l'opposition des incroyants ne les persuadera jamais de penser autrement. Plus précisément, il y a le miracle de la régénération qui se reproduit périodiquement. Nous ne pouvons pas changer la couleur de notre peau, ni le léopard ses taches, mais le Seigneur peut changer le cœur du pécheur et en enlever les taches, et c'est d'ailleurs ce qu'il fait. Nous reparlerons de ce miracle quand nous aborderons la révélation de Dieu dans l'expérience chrétienne. Nous nous contenterons de dire ici que les réponses aux prières et l'expérience de la régénération prouvent que les miracles se produisent encore de nos jours.
De plus, Dieu s'est révélé dans la prophétie. Par prophétie, nous voulons dire ici la prédiction d'événements, non par une simple intuition ou prescience humaine, mais par une communication directe de la part de Dieu. Mais vu que nous ne pouvons pas dire si des paroles ont été communiquées de cette façon à un homme jusqu'à ce qu'elles se réalisent (Deu. 18.21ss.), la valeur immédiate de la prophétie comme preuve de la présence et de la sagesse de Dieu dépend donc de savoir si celui qui l'a prononcée vit en contact avec Dieu. On ne peut déterminer cela que sur la base de ses autres enseignements et de la piété de sa vie (Deu. 13.1-3 ; Es. 8.20 ; Jér. 23.13ss.). Dans l'Ancien Testament, "les faux prophètes sont présentés comme des ivrognes (Es. 28.7), des adultères (Jér. 23.14), des infidèles (So. 3.4), des menteurs (Mi. 2.11) et des opportunistes (Mi. 3.11)"2. Un vrai prophète n'aurait pas ces caractéristiques.
2 — Tan, The Interpretation of Prophecy, p. 79.
En ce qui concerne l'accomplissement apparent de la prophétie, il faut appliquer certains tests avant de l'accepter comme une véritable prophétie. Nous devons déterminer, par exemple, si la prophétie était suffisamment éloignée de l'événement qu'elle prédisait pour exclure la possibilité d'une simple intuition ou prescience humaine. Au temps de Jésus, les Juifs ne pouvaient pas discerner les signes des temps, c'est-à-dire que les Romains viendraient et détruiraient leur ville et leur peuple, mais un grand nombre d'hommes d'État peuvent prévoir et prédire l'avenir avec une grande précision. Une telle prédiction ne peut cependant pas être considérée comme une vraie prophétie. Nous devons également examiner le langage de la prédiction pour voir s'il est ambigu et susceptible de donner lieu à plus d'une explication. Une déclaration doit être non équivoque avant que nous puissions la considérer comme une vraie prophétie. La justesse de la prophétie d'Esaie à propos de Cyrus avait été faite 150 ans avant qu'il ne s'empare du pouvoir (Es. 43.28-45.7 ; voir aussi Esd. 1.1-4). Young a écrit : "De lui-même, Ésaïe n'aurait évidemment pas pu connaître le nom de Cyrus, mais en tant que vrai prophète, inspiré par le Saint-Esprit, il pouvait énoncer son nom de façon aussi précise."3
3 — Young, The Book of Isaiah, III, p. 192.
Pour les objections à la prophétie, nous pouvons répondre à peu près de la même façon que pour les objections aux miracles. Jésus-Christ est, dans un sens très réel, la lumière qui éclaire tout homme (Jn. 1.9). Parce que Dieu a créé et soutient l'esprit de l'homme, rien dans la conscience humaine n'est indépendant de lui. Dieu concourt aux pensées de l'homme comme il concourt aux lois de la nature, sans détruire ni l'une ni l'autre et sans devenir complice du péché. Et s'il opère de cette façon dans le processus mental habituel, nous ne devrions pas trouver étrange qu'il le transcende occasionnellement et agisse indépendamment de lui. À cette possibilité de la prophétie, on peut ajouter la preuve directe de l'accomplissement de la prophétie. Il n'est pas nécessaire de prouver l'accomplissement de toutes les prophéties bibliques ; certaines, en effet, ne sont pas encore réalisées, mais nous voulons attirer l'attention sur une ligne prophétique très claire qui s'est déjà accomplie. Si nous pouvons démontrer que cette liste de passages constitue une vraie prophétie, personne ne pourra alors dire que de telles communications directes de la part de Dieu sont impossibles et ne se produisent pas.
Cette ligne prophétique, ce sont les nombreuses prédictions concernant la première venue de Jésus-Christ. Il serait grandement plus improbable qu'elles soient dues à une simple prescience humaine ou à une coïncidence fortuite plutôt qu'à une révélation directe de Dieu. Remarquez quelques-unes des prédictions qui se sont réalisées à son sujet. Jésus-Christ devait :
Il devait :
Les hommes devaient :
Il devait être :
Il devait :
N'avons-nous pas dans ces prédictions qui se sont réalisées une preuve solide que Dieu s'est révélé lui-même dans la prophétie ? S'il a fait cela dans ces prédictions, nous pouvons nous attendre à ce qu'il l'ait fait également dans les autres.
En outre, Dieu s'est révélé dans son Fils, Jésus-Christ. La révélation générale de Dieu n'a pas conduit le monde païen à une claire compréhension de l'existence de Dieu, de sa nature ou de sa volonté (Ro. 1.20-23) ; même la philosophie n'a pas donné aux hommes une vraie conception de Dieu. Paul a écrit : "Le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu" (1 Co. 1.21). Il a déclaré un peu plus loin au sujet de la vraie sagesse : "sagesse qu'aucun des chefs de ce monde n'a connue, car, s'ils l'avaient connue, ils n'auraient pas crucifié le Seigneur de gloire" (1 Co. 2.8). En dépit de la révélation générale de Dieu dans la nature, l'histoire et la conscience, le monde païen s'est tourné vers la mythologie, le polythéisme et l'idolâtrie. Ils "ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur" (Ro. 1.25). Une révélation plus complète de Dieu était grandement nécessaire. Cela ne veut pas dire que la révélation naturelle n'ait pas donné à l'homme un certain aperçu de la grandeur et de la bonté de Dieu, mais l'homme, dans son état déchu, n'a pas réagi.
La révélation spéciale et additionnelle de Dieu dans les miracles, la prophétie et les théophanies n'a pas non plus conduit Israël à une vraie connaissance de la nature et de la volonté de Dieu. Israël croyait à l'existence du Dieu vivant et vrai, mais il avait de lui une notion imparfaite et plutôt fausse. Il le considérait principalement comme le grand législateur et juge qui insistait sur l'observation scrupuleuse de la lettre de la loi, mais faisait peu de cas de l'état intérieur du cœur et de la pratique de la justice, de la miséricorde et de la foi (Mt. 23.23-28) ; comme celui qu'il fallait apaiser par des sacrifices et amadouer par des holocaustes, mais qui n'avait pas besoin d'un sacrifice infini et n'avait pas vraiment le péché en horreur (Es. 1.11-15 ; Mt. 9.13 ; 12.7 ; 15.7-9) ; comme celui qui faisait de la filiation physique d'Abraham la seule condition pour obtenir sa faveur et ses bénédictions, et qui considérait les païens comme inférieurs aux descendants d'Abraham (Mt. 3.8-12 ; 12.17-21 ; Mc. 11.17). L'Ancien Testament déborde de l'amour, de la miséricorde et de la fidélité de Dieu, mais Israël se tourna rapidement vers le légalisme. Israël aussi avait besoin d'une révélation plus complète de Dieu. C'est ce que nous avons dans la personne et la mission de Jésus-Christ.
Christ est le centre de l'histoire et de la révélation. L'auteur de l'épître aux Hébreux a écrit : "Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils" (Hé. 1.1ss.) ; et il le présente comme "le reflet de sa gloire et l'empreinte de sa personne" (v. 3). Paul l'appelle "l'image du Dieu invisible" (Col. 1.15) et dit que "en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité" (Col. 2.9). Jean dit : "Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître" (Jn. 1.18). Et Jésus lui-même a dit : "Personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler" (Mt. 11.27) et "Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jn. 14.9). Par conséquent, l'Église a dès le commencement vu en Christ la révélation suprême du Père.
Nous avons en Jésus-Christ une triple révélation de Dieu : une révélation de son existence, de sa nature et de sa volonté. Il est la meilleure preuve de l'existence de Dieu, car il a vécu la vie de Dieu parmi les hommes. Il n'était pas simplement conscient au plus haut point de la présence du Père dans sa vie et constamment en communion avec lui (Jn. 8.18, 28ss. ; 11.41 ; 12.28), mais il a montré par ses déclarations (Jn. 8.58 ; 17.5), sa vie sans péché (Jn. 8.46), son enseignement (Mt. 7.28ss. ; Jn. 6.46), ses œuvres (Jn. 5.36 ; 10.37ss. ; 15.24), ses fonctions et ses prérogatives (Mt. 9.2, 6 ; Jn. 5.22, 25, 28) et ses relations avec le Père (Mt. 28.19 ; Jn. 10.38) qu'il était lui-même Dieu. Il révéla la sainteté absolue de Dieu (Jn. 17.11, 25), son amour profond (Jn. 3.14-16), sa paternité, non pas pour tous les hommes, mais seulement pour les vrais croyants (Mt. 6.32 ; 7.11 ; Jn. 8.41-44 ; 16.27), et sa nature spirituelle (Jn. 4.19-26). Il révéla aussi sa volonté que tous se repentent (Lu. 13.1-5), croient en lui (Jn. 6.28ss.), deviennent parfaits comme le Père est parfait (Mt. 5.48) et que les croyants doivent annoncer l'Évangile à tout le monde (Mt. 28.19ss.).
La révélation de Dieu en Christ est le fait le plus profond de l'histoire et mérite la plus grande considération. Mais étant donné que nous consacrerons plusieurs chapitres à l'étude de la personne et de l'œuvre de Christ, nous n'irons pas plus loin pour l'instant.
Il y a aussi la révélation de Dieu dans les Écritures. Le vrai croyant a toujours soutenu que nous avons dans la Bible une révélation de Dieu ; c'est en fait la révélation la plus claire que nous ayons et la seule qui soit inerrante. La Bible ne devrait cependant pas être considérée comme une révélation qui est coordonnée à celles que nous avons déjà mentionnées, mais plutôt comme une expression concrète de celles-ci. Elle décrit, par exemple, la connaissance de Dieu et de ses rapports avec la créature que les hommes d'autrefois ont tirée de la nature, de l'histoire et de la conscience, et aussi des miracles, de la prophétie, du Seigneur Jésus-Christ, de l'expérience intime et de l'enseignement divin. Le chrétien se tourne donc vers les Écritures comme la seule source suprême et infaillible pour l'édification de sa théologie. Mais étant donné que nous considérerons plus en détail ce sujet lors de l'étude de la nature de la Bible, nous n'irons pas plus loin à ce moment-ci.
Finalement, Dieu s'est révélé dans l'expérience personnelle. Des hommes de toutes les époques ont professé avoir une communion directe avec Dieu. Ils ont déclaré qu'ils le connaissaient, non simplement par le moyen de la nature, de l'histoire et de la conscience, non seulement par la voie des miracles et de la prophétie, mais aussi par une expérience personnelle directe. Il en était ainsi à l'époque de l'Ancien Testament. Hénoc et Noé marchèrent avec Dieu (Ge. 5.24 ; 6.9) ; Dieu parla :
De même, dans le Nouveau Testament, Dieu parla :
Cette expérience de communion avec Dieu eut une puissance de transformation dans la vie de ceux qui la connurent (Ps. 34.6 ; voir aussi Ex. 34.29-35). Ils devinrent de plus en plus semblables au Seigneur avec qui ils avaient communion (Ac. 6.15 ; voir aussi 2 Co. 3.18). La communion avec Dieu apporte également avec elle une révélation des profondes vérités de Dieu. La révélation de Dieu dans l'expérience personnelle est la principale source d'où l'inspiration tire sa matière brute Jn. 16.13ss. ; 2 Ti. 3.16 ; 2 Pi. 1.21 ; voir aussi 1 Co. 2.10-13). Mais dans un sens plus large, nous pouvons dire que le Saint-Esprit a fait une sélection parmi les différentes révélations de Dieu, que l'homme expérimente encore, et qu'il les a fait inscrire infailliblement, par inspiration divine, dans les Saintes Écritures. Nous avons donc dans les révélations de Dieu, particulièrement celles rapportées dans la Bible, les matériaux de la théologie et la possibilité de celle-ci.
En admettant donc que Dieu s'est révélé lui-même, nous nous demandons ensuite comment l'homme vient en possession de cette révélation. À cela, nous répondons que ni le monde extérieur ni le monde intérieur ne pourraient rien dévoiler de Dieu si ce n'était des capacités exceptionnelles de l'homme. Ces capacités sont de deux sortes : mentales et spirituelles.
1. Ses capacités mentales. L'homme qui rejette l'idée d'une révélation de Dieu se tourne vers la raison pour la solution de tous ses problèmes. Il est apparu au cours de l'histoire trois genres de rationalisme :
Le rationalisme athée est d'abord apparu chez les premiers philosophes grecs : Thalès, Anaximandre, Anaximène, Empédocle, Héraclite, Leucippe et Démocrite. Le rationalisme panthéiste est représenté par Anaxagore et les stoïciens, et le rationalisme théiste apparut d'abord au dix-huitième siècle sous la forme du déisme anglais et allemand. Tandis que toutes les formes du rationalisme attribuent une autorité indue à la raison dans les questions de religion, le vrai croyant a, pour sa part, tendance à lui accorder une trop petite place.
Par "raison", nous entendons ici non seulement les facultés logiques de l'homme ou son aptitude à raisonner, mais aussi ses facultés cognitives, son aptitude à percevoir, à comparer, à juger et à organiser. Dieu a doté l'homme de raison, et ce qu'il y a de mal, ce n'est pas qu'il s'en serve, mais qu'il en abuse. Il n'est pas possible ici de discuter de tous les emplois abusifs de la raison, même parmi les théistes déclarés, mais nous mentionnerons quatre emplois convenables de la raison.
— D'abord, la raison est l'organe ou l'aptitude qui permet de connaître la vérité. La raison intuitive nous fournit les idées fondamentales de l'espace, du temps, de la cause, de la substance, de l'intention, du bien et de Dieu, qui sont les conditions de toute connaissance subséquente. La raison perceptive apprécie les faits qui lui sont présentés pour fin de cognition. Mais nous ne devons pas oublier qu'il y a une différence entre connaître et comprendre une chose. Nous savons qu'une plante pousse, que la volonté contrôle les muscles volontaires, que Jésus-Christ est l'homme-Dieu, mais nous ne comprenons pas tellement comment ces choses sont possibles.
— En deuxième lieu, la raison doit juger de la crédibilité d'un exposé. Par "crédible", nous voulons dire "que l'on peut croire". Il y a des choses qui sont manifestement incroyables, comme une vache qui saute par-dessus la lune ou un autre conte de fée semblable, et c'est la fonction de la raison de déclarer si un exposé est crédible. Il n'y a que l'impossible qui soit incroyable. Une chose peut être étrange, inexplicable, inintelligible mais cependant parfaitement crédible. À moins d'être disposé à croire l'incompréhensible, on ne peut rien croire. Ce qui est impossible, c'est ce qui entraîne une contradiction, ce qui est inconséquent avec le caractère connu de Dieu, ce qui est contradictoire aux lois de la croyance dont Dieu nous a dotés et ce qui contredit une autre vérité bien établie.
— De plus, la raison doit juger de la preuve d'un exposé. Étant donné que la foi implique un assentiment et que l'assentiment est une conviction produite par une preuve, il s'ensuit qu'une foi sans preuve est irrationnelle ou impossible. Ainsi la raison doit examiner les références des communications affirmant être une telle révélation et les documents prétendant la rapporter. Elle doit poser les questions suivantes : les documents sont-ils apocryphes ou authentiques ? Ont-ils été altérés ou non ? Sont-ils complets ou non ? Cette preuve doit être appropriée à la nature de la vérité considérée. La vérité historique requiert une preuve historique ; une vérité empirique, le témoignage de l'expérience ; une vérité mathématique, une preuve mathématique ; une vérité morale, une preuve morale ; et les choses de l'Esprit, la démonstration de l'Esprit (1 Co. 2.14-16). Dans plusieurs cas, différentes sortes de preuves concourent à démontrer une même vérité, comme dans la croyance à la divinité de Jésus-Christ. En outre, la preuve doit non seulement être appropriée, mais aussi acceptable, c'est-à-dire qu'elle doit imposer l'assentiment à tout esprit bien constitué à qui elle est présentée.
— Finalement, la raison doit aussi organiser en système les faits qui lui sont présentés. Tout comme une pile de briques ne font pas une maison, de même les simples faits de la révélation ne constituent pas un système utilisable. La raison doit découvrir le facteur d'unification et assembler tous les faits pertinents autour de celui-ci en assignant à chaque partie la place qui lui revient dans un système coordonné et subordonné. C'est là l'aptitude de systématisation de la raison, qui est d'ailleurs son désir instinctif. Il est par conséquent évident que la raison occupe une place des plus importantes dans la théologie.
2. Ses capacités spirituelles. Nous rejetons le point de vue du mysticisme philosophique qui soutient que tous les hommes peuvent, par une rigoureuse discipline et la contemplation, entrer en contact direct avec la réalité suprême, ce qui est leur nom pour Dieu, sans que la repentance et la foi en Jésus-Christ soient nécessaires. Il s'agit d'une croyance païenne qui fait partie d'une conception du monde extrêmement panthéiste. Quelle que soit l'expérience religieuse qu'un tel mystique puisse avoir, il ne s'agit pas d'une expérience chrétienne de communion avec le vrai Dieu par la médiation de Jésus-Christ et du Saint-Esprit.
Il faut également rejeter les formes extrêmes du piétisme, du quakerisme et du quiétisme qui ont vu le jour en Europe dans la dernière partie du dix-septième siècle. Les piétistes de cette sorte croyaient à la possibilité d'une union absolue avec Dieu, d'un accord de sentiments avec lui qui allait au-delà de ce qu'enseignent les Écritures. Les formes extrêmes du quakerisme soutenaient que tous les hommes avaient une lumière intérieure qui, sans l'aide de la Bible, pouvait les conduire à une vie pieuse. Les formes extrêmes du quiétisme avançaient que nous devrions rechercher une communion avec Dieu, un état de quiétude parfaite dans lequel toute pensée, toute activité sont suspendues et où l'âme se perd en Dieu. Malheureusement, ce qui est un précieux privilège du croyant était, dans bien des cas, poussé à l'extrême et même, comme dans certains genres de quakerisme, présenté comme la possession de ceux qui n'étaient pas sauvés.
Mais après avoir tenu compte des points de vue non bibliques mentionnés ci-dessus, il faut insister sur le fait que l'homme a une connaissance intuitive de Dieu. Les Écritures enseignent que "ce qu'on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables" (Ro. 1.19ss.).
Plus particulièrement, il y a chez le croyant une capacité spirituelle qui lui permet d'entrer dans une communion très réelle et très précieuse avec Dieu (Ro. 8.15ss. ; 1 Co. 1.9 ; Ga. 4.6 ; 1 Jn. 1.3). Il y a un mysticisme chrétien, une communion directe de l'âme avec Dieu, que toute personne qui a connu une expérience chrétienne fondamentale ne pourra vraisemblablement nier. Mais en plus de cela, il y a aussi l'illumination du Saint-Esprit qui est accordée à tout croyant. Jésus a dit : "J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir" Jn. 16.12ss.). Et Paul a écrit : "Or nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce" (1 Co. 2.12). Cela veut dire que l'Esprit nous rendra capables de comprendre la révélation que Dieu a déjà donnée de lui-même, particulièrement celle qui se trouve dans les Écritures. Celui qui cherche la vérité a donc à sa disposition non seulement sa propre raison mais aussi l'aide du Saint-Esprit. Ce dernier n'est cependant qu'à la disposition du véritable enfant de Dieu. Jean a écrit : "Pour vous, l'onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne ; mais comme son onction vous enseigne toutes choses, qu'elle est véritable, et qu'elle n'est point un mensonge, demeurez en lui selon les enseignements qu'elle vous a donnés" (1 Jn. 2.27 ; 2.20).
Le vaste champ de la théologie est habituellement divisé en quatre parties :
La théologie exégétique s'occupe directement de l'étude du texte biblique et des sujets connexes comme ceux qui peuvent contribuer à la restauration, l'orientation, l'illustration et l'interprétation de ce texte. Elle comprend l'étude des langues, de l'archéologie, de l'introduction, de l'herméneutique et de la théologie bibliques.
La théologie historique retrace l'histoire du peuple de Dieu dans la Bible, et de l'Église depuis l'époque de Jésus-Christ. Elle traite de l'origine, du développement et de la propagation de la véritable religion ainsi que de ses doctrines, de ses organisations et de ses pratiques. Elle englobe l'histoire biblique, celle de l'Église, des missions, de la doctrine et des credos et confessions.
La théologie systématique prend les matériaux fournis par les théologies exégétique et historique, et les dispose dans un ordre logique selon les grandes divisions de l'étude théologique. Mais il faut soigneusement faire une distinction entre les contributions des théologies exégétique et historique. La première est la seule vraie source infaillible de la science ; mais la seconde, par sa présentation de la perception progressive que l'Église a eue des grandes doctrines de la foi, contribue souvent à la compréhension de la révélation biblique. La théologie dogmatique est, à proprement parler, la systématisation et la défense des doctrines exprimées dans les symboles de l'Église, bien qu'elle soit souvent considérée comme synonyme de la théologie systématique. Sont comprises dans la théologie systématique l'apologétique, la polémique et l'éthique biblique.
Ce domaine de la théologie traite de l'application de la théologie à la régénération, la sanctification, l'éducation et le service des hommes. Elle cherche à appliquer à la vie pratique les contributions des trois autres divisions de la théologie. Elle englobe des domaines comme l'homilétique, l'organisation et l'administration de l'Église, le culte, l'éducation chrétienne et les missions.