Héros d’hier et aujourd’hui

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Jonas : le héros irrésolu

LORSQUE JE SUIS ALLÉ pour la première fois en Union Soviétique, il y a plus de quarante ans, il y avait encore des milliers de pasteurs qui ne possédaient pas de Bible. J’ai prêché dans de très nombreuses églises où personne dans l’assemblée ne pouvait suivre le thème de mon sermon. Les croyants de ces églises priaient Dieu, avec ferveur, de leur envoyer une Bible d’une manière ou d’une autre.

Au cours d’un de mes voyages en Russie, on m’’a parlé d’une église où les fidèles avaient prié durant de longues années pour avoir un exemplaire de la Parole de Dieu — un seul exemplaire. Un jour Dieu répondit à leurs prières : un courrier vint dans cette ville et remit une Bible au pasteur.

Nous ne pourrons probablement jamais comprendre la joie et l’enthousiasme que ces personnes éprouvèrent, parce que leur pasteur avait un exemplaire de la Parole de Dieu, pour la première fois. Comme il a dû l’aimer cette Bible ! Il a certainement dû s’exclamer, pleurer, la serrer sur son cœur et l’embrasser, cette précieuse Bible. Je sais que c’est comme cela que ces personnes réagissent, car je l’ai vu.

Lorsque le dimanche arriva, le pasteur se leva dans cette église pleine de fidèles et il montra sa Bible. Il y eut une explosion de joie et des « Alléluia » dans toute l’assemblée. Quelle joie, quelle reconnaissance, quelle louange à Dieu Tout-Puissant ! Je crois que ce matin-là, le sermon du pasteur a dû être le meilleur qu’il ait jamais fait, parce qu’il avait les citations de la Bible à sa disposition.

Cependant, à la fin du service, il fit quelque chose que je n’aurais jamais pu faire. Il descendit parmi les assistants et se mit à déchirer les pages de la Bible et à les distribuer. Chacun reçut une page de l’unique Bible qu’il eut jamais possédée. Chaque membre de l’église rentra chez lui, ce jour- là, avec la Parole de Dieu imprimée, une partie des Ecritures Saintes.

Quelques jours plus tard, alors que le pasteur marchait dans la ville, il rencontra un homme de la communauté qui le salua avec un large sourire, plus épanoui que jamais. « Mon frère, lui dit le pasteur, vous avez dû recevoir une excellente page dimanche dernier ! »

Les yeux de l’homme brillèrent lorsqu’il répondit : « Ah, Pasteur, quelle page j’ai reçue ! Vous ne pourriez le croire ! »

« Alors, qu’avez-vous reçu ? »

« J’ai eu une page de Jérémie. »

« Ah, dit le pasteur, c’est trop triste ! Jérémie était un prophète de malheur, vous savez. Il a été persécuté parce qu’il annonçait le jugement de Dieu sur un peuple inique. Il fut arrêté, battu, torturé et jeté dans une fosse et fût probablement tué pendant qu’il était en exil. Ce n’est pas un livre très encourageant, n’est-ce pas ? »

« Au contraire, Pasteur ; c’est très encourageant pour moi. Savez-vous ce qu’il a dit ? Il a déclaré : ‘Et la Parole de Dieu me fut adressée.’ Pasteur, si la Parole de Dieu a pu être adressée à Jérémie, elle peut m’être adressée à moi aussi. C’est là le message que Dieu m’a donné. »

« Certainement. Mais, écoutez-moi, voudriez-vous quelque chose de différent ? J’ai ici une page de Matthieu. Prenez-la. Je vous la prête pour le reste de la semaine. »

« Ah, non, je vous en prie, dit l’homme. Le fait que la Parole de Dieu m’’ait été adressée a transformé ma vie. »

C’est ainsi que nous devrions aussi répondre. Le fait que la Parole de Dieu nous soit adressée dans ce monde embrouillé, confus, pécheur, déréglé, devrait changer totalement notre vie. Ne réaliserons-nous donc jamais le privilège qui est le nôtre, lorsque la Parole de Dieu nous est adressée ? C’est le plus grand miracle qui puisse arriver dans la vie d’une personne, parce qu’elle apporte toujours le salut.

Une histoire véridique pour notre temps

Des centaines de fois la Bible dit que la Parole de Dieu fut envoyée à quelqu’un, et Jonas était un homme dont la vie a été transformée par cette expérience. Le Livre de Jonas commence par ces mots : « La Parole du Seigneur fut adressée à Jonas. »

De nombreuses personnes trouvent difficile de croire au récit de Jonas, mais je suis convaincu, pour ma part, qu’il est authentique — dans le moindre détail. Jonas fut le seul prophète avec lequel Jésus s’identifia personnellement. Lorsque les scribes et les Pharisiens demandèrent à Jésus de leur donner un signe, Jésus leur répondit :

« Une génération mauvaise et adultère recherche un signe, il ne lui sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Les hommes de Ninive se dresseront lors du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu’ils se sont repentis à la prédication de Jonas, et voici qu’il y a ici plus que Jonas. » (Mt. 12.39-41)

La manière dont Jésus a comparé sa propre mort et sa résurrection imminentes, avec l’expérience de Jonas dans le ventre du grand poisson, est l’une des raisons qui me convainc de l’authenticité du récit de Jonas. Autrement, pour quelle raison Jésus aurait-Il fait cette comparaison ? Ce serait comme si je disais : « J’ai un gros ours en peluche bleu, semblable à celui du Bambin de Paul Bunyan. » Comme il n’y a jamais eu de Bambin, ma déclaration aurait été discréditée parce qu’elle est une fiction. Le Livre de Jonas n’est pas un mythe pittoresque, qui enseigne une gentille leçon de morale. C’est un vrai récit que nous pouvons étudier en détail.

Les privilèges donnent des responsabilités

Jonas veut dire « colombe ». La colombe est le symbole du Saint-Esprit, c’était donc logique qu’un homme privilégié d’avoir été identifié au Saint-Esprit de Dieu, ait reçu aussi la formidable responsabilité de transmettre le message de Dieu. Le privilège et la responsabilité semblent toujours aller de pair.

Nous ne savons pas grand-chose au sujet de Jonas, avant que Dieu ne lui ait parlé, excepté qu’il était un prophète de Galilée, située au nord du royaume d’Israël (voir 2 R. 14-25). A cette occasion, Dieu avait dit que Jonas avait à se rendre à Ninive pour proclamer le jugement de Dieu sur cette ville, parce que son iniquité était devenue si grande qu’il allait la détruire dans quarante jours.

Jonas fut le premier prophète désigné par les Ecritures comme un missionnaire envoyé dans un pays étranger. Or, ce n’était pas seulement un pays étranger, mais un pays ennemi, par rapport à Israël. Dire que Jonas était irrésolu, est une affirmation quelque peu minimisée ! En effet, quelle fut sa réaction ? Il a pris la fuite — dans la direction opposée à Ninive !

Quelques-uns d’entre nous devraient être à même decomprendre sa réaction, parce que nous sommes irrésolus, nous aussi, lorsqu’il s’agit d’aller en Russie ou en Chine, à Cuba, ou au Nicaragua. Comme Jonas, nous nous disons : « Si j’y vais, quelque chose pourrait se produire. Des gens pourraient se repentir. Dieu pourrait les bénir, et alors nos ennemis deviendraient plus forts. » Mais Dieu ne divise pas le monde par rapport à nos frontières géopolitiques. Lorsque la Parole de Dieu nous est adressée, elle déplace notre vie entière vers un royaume différent. Nous ne pouvons comparer le Royaume de Dieu avec quoi que ce soit de politique.

Au contraire, si nous allions sur le territoire de « l’adversaire » — chez le communiste, chez le musulman, ou chez le païen — et si nous prêchions efficacement l’Evangile sur place, nous pourrions rapidement découvrir, à notre grande surprise (et certainement pour le bien du monde entier), qu’ils ne sont plus du tout nos « adversaires ».

L’obéissance, l’étoffe d’un héros

Plusieurs d’entre nous pensent à Jonas comme à un échec ou à un prophète désobéissant. Mais je dis qu’il fut l’un des plus grands prophètes, un vrai héros de la foi. Regardez ce qu’il a accompli ! Il s’est rendu dans une très grande ville païenne, et il suscita un réveil tellement puissant que tous ses habitants se convertirent, le jugement que Dieu avait prononcé contre la ville fut aboli, et la ville survécut.

Il est vrai qu’initialement Jonas fut non seulement irrésolu, mais aussi désobéissant. Et je dois me demander à moi-même combien de fois j’ai été peu disposé à faire la volonté de Dieu. Je ne suis pas quelqu’un qui saisit chaque occasion pour servir Dieu. Parfois Dieu a dû me traîner à l’endroit où Il voulait que je sois, parce que ce n’était pas toujours mon propre choix. Ninive n’était pas le choix de Jonas, et le Calvaire n’était pas Le choix de Jésus, non plus.

Dieu utilise des approches variées avec les hommes, pour les conduire là où ils doivent être. Quelquefois Il Lui suffit de parler ; d’autres fois Il doit avertir par des circonstances. Mais quelquefois Il doit recourir à la catastrophe pour attirer leur attention, comme Il le fit dans le cas de Jonas. Mais finalement, Jonas devint un grand prophète aux résultats fantastiques.

Nous aimerions imaginer que nous sommes immédiatement réceptifs à la voix de Dieu à travers notre conscience. Mais comme Jésus l’a demandé à Ses disciples, qu’est-ce qui est mieux : dire que nous obéirons, puis ne rien faire (ou si peu), ou nous rebeller d’abord puis nous repentir et faire tout ce que notre Maître nous demande ? (Mt. 21.28-31).

La passivité, inconciliable avec l’héroïsme

Ce qui est pire que la fuite dans la mauvaise direction, comme le fit Jonas, c’est peut-être de ne rien faire du tout. De même qu’un navire déventé est immobile sur l’eau, lorsque nous n’agissons pas nous ne sommes pas facilement gouvernables. Jésus, demandant à Jean d’écrire à l’église inactive de Laodicée, dit ceci : « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Si seulement tu étais froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche » (Ap. 3.15, 16). Ce sont les passifs, les inutiles, que Dieu déteste le plus. Il est certain que les jugements les plus sévères seront réservés à ceux qui, ayant été au courant des problèmes et des moyens de les solutionner, n’auront rien fait.

Jonas était tout, sauf passif. Il a utilisé l’argent de Dieu pour se payer une croisière en Méditerranée, qui ne fut pas aussi agréable que la publicité l’avait promise. A ce stade, Jonas faisait tout ce qu’il pouvait pour échapper au devoir que Dieu lui avait assigné. Maïs Dieu avait prévu un autre moyen de transport, car Dieu aimait toujours le monde. Il aimait Ninive, et Il avait choisi d’y envoyer Jonas.

Ne vous méprenez pas lorsque vous parlez des héros de la foi ; Dieu ne sélectionne pas deux ou trois candidats en espérant que l’un d’eux obéira. Dieu appelle une personne. Dieu vous appelle. Dieu m’appelle. Si nous échouons, Il ne garde pas en réserve un remplaçant, qui attend sur la touche du terrain de sport d’être appelé à son tour. Il n’a pas de deuxième choix. Chaque homme et chaque femme reçoit un appel personnel, avec ses responsabilités. Lorsque Jonas refusa d’obéir, Dieu n’a pas appelé Jonas Fils. L’appel que Dieu a adressé à Jonas n’a jamais varié, même lorsqu’il avait pris la fuite dans la direction opposée.

Aller au-devant des besoins du monde

Jonas se rendit à Jaffa, le port maritime le plus proche. Il trouva un navire qui faisait route vers Tarsis, acheta un billet aller-simple et s’embarqua sur le navire. Il s’installa au fond du bateau et s’endormit profondément. Lorsque Dieu permit à une terrible tempête de se lever et aux vagues de s’engouffrer dans le navire, Jonas dormait toujours.

Ma mère avait l’habitude de dire qu’on ne peut dormir si on a mauvaise conscience. Mais Jonas a prouvé qu’on le peut ; même la tempête ne put le réveiller. Le navire se brisait de toutes parts ; les marins étaient terrifiés. Cependant Jonas dormait tranquillement, malgré la situation dramatique. Nous faisons exactement la même chose. Comment osons-nous ? Le monde est terrifié, les enfants de populations entières sont mal nourris, la révolution éclate, la guerre nucléaire menace, malgré cela les chrétiens se permettent de dormir.

Lorsque les marins réussirent finalement à réveiller Jonas, ils lui dirent : « Explique-nous qui nous attire ce malheur. Quelles sont tes affaires, et d’où viens-tu ? Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu ? » (Jon. 1.8). Notre monde en colère demande pareillement aujourd’hui, que les chrétiens parlent de choses absolument vraies. Le monde n’est pas intéressé par un message plein de compromis sur la Bible, sur la création et sur l’évolution, sur la théologie libérale et la théologie de prospérité, sur toutes ces choses qui ne sont bonnes que pour quelques personnes. Le monde a besoin d’un message qui soit authentique et qui s’adresse à tous. Le monde a besoin du message de l’amour de Dieu. Nous devons réaliser, en tant que chrétiens, que nous ne pouvons devenir des héros de la foi qu’à condition que nous proclamions la vérité.

L’intégrité a toujours un auditoire

S’il fallait que Jonas proclame la vérité, il devait cependant commencer par une confession — il fallait qu’il dise avant tout qu’il fuyait la mission que Dieu lui avait confiée. Plusieurs d’entre nous devraient toujours commencer par là. C’est à ce moment-là seulement, que les gens accepteront l’intégralité de notre message. Il est intéressant de constater que, lorsque Jonas fit sa confession, les marins crurent immédiatement qu’il était vraiment le messager de Dieu. Quel début efficace en tant que prophète ! Il surmonta l’obstacle le plus difficile. La Bible dit : « Ces hommes furent saisis d’une grande crainte et lui dirent : Qu’as-tu fait là ! Car ces hommes savaient qu’il fuyait loin de la face de l’Eternel, parce qu’il le leur avait expliqué » (Jon. 1.10).

Mais Jonas n’était pas encore prêt à se rendre à Ninive. Les marins lui demandèrent : « Que te ferons-nous pour que la mer se calme envers nous ? » (v. 11). Jonas n’a pas répondu : « Faites faire demi-tour au navire et ramenez-moi à Jaffa, afin que j’accomplisse le mandat de Dieu. » Non, il préférait mourir. Il leur dit : « Jetez-moi à la mer. »

La culpabilité produit la dépression. Une dépression grave conduit les gens à désespérer de la vie et à envisager le suicide. C’était la condition dans laquelle se trouvait Jonas. Il savait que la tempête était de sa faute ; il savait qu’il avait désobéi à Dieu. Il pensait que tout était fini ; il pouvait aussi bien mourir. Cependant, ce qu’il lui fallait réellement c’était un moment de tranquillité, une possibilité d’être au calme et de méditer sur le caractère de Dieu. Et c’est ce qu’il put faire dans le ventre d’un poisson. Il se peut que ce qui a retenu l’attention de Jonas, qui préférait plutôt mourir que d’obéir à Dieu, fut le fait que Dieu ne l’a pas laissé mourir. C’était un avant-goût du genre de compassion que Dieu allait manifester plus tard à Ninive.

La proclamation du caractère de Dieu

Si, nous qui servons le Seigneur, connaissions plus au sujet du caractère de Dieu, nous ne nous laisserions pas décourager si facilement. Lorsque nous commettons un péché ou une faute, nous n’aurions pas besoin de nous débattre, sous un poids de culpabilité et de dépression, jusqu’à que nous n’en puissions plus. À mon avis, l’un des passages les plus importants de toute la Bible se trouve dans Exode, lorsque le Seigneur, révélant Son caractère à Moïse, dit : « (Je suis) l’Eternel, l’Eternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité, qui conserve sa bienveillance jusqu’à mille générations, qui pardonne la faute, le crime et le péché. » (Ex. 34.6-7).

Si nous voulions mémoriser ces versets et nous en souvenir en toutes circonstances — lorsque nous sommes dans la solitude, déprimés, attaqués, critiqués, mal compris, ou si nous avons péché ou sentons que nous méritons la colère de Dieu — cette déclaration sur le vrai caractère de Dieu nous aiderait à prendre le dessus et à aller de l’avant.

La révélation de Dieu sur Sa vraie nature doit nous aider à accepter Son pardon et à croire que Dieu peut, à travers notre ministère, transformer d’autres personnes et sauver, non seulement ceux qui nous sont chers, mais aussi nos ennemis. Si nous croyions réellement en Dieu, nous aurions un programme agressif d’évangélisation pour la Russie au lieu de publier trop rapidement : « Tous ces communistes qui détestent Dieu, qui brûlent des Bibles, qui ferment les églises, emprisonnent les pasteurs et exilent les jeunes gens. » Nous commencerions à croire que Dieu peut faire de la Russie un pays de paix, un pays dont nous ne devrions plus avoir peur.

Là, dans le ventre du poisson, Jonas se mit à prier. Le chapitre 2 relate sa prière, tirée en grande partie des Ecritures, tels que les Psaumes 120, 130, 42, 31 et 69. Le « temps » fixé par Dieu pour Jonas fût efficace. Alors qu’il méditait sur le caractère de Dieu, son esprit s’éclaircit, et il conclut en disant : « Pour moi, je t’offrirai des sacrifices avec un cri de reconnaissance ; j’accomplirai les vœux que j’ai faits. Le salut appartient à l’Eternel ! » (Jon. 2.10).

Jonas était finalement prêt à se rendre à Ninive. Le poisson le vomit sur la terre ferme, Dieu répéta son appel, et alors Jonas « se leva ; il alla » (Jon. 3.3).

Si nous n’allons pas vers les nécessiteux, ils viendront comme nos ennemis

Ninive était une cité dans laquelle chaque homme et chaque femme, chaque garçon et chaque fille était perdu. Il ne s’agissait pas seulement d’une petite perte ; ils se trouvaient en présence d’une imminente annihilation. Et Jonas était le seul homme qui pouvait sauver la ville. Mais comment l’homme qui avait la solution, pouvait affronter en même temps le problème d’une Ninive perdue et condamnée ? Uniquement par l’obéissance et en apportant la Parole de Dieu à ceux qui en avaient besoin. Quoi que dise Dieu, nous devons le faire. Quelles que soient Ses paroles, nous devons les répéter. Nous devons transmettre Son message au monde. Il n’y avait aucun autre message, ni aucune autre espérance, qui eut pu sauver Ninive. C’est Jonas seul qui détenait la clé de leur survie et de leur salut. C’est ce qui fit de lui un héros de la foi.

C’est de cette attitude que nous parlons en réalité, lorsque nous parlons des héros de la foi — de personnes qui acceptent la responsabilité d’aller vers un monde perdu. Je dis bien « aller », parce que c’est ce que Dieu a dit à Jonas et c’est ce que Jésus nous a dit dans Matthieu 28, la Grande Mission.

Ninive — en réalité, toute l’Assyrie — était l’ennemie d’Israël. Dieu aurait pu dire : « Attendez jusqu’à ce qu’ils viennent à vous. » Mais comment seraient-ils venus ? Comme une armée d’occupation, comme des soldats, comme des envahisseurs qui violeraient les femmes et les filles, qui tueraient les hommes et emporteraient tous leurs biens ? C’est comme ça qu’ils seraient venus.

C’est encore la même chose aujourd’hui. Si nous n’allons pas vers les païens avec l’Evangile, ils viendront vers nous. Et nous n’aimerons pas la manière dont ils viendront. Ils viendront comme des terroristes ; ils viendront comme des criminels ; ils viendront comme des armées d’occupation. Ils viendront pour nous faire la guerre parce que nous ne serions pas allés vers eux. « Allez, a dit Jésus, allez et proclamez. »

Le fruit d’un ministère fidèle

L’obéissance à l’ordre de Dieu : « Allez et proclamez ma Parole », c’est ce qui en fait un prophète. C’est ce qui a fait des hommes et des femmes de la Bible des héros de la foi. Ce n’était pas parce qu’ils avaient eux-même une personnalité tellement impressionnante. Je ne pense pas que Jonas ait été un homme sublime. Il ne me semble pas qu’il ait été une personne remarquable par lui-même, mais seulement par la grâce de Dieu.

Mais c’est parce que Dieu utilise des gens ordinaires que vous et moi pouvons espérer. Que suis-je ? Qu’’est-ce que vous êtes ? Et cependant la Parole de Dieu vient jusqu’à nous, et c’est parce que cette Parole vient à nous que nous sommes subitement capables de résister. Nous devenons des personnes totalement différentes, dès que nous nous trouvons dans une situation différente. Nous connaissons la réponse ! Et plus nous voyons le crime, le malaise social et l’anarchie se répandre, plus nous voyons les conditions mondiales se détériorer, plus nous devrions être confiants dans le privilège que nous avons d’être chrétiens. Ce n’est pas parce que nous nous réjouissons de voir des gens désemparés, et certainement pas parce que nous avons l’assurance d’aller au ciel et d’échapper à la catastrophe, mais parce que si nous obéissons et payons le prix, la vie des gens sera transformée.

La repentance spontanée

La chose la plus étonnante arriva lorsque Jonas déclara au peuple de Ninive qu’il ne lui restait que quarante jours avant que la ville ne soit totalement détruite : le peuple a immédiatement réagi. Ils n’ont pas attendu le trente-neuvième jour pour se repentir, afin de profiter le plus longtemps possible de leurs péchés. Pourquoi ? Parce que Jonas n’avait promis aucune miséricorde. Parce qu’ils n’avaient aucune certitude d’obtenir un délai. Dans son décret ordonnant la repentance, le roi de Ninive dit : « Qui sait si Dieu ne reviendra pas, n’aura pas de regret, et s’il ne reviendra pas de son ardente colère, en sorte que nous ne périssions pas ?» (Jon. 3.9). Je suis convaincu que s’ils avaient pris le risque de pécher le plus longtemps possible, la grâce de Dieu ne leur aurait pas été accordée.

Il y a une histoire d’un jeune Juif qui rendit visite à son Rabbin, et lui demanda : « Rabbin, quand devrais-je me repentir ? »

Le Rabbin — un homme d’une grande sagesse — répondit : « Mon garçon, tu dois te repentir un jour avant ta mort. »

Le garçon fut terrifié et dit : « Je ne sais pas quand je mourrai. »

« C’est exact, fils, dit le rabbin. Alors pourquoi ne pas te repentir aujourd’hui même ? »

Voilà la réponse ! Personne ne peut se moquer de Dieu.

Conserver la perspective de Dieu sur le monde

Il y a un autre aspect de ce récit que nous pourrions étudier assez longuement, c’est la colère de Jonas après la conversion de Ninive. Toutefois, je ne veux aborder qu’un de ses aspects — le danger du succès. Lorsque le peuple se repentit, que Dieu lui pardonna — et ne le détruisit pas — Jonas en fut très abattu et dit : « Maintenant, Eternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie » (Jon. 4.3). Quelle leçon pouvons-nous tirer d’une telle attitude ?

Sur le navire, Jonas, sous un poids énorme de culpabilité, s’est senti lui aussi déprimé et a voulu mourir. Mais Dieu ne le laissa pas mourir. Lorsqu’il fut dans le ventre du poisson, après sa réconciliation avec le Seigneur, il n’eutplus aucune pensée de suicide dans son cœur. À ce moment-là, de tout son être, Jonas désirait survivre et servir Dieu. « J’accomplirai les vœux que j’ai faits », déclara-t-il audacieusement. Mais après son grand succès, il envisageait à nouveau la mort. Qu’est-ce qui pouvait bien le démoraliser cette fois ?

Je pense que le succès et l’abondance peuvent détruire chez les gens la perspective que Dieu a sur leur vie. Sans cette perspective, il est facile d’avoir un cœur lourd et d’être moins motivé pour agir dans le monde que ceux qui sont persécutés.

Pourquoi Jonas était-il si pressé de commencer sa mission lorsqu’il était confiné dans le ventre d’un poisson ? C’est pour la même raison que l’église en Chine, vit un véritable réveil spirituel actuellement — leur situation d’opprimés les incite à considérer la situation désespérée de ceux qui vivent sans Dieu. Ils ont au cœur la même perspective que Dieu a sur le monde, et cela leur donne une motivation profonde de vivre. Ils sont prêts à proclamer Christ. Nous voyons la même chose se passer en Roumanie, Cuba, Nicaragua, Pologne, Allemagne de l’Est, et Union Soviétique.

Un jour, après une visite que j’avais faite à Corrie Ten Boom chez elle, me faisant ses adieux, elle me serra la main et dit : « André, regardez toujours vers le bas. »

Comme c’est étrange, pensais-je. L’encouragement habituel est : « Levez les yeux. »

Corrie remarqua la confusion sur mon visage, et expliqua : « Oui, André, regardez vers le bas. Regardez le monde dans la perspective de Dieu, et vous verrez quelque chose de tellement différent. »

Il y a quelque temps, je me remémorais l’importance de cette perspective sur la vie, lorsque je rencontrais un évangéliste américain qui parlait le russe. Je revenais justement de là-bas, après avoir livré une grande quantité de Bibles. « André, me dit-il, vous devez cesser d’apporter des Bibles en Russie, parce qu’un pasteur est en train de les vendre quatre-vingts roubles chacune » (environ deux mois de salaire d’un ouvrier moyen).

C’était certainement une situation pitoyable, car nous donnions ces Bibles gratuitement pour être distribuées gratuitement. Mais je lui répondis : « Frère, votre observation est juste, Mais votre conclusion est fausse. Plutôt que decesser la livraison des Bibles, nous devons apporter plus de Bibles en Russie afin que le prix baisse. » Voyez-vous, l’unedes réponses a favorisé la suite du travail, alors que l’autre l’aurait arrêté. Nous avions constaté la même situation, mais dans des perspectives différentes qui conduisaient à des conclusions différentes.

Afin d’être des héros de la foi, nous devons conserver en pensée la même perspective de Dieu sur le monde. Il est possible que vous ayez été peu disposé à témoigner de la Parole de Dieu, lorsque Dieu vous a demandé de le faire.Peut-être vous êtes-vous détourné et vous êtes-vous enfui dans la direction opposée, et vous avez alors le sentiment d’avoir perdu votre chance. Cependant les Ninivites du monde sont toujours perdus. Ils attendent encore que vous parveniez à l’obéissance. Si nous décidons de tirer une leçon du récit de Jonas, et de ce qui est arrivé lorsqu’il surmonta son handicap, (avec une « petite » aide du Dieu Tout- Puissant) nous aurons plein d’encouragement pour être attentifs à l’appel de Dieu. Les vies d’individus bien réels sont en jeu.

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