Le terme "théisme" est employé dans quatre sens différents. Bien que le dernier de ceux-ci soit le seul qui soit vraiment satisfaisant, il est cependant bien d'examiner brièvement chacun d'entre eux.
1. La croyance en une ou plusieurs puissances surnaturelles, un ou plusieurs agents spirituels, un ou plusieurs dieux. Ce sens comprend toutes les diverses croyances en un ou plusieurs dieux, quel que soit leur genre ou leur nombre, et ne s'oppose qu'à l'athéisme.
2. La croyance à l'existence d'un Dieu unique, qu'il soit personnel ou impersonnel, qu'il soit actuellement à l'œuvre dans l'univers ou non. Ce sens comprend le monothéisme, le panthéisme et le déisme, et s'oppose à l'athéisme, au polythéisme et à l'hénothéisme.
3. La croyance en un Dieu personnel qui est à la fois transcendant et immanent, et qui existe en une seule personne. C'est la conception juive, musulmane et unitarienne de Dieu, et elle s'oppose à l'athéisme, au polythéisme, au panthéisme et au déisme.
4. La croyance en un Dieu personnel unique, à la fois immanent et transcendant, qui existe en trois personnes distinctes, connues respectivement comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C'est la position du théisme chrétien et elle s'oppose à toutes les autres conceptions énumérées ci-dessus. C'est une forme de monothéisme, non du genre unitarien, mais plutôt trinitaire. Le chrétien soutient que, étant donné que toutes les autres croyances mentionnées ont une fausse conception le Dieu, ce point de vue est le seul vrai point de vue théiste. Cette interprétation du terme est celle adoptée dans le présent livre.
Nous avons montré dans le chapitre précédent que Dieu s'est révélé lui-même et que l'homme est capable de saisir cette révélation. Ces deux faits fournissent les fondements de l'étude théologique. Les deux prochains chapitres clarifient et établissent la conception théiste du monde.
Dans le présent chapitre, nous chercherons à formuler la définition de Dieu et à présenter les arguments significatifs en faveur de son existence. Ces deux sujets sont dignes d'une considération exhaustive parce qu'ils sont fondamentaux à toute autre étude théologique, mais nous ne pouvons qu'aborder brièvement les plus importantes conceptions de Dieu et les aspects les plus importants des preuves de son existence.
Le langage aussi a ses droits et on ne peut pas s'approprier des termes qui ont été pendant longtemps employés pour transmettre une signification précise et leur faire exprimer un sens totalement différent. C'est néanmoins ce qui s'est souvent produit dans les discussions théologiques. Le terme "Dieu" a, dans ces derniers temps, été si improprement employé qu'il est nécessaire de lui redonner son sens original dans le système chrétien. Regardons quelques-uns de ces emplois erronés, énumérons les noms de Dieu dans la Bible et exposons la formulation théologique de la conception chrétienne de Dieu.
Aussi bien les auteurs philosophiques que théologiques sont coupables sur ce point. Selon Platon, Dieu est la pensée éternelle, la cause du bien dans la nature. Aristote le considérait comme "la cause première de tout être". Spinoza a défini Dieu comme "la substance absolue, universelle, la cause réelle de toute et de chaque existence ; et non seulement la cause de tout être, mais lui-même tout être, dont chaque existence particulière n'est qu'une modification." Leibniz a dit que la raison finale des choses s'appelait Dieu. Kant a défini Dieu comme un être qui, par son intelligence et sa volonté, est la cause de la nature ; un être qui a tous les droits mais aucun devoir ; l'auteur moral du monde. Selon Fichte, Dieu était l'ordre moral de l'univers, vraiment en vigueur dans la vie. Hegel considérait Dieu comme l'esprit suprême, mais un esprit sans conscience jusqu'à ce qu'il devienne conscient dans la raison et les pensées de l'homme. Strauss identifiait Dieu à l'Universum ; Comte, à l'humanité ; et Matthew Arnold, au "courant qui tend vers la justice"
Notons également quelques autres emplois erronés plus récents. Kirtly F. Mather, un géologue, dit que Dieu est une puissance spirituelle, immanente dans l'univers, qui est mêlé au hasard de sa création. Henry Sloane Coffin dit : "Dieu est pour moi cette force créatrice, derrière et dans l'univers, qui se manifeste en tant qu'énergie, vie, ordre, beauté, pensée, conscience, amour." Il préfère dire que Dieu a des relations personnelles avec nous plutôt que de dire qu'il est personnel. Selon Edward Ames, Dieu est "le concept de la totalité personnalisée et idéalisée de la réalité" . Il imagine Dieu comme en développement et comme borné. Nous avons suffisamment considéré les conceptions non bibliques de Dieu ; nous devons maintenant nous tourner vers le vrai concept de Dieu.
Les noms de personnes et d'endroits dans la Bible ont souvent une grande signification. Cela est également vrai pour les noms de Dieu. Un des termes les plus largement employés pour la divinité, c'est El et ses dérivés Elim, Elohim et Eloah. Il est similaire au mot grec theos, au mot latin Deus et au mot français Dieu. C'est un mot général pour désigner la divinité et il inclut tous les membres de la classe de la divinité. Le pluriel Elohim est employé régulièrement par les auteurs de l'Ancien Testament avec des verbes et des adjectifs au singulier pour indiquer une notion au singulier. Bien qu'il fasse habituellement référence à Dieu, il peut aussi être utilisé pour les dieux et les divinités païennes. Le nom composé El-Elion désigne Dieu comme le plus élevé, le Très-Haut (Ps. 78.35), et El-Schaddai comme le Dieu Tout-Puissant (Ge. 17.1).
Jéhovah ou Yahvé est le nom personnel par excellence du Dieu d'Israël. Ce terme est connexe au verbe hébreu "être" et signifie "celui qui a une existence indépendante" ou "celui qui produit l'existence" (Ex. 6.2ss. ; voir aussi Ex. 3.13-16). Ce nom est souvent traduit dans les versions françaises par le mot "Éternel" ou "Seigneur". Il revient dans un certain nombre de combinaisons importantes : Yahvé-Jiré, l'Éternel pourvoira (Ge. 22.14) ; Yahvé-Rapha , l'Éternel qui guérit (Ex. 15.26) ; Yahvé-Nissi, l'Éternel notre bannière (Ex. 17.15) ; Yahvé-Schalom, l'Éternel notre paix (Jug. 6.24) ; Yahvé-Raah, l'Éternel mon berger (Ps. 23.1) ; Yahvé-Tsidkenu, l'Éternel notre justice (Jér. 23.6) ; et Yahvé-Shammah, l'Éternel est présent (Éz. 48.35).
Adonaï, mon Seigneur, est un titre qui revient souvent chez les prophètes et qui exprime la dépendance et la soumission, comme celle d'un serviteur à l'égard de son maître, ou d'une femme à l'égard de son mari. Le titre Éternel des armées apparaît fréquemment dans la littérature prophétique et postexilique (Es. 1.9 ; 6.3). Certains considèrent que ce terme fait allusion à la présence de Dieu avec les armées d'Israël à l'époque de la monarchie (1 Sa. 4.4 ; 17.45 ; 2 Sa. 6.2), mais une signification plus probable est celle de la présence de Dieu avec les armées du ciel, les anges (Ps. 89.7-9 ; voir aussi Ja. 5.4).
Dans le Nouveau Testament, le terme theos remplace les termes El, Elohim et Elion. Les noms Schaddai et El-Schaddai sont rendus par pantokrator, le Tout-Puissant, et theos pantokrator, le Dieu Tout-Puissant. Le Seigneur est parfois appelé l'alpha et l'oméga (Ap. 1.8), celui qui est, qui était et qui vient (Ap. 1.4), le premier et le dernier (Ap. 2.8), le commencement et la fin (Ap. 21.6).
Parce que Dieu est infini, il est impossible de donner une définition détaillée qui en donne un portrait complet et exhaustif. Nous pouvons cependant le définir dans la mesure où nous le connaissons et où nous connaissons des choses à son sujet. Nous pouvons certainement exposer les attributs de Dieu qui ont été révélés à l'homme. Et de plus, nous pouvons dire que Dieu est un être et indiquer ensuite en quoi il est différent des autres êtres. Quelles sont certaines des définitions de Dieu ?
Buswell écrit : "Le meilleur résumé de la doctrine de Dieu telle qu'enseignée dans la Bible se trouve dans la réponse à la question quatre du Westminster Shorter Catechism, « Qu'est-ce que Dieu ? Dieu est esprit, infini, éternel et immuable, dans son être, sa sagesse, sa puissance, sa sainteté, sa justice, sa bonté et sa vérité. »"1 Hoeksema déclare : "Dieu est le seul être personnel, simple, absolu, purement spirituel, aux perfections infinies, totalement immanent dans tout le monde, mais cependant essentiellement transcendant par rapport à toutes choses !"2 Berkhof le définit ainsi : "Dieu est unique, absolu, immuable et infini dans sa connaissance et sa sagesse, dans sa bonté et son amour, dans sa grâce et sa miséricorde, dans sa justice et sa sainteté."3 Pour une définition courte et détaillée de Dieu, c'est probablement Strong qui donne la meilleure : "Dieu est l'Esprit infini et parfait en qui toutes choses ont leur origine, leur soutien et leur fin."4
1 — Buswell, A Systematic Theology of the Christian Religion, I, p. 30
2 — Hoeksema, Reformed Dogmatics, p. 60.
3 — Berkhof, Systematic Theology, p. 56.
4 — Strong, Systematic Theology, p. 52.
Nous avons montré que Dieu s'est révélé lui-même et que l'homme a la capacité de comprendre cette révélation. Nous passons maintenant aux arguments en faveur de l'existence de Dieu. Ils se divisent en trois groupes
Il s'agit d'une vérité première, précédant même logiquement la croyance en la Bible. Une croyance est intuitive si elle est universelle et nécessaire. Paul a écrit : "Car ce qu'on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître" (Ro. 1.19). Il poursuit en disant : "En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l'œil nu, depuis la création du monde" (v. 20). Cette information laisse les incroyants "Inexcusables" (v. 20). Même les plus dépravés savent que ceux qui vivent dans le péché sont "dignes de mort" (Ro. 1.32) et que tous les hommes ont "l'œuvre de la loi écrite dans leur cœur" (Ro. 2.15).
L'histoire montre que l'élément religieux de notre nature est tout aussi universel que le rationnel ou le social. La religion, ou un système de croyances, est catégorisée comme un des éléments universels dans la culture5. Il y a partout dans les croyances de l'homme différentes formes de phénomènes religieux et une conscience du surnaturel. Il peut s'agir d'une forme abstraite de puissance surnaturelle appelée "mana", ou de la véritable croyance en un Dieu personnel. La religion de l'homme a souvent dégénérée à cause de l'incrédulité. Paul a écrit que lorsque les hommes ont rejeté Dieu, "ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous ; et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles" (Ro. 1.21-23).
5 — Herskovits, Cultural Antbropology, p. 117.
La croyance en l'existence de Dieu est également nécessaire. Elle est nécessaire dans le sens où nous ne pouvons pas nier son existence sans faire violence aux lois mêmes de notre nature. Si nous la nions, cette négation est forcée et ne peut être que temporaire. Tout comme le pendule d'une horloge peut être éloigné de son centre par une force interne ou externe, de même un homme peut être éloigné de la croyance normale en l'existence de Dieu. Mais tout comme le pendule revient à sa position originale quand on enlève la tension, de même l'homme revient à la croyance normale en Dieu quand il n'est pas consciemment influencé par une fausse philosophie. Hodge dit :
Sous l'influence d'une théorie métaphysique, un homme peut nier l'existence du monde extérieur ou l'obligation de la loi morale ; et son incrédulité peut être sincère et persister pendant un certain temps ; mais au moment où les raisons spéculatives de son incrédulité sont absentes de son esprit, il revient nécessairement à ses convictions normales et originales. Il est également possible que la main d'un homme devienne si endurcie ou cautérisée qu'elle en perde le sens du toucher. Mais cela ne prouverait pas que la main chez l'homme n'est pas normalement le grand organe du toucher.6
6 — Hodge, Systematic Theology, p. 197, 198
Cette croyance universelle et nécessaire est intuitive. On ne peut pas l'expliquer comme la déduction inévitable de la raison étant donné que la preuve de son existence est si évidente que l'esprit est contraint de l'accepter. En effet, seules les personnes instruites peuvent faire ce genre de généralisation, et l'on trouve plus fréquemment l'agnosticisme aussi bien que l'athéisme parmi les personnes soi-disant instruites que parmi celles qui sont sans éducation, qui n'ont pas de formation dans l'art du raisonnement. On ne peut pas non plus l'expliquer comme étant due simplement à la tradition. Nous reconnaissons que les premières révélations de Dieu ont été transmises de génération en génération, mais nous ne croyons pas que cela puisse expliquer totalement la croyance en Dieu, car la Bible déclare que la loi de Dieu est écrite dans le cœur de l'homme (Ro. 2.14-16). Nous estimons également que cette théorie n'explique pas la force de cette croyance chez l'homme.
Nous avons déjà montré à plusieurs reprises que la Bible considère que tous les hommes croient en l'existence de Dieu. À cause de cela, elle n'essaie pas de prouver son existence. Dans toute la Bible, l'existence de Dieu est prise pour acquis. Les Écritures commencent par la majestueuse déclaration suivante : "Au commencement, Dieu" (Ge. 1.1), et elles continuent tout au long à considérer son existence comme acquise. Des textes comme Ps. 94.9ss. et És. 40.12-31 ne sont pas des preuves de l'existence de Dieu, mais plutôt des explications analytiques de tout ce qu'implique l'idée de Dieu et des avertissements à reconnaître son caractère de divinité.
Non seulement cela, mais les Écritures n'argumentent pas et ne prouvent pas non plus que l'on peut connaître Dieu ; elles ne spéculent même pas sur la façon dont la connaissance de Dieu a vu le jour dans l'esprit de l'homme. La conscience de l'homme se rend compte de l'existence de Dieu et les auteurs des Écritures avaient l'esprit rempli et embrasé des pensées et de la connaissance de Dieu. Ils ont écrit avec certitude à propos de l'existence de Dieu à l'intention de lecteurs également assurés de son existence.
En abordant l'étude des arguments utilisés en faveur de l'existence de Dieu, nous devons garder à l'esprit :
Nous passons donc maintenant à une brève étude de ces arguments.
1. L'argument cosmologique. Cet argument peut s'énoncer comme suit : "Tout ce qui a un début doit avoir une cause suffisante. L'univers a eu un commencement ; il doit donc y avoir une cause suffisante expliquant sa production." Cet argument est sous-entendu dans Hé. 3.4 : "Chaque maison est construite par quelqu'un, mais celui qui a construit toutes choses, c'est Dieu." Cet argument peut également être présenté comme Buswell l'a fait : "'Si quelque chose existe maintenant,
7 — Buswell, A Systematic Theology of the Christian Religion, I, p. 82.
Certains soutiennent que l'univers est éternel ou qu'il a été créé de toute éternité. Mais l'astronomie montre qu'il y a eu de grands changements dans les cieux, et la géologie, de grands changements sur la terre. Tout cela démontre que l'ordre actuel n'est pas éternel. De plus, l'existence du monde est contingente ou dépendante. Chaque partie de celui-ci est dépendante des autres et se trouve dans une relation précise par rapport à elles. Le tout peut-il avoir une existence indépendante quand les diverses parties qui le composent sont dépendantes ? Il y a aussi une succession dans les effets. Les causes produisent des effets, mais elles sont elles-mêmes les effets de quelque chose d'autre. Il doit donc y avoir une cause première, ou une série éternelle de causes. Mais cette dernière proposition est inconcevable. La deuxième loi de la thermodynamique, ou loi de l'entropie, révèle que l'univers se dégrade. L'énergie devient de moins en moins disponible, et l'ordre fait place au désordre. Si l'univers se dégrade, il ne se maintient donc pas lui-même ; et s'il ne se maintient pas lui-même, il doit donc avoir eu un commencement.
Que prouve cet argument au juste ? Non seulement qu'il y a un être essentiel, personnel ou impersonnel, mais que cet être est distinct de l'univers, car tout ce qui est contingent doit avoir la cause de son existence à l'extérieur de lui-même, et que cet être doit être intelligent parce que le monde des esprits bornés fait partie de l'univers. Nous en concluons donc que cet argument prouve qu'une cause suffisante est à l'origine de l'univers. Il y a une faiblesse dans cet argument en ce que "si tout ce qui existe doit avoir une cause suffisante, cela s'applique également à Dieu."8 Cela nous conduit donc à une chaîne sans fin. Mais cet argument suggère toutefois que la cause première était intelligente et à l'extérieur de l'univers. Ces deux idées sont toutefois établies plus clairement par les arguments qui n'ont pas encore été présentés.
8 — Berkhof, Systematic Theology, p. 26.
2. L'argument téléologique. L'argument téléologique peut être énoncé comme suit : "L'ordre et l'arrangement utile d'un système implique une intelligence et une finalité dans la cause qui l'a organisé. L'univers est caractérisé par un ordre et un arrangement utile ; il a donc une cause intelligente et libre." La prémisse majeure est annoncée dans plusieurs Psaumes : "Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as créées : qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? et le fils de l'homme pour que tu prennes garde à lui ?" (Ps. 8.4ss.) ; "Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains. Le jour en instruit un autre jour, la nuit en donne connaissance à une autre nuit" (Ps. 19.2ss.) ; et "Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas ? Celui qui a formé l'œil ne verrait-il pas ?" (Ps. 94.9). On a objecté qu'il peut y avoir un ordre et un arrangement utile sans plan, que les choses peuvent être dues à l'application d'une loi ou au hasard. Mais le caractère dépendant des lois de la nature exclut la première idée. Ces lois n'ont pas leur origine en elles-mêmes et ne se maintiennent pas non plus par elles-mêmes ; elles présupposent que quelqu'un ou quelque chose a donné ces lois et les maintient. Qui a formé le flocon de neige ou établi les saisons ? Ces choses témoignent certainement en faveur d'un être intelligent. Paul se sert de cet argument et de ce concept pour établir la culpabilité des infidèles (Ro. 1.18-23).
La prémisse mineure est rarement contestée aujourd'hui. Les structures et les adaptations dans le monde végétal et animal, y compris l'homme, indiquent un ordre et un plan. Les plantes, les animaux et l'homme sont construits de telle façon qu'ils peuvent s'approprier la nourriture nécessaire, se développer et se reproduire selon leur espèce. Les grandes forces centrifuges et centripètes de l'univers gardent dans leurs orbites les planètes, les astéroïdes, les satellites, les comètes, les météores et les constellations d'étoiles. L'atome déploie un arrangement ordonné de protons, de neutrons, de deutérons, de mésotrons, d'électrons, etc. Nous pouvons voir une relation entre le monde animé et inanimé. La lumière, l'air, la chaleur, l'eau et le sol servent au maintien de la vie végétale et animale. Nous pouvons également voir l'uniformité générale des lois de la nature, qui permet à l'homme de planter et de cultiver, d'employer ses découvertes scientifiques pour l'avancement du bien-être de l'homme. Paul a déclaré : "Quoiqu'il n'ait cessé de rendre témoignage de ce qu'il est, en faisant du bien, en vous dispensant du ciel les pluies et les saisons fertiles, en vous donnant la nourriture avec abondance et en remplissant vos cœurs de joie" (Ac. 14.17).
Que prouve cet argument ? Certains ont objecté que les hommes et les animaux ont tous deux des organes inutiles, ou des structures atrophiées, et que par conséquent l'argument téléologique n'est pas valable. Mais la science découvre que ces organes soi-disant inutiles ne sont après tout pas inutiles ; et nous pouvons supposer que ceux dont l'usage n'a pas encore été découvert peuvent aussi avoir leur utilité. L'argument téléologique suggère non seulement que la cause première est intelligente et libre, mais aussi qu'elle se situe en dehors de l'univers, car la finalité semble émaner non simplement de l'intérieur, mais aussi et principalement de l'extérieur, par l'adaptation de choses externes aux organismes et par la disposition et l'arrangement ordonné de vastes masses de matière séparées les unes des autres par des millions et des milliards de kilomètres. Nous en concluons donc que l'argument prouve que la cause première est intelligente, libre, distincte de l'univers et incompréhensiblement grande.
Mais de nouveau, cet argument a ses limites ; il prouve qu'un grand architecte intelligent a façonné le monde, mais il ne prouve pas que cet architecte est Dieu. En outre, l'existence du mal physique et du désordre limite la valeur de cet argument. Avec les autres arguments en faveur de l'existence de Dieu, il a de la valeur, mais pris isolément, sa valeur en est réduite.
3. L'argument ontologique. Tel qu'énoncé généralement, cet argument trouve dans l'idée même de Dieu la preuve de son existence. Il soutient que tous les hommes ont intuitivement l'idée de Dieu et il essaie ensuite de trouver la preuve de son existence dans l'idée même. Ou, comme l'écrit Hoeksema, cet argument "affirme que nous avons une idée de Dieu. Cette idée de Dieu est infiniment plus grande que l'homme lui-même. Elle ne peut donc pas avoir l'homme pour origine : elle ne peut avoir son origine qu'en Dieu même."9
9 — Hoeksema, Reformed Dogmatics, p. 45.
Nous devons user de prudence avec cet argument parce que nous ne pouvons pas déduire une existence réelle à partir d'une pensée purement abstraite ; l'idée de Dieu ne renferme pas en elle-même la preuve de son existence. Mais bien que l'argument ontologique ne prouve pas l'existence de Dieu, il montre ce que Dieu doit être s'il existe. Étant donné que les arguments cosmologique et téléologique ont déjà prouvé l'existence d'une cause personnelle et d'un concepteur extérieur à l'univers, l'argument actuel prouve que cet être est infini et parfait, non parce qu'il est démontrable que ces qualités lui appartiennent, mais parce que notre constitution mentale ne nous permet pas de penser autrement. Il va de soi que toute idée dans notre culture humaine a une cause quelconque. L'idée du Dieu de la Bible doit avoir une cause quelconque, et cette cause doit être Dieu lui-même.
4. L'argument moral. Kant fait remarquer que les preuves théoriques ne peuvent nous donner aucune connaissance de Dieu en tant qu'être moral. Nous dépendons pour cela de la raison pratique. Il soutient que le fait de l'obligation et du devoir est à tout le moins aussi certain que le fait de l'existence. Sur la base de la conscience, il argumente en faveur de la liberté, de l'immortalité et de Dieu. C'est son impératif catégorique. La Bible fait aussi appel à l'argument moral comme preuve de l'existence de Dieu (Ro. 1.19-32 ; 2.14-16).
Hoeksema présente ainsi cet argument : "Tout homme a un sentiment d'obligation, un sens de ce qui est bien et de ce qui est mal, ainsi qu'un sentiment indéniable de responsabilité pour faire ce qui est bien et un sentiment de condamnation de soi quand il commet ce qui est mal." Il poursuit en disant : "Il y a, pour ainsi dire, en lui une voix que l'on ne peut pas faire taire et qui dit toujours à sa conscience intérieure : "Du sollst." Cela présuppose qu'il y a quelqu'un qui parle et, de plus, quelqu'un qui est Maître et Souverain."10 La connaissance qu'a l'homme du bien et du mal vient de Dieu, de même que son sentiment d'obligation. Herskovits observe que "nous pouvons trouver les concepts du bien et du mal dans tous les systèmes de croyances de tous les groupes."11 Nous en concluons donc qu'il y a une loi morale permanente et qu'elle a sur nous une autorité suprême et constante. Les évolutionnistes n'aiment pas l'admettre. Ils aiment considérer toute chose comme changeant constamment. Que ce ne soit pas nous qui nous imposons cette conscience ou qui la développons à partir de nos instincts primitifs par notre vie en société est évident du fait que le sentiment du devoir ne tient pas compte de nos penchants, de nos plaisirs, ou de nos richesses, pas plus d'ailleurs que des pratiques de la société, mais est souvent en conflit avec eux. La conscience ne nous dit toutefois pas quoi faire ; elle insiste simplement sur le fait qu'il y a dans l'univers une loi morale fondamentale et qu'il est de notre devoir de l'observer. En outre, les violations connues à cette loi morale sont suivies d'un sentiment de châtiment mérité et de craintes du jugement. David en est un bon exemple dans la Bible (Ps. 32.3ss. ; 38.2-5).
10 — Hoeksema, Reformed Dogmatics, p. 46.
11 — Herskovits, Cultural Anthropology, p. 230.
Nous pouvons en conclure que, puisque que ce n'est pas nous qui nous imposons cette loi morale et que ces craintes de jugement ne se mettent pas par elles-mêmes à exécution, il y a donc une sainte volonté qui impose cette loi et une puissance punitive qui mettra les menaces de notre nature morale à exécution. Nos consciences s'écrient : "On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi..." (Mi. 6.8), et "Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal" (Ec. 12.16). Autrement dit, la conscience reconnaît l'existence d'un grand législateur et la certitude de la condamnation de toutes les violations à sa loi.
5. L'argument tiré de la congruence. Cet argument est basé sur la croyance que le postulat qui explique le mieux les faits relatés est probablement vrai. En ce qui concerne la discussion actuelle, il s'énonce comme suit : la croyance en l'existence de Dieu est ce qui explique le mieux les faits de notre nature morale, mentale et religieuse, de même que ceux de l'univers matériel ; par conséquent, Dieu existe. Il soutient que, sans ce postulat, les faits relatés sont vraiment inexplicables. On peut illustrer ce principe par les études microscopiques et télescopiques. Les particules constituantes de l'atome ne peuvent pas être découvertes par une observation directe ; elles sont déduites des effets qu'elles produisent et des combinaisons qu'elles forment. En science, nous supposons donc qu'un postulat qui explique et harmonise les faits relatés est vrai. Ne devrions-nous pas, sur le même principe, conclure qu'il y a un Dieu, puisque le postulat théiste est en harmonie avec tous les faits de notre nature mentale, morale et religieuse, de même qu'avec ceux de l'univers matériel ?
Croire en un Dieu personnel, qui se suffit à lui-même et qui se révèle lui-même est en harmonie avec notre nature morale et mentale ; cela donne une explication à l'histoire et à la loi naturelle ; et cela explique la croyance universelle en un être suprême et les expériences religieuses qui l'accompagnent. L'athéisme, le panthéisme et l’agnosticisme ne fournissent pas une réponse adéquate pouvant satisfaire le cœur de l'homme. Nous pouvons conclure de ces arguments qu'il y a un Dieu personnel, distinct de l'univers, moral, qui a une existence indépendante et qui s'est révélé lui-même. Il est incompréhensible Job 11.7 ; Es. 40.18 ; Ro. 11.33), mais nous pouvons toutefois le connaître (Jn. 17.3 ; 1 Jn. 5.20).