CHAPITRE IV
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Les conceptions non chrétiennes du monde

Pour celui qui considère sérieusement les preuves de l'existence de Dieu déjà avancées, l'évidence semble concluante. Il ne peut que s'exclamer : "Il il y a sûrement un Dieu !" Dieu lui-même considère l'évidence comme concluante. Si ce n'était pas le cas, il nous aurait donné plus de preuves, mais l'évidence est suffisante (Ac. 14.17 ; 17.23-29 ; Ro. 1.18-20). La Bible admet tout simplement l'existence de Dieu. Croire à l'existence de Dieu, c'est donc ce qui est normal et naturel de faire, et l'agnosticisme et l'athéisme sont des positions anormales et contre nature. En effet, ces dernières équivalent à dire que Dieu ne nous a pas donné de preuves suffisantes de son existence. De telles attitudes sont une atteinte contre un Dieu saint et plein de bonté, et constituent un péché.

Néanmoins, les hommes en général ont refusé de connaître Dieu (Ro. 1.28). Le péché a tant déformé leur vision et corrompu leur cœur qu'il leur fait rejeter l'évidence et continuer sans Dieu ou établir des dieux de leur propre création. Nous examinerons donc brièvement les principales conceptions non chrétiennes du monde et nous les réfuterons. Elles se répartissent en six grandes classes.

I. LA CONCEPTION ATHÉE

Dans un sens général, le terme "athéisme" fait allusion à un refus de reconnaître le seul vrai Dieu. En tant que tel, il s'applique à toutes les religions non chrétiennes. Mais dans un sens plus restreint, il s'applique à trois formes distinctes d'athéisme : l'athéisme pratique, l'athéisme dogmatique et l'athéisme virtuel

L'athéisme pratique se retrouve chez un grand nombre de personnes. Beaucoup ont décidé sans réfléchir que toute religion est fausse. Les personnes semblables ne sont habituellement pas des athées convaincus ; ils sont tout simplement indifférents à Dieu. Tout en reconnaissant peut-être qu'il y a un Dieu quelque part, ils vivent et se conduisent comme s'ils n'avaient de compte à rendre à Dieu. Dans la pratique, ce sont des athées, du moins en ce qui concerne leurs intérêts religieux.

L'athéisme dogmatique est le genre qui professe ouvertement l'athéisme. La plupart des gens n'étalent pas effrontément leur athéisme devant les hommes, car une certaine opprobre y est rattachée ; mais il y en a d'autres qui ne craignent pas de se déclarer athées. Au cours des dernières années, cette sorte d'athéisme a repris force. Le communisme professe ouvertement qu'il est athée et que la religion est l'opium du peuple.

L'athéisme virtuel est la sorte d'athéisme qui avance des principes qui sont inconséquents avec la foi en Dieu ou qui le définit en termes qui font violence à l'emploi habituel de ce mot. La plupart des naturalistes appartiennent à la première de ces variétés. Ceux qui définissent Dieu en termes abstraits comme "un principe actif dans la nature", "la conscience sociale", "l'inconnaissable", "la réalité personnifiée" ou "l'énergie" font partie de la seconde de ces variétés. Ils font, en fait, violence à la signification reconnue du terme "Dieu". Le théisme a sa nomenclature bien établie et on ne peut pas jongler avec elle à volonté pour satisfaire les caprices de la croyance moderne.

La position athée est très peu satisfaisante, instable et même arrogante. Elle est peu satisfaisante parce qu'aucun athée n'a l'assurance du pardon de ses péchés ; ils ont tous une vie vide et sans intérêt ; et ils ne connaissent nullement la paix et la communion avec Dieu. Elle est instable parce qu'elle est contraire aux plus profondes convictions de l'homme. Les Écritures et l'histoire démontrent que l'homme croit inévitablement et universellement en l'existence de Dieu. L'athée virtuel confirme ce fait en ce qu'il doit faire appel à une abstraction pour expliquer le monde et sa propre vie. Elle est arrogante parce qu'elle prétend vraiment être omnisciente. Une connaissance limitée peut conclure à l'existence de Dieu, mais pour affirmer de façon dogmatique qu'il n'y a pas de Dieu, il est nécessaire d'avoir une connaissance exhaustive de toutes choses, de toutes les informations et de toutes les époques. On peut dire que l'athée dogmatique est dans une condition anormale. Tout comme une force interne ou externe peut éloigner le pendule d'une horloge de son centre, de même une fausse philosophie peut éloigner l'esprit de l'homme de sa position normale. Quand la force est retirée, le pendule, de même que l'esprit de l'homme, revient à sa position normale.

II. LA CONCEPTION AGNOSTIQUE

Le terme "agnostique" est parfois appliqué à toute doctrine qui affirme l'impossibilité de toute vraie connaissance en soutenant que toute connaissance est relative et, par conséquent, incertaine. Dans ce sens, les sophistes et les sceptiques grecs, de même que tous les empiristes depuis Aristote jusqu'à Hume, étaient des agnostiques. En théologie, cependant, le terme est réservé aux conceptions qui affirment que l'on ne peut connaître ni l'existence ni la nature de Dieu, ni même la nature ultime de l'univers, et qu'elles ne sont même pas connaissables.

Le positivisme dans les sciences et le pragmatisme en philosophie et en théologie sont des genres frappants d'agnosticisme. Auguste Comte (1798-1859), le fondateur du positivisme, décida de ne rien accepter comme vrai qui irait au-delà des détails des faits observés ; et puisque l'idée de Dieu ne pouvait pas être ainsi soumise à examen, il la laissa de côté et se consacra entièrement à l'étude des phénomènes. Mais la théorie de la relativité d'Einstein a démontré que nous devons tenir compte des impondérables, par exemple du temps et de l'espace, même dans l'étude du monde matériel. Sa théorie a asséné un coup mortel au positivisme.

Le pragmatisme en philosophie et en théologie, comme le positivisme dans les sciences, rejette la révélation spéciale et la compétence de la raison dans l'étude de la réalité suprême. Il argumente cependant que, étant donné que la suspension du jugement est non seulement difficile, mais souvent coûteuse et impossible, nous devrions adopter la conception qui donne les meilleurs résultats. Par conséquent, Albrecht Ritschl et William James adoptent un Dieu par décret ; ils posent le postulat pragmatique de son existence de manière à protéger certains résultats désirables. John Dewey se contente de poser le postulat de vagues abstractions.

La position agnostique est, elle aussi, très peu satisfaisante et instable, et fait souvent étalage d'une fausse humilité. Elle est peu satisfaisante en ce qu'elle subit le même appauvrissement spirituel que la position athée, mais elle l'est aussi du point de vue intellectuel. Cela est démontré par le fait qu'elle adopte comme hypothèses de travail des opinions non fondées. Elle est instable parce qu'elle admet qu'elle n'a pas atteint la certitude absolue. Ritschl et James ont prétendu avoir atteint une considérable mesure de stabilité dans leurs croyances, mais Dewey soutenait que ses croyances étaient très provisoires. Et l'agnosticisme étale souvent une fausse humilité en ce qu'il prétend savoir si peu. Certains agnostiques accusent d'autres personnes de prétendre avec arrogance détenir une compréhension supérieure, mais nous reconnaissons honnêtement les vraies limites de l'homme quant à la connaissance. Du point de vue chrétien, il s'agit là d'une fausse humilité car les chrétiens considèrent la preuve de l'existence d'un Dieu personnel, distinct de l'univers, tout-puissant et saint, comme solide et concluante.

III. LA CONCEPTION PANTHÉISTE

Le panthéisme est la théorie qui soutient que toutes les choses limitées ne sont que des aspects, des modifications ou des parties d'un seul être éternel et indépendant de toute autre cause. Elle considère Dieu comme identique à l'univers naturel. Dieu est tout ; tout est Dieu. Cette conception apparaît aujourd'hui sous une variété de formes, certaines d'entre elles ayant également en elles des éléments athées, polythéistes ou théistes. Les partisans du panthéisme considèrent habituellement leurs croyances comme une religion et leur accordent une sorte de soumission révérencielle. Pour cette raison, il est d'autant plus nécessaire de comprendre clairement l'insuffisance du panthéisme. Nous exposerons de la façon la plus brève possible les caractéristiques des principaux types de panthéisme et nous en présenterons ensuite une réfutation chrétienne.

A. LES PRINCIPAUX TYPES DE PANTHÉISME

Nous énumérons ci-dessous les principaux types de panthéisme.

1. Le panthéisme matérialiste. Cette forme de panthéisme soutient que la matière est la cause de la vie et de la pensée. David Strauss croyait à l'éternité de la matière et à la génération spontanée. Il soutenait que l'univers, la totalité de l'existence que nous appelons nature, est le seul Dieu que l'homme moderne éclairé par la science peut consentir à adorer. Mais la croyance en l'éternité de la matière est certainement une hypothèse illogique et la doctrine de la génération spontanée a été écartée par des scientifiques réputés.

2. Le hylozoïsme et le panpsychisme. Ces deux noms désignent la même théorie. Ce sont cependant deux types de cette théorie. Le premier soutient que toute particule de matière a, en plus de ses propriétés physiques, un principe de vie. La forme primitive soulignait les propriétés physiques et était pratiquement un type de matérialisme. La forme moderne remonte à G. W. Leibniz, qui souligna les propriétés psychiques. Il soutenait que les éléments derniers n'étaient pas les atomes, mais les monades, de petites âmes douées de perception et d'appétition. Le deuxième soutient que l'esprit et la matière sont distincts, mais intimement et inséparablement unis. Dieu, selon cette conception, est l'âme du monde. Les stoïciens soutenaient cette forme de hylozoïsme.

3. Le neutralisme. Le neutralisme est une forme de monisme qui soutient que la réalité suprême n'est ni esprit ni matière, mais une substance neutre dont l'esprit et la matière ne sont que des apparences ou des aspects. Baruch Spinoza est le meilleur représentant de ce type. Il soutenait qu'il n'y a qu'une seule substance avec deux attributs, la pensée et l'étendue, ou l'esprit et la matière, dont la totalité est Dieu.

4. L'idéalisme. Cette forme de panthéisme soutient que la réalité suprême est de la nature de l'esprit et que le monde est le produit de l'esprit soit individuel, soit infini. George Berkeley soutenait que les objets perçus par quelqu'un ne sont que les perceptions de cette personne et non les objets eux-mêmes. C'est-à-dire que tout n'existe qu'en esprit. Mais nous répliquons que si tout n'existe qu'en esprit, alors les autres personnes et Dieu même n'existent aussi qu'en esprit. En effet, si l'on veut être logique, il faut en conclure que l'on est le seul à exister, ce qui réduit la théorie à une absurdité. L'idéalisme subjectif dit que le monde est mon idée ; l'idéalisme objectif dit que c'est l'idée.

Il y a deux principaux types d'idéalisme absolu ou d'idéalisme objectif. L'absolutisme impersonnel soutient que la réalité suprême est un esprit unique ou un unique système unifié ; il nie que cet esprit ou système soit personnel. L'absolutisme personnaliste soutient que l'absolu est une personne. Il inclut en lui-même tous les mois limités et partage les expériences de ces mois parce qu'ils sont numériquement une partie de lui-même, bien qu'il ait aussi des pensées autres que leurs pensées.

5. Le mysticisme philosophique. Le mysticisme philosophique est la forme la plus absolue de monisme qui existe. L'idéaliste fait encore la distinction entre le monde extérieur et lui-même, le grand moi et tous les mois limités ; mais pour le mystique, le sens de l'altérité tombe complètement et celui qui connaît réalise qu'il est identique à l'être intime de son sujet. La réalité suprême est une unité, elle est indescriptible ; le moi humain n'est pas seulement comme elle par sa nature, mais identique à elle ; et l'union avec cet absolu se réalise par un effort moral plutôt que par des abstractions théoriques.

En concluant ce survol des conceptions panthéistes, nous réitérons l'affirmation faite au début de cette section : certains panthéistes ont aussi dans leurs théories des éléments athées, polythéistes ou théistes. Les cinq types ci-dessus ont été traités comme panthéistes simplement parce que c'est leur caractère réel ou principal. Nous devons maintenant souligner brièvement leurs erreurs et leur caractère destructeur.

B. LA RÉFUTATION DES THÉORIES PANTHÉISTES

L'esprit humain aime particulièrement les conceptions monistes du monde. Il se plaît à penser que toute existence a comme origine une cause ou un principe commun. Les philosophes soutiennent que cette cause ou principe est entièrement dans les limites du monde. Les chrétiens croient également qu'une cause commune est à l'origine de toutes choses, mais ils soutiennent qu'elle est aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur du monde. On appelle cette première conception le monisme, et la deuxième, le monothéisme. À cause de la grande importance religieuse associée aux croyances panthéistes, nous croyons nécessaire d'en présenter une réfutation détaillée. Les théories panthéistes doivent être rejetées pour les raisons suivantes :

1. Elles sont déterministes. Elles refusent d'admettre une liberté quelconque aux causes secondes ; tout existe et agit par nécessité. Le panthéisme matérialiste pense en termes d'une nécessité dynamique, tandis que l'idéalisme absolu le fait en termes d'un nécessité logique. À l'encontre de cette pensée, nous affirmons que nous avons conscience d'avoir toute liberté d'action et que nous devrons rendre compte de notre conduite. C'est à cause de cette conviction que nous instituons des gouvernements et que nous punissons les criminels pour leurs méfaits.

2. Elles détruisent les fondements de la morale. Si toutes choses sont produites par nécessité, l'erreur et le péché sont donc aussi produits par nécessité. Mais si cela est vrai, il en découle trois autres points :

  1. Le péché n'est pas ce qui ne devrait absolument pas être, ce qui mérite une condamnation. Par conséquent, le panthéisme parle du péché comme d'une faiblesse inévitable, un stage dans notre développement. Mais nous avons la conviction que nous sommes sous la condamnation et la colère d'un Dieu saint.

  2. Nous n'avons aucune norme pour distinguer le bien du mal. Si nous faisons toutes choses par nécessité, alors comment pouvons-nous dire quand nous faisons le bien et quand nous faisons le mal ? Les panthéistes font de la recherche de l'intérêt personnel le test moral.

  3. Et Dieu lui-même est pécheur, car si toutes choses sont produites par lui par nécessité, il doit alors être ignorant ou malfaisant.

S'il est ignorant, alors comment peut-il être la lumière et la vérité parfaites. S'il est méchant, alors comment peut-il punir le péché ? Dans les sociétés païennes, où on a accordé une grande importance religieuse au panthéisme, cette idée a conduit les hommes à déifier le mal et à honorer et adorer les divinités qui représentent le mieux le mal. Le panthéisme détruit donc les fondements de la morale.

3. Elles rendent impossible toute religion rationnelle. Certains ne veulent pas reconnaître cela comme une objection au panthéisme, mais c'est très important du point de vue de la philosophie de la religion. En insistant sur l'union métaphysique de l'humain et du divin, les conceptions panthéistes tendent à détruire la personnalité humaine. C'est précisément ce qui se produit dans l'idéalisme absolu et le mysticisme. Mais la vraie religion n'est possible qu'entre des personnes qui gardent leurs individualités distinctes, car la vraie religion, c'est l'adoration et le service qu'un être humain offre à l'être divin. Quand ces distinctions disparaissent ou à partir du moment où elles disparaissent, la vraie religion devient impossible. Ce que certains hommes appelleraient encore religion ne peut, dans ce cas, qu'être l'adoration du moi.

4. Elles nient l'immortalité personnelle et consciente. Si l'homme n'est qu'une partie de l'infini, il n'est aussi qu'un moment dans la vie de Dieu, une vague à la surface de l'océan ; quand le corps périt, la personnalité cesse et l'océan redevient une surface unie. Il n'y a donc pas pour l'homme d'existence consciente après la mort. La seule sorte d'immortalité que les panthéistes peuvent espérer, c'est de survivre dans la mémoire des autres et d'être absorbés dans la grande réalité suprême. Mais nous sommes conscients que nous sommes dans une relation de responsabilité personnelle à l'égard de Dieu et que nous devrons rendre compte des actions commises pendant que nous sommes dans notre corps, qu'elles soient bonnes ou mauvaises (2 Co. 5.10). Nous savons qu'après la mort, comme dans cette vie, il y aura une différence entre le bien et le mal, c'est-à-dire que notre identité et notre individualité seront préservées.

5. Elles déifient l'homme faisant de lui une partie de Dieu. Le panthéisme flatte l'homme et encourage l'orgueil. Si tout ce qui existe n'est qu'une manifestation de Dieu, et si seul l'homme a conscience de Dieu, l'homme est donc la plus grande manifestation de Dieu dans le monde. Nous pouvons, en effet, estimer la grandeur religieuse d'un homme par la mesure à laquelle il réalise son identité avec Dieu. Les panthéistes prétendent que Jésus-Christ a été le premier homme à en venir à la réalisation parfaite de cette grande vérité quand il a dit : "Moi et le Père nous sommes uns" (Jn. 10.30). Et l'hindouiste pense que lorsqu'il peut dire : "Je suis Brahma !" le moment de son absorption dans l'infini est alors arrivé. Mais nous n'avons pas le droit de dire à notre sujet ce que Jésus pouvait dire de lui-même, car nous ne sommes que des créatures pécheresses, tandis qu'il est le Fils éternel de Dieu. Le christianisme reconnaît à l'homme la position la plus élevée sous Dieu mais ne fait pas de lui une partie de Dieu.

6. Elles ne peuvent pas rendre compte de la réalité concrète. Le panthéisme matérialiste écarte la question en disant que la matière en mouvement a toujours existé, mais ce n'est là qu'une assertion, non une preuve. L'univers ne se soutient pas lui-même, il doit donc avoir eu un commencement. Le panthéisme matérialiste ne peut pas non plus expliquer l'esprit, car il est inconcevable que la matière inanimée ait pu générer soit la vie, soit l'esprit. Et le panthéisme idéaliste oublie qu'une pensée sans un penseur est une pure abstraction. La réalité est toujours autonome, c'est un agent. Sans agent, il n'y a pas d'activité, ni mentale ni physique. Les existences individuelles ne peuvent pas non plus être produites par des universels abstraits. Le panthéisme ne peut donc pas rendre compte de la réalité concrète.

IV. LA CONCEPTION POLYTHÉISTE

Nous affirmons que le monothéisme était à l'origine la religion de l'humanité. La première dérogation par rapport au monothéisme semble avoir été dans la direction de l'adoration de la nature. Le soleil, la lune et les étoiles, les grands représentants de la nature, et le feu, l'air et l'eau, les grands représentants de la terre, sont devenus les objets de l'adoration populaire. Au début, ils étaient tout simplement personnifiés ; puis les hommes en vinrent à croire que des êtres personnels présidaient sur eux. Le polythéisme exerce une forte attraction sur la nature humaine déchue. Les hommes s'attachent aux idoles (Os. 4.17) et trouvent ensuite très difficile de s'en séparer. Non seulement l'idolâtrie laisse le cœur vide, mais elle avilit aussi l'intelligence. Paul a dit que les hommes "se vantant d'être sages... sont devenus fous ; et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l'homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles" (Ro. 1.22ss.). Les croyants de Thessalonique sont présentés comme "abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai" (1 Th. 1.9). Jean a donné l'exhortation suivante : "Gardez-vous des idoles" (1 Jn. 5.21).

Dans la Bible, les dieux des païens sont parfois présentés comme étant futiles et sans importance (És. 41.24 ; 44.9-20), et, à d'autres reprises, comme étant les représentants, sinon la personnification, des démons (1 Co. 10.20). Cela semble vouloir dire que l'adoration des idoles n'est rien d'autre que l'adoration des démons.

V. LA CONCEPTION DUALISTE

Cette théorie suppose qu'il y a deux substances ou principes distincts et irréductibles. En épistémologie, ce sont l'idée et l'objet ; en métaphysique, l'esprit et la matière ; en éthique, le bien et le mal ; en religion, le bien ou Dieu et le mal ou Satan ; Le chrétien ne croit cependant pas que Satan soit co-éternel avec Dieu, mais plutôt une créature de Dieu et un de ses sujets.

Kant, Sidgwick, les philosophes personnalistes modernes, les chrétiens et l'homme ordinaire soutiennent le dualisme épistémologique. Pour eux, la pensée et l'objet sont deux entités distinctes. Les premiers philosophes grecs, comme Thalès, Empédocle, Anaxagore et Pythagore sont habituellement classés comme monistes, mais ils étaient, en fait, des dualistes métaphysiques. Ils faisaient une distinction entre les deux principes de l'esprit et de la matière. Même Platon, en établissant une nette distinction entre les idées et le monde réel, était finalement un dualiste. Kant et tous les moralistes britanniques qui soutenaient qu'il y avait dans l'univers un bien et un mal absolus étaient des dualistes éthiques. Ils soutenaient donc les normes du bien absolu. Du point de vue chrétien, ce sont les dualistes religieux qui sont les plus importants.

Ayant principalement comme origine le zoroastrisme parsi, le gnosticisme et le manichéisme sont venus tourmenter l'Église primitive. Les gnostiques semblent avoir vu le jour au cours de la première moitié du premier siècle. Ils essayèrent de résoudre le problème du mal en postulant deux dieux : un Dieu suprême et un démiurge. Le Dieu de l'Ancien Testament n'est pas le Dieu suprême, car le Dieu suprême est entièrement bon ; il n'est que le démiurge, celui qui créa l'univers. Il y a un conflit continuel entre ces deux dieux, un conflit entre le bien et le mal. Manès, ayant apparemment été élevé au sein d'une vieille secte babylonienne, devint le fondateur du manichéisme. Quand il entra en contact avec le christianisme, il conçut l'idée de mélanger le dualisme oriental et le christianisme en un tout harmonieux. Il se considérait lui-même comme un apôtre de Jésus-Christ et comme le Paraclet promis. Il s'efforça d'éliminer tous les éléments judaïques du christianisme pour leur substituer le zoroastrisme.

Au cours du dernier siècle, le problème de l'origine et de la présence du mal dans le monde a de nouveau attiré l'attention. Certains ont été conduits à retourner à une ancienne forme de dualisme. Dieu et la matière, certains pourraient dire Dieu et Satan, sont tous deux éternels. Dieu est limité en puissance et peut-être en connaissance, mais non dans la qualité de son caractère. Dieu fait de son mieux avec le monde récalcitrant et finira par en triompher complètement. Dans cette lutte, l'homme doit assister Dieu et hâter la défaite complète du mal. Dieu est considéré comme limité et en développement.

Il faut reconnaître que le problème du mal est un problème difficile pour n'importe quelle théorie, mais une doctrine dualiste n'apporte pas la solution. Un Dieu limité ne peut certainement pas satisfaire le cœur humain, car quelle garantie un tel Dieu peut-il offrir quant au triomphe final du bien ? Quelque chose d'imprévu peut survenir n'importe quand et faire échouer toutes ses bonnes intentions. Avec une telle théorie, comment le croyant pourra-t-il garder foi en la prière ? En outre, le caractère limité de Dieu ne l'absout pas plus de la responsabilité du mal que ne le fait le point de vue traditionnel. Certains adhérents de cette théorie enseigneraient que Dieu crée d'une certaine façon, bien qu'ils en fassent un processus éternel. Parce qu'ils croient que le fait de créer implique la nécessité du mal, ils ne peuvent pas disculper Dieu d'avoir créé un tel monde. En outre, la doctrine implique la croyance en un Dieu en développement et en croissance ; il réussit de mieux en mieux et il s'améliore peut-être. Mais il s'agit là d'un net mépris des nombreuses indications bibliques à l'effet qu'il est parfait et immuable dans sa sagesse, se puissance, sa justice, sa bonté et sa vérité, et cela ne satisfait pas notre idée de Dieu. Finalement, cela laisse complètement de côté ou nie l'existence de Satan, le principal ennemi, qui, dans les Écritures, est présenté comme étant grandement responsable du mal actuel.

VI. LA CONCEPTION DÉISTE

Tout comme le panthéisme soutient l'immanence de Dieu à l'exclusion de sa transcendance, ainsi le déisme soutient sa transcendance à l'exclusion de son immanence. Selon le déisme, Dieu n'est présent dans la création que par sa puissance, non par sa nature même ni son être. Il a doté la création de lois invariables sur lesquelles il exerce une simple supervision générale ; il a donné à ses créatures certaines propriétés, les a placées sous des lois invariables et les a laissées élaborer leur destin par leurs propres forces. Le déisme refuse d'admettre une révélation spéciale, les miracles et la providence. Il prétend que la raison peut discerner toutes les vérités à propos de Dieu et que la Bible n'est qu'un livre traitant des principes de la religion naturelle, qui sont vérifiables à la lumière de la nature.

Le chrétien rejette le déisme parce qu'il croit que nous avons une révélation spéciale de Dieu dans la Bible ; que Dieu est présent dans l'univers par son être aussi bien que par sa puissance ; qu'il exerce constamment un contrôle providentiel sur toute sa création ; qu'il se sert parfois des miracles dans l'accomplissement de ses desseins ; qu'il exauce les prières ; et que les déistes ont tiré la plupart de leurs dogmes religieux de la Bible et non seulement de la nature et de la raison. Il soutient qu'un Dieu déiste et absentéiste n'est pas tellement mieux que pas de Dieu du tout.

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