Morale et contrebande

3
Le chemin de la victoire

Miracles contemporains

Un dimanche soir, il n’y a pas très longtemps, la veille d’un départ pour l’Allemagne de l’Est, je prêchais en Hollande dans une grande église et demandais à l’assemblée de prier pour ce voyage. Après la réunion, une dame s’approcha de moi, un peu nerveuse. Elle disait avoir mauvaise conscience et me priait de l’aider. Elle me raconta alors que, juste après la guerre, elle habitait près de la frontière allemande, où elle avait hébergé de nombreux officiers américains. Ces derniers lui apportaient des textiles pour elle et sa famille, denrée rare à l’époque dans le pays.

Mais elle soupçonnait ces hommes d’avoir volé cette marchandise ou de l’avoir obtenue d’une manière illégale. Comme c’étaient des tissus de drap très cher, elle les gardait dans des cartons. Et, encore vingt ans après, elle restait perplexe quant à l’emploi à faire de ce tissu. Et voilà que ce dimanche matin, en m’entendant, le Seigneur l’avait poussée à me parler de la chose.

— Pouvez-vous emporter le contenu de ces cartons en Allemagne et les donner à quelqu’un ? Cela soulagera ma conscience de savoir que, pour autant que je sache, ces tissus iront là où ils doivent aller.

Je me déclarai d’accord, et, la semaine suivante, je chargeai ma voiture de tout ce que je voulais emporter, y compris le gros carton de tissus. A mon arrivée à la frontière est-allemande, le douanier me posa la question classique : « Avez-vous quelque chose à déclarer ? »

— Oui, répondis-je, un gros paquet de textiles.

— Qu’allez-vous en faire ?

— C’est pour donner.

— A qui ?

— Je ne sais pas.

Voyant son visage se transformer en point d’interrogation, j’ajoutai :

— Je peux vous l’expliquer.

Je lui racontai alors ce que la dame m’avait dit, en amplifiant quelque peu afin d’en faire un sermon sur la restitution, la nécessité du pardon de Dieu, et celle d’un cœur pur. Bref, je lui prêchai l’Evangile.

Il eut l’air de plus en plus étonné. Finalement, il me répondit :

— Il faut que j’en parle au bureau de douane, parce que c’est la première fois qu’un tel cas se présente. Dites-moi encore une fois à qui vous allez donner ces tissus.

— Honnêtement, comme je vous l’ai dit, je n’en sais rien. Les voulez-vous ?

— Oh ! non.

— Eh bien ! je veux simplement les donner à quelqu’un.

— Où ?

— Je ne sais, car je dois me rendre un peu partout dans le pays. Ecoutez, si vous estimez que ces cartons ne peuvent passer la frontière, scellez-les. Je les reprendrai en rentrant et les distribuerai à Berlin-Ouest. Car la personne qui les a remis les avait reçus d’Allemagne et désire qu’ils y retournent.

Nouvelle perplexité. Nouveau retour au bureau, où il se mit à téléphoner, probablement à Berlin-Est. Et puis, très longtemps après, il ressortit enfin, haussant les épaules.

— Emportez-les et donnez-les à qui vous voudrez. Vous pouvez passer !

Il ne m’avait pas demandé une seule fois si j’avais autre chose à déclarer. Mais je lui avais dit la vérité — et qui sait ce que Dieu a pu accomplir dans son cœur ?

Ainsi, il m’avait laissé passer. Habituellement, quand on a des marchandises, même pour le montant d’un dollar, il faut les annoncer. Or, j’en avais pour des centaines de dollars, et il m’a tout laissé pour le donner à qui je voudrais !

Et voici la deuxième partie de cette histoire.

A la fin de l’après-midi, je me rendis en ville, chez un tailleur qui me donnait habituellement l’hospitalité. J’y trouvai une jeune Hongroise, que je nommerai Anna. C’était la fille d’un pasteur baptiste qui m’avait servi d’interprète en Hongrie. C’est moi qui avais amené ces deux familles à se connaître. Alors que j’exprimais ma surprise de voir Anna en Allemagne :

— Vous savez, me dit-elle, que mon père est très pauvre.

Je le savais, en effet, pour avoir travaillé avec lui parmi les Gitans. C’est un homme de Dieu, qui s’est fait exclure du ministère pour avoir distribué des Bibles russes à des soldats.

— Ma mère, poursuivit-elle, m’a envoyée ici pour tâcher de trouver du tissu pour faire un complet pour mon père.

J’était au ciel (aux « anges », comme on dit)… Comme Dieu m’avait conduit ! Et dans les plus petits détails. Et pas seulement moi, mais les autres aussi, communistes y compris.

Le tailleur coupa le drap pour deux costumes, et le reste fut conservé pour d’autres gens dans le besoin.

J’aimerais faire ressortir à ce propos un principe de ce combat spirituel que le Seigneur nous à ordonné de mener en Son Nom. Toute autorité étant sienne, sur la terre et dans les cieux, et puisque Ses armées nous entourent de leur puissance dans le monde invisible, nous qui lui obéissons, pouvons-nous attendre, pleins de confiance, que notre Dieu tout-puissant accomplisse Ses desseins par des miracles ?

Qu’est-ce qu’un miracle ? C’est l’acte souverain de Dieu, basé sur la vérité, notamment notre conviction que Dieu est la vérité. Ainsi, quand vérité et vérité se rencontrent, Dieu accomplit des miracles.

Il n’existe pas de petits miracles. Tout miracle est grand, que vous receviez un sou quand vous avez besoin d’un sou, ou un million quand vous avez besoin d’un million. Et les miracles ne se produisent pas seulement aux frontières du rideau de fer, mais n’importe quand et n’importe où en faveur de tous ceux qui sont fidèles dans le service de Dieu.

On me dira que si un miracle se produit tandis que je passe la frontière avec des Bibles, c’est une coïncidence. Mais il y a bientôt vingt ans que je fais ce travail avec toutes mes équipes, et toujours il se produit quelque chose qui distrait l’attention des douaniers ou les empêche de nous voir, nous et nos transports, conduits et guidés par Dieu !

Faire avancer la cause de Christ

Dieu n’est pas un saltimbanque qui fait des merveilles simplement pour attirer l’attention. Non, chaque miracle à pour but de faire avancer la cause de Jésus-Christ contre l’opposition de l’ennemi, et de rendre témoignage à l’Evangile en le confirmant. Revenons à mon voyage en Allemagne avec les tissus. J’en repartais, traversant la zone de 160 km occupée par les Russes, allant de l’Allemagne de l’Est à celle de l’Ouest. J’avais travaillé dans les camps de réfugiés avec un théologien hollandais et nous avions distribué des Bibles et Nouveaux Testaments à des gens de différentes langues et pays. Il m’en restait un chargement dans des langues d’Europe de l’Est. Je les rapportais en Hollande, où je pensais les réserver à un autre voyage pour mes coéquipiers ou moi-même. Je ne les avais pas cachés, n’ayant jamais jusque-là eu de difficultés à la frontière entre Berlin-Est et Ouest. Le tout remplissait plusieurs cartons. Mais, cette fois, à Helmstadt, un douanier s’approcha d’un carton, disant :

— Qu’est-ce qu’il y a là ?

Avec un grand sourire, je répondis :

— Il y a des Bibles.

Il fronça les sourcils.

— Apportez ce carton au bureau, ordonna-t-il.

Nous transportâmes le lourd carton et dûmes remplir trois tables de Bibles, de Nouveaux Testaments et d’Evangiles imprimés dans différentes langues de l’Est, y compris l’allemand.

Il regarda chaque livre pour voir où il était imprimé. Heureusement, aucun ne venait des U.S.A., mais de Suède, Allemagne, Suisse et Hollande.

— Avez-vous quelque chose d’autre ? grommela le douanier.

— Oh ! oui, beaucoup d’autres choses.

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?

— Des histoires pour flanellographe.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Ce sont des histoires illustrées au moyen du flanellographe pour parler aux enfants du Seigneur Jésus-Christ. Parce que même les enfants peuvent croire en Lui. Quand un enfant est assez grand pour aimer ses parents, il peut aussi aimer Jésus-Christ, venu dans le monde pour sauver les pécheurs, de sorte que les enfants — tout comme les adultes — peuvent, en croyant simplement en Lui, avoir la vie éternelle et aller au ciel en mourant.

Puis il tira un grand dépliant et l’ouvrit dans la voiture. J’étais embarrassé, car il représentait une carte du bassin méditerranéen avec les voyages de l’apôtre Paul, marqués en points et en lignes, avec tous les pays et les îles. Cela avait vraiment l’air d’une carte d’espionnage.

— Aha ! dit-il sèchement, vous dites que c’est pour des petits enfants !

— Oui, Monsieur, répondis-je, c’est une carte des voyages de l’apôtre Paul, le premier à venir en Europe pour parler de Jésus-Christ, afin que nous autres Européens puissions profiter de son message. S’il n’y était pas passé, nous serions encore des barbares, vivant sans Dieu, et pratiquement athées.

Cette fois il était très fâché :

— Apportez ça au bureau !

Le bureau était rempli de soldats rangés, examinant ces beaux livres et essayant de les lire. En voyant arriver le dépliant, plusieurs arrivèrent encore, soldats et officiers.

Le douanier avait retiré encore un autre dépliant. Il n’aurait pu plus mal (ou mieux) tomber : c’était toute l’armure de Dieu selon Ephésiens 6. Lorsqu’il l’ouvre, voilà l’épée, le casque, l’armure et tout le reste qui tombent par terre... Cette fois, c’était dangereux. Il grogna de nouveau que ce n’était pas pour les enfants.

— Mais oui, lui dis-je, je ne puis vous l’expliquer, mais je peux le démontrer, si vous voulez.

Je demandai à mon ami, qui mesure 1 m. 90, de tenir l’écran. Je pris l’image d’un garçon et l’appliquai sur la flanelle noire :

— Voici un jeune homme dans le monde, sans protection contre le péché, les démons, la maladie, les ténèbres. Il lui faut un protecteur. L’homme ne saurait vivre sans Dieu.

Ensuite je coiffai ce garçon du casque du salut :

— Il lui faut croire au Seigneur Jésus pour être sauvé, et savoir qu’il a la vie éternelle.

Puis la cuirasse de la justice.

— Parce que, continuai-je, il faut vivre une vie de justice, et tous ces sans-Dieu dans le monde en font un terrible gâchis et assassinent les gens… Bien sûr, je donnai l’exemple d’Hitler.

— Nous ne saurions tolérer cet état de choses, parce que ceux qui vivent sans Dieu réduisent le monde en esclavage.

Enfin, le bouclier de la foi arriva dans la main de la petite figure :

— Quoi qu’il puisse nous arriver, si nous avons une foi personnelle et vivons en Dieu, le bouclier de la foi nous protège de toutes les attaques de l’ennemi, qui viennent se briser là, contre ce bouclier.

J’allais attraper l’épée pour la mettre dans l’autre main, quand le douanier commença à voir que je prêchais… sa fureur atteignit alors son paroxysme :

— Arrêtez. Emportez-moi tout ça et partez !

— Non, Monsieur, dis-je. J’aimerais remettre un souvenir à chacun de vous.

Je sortis une pile d’Evangiles de Jean et essayai de les distribuer. Mais ils ne pouvaient les accepter. Les mains au dos, ils se retirèrent, me laissant seul avec mon collègue. Nous emballâmes les livres, le flanellographe — et partîmes !

Une double prière

Vu que Dieu nous donne des miracles, nous n’avons pas à craindre les douaniers. Je suis décidé à ne jamais mentir, mais je prie de tout mon cœur pour ne pas avoir à dire la vérité.

En effet, les impies, qui sont au service de Satan et de ses forces, n’ont plus même droit à la vérité. Ne sont-ils pas les serviteurs de celui que Jésus appelle menteur et père du mensonge ?

La vérité ne les intéresse même pas.

Mais, pour nous, je crois qu’il est possible de la leur cacher, sans mentir pour autant. En voici une illustration.

Un dimanche matin, un jeune chrétien se rendait à un culte dans un lieu secret. Chacun savait que la police essayait d’en trouver l’emplacement. Il fallait être très prudent et y aller un à un, par des chemins différents. Je connais ce genre d’expédition pour y avoir participé. Tout à coup, notre garçon fut arrêté par des agents de police cachés dans un buisson.

— Halte ! Où vas-tu ?

Le garçon ne répondit pas, décidé à ne pas mentir, mais également à ne pas dire la vérité. Certainement il envoya vers Dieu une prière-télégramme, à laquelle le Seigneur répond si, d’ordinaire, nous prenons le temps de prier.

Puis il regarda les agents d’un air triste (triste d’avoir été attrapé) et dit, presque à voix basse :

— Je vais chez mes frères et mes sœurs. Ce matin nous devons ouvrir le testament de notre frère aîné.

Les policiers eurent pitié et le laissèrent aller.

En voilà un qui sauva son Eglise. Il n’avait pas menti, mais dit la vérité d’une manière cachée, ayant affaire à un ennemi qui n’avait pas le droit de la connaître.

Jésus n’a-t-il pas usé de la même méthode pour cacher la vérité aux pharisiens ennemis de Dieu ? « Lorsqu’il fut en particulier, ceux qui l’entouraient avec les douze l’interrogèrent sur les paraboles. Il leur dit : « C’est à vous qu’a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles, afin qu’en voyant ils voient et n’aperçoivent point, et qu’en entendant ils entendent et ne comprennent point. » (Marc 4.10-12).

Les ennemis de Dieu étaient déjà en révolte contre la vérité. En la leur disant ouvertement, Jésus aurait augmenté leur condamnation. C’est donc une grâce de Dieu de permettre que le jugement soit moins sévère.

Certains douaniers et policiers vont parfois jusqu’à refuser la connaissance de la vérité. Il semble qu’ils ne veulent pas être responsables d’une rébellion encore plus grande contre Dieu et les siens, contre Son Royaume !

Dans Luc 23.9, nous voyons Jésus user de compassion envers Hérode, car celui-ci l’ayant questionné, il ne lui répondit rien.

Ce n’est pas la même chose que la « restriction mentale », selon laquelle on peut se livrer au mal (adultère, mensonge, vol) quand les circonstances le veulent, par exemple pour sauver une vie ou la liberté.

Je ne dis pas cela, mais bien plutôt le contraire, puisqu’il faut obéir à la vérité de Dieu, qui ne change jamais. Ce sont les pécheurs qui changent, ainsi que leurs lois et critères, surtout quand leur péché et leur combat contre Dieu augmentent.

Charles Finney a dit : « Voiler la vérité par un motif juste ne saurait être considéré comme un péché. »

Obéir à Dieu, c’est avoir ce bon motif. Ses anges nous aident à échapper et à sortir de prison quand la cause de son Royaume le demande.

Pas de coexistence pacifique

Notre ennemi n’a donc aucun droit à la vérité, pas plus que le policier à son service. Notre combat est spirituel et nous n’avons pas à en parler avec l’ennemi.

Dans Matthieu 28, Jésus ordonne aux siens d’aller dans le monde entier prêcher l’Evangile. Il ne leur dit pas d’avoir une conférence avec l’ennemi, pour essayer de s’arranger avec lui. Nous ne saurions « dialoguer » avec le diable.

Nous avons reçu l’ordre d’aller et de proclamer la Parole de Dieu ; de sauver ceux qui sont sous la domination de Satan. Sachant cela, nous sommes conscients de passer la frontière pour les affaires de Dieu. L’ennemi n’a pas à savoir ce que nous faisons.

Ne mens pas, crois seulement. Dieu fera le reste.

Cela ne signifie pas non plus que nous devions haïr certains hommes, qui servent leur maître souvent mieux que nous le nôtre... C’est ce mauvais maître, qui rend l’homme prisonnier de son idéologie, qu’il nous faut haïr. Il faudra toujours essayer de partager avec un tel homme la vérité salvatrice de Jésus- Christ, laquelle le délivrera s’il accepte.

Ce qu’il faut omettre

La vérité partielle ne saurait se confondre avec le mensonge. Nous en avons un exemple intéressant dans le premier chapitre de l’Exode. Les sages-femmes juives avaient reçu l’ordre de tuer tous les bébés mâles venant au monde. Comme elles ne s’y conformaient point, Pharaon les convoqua, leur demandant compte de leurs actes. Que répondirent-elles ?

« C’est que les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Egyptiennes ; elles sont vigoureuses et elles accouchent avant l’arrivée de la sage-femme. » (Exode 1.19).

C’était la vérité. Il est notoire qu’une femme accouche beaucoup plus facilement et rapidement quand elle à fait beaucoup d’exercice pendant sa grossesse qu’en restant assise ou étendue. Et les femmes des Hébreux étaient des esclaves qui devaient travailler dur. On se représente alors facilement, dans ces conditions, que le bébé arrivait avant que l’appel fût entendu.

La raison de cette vérité partielle ? « Parce que les sages-femmes craignaient Dieu. » Ce qu’elles ne dirent pas, c’est que, même en constatant la naissance comme un fait accompli, elles ne tuaient pas l’enfant.

C’est donc par obéissance envers Dieu que ces femmes désobéissaient à l’autorité légale. C’est pourquoi, ou bien nous transgressons le commandement de Dieu et gardons nos traditions humaines, souvent stupides, ou bien nous renonçons à ces dernières pour devenir des chrétiens vivants, selon le mode de Jésus-Christ et des apôtres. Pas de crainte de Pharaon ; pas de crainte de l’ennemi, mais l’obéissance à Dieu : voilà le choix.

Interprétation inspirée

Une autre manière d’utiliser utilement la vérité, c’est de l’interpréter. Il n’existe pas dans les pays communistes de loi interdisant d’introduire des Bibles, mais il en existe une stipulant qu’on déclare tout ce qu’on passe à la frontière.

J’avais souvent importé sans difficulté des quantités de Bibles en Union soviétique. Un jour, j’arrivai à la frontière avec 800 Bibles et des milliers de tracts. J’avais, en effet, promis à plusieurs centaines de pasteurs de leur apporter à chacun une Bible.

Mais une nouvelle idée avait germé dans les cerveaux russes. On me tendit une longue formule à remplir. Quand j’en arrivai à la question : « Introduisez-vous en URSS de la littérature écrite ou imprimée, susceptible de nuire à la situation politique ou économique du pays ? » je me sentis comme pris dans un filet. Je décidai de changer de l’argent, de préparer mes papiers d’assurance, afin de gagner du temps. Je priai : « Seigneur, éclaire-moi. C’est à toi seul que je veux obéir. Tu connais tous ceux qui prient pour recevoir une Bible. Et cependant, je ne veux pas mentir. Viens à mon secours ! »

Je ne pouvais retourner en arrière, en Pologne, sans éveiller des soupçons. Il fallait trouver une solution. Tandis que je priais, le Seigneur me donna une idée : « André, tu ne vas pas vendre ces Bibles au marché noir (où elles se vendent 200 à 300 dollars pièce) pour devenir millionnaire. Ainsi tu ne nuis pas à la situation économique du pays. Et puis, ce n’est pas à Krouchtchev, ni à Brejnev, ni à Kossiguine que tu les donneras, mais bien à des pasteurs, pour le salut des âmes. Ainsi tu ne nuiras nullement à la situation politique. Ce n’est pas contre l’Etat, mais seulement pour le Royaume de Dieu. »

La paix s’établit alors dans mon cœur. Je pris ma plume et signai la formule. Dieu m’avait donné une interprétation satisfaisante.

Bien sûr, je me rendais compte que, si on découvrait les Bibles, j’aurais de graves ennuis. Mais je me sentais sûr. Je savais que Dieu, qui s’était identifié avec Pierre en prison, avec Schadrak, Meschek et Abed-Nego dans la fournaise, s’identifierait Lui-même avec moi, parce que je ne voulais pas collaborer avec l’ennemi à la destruction de ces Bibles.

La vérité conditionnée par le changement

Quand les conditions sont modifiées, quand vous n’avez plus les mêmes amis ou ennemis, vous êtes obligé de vous adapter en changeant vous-même de comportement, d’attitude, et parfois même de paroles.

Rappelons-nous Jonas prêchant à Ninive. Il annonce que Dieu va détruire la ville et ses habitants à cause de leur péché. Et, cependant, Dieu ne le fait pas. A-t-il changé d’avis ? Certainement : les Ninivites se sont repentis et la situation à ainsi changé, et la Parole de Dieu aussi. Jésus n’a-t-il pas désobéi aux ordres du gouvernement le matin de la résurrection ? La pierre était scellée du sceau des autorités civiles et gardée par des soldats de l’armée officielle. Avec un pareil précédent, Ses disciples ne devraient-ils pas suivre son exemple ?

Dans Jean 12, Jésus dit : « La Lumière est encore pour un peu de temps au milieu de vous. Marchez, tandis que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous surprennent point ; celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. » (v. 35).

Et juste après, le voilà qui « s’en va et se cache ». Cela paraît contradictoire de se cacher quand on vient de parler de la marche dans la lumière. Mais il avait dit précédemment (Jean 9.4) que quand la nuit viendrait il faudrait changer de tactique, la liberté de témoigner ouvertement ayant pris fin. Le changement de circonstances conditionne un changement de comportement.

Les choses changent, les gouvernements changent. Il se peut qu’un jour notre démocratie fasse place à une dictature. Alors notre manière d’agir aussi se modifiera. En effet, la vérité exige de nous une adaptation aux conditions de vie.

En ce qui concerne notre œuvre, ce ne sont ni les dictateurs ni leurs agents que nous devons informer de nos actes, mais bien ceux qui prient pour nous ; et encore, ces informations ne peuvent être que partielles, car nous ne saurions courir le risque de renseigner l’ennemi sur nos « secrets de fabrication ».

L’action qui est la nôtre doit pouvoir tromper l’ennemi, sans avoir à mentir. La stratégie de la guerre ne consiste-t-elle pas souvent à simuler une action, par exemple une retraite, pour tromper l’ennemi, mais pas en paroles ? C’est là ce que nous voyons fréquemment dans l’Ancien Testament (voir entre autres Josué 8).

La vérité, en revanche, est la meilleure arme du chrétien contre l’ennemi, car c’est la base sur laquelle Dieu accomplit des miracles en réponse à la prière de la foi.

Prier pour les questions posées

Si, en arrivant à la frontière avec ma voiture chargée de Bibles, je m’entends poser la question : « Avez-vous des Bibles ? » je répondrai : « Oh ! oui, une quantité ! » Cependant, avant ladite frontière, je prie de tout mon cœur pour qu’on ne me pose bas cette question, où pour que l’attention des douaniers soit distraite. Et c’est merveilleux de voir comment le Seigneur provoque des incidents mineurs ou même minuscules à la frontière.

Une de nos équipes se rendait en Bulgarie avec une grande camionnette. C’était l’été ; ils voyageaient en touristes, jouissant du soleil, du paysage, de la natation, etc. Ils avaient emporté un canoé gonflable et, un après-midi, après avoir navigué quelque part en Yougoslavie, ils ne se donnèrent pas la peine de vider le canoé de son air et le fourrèrent tant bien que mal dans la camionnette. Puis ils partirent pour la Bulgarie avec leur chargement de 700 Bibles.

À l’entrée dans le pays, ils remirent leurs papiers à un douanier, tandis qu’un autre ouvrait la porte arrière de la camionnette... Bing !… Voilà le canoé qui lui tombe sur la figure ! Pendant qu’il se remettait de son étourdissement, nos garçons se portèrent à son secours, repoussant le canoé à l’intérieur, puis fermèrent la porte, ce qui mit fin à l’inspection.

Ce sont là des choses qui proviennent de la perfection de Dieu, et qu’on ne saurait reproduire.

Une autre équipe se rendait en Tchécoslovaquie avec des Bibles. Avant d’arriver, les jeunes gens prièrent une dernière fois, puis firent une tasse de café, accompagnée de lait condensé. Ayant posé la boîte de lait ouverte sur un carton contenant à la fois des Bibles et des outils, ils oublièrent de la remettre en place. Tandis qu’ils étaient dans le bureau pour vérification de leurs papiers, un douanier pénétra dans la camionnette. N’ayant pas vu la boîte de lait en question, il la renversa, puis sauta hors du véhicule, afin de chercher un torchon pour essuyer le plancher, se confondant en excuses. Il retint le convoi jusqu’à ce qu’il eût à peu près réparé les dégâts, puis le laissa aller ! Dieu se sert toujours de petites choses pour en accomplir de grandes.

Dernièrement, alors que je me trouvais en Alle- magne, je m’aperçus en approchant de la Hollande, que j’avais oublié tous mes papiers dans un tiroir de ma chambre d’hôtel à quelque 300 km derrière moi. En tout cas, il est absolument impossible de pénétrer en Hollande sans papiers : cela n’est jamais arrivé à personne. Que faire ? J’étais là, dans la file des voitures. Le contrôle allait grand train. Chacun tendait ses papiers par la fenêtre de son véhicule. Mon tour arrive, j’ouvre la bouche... mais voilà quelqu’un qui crie une plaisanterie au douanier. Celui-ci s’esclaffe et me fait signe de passer !

Quelles merveilles que les interventions de Dieu ! En arrivant à la maison, je téléphonai à l’hôtel allemand et le lendemain je recevais mes papiers sous pli recommandé.

La foi qui ne faiblit pas malgré les genoux qui tremblent

Que personne ne tire la conclusion, après avoir lu ces quelques récits, qu’il s’agit d’un ministère facile. J’ai passé d’innombrables heures dans la prière et le jeûne pour me prouver à moi-même et au diable que j’étais prêt à payer le prix... La victoire est acquise en Jésus-Christ. C’est là une réalité admirable. Mais il ne faut pas oublier que le territoire à envahir est réellement occupé par l’ennemi. Oui, mon corps tremble parfois, mais ma foi reste ferme.

Certains pensent que notre hardiesse ne fait qu’empirer les choses pour ceux que nous désirons secourir. Tout d’abord, il y a des situations qui ne sauraient être pires qu’elles ne le sont déjà. Et alors, le peu d’aide que nous pouvons apporter représente pour les chrétiens un stimulant leur permettant de garder l’espérance et un témoignage courageux.

Ensuite, nous sommes bien décidés, moi-même et tous mes équipiers, à sacrifier même notre vie plutôt que de dire ou de faire quoi que ce soit pouvant mettre les croyants en danger. Car, après tout, ayant été crucifiés avec Christ selon Galates 2.20, nous n’avons plus besoin de craindre de risquer notre vie.

Ce que l’on à peine à comprendre en Occident, c’est que nos bien-aimés frères chrétiens dans les pays communistes risquent quotidiennement leur vie pour l’Evangile. Comme déjà dit, les rapports concernant les intimidations, persécutions, emprisonnements, tortures et exécutions, abondent et constituent un scandale international contre lequel même l’ONU est impuissante. Certes, nous ne voudrions pas rendre leur sort encore plus dur.

Il ne faut pas non plus oublier que les actions que nous entreprenons sont une réponse à des requêtes constantes et insistantes pour les choses mêmes que nous leur apportons. Nous prenons toutes les précautions nécessaires et ne nous engageons jamais sans avoir reçu des instructions précises de leur part. Eux, en revanche, font tout pour ne pas entraver notre ministère. Nous travaillons à notre mutuelle protection dans l’œuvre du Seigneur.

Outre les Bibles, nous apportons de la nourriture, des vêtements et même de l’argent dans les cas de détresse. Nous avons, par exemple, fourni une voiture à un évangéliste de Roumanie, afin qu’il puisse accomplir son ministère ; de l’argent à un frère yougoslave pour louer un local pour y prêcher sans crainte d’arrestation. Pendant des années nous avons pu apporter cette aide spécifique. Préserver l’Eglise locale et étendre son rayonnement, voilà notre raison d’exister.

En disant « nous », je veux parler de 100 à 200 collaborateurs travaillant individuellement ou par petites équipes, à plein temps ou par périodes, sous la direction de notre Mission.

Notre quartier général se trouve dans mon pays, en Hollande, mais la Mission « Open Doors » (Portes Ouvertes) a des branches aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et aux Philippines.

Comme nous sommes obligés d’opérer plutôt en « guerillas », nos équipes ne doivent pas dépasser 12 membres. Cela prévient aussi l’infiltration communiste, qui constitue une menace permanente et une réalité dans toute communauté chrétienne. Dernièrement, nous avons eu cinquante équipes au travail en Europe pendant un été.

La manière néo-testamentaire

En résumé, toute cette tactique de « contrebande » est très proche de la manière de répandre l’Evangile que nous trouvons dans le Nouveau Testament. À l’Ouest, nous jouissons encore du rare privilège de voir les gens venir librement écouter le message divin. Nous avons pour cela des bâtiments et des locaux où nous les accueillons avec le sourire. Cette méthode me paraît quelque peu en contradiction avec l’intention du Seigneur de faire de nous des pêcheurs d’hommes. Nous avons confectionné un beau filet (bâtiments et églises) que nous avons posé au bord de l’eau, en invitant le poisson à sauter dedans !

Aux premiers siècles, les chrétiens ne possédaient pas d’édifices. Notre manière de voir les gens venir à nous et de les attendre semblerait plutôt contraire à l’ordre donné par Jésus.

Dans un livre intitulé Le Chrétien vivant en Chine moderne, Georges Young dit notamment : « Notre évangélisation doit être saine, équilibrée, comme celle que pratiquait Jésus, c’est-à-dire rechercher le salut de l’homme tout entier : esprit, âme et corps. Le réveil doit agir en profondeur, purifier la vie morale, trans- former la vie économique et sociale, Il nous faut prêcher et pratiquer le christianisme à la manière des apôtres. La réponse au défi du communisme, c’est la réapparition du christianisme apostolique, avec une évangélisation enflammée et la vie communautaire du Royaume de Dieu plus révolutionnaires que le communisme. »

Le Seigneur nous donnera cette hardiesse de l’Esprit et les indications nécessaires pour nos commandos et leurs différentes incursions. Nous devons agir, sans la permission de personne — de fait tout le monde sera contre nous.

Ce monde aux mains de l’ennemi est rempli d’âmes dont le Seigneur à payé le rachat, et sur lesquelles Il a des droits. À son commandement très net nous y pénétrons par tous les moyens avec l’Evangile.

Nous avons l’obligation d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. L’ordre est « d’aller ». Si nous cherchons à le tourner par des compromis ou contestons sa légalité, nous dénions à Dieu son droit de gouverner la terre, autrement dit, nous faisons le jeu du diable.

Dieu à un plan et nous en informe. Si Paul a pu être introduit et sortir en contrebande, si Pierre l’a fait, si Jésus l’a fait, si Dieu a envoyé des hommes tels qu’Elie, Elisée, Josué, Daniel et ses amis, ou encore Samuel, combien plus devons-nous renoncer à nos hésitations !

Si nous sommes de vrais disciples de Jésus-Christ, nous nous répandons dans le monde entier parce qu’Il nous y envoie. Nous n’avons besoin ni de bienvenue, ni d’invitation, ni de permission légale. Depuis le jour où le Christ l’a ordonné, Il a donné à chaque génération la capacité, la force et les occasions d’entrer dans le combat. Il est le même hier, aujourd’hui et éternellement. Celui qui détient toute l’autorité dans le ciel et sut la terre nous autorise à repousser l’ennemi partout, même aux frontières des pays communistes. Il continue à nous revêtir de la puissance du Saint-Esprit pour Lui servir de témoins jusqu’aux extrémités du monde.

« Sois vigilant, et affermis le reste qui est près de mourir. » (Apocalypse 3.2).

Telle est la devise de notre ministère auprès de nos frères des pays de l’Est, jusqu’en Chine. L’amour de Christ nous presse. Car l’amour, dit la Parole de Dieu, est l’accomplissement de tout ordre divin.

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