Bataille pour l’Afrique

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Noirs et Blancs

Dieu accomplit parfois son œuvre aux endroits les plus imprévus. C’est dans une église baptiste de Sofia en Bulgarie qu’Il a orienté pour la première fois mes regards vers l’ Afrique, lorsqu’après le service un beau jeune homme noir vint me parler. Ce fut pour moi comme un choc de découvrir un visage noir dans cette partie du monde. J’ai dû marquer mon étonnement en le saluant. Il m’expliqua qu’il venait du Mozambique et qu’il avait été invité par le gouvernement bulgare à venir à Sofia pour y poursuivre gratuitement ses études universitaires. Il ajouta qu’ils étaient des milliers comme lui, jeunes gens venant de tous les points de l’Afrique pour étudier dans les universités de l’Europe de l’Est aux frais des régimes communistes. Lui-même était un croyant, mais l’offre qui lui avait été faite de pouvoir étudier ainsi sans frais avait été trop tentante. Et maintenant il se trouvait bloqué en Bulgarie, dans l’impossibilité de retourner chez lui avant la fin de ses études. Il avait entendu parler de mon activité parmi les chrétiens de Sofia et il était venu pour me confier un message.

« Frère André », me dit-il gravement, « la Révolution gagne mon pays. Mon père est vice-président du FRELIMO (le mouvement révolutionnaire du Mozambique). Ce mouvement est encore petit, mais il se développe de plus en plus. Quand nous aurons passé par la Révolution, fermé nos églises, tué nos pasteurs, jeté tous les chrétiens en prison et expulsé tous les missionnaires, quand nous nous serons débarrassés de la tradition chrétienne, Frère André, viendrez-vous dans notre pays annoncer le vrai message de Jésus ? »

Cela me parut absurde : Il y a de cela 22 ans. Le Mozambique paraissait alors être une colonie portugaise stable, dotée d’une grande et forte armée. Je n’avais jamais entendu parler du Frelimo ni d’aucun mouvement révolutionnaire mozambicain. Et pourtant le fait était qu’un jeune chrétien noir me disait alors, dans une ville de Bulgarie, que la Révolution faisait son entrée en Afrique.

Dix-huit ans plus tard, en 1975, le Frelimo chassait du Mozambique les derniers soldats portugais ; il prenait le contrôle du gouvernement, et, comme me l’avait annoncé mon jeune interlocuteur, il se mit à opprimer sévèrement l’Eglise chrétienne.

ÉTUDIANTS NOIRS EN EUROPE

Pendant les années qui suivirent cette singulière rencontre, j’y pensai souvent en voyageant en Europe. Alors que nous sommes occupés à aller à la rencontre des chrétiens derrière le Rideau de Fer, la Révolution est déjà en pleine activité en Afrique. Elle y prépare le jour où ce continent deviendra lui aussi le lieu d’une lutte spirituelle. Je rencontrai de plus en plus d’étudiants noirs dans les cités universitaires d’Europe de l’Est. Je leur parlai, mais leur réponse était toujours la même : « Faites quelque chose maintenant pour l’Afrique, pendant qu’il en est encore temps, avant que les portes ne se ferment. » J’en rencontrai à Leipzig, à Prague, à Moscou, à Budapest. Il est très facile d’entrer en contact avec les étudiants noirs en Europe de l’Est. Ils sont souvent seuls, sans contacts avec leur entourage. Ils sont l’objet de discriminations : ils ont envie de parler anglais avec un étranger sympathique. On les rencontre facilement dans les restaurants ou dans les rares parcs près des universités. J’en vis ainsi un grand nombre, avec lesquels je m’entretins.

Ce fut là une expérience qui m’ouvrit les yeux. « Voilà ce qui se passe dans le monde », me suis-je dit, « et nous, chrétiens d’Europe, nous n’en savons rien. Il y a ici des quantités d’étudiants africains, des milliers de jeunes gens s’entraînant à faire la Révolution en Afrique, et nous consacrons tout notre temps à ne nous occuper que d’une petite partie du monde ». Peu à peu je parvins à une vision globale de la Révolution. Je vis comment elle s’étendait de l’Europe à l’Asie, et de là à l’Afrique.

LE POTENTIEL SUD-AFRICAIN

Quelques années plus tard, on me demanda d’aller en Afrique du Sud pour y parler dans les églises des besoins des Eglises persécutées. Le Seigneur ouvrit alors mes yeux plus grands sur le potentiel spirituel du continent africain. Il me rendit attentif à la nécessité d’aider les populations noires qui avaient déjà à y faire face à la Révolution. Mais avant que Dieu puisse m’y employer, il fallait qu’il me fasse voir l’autre aspect de la situation. Il importait que je découvre les possibilités offertes par l’Eglise du Sud de l’Afrique et le rôle qu’elle peut jouer dans la bataille spirituelle à livrer pour sauver ce continent.

J’allai donc en Afrique du Sud, mais je l’avoue, ce ne fut pas sans idées préconçues. J’avais lu les journaux hollandais, et tout ce qui y avait été écrit concernant les Sud-Africains blancs. Je m’y rendais avec un a-priori d’hostilité à leur égard. Je n’avais pour eux aucune sympathie. J’avais fait mienne l’opinion populaire selon laquelle ils étaient des envahisseurs dans ce continent noir, et qu’en conséquence ils n’avaient qu’une chose à faire, en déguerpir. Je visitai l’Afrique du Sud pour la première fois sans avoir beaucoup d’espoir d’y trouver une Eglise capable de devenir une force positive dans la bataille à livrer pour gagner la sympathie des Africains noirs. Mais ce que j’y découvris me fit changer d’opinion. Bien que je ne me sente pas totalement à l’aise quand je considère la vie politique de l’Union Sud-africaine, j’ai dû revenir sur mes préjugés à l’égard de ce pays. Il m’a fallu reconnaître que ses habitants sont un élément capital pour l’évangélisation de leur continent.

Je vis des choses qui me surprirent vraiment. Je me rendis compte que les Sud-Africains, blancs et noirs, ont beaucoup de respect pour la Parole de Dieu, qu’ils sont prêts à parler de Jésus, désireux de prier ensemble et de témoigner de leur foi, dispositions plutôt rares dans le reste du monde. Partout où j’allai, je trouvai un authentique amour pour le Seigneur Jésus, ainsi qu’une bonne volonté évidente à consacrer du temps et à faire des efforts pour préparer la venue du Royaume. J’engageai les jeunes gens à s’offrir pour le Service de Dieu. En l’espace de trois semaines, je vis cinq mille jeunes Sud-Africains s’avancer dans les stades, dans les écoles et dans les églises, pour s’engager. En leur parlant, j’insistais sur le sérieux de la situation, pour essayer de décourager ceux qui n’auraient pas été vraiment prêts. Parfois même, voyant des centaines de jeunes se lever pour répondre à l’appel, je leur demandai de se rasseoir et m’adressai à eux en termes encore plus durs. Mais plus j’insistais, plus il y avait de jeunes qui se levaient. A l’issue de ces rencontres, une école d’évangélistes fut fondée, qui fonctionne encore maintenant.

Cet esprit de consécration, je ne le trouvai pas seulement dans les églises d’Européens. J’allai à Soweto (un immense centre où vivent des milliers de Noirs). Des réunions y furent organisées, où je pus parler des souffrances endurées par certaines Eglises en Europe de l’Est. Des collectes y furent faites pour les Eglises martyres. Je vis alors avec stupéfaction les milliers de pièces de monnaie déposées dans les chapeaux dont on se servait pour faire ces collectes. Ce fut une vision merveilleuse : voir une assemblée de chrétiens manifester ainsi son amour pour un autre groupe, de couleur et de culture différentes. Cela montrait la réalité de leur fraternité chrétienne. À Durban, un jeune employé d’hôtel frappa à ma porte et me dit que le Saint Esprit l’avait conduit à prier pour moi. Séance tenante il plaça ses mains sur moi et j’éprouvai une grande effusion de l’Esprit Saint. Le lendemain matin un sommelier noir se présenta à moi dans le restaurant pour témoigner. Il me raconta l’histoire étonnante de la guérison de sa belle-mère par le Seigneur. Nous nous en réjouîmes ensemble.

Il me semblait que Dieu me disait : « Tu dois aimer l’Afrique entière, non seulement les Noirs. Il te faut trouver le moyen de mobiliser les immenses ressources de l’Afrique du Sud pour toucher le reste de l’Afrique. Il y a de la place pour les Blancs et les Noirs dans la recherche de la solution du problème africain, s’ils acceptent de travailler côte à côte pour gagner la bataille contre la Révolution » Dieu me lançait un défi. Il m’invitait ainsi à ne plus considérer la situation de ce pays dans une perspective pro- ou anti-sud-africaine. Ce qui m’était demandé, c’était tout simplement d’avoir confiance en Dieu et d’employer tous les chrétiens africains pour endiguer la vague révolutionnaire. Je compris ainsi que c’était un pays dont Dieu pouvait se servir pour diffuser ce message à travers toute l’Afrique. Si l’Afrique du Sud parvenait à considérer l’Afrique noire non pas comme un problème insoluble, mais au contraire comme sa chance, Dieu pourrait ainsi employer ses énormes ressources, tant spirituelles que matérielles, pour gagner tout le continent.

Pendant ce voyage je parlai finalement à Ellis Park, à Johannesbourg, dans le stade de tennis. A la fin de la rencontre, mon attention fut attirée par un vénérable pasteur blanc, Koos Driescher, qui était très connu dans l’Eglise réformée hollandaise du pays. Il me dit qu’il était sur le point de prendre sa retraite et qu’il se sentait poussé à consacrer le reste de sa vie à travailler pour l’Eglise martyre. Je pensai : « Qu’allons-nous pouvoir faire d’un vieillard ? » Mais je compris bientôt que c’était un don de Dieu. Il devint rapidement un collaborateur à plein temps de Portes Ouvertes en Afrique. Il s’est révélé si enthousiaste de cœur et d’esprit que maintenant il nous semble avoir affaire à un jeune homme.

EN REMONTANT VERS LE NORD DE L’AFRIQUE

En visitant d’autres pays, je vis un contraste frappant avec la richesse et l’état avancé d’industrialisation de l’Afrique du Sud. En passant de Johannesbourg aux petits Etats du Centre et de l’Est de l’Afrique, on fait un immense bond en arrière, du point de vue social, économique et culturel. Mais dans toutes les parties de l’Afrique où je me suis arrêté une chose reste toujours immuablement identique : en Christ, il n’y a ni Noirs, ni Blancs, ni barrières raciales. J’y ai également observé que si en Afrique l’Eglise est fidèle, il y règne l’amour et un esprit de service. Mais il n’en reste pas moins qu’elle a réellement besoin d’aide pour faire face victorieusement à la Révolution. L’Evangile n’y est pas moins puissant que dans d’autres parties du monde, mais dans presque tous les pays africains on trouve sur le sentier de l’Eglise des obstacles terrifiants.

J’ai prêché au Malawi, en Tanzanie, au Kenya et en Ethiopie. J’y ai trouvé une vraie soif de la Parole de Dieu. Partout les Africains qui m’ont entendu donnaient vraiment l’impression de s’identifier avec les Eglises martyres. Ils sentaient que l’orage se préparait rapidement. Il y avait aussi en Afrique un risque de persécution à venir. Ils se rendaient compte que le drame des Eglises de l’Europe de l’Est et de l’Asie du Sud-Est pourrait, dans un proche avenir, devenir celui des Eglises africaines. Je me suis adressé un jour aux participants d’un camp de jeunes chrétiens au Ruanda. C’est un pays très pauvre, avec un revenu annuel moyen de 17 dollars par personne. (Alors que le produit national brut des Etats-Unis est de 7,060 dollars par habitant, au Ruanda il est seulement de 90 dollars.) J’y étais pendant que le pays passait par une terrible crise économique. Le pays était alors alimenté en carburant par le Kenya, à travers l’Ouganda, ce dont profitait l’armée d’Idi Amin pour faire main basse sur les envois. Le Ruanda souffrait d’une terrible pénurie de tout ce qui était indispensable, même en tenant compte du niveau du pays. Je leur racontai l’histoire de Georges Vins, un pasteur russe en prison. Les jeunes firent alors une collecte et me demandèrent de la faire parvenir à sa famille en Russie. J’en ai pleuré, car cela m’a profondément ému. C’était en effet un exemple extraordinaire, démontrant la sympathie active d’un membre du corps du Christ à l’égard d’un autre membre passant par l’épreuve. Des Ruandais, vivant dans la plus grande pauvreté, partageaient avec un frère blanc vivant en Russie le drame de la persécution : Il n’était alors question ni de politique, ni de couleur, ni de nationalisme. Tel est le message qu’il faut pour l’Afrique : l’esprit du Christ est seul capable de barrer le passage à la Révolution.

Au Kenya, je parlai dans une université. La salle était bondée. Des auditeurs se tenaient debout à l’extérieur, aussi loin qu’ils pouvaient entendre. En Ethiopie aussi, les gens étaient assis sur les rebords des fenêtres, par terre, partout où ils pouvaient trouver une place. Si j’insiste ainsi sur l’écho rencontré par mon message, ce n’est pas pour faire remarquer le grand nombre des auditeurs. Il n’y a rien d’étonnant à cela en Afrique. Mais ce qui est important c’est que je parlais de l’Eglise martyre, en montrant que la persécution viendrait en Afrique comme cela avait été le cas en Asie. La réponse des chrétiens à qui j’en ai parlé en Afrique a toujours été : « Oui, nous le savons. Nous sentons que l’orage se prépare. Ce que nous voulons, c’est être prêts à y faire face. » Des Africains sont venus à moi dans d’autres parties du monde me dire : « Frère André, vous ne vous rendez pas compte comme il reste peu de temps pour faire quelque chose en Afrique. » Ils sont inquiets pour leur sécurité, pour leurs familles et pour l’avenir du continent.

C’est ainsi que mon ministère en Afrique a commencé. J’ai la ferme conviction que Dieu veut que les chrétiens s’y préparent à toute éventualité en y édifiant une Eglise qui soit capable de tenir tête à la Révolution, où qu’elle se manifeste. L’Eglise africaine doit être fondée sur la Bible. Il importe qu’elle ne soit pas simplement une institution culturelle, une pâle copie des Eglises occidentales, mais qu’elle soit inspirée par sa propre vision de Jésus-Christ, qui dépende vraiment de son contact avec la Parole de Dieu. La tâche la plus urgente des autres Eglises, c’est de fournir la Bible à l’Eglise d’Afrique pour que Dieu puisse répondre par Sa Parole aux questions cruciales posées aux Africains par la situation actuelle. En 1970 plus de la moitié de la population de l’Afrique ne possédait aucune partie des Ecritures dans son propre dialecte. Comment pouvons-nous penser qu’il puisse y avoir en Afrique une Eglise solide si nous n’avons pas fait les sacrifices nécessaires pour aider les Africains à posséder la Bible ?

LA BIBLE, ÉLÉMENT VITAL EN AFRIQUE

Dans quelque pays que ce soit, aucune Eglise ne peut rester fidèle à sa vocation sans posséder la Bible. C’est uniquement avec la Bible que les Africains fortifieront leur foi – qui ne doit pas simplement être un écho plus ou moins fidèle des points de vue des missionnaires. C’est en se servant du texte biblique qu’ils arriveront à s’armer spirituellement pour livrer le combat de la foi. Pour faire son travail, la Bible n’a pas besoin d’aide. Ni les missionnaires, ni les pasteurs, ni même les explications ne sont indispensables. En elle-même, elle est le meilleur évangéliste, car Dieu sait mieux que quiconque comment les Africains – ou les Asiatiques, les Russes ou n’importe qui d’autre – reconnaîtront Jésus et Son Royaume. Si nous parvenons à introduire des Bibles partout en Afrique, avant que la Révolution ne s’y installe, l’Eglise y survivra sous n’importe quel régime, même si tous les missionnaires en sont chassés et si toutes les églises y sont fermées.

Joseph Korbel est un officier de l’Armée du Salut qui fut emprisonné en Tchécoslovaquie à cause de son activité pastorale dans ce pays. Il raconte qu’un après-midi, alors qu’il prêchait dans la prison, sa femme réussit à lui faire parvenir un sandwich dans sa cellule. Il attendit jusqu’au soir pour ouvrir le paquet. Entre les deux morceaux de pain, il trouva un petit Nouveau Testament. Son voisin de cellule était fou, à tel point qu’il ne pouvait pas articuler une parole sensée. On l’avait enfermé avec Korbel pour essayer de briser la résistance du chrétien. Après avoir reçu ce Nouveau Testament, chaque jour Korbel se mit à lire quelques versets à son voisin. A sa grande surprise, il le vit reprendre ses sens en quelques semaines. Il fut littéralement guéri par le pouvoir de la Parole de Dieu et par ce moyen il fut amené au salut.

Les Chinois et les Russes semblent reconnaître mieux que nous la valeur de la Bible, puisqu’ils font tant d’efforts pour en interdire la lecture. Ils luttent contre la Bible plus que contre toute autre chose, au moment où les croyants de ces pays réclament tous ardemment la Bible. Il y a un pouvoir spécial dans la Bible, et cette puissance est ce qui est le plus important pour l’Eglise africaine. A Kampala, un groupe de pasteurs ougandais m’ont dit : « Jamais il n’y a eu en Ouganda une si grande demande de Bibles. On en réclame de plus en plus. Même les Russes et d’autres visiteurs communistes viennent secrètement vers nous pour en chercher. Mais nous n’avons plus de papier pour en imprimer de nouveau. Nous ne pouvons pas en importer assez de l’extérieur, car légalement nous n’avons pas le droit d’acheter des devises étrangères. Notre monnaie ougandaise ne vaut absolument rien. Pouvez-vous nous aider à obtenir des bibles pour nos gens ? »

Un autre frère chrétien dirige une librairie dans un pays où la littérature chrétienne ne parvient plus. Il nous a dit : « Les chrétiens viennent à moi et me disent : « Pouvez-vous nous procurer une bible ou des livres chrétiens ? » Je dois leur répondre : « p;Je ne puis rien pour vous. » Ils ajoutent : « J’accepterais n’importe quoi qui soit à disposition. » Cela me fend le cœur. Les gens ont une telle faim de la Parole de Dieu, et ici nous ne pouvons rien faire pour répondre à leur besoin. »

Pourquoi faut-il être dans les chaînes avant d’aimer la Bible et de l’apprécier en tant que don royal de Dieu ? Quand les prisonniers de guerre américains sont rentrés du Vietnam du Nord où ils étaient enfermés, ils ont dit que le fait de pouvoir se souvenir de versets bibliques a tissé entre eux des liens très forts. Ils avaient également formé le projet de reconstituer une bible de mémoire. Quiconque se souvenait d’un passage biblique y contribuait. Il semble que l’homme retourne toujours à la Parole de Dieu quand il ne lui reste plus rien d’autre.

Dans un continent où il y a des centaines de langues différentes, la traduction est un problème primordial. Mais ce qui devient de plus en plus difficile en Afrique, c’est de faire parvenir les bibles dans des pays où la répression politique rend cette entreprise dangereuse et illégale. Que faut-il faire alors ? Quelle attitude avoir quand on sait que les chrétiens d’Afrique ont besoin de bibles mais qu’il n’y a aucun moyen légal de les y amener ? Il est clair qu’il n’y a plus qu’à les faire arriver en contrebande. Nous avons déjà établi des contacts et organisé des systèmes permettant de faire passer de la documentation chrétienne dans les pays qui sont déjà tombés aux mains de la Révolution. C’est le meilleur moyen d’aider ces frères après que leurs frontières ont été fermées par la loi.

Il faut absolument faire arriver les bibles partout en Afrique, par des moyens normaux quand c’est encore possible, mais en employant d’autres moyens quand c’est impossible autrement.

COÏNCIDENCE OU DIRECTION ?

Je crois la puissance de Dieu capable d’aider ceux qui, pour l’amour de Son Royaume, sont prêts à défier les gouvernements hostiles à Dieu. J’ai vu trop de miracles ces vingt dernières années pour oser supposer que Dieu désapprouve ce genre d’évangélisation agressive. Certaines personnes, m’ayant entendu parler d’événements miraculeux qui se sont produits de multiples fois quand nous traversions les frontières, les ont considérés comme dus à la chance ou à de pures coïncidences. Cela me rappelle une histoire que j’ai entendue au sujet d’un professeur américain, qui se moquait des étudiants qui croyaient l’histoire rapportée en 2 Rois 19.34. Quand les Assyriens assiégeaient Jérusalem, Dieu dit : « Je défendrai cette ville pour la sauver, à cause de moi et de mon serviteur David. » Et pendant la nuit le Seigneur frappa cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans le camp des Assyriens. Et quand les Israélites se levèrent le matin, ils trouvèrent tous ces cadavres.

Le professeur prétendit que c’était là pure coïncidence. Un jeune étudiant protesta en disant que cette délivrance du peuple de Dieu s’était faite sous sa direction. « Ecoutez », lui répondit le professeur, « si vous vous promenez dans la jungle et que soudain un lion bondit sur vous et que pendant qu’il est en l’air une noix de coco tombe d’un arbre sur la tête du lion et l’assomme, de sorte que vous en réchappiez, appelleriez-vous cela coïncidence ou providence ? » Le jeune homme réfléchit un instant pendant que chacun le regardait. Puis il répondit « En effet, on pourrait parler de coïncidence. Mais si je marche dans la jungle et que tout à coup cent quatre-vingt-cinq mille lions bondissent sur moi et pendant qu’ils sont en l’air cent quatre-vingt-cinq mille noix de coco leur tombent sur la tête et les assomment, alors je ne parlerais plus de coïncidence. Il s’agirait vraiment de la direction de Dieu ou d’une intervention extraordinaire. »

Je pense que cet étudiant a bien répondu. J’admets que si une fois en passant la frontière avec des bibles quelque chose d’étonnant se produit, on puisse alors parler du hasard. Mais je l’ai fait pendant dix-huit ans sans arrêt, y employant toutes mes équipes. Et toujours, quelque chose s’est produit, qui a détourné l’attention des douaniers et nous a permis de penser qu’ils ne nous ont même pas vus, et notre cargaison encore moins. Dans ces circonstances, il n’est plus possible de parler de coïncidence. Il s’agit d’interventions miraculeuses de Dieu et de sa direction.

Ces éléments sont indispensables à un combat victorieux pour le salut de l’Afrique. Mais il faut aussi, bien sûr, que nous ayons la volonté et le courage nécessaires pour les mettre à l’épreuve.

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