André Adoul évangéliste itinérant

Chapitre 5

Vous l’avez crucifié !

“La prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent,
mais pour nous qui sommes sauvés
elle est une puissance de Dieu.”

1 Corinthiens 1.18

Les prédications d’André Adoul étaient centrées sur la personne de Jésus-Christ. Il disait souvent à ses collègues dans le service : — N’oubliez- pas de raconter Jésus dans vos prédications.64 “Christ crucifié, Christ ressuscité, Christ glorifié, le reste c’est du blabla”, aimait-il à préciser.

64 Voir chap. 11, “L’essentiel”.

Dans ce chapitre, il m’a semblé bon de vous faire partager une de ses nombreuses réflexions sur ce qu’il considérait devoir toujours rester au centre du message évangélique&nbso,: l’épisode tragique de Golgotha.65

65 Litt. crâne, lieu de la crucifixion de Christ, se situant à l’extérieur des murs de Jérusalem (Matthieu 27.33).

“L’événement de la mort de Jésus est à la fois le plus sombre et le plus lumineux de l’histoire de l’humanité. Sombre parce qu’il révèle l’étendue du péché de l’homme, lumineux parce qu’il fait éclater l’amour du Dieu sauveur.

Notons d’abord que c’est le Père et non le Christ qui a pris l’initiative de régler le conflit qui l’oppose à l’homme pécheur. Le Fils ne s’est pas offert sur la croix “pour faire changer d’avis son méchant Père” mais uniquement pour remplir jusqu’au bout la mission qui lui était confiée. Au cours d’une nuit mémorable, saisi d’angoisse devant le sacrifice suprême, Jésus s’est écrié : “Que ta volonté soit faite.”66 Puis, en Fils soumis, il s’est livré à ses bourreaux afin de donner sa vie pour le salut du monde, conformément à la volonté de Celui qui l’avait envoyé. Le supplice de la croix était la pire des épreuves que pouvait subir un condamné ; Jésus, qui n’ignorait rien des souffrances qu’il allait endurer, avait longuement et à plusieurs reprises parlé de sa mort à ses disciples, précisant quelques heures auparavant : “C’est maintenant le jugement de ce monde”67 Peu avant qu’on se saisisse de lui, submergé d’angoisse, Jésus avouait à ses disciples : “Mon âme est triste jusqu’à la mort”.68 Il redoutait le supplice qu’il allait subir. Certes, Jésus ne redoutait ni les clous, ni les sarcasmes de la foule, ni l’ironie cinglante des chefs religieux qui l’accusaient de blasphème, ni le fait humiliant d’être offert en spectacle sous les traits d’un abominable malfaiteur. N’était il pas resté serein et muet, maître de lui-même devant ses juges et ses accusateurs ? “Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie… et qui n’ouvre pas la bouche”69 Pour le Christ, les souffrances morales et physiques étaient peu de choses a côte de ce qu’il redoutait, à savoir l’abandon de Dieu qu’il allait connaître. Cette rupture, il la redoutait d’autant plus qu’il avait vécu tout au long de sa vie terrestre dans d’intimes relations avec son Père, déclarant en toute circonstance : “Je ne suis pas seul car le Père est avec moi”.70 Or, Jésus — et il le savait — allait expérimenter le pire des malheurs, celui d’être “coupé” de son Dieu, celui d’essuyer sa colère, de se trouver sans appui sous un ciel fermé. Tel n’était pas le cas des suppliciés pour leur foi qui, plus que jamais unis au Seigneur au plus fort de l’épreuve, pouvaient compter sur le ciel qui les assistait, les fortifiait et les soutenait lorsqu’ils étaient tentés de fléchir. Il n’en fut rien pour le Fils puisque sur la croix, brusquement, cette relation d’amour fut rompue ; à preuve son cri bouleversant : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”71 En cet instant tragique, le Père venait de lui retirer le sentiment de sa présence et Jésus en était pleinement conscient. A des souffrances atroces s’ajoutait l’hostilité du ciel. Objet de la colère divine, il vivait l’enfer, “la mort spirituelle”, c’est-à-dire la séparation d’avec Dieu tant redoutée. Pourquoi donc le ciel s’est-il fermé sur le Crucifié au moment même où il aurait eu besoin du soutien d’en-haut ? Je vous le demande ! Le Dieu de sainteté dont les yeux sont “trop purs pour voir le mal”72 pouvait-il regarder favorablement son Fils “chargé du péché des hommes” car le péché et Jésus n’en faisaient qu’un en ces instants tragiques ; quoique innocent, le Christ se présentait devant le divin Juge comme s’il était, lui, le responsable des fautes de l’humanité, comme s’il les avait commises lui-même, comme s’il portait devant Dieu ses propres péchés, comme s’il incarnait le péché. Alors, coupable de nos crimes, le châtiment qui aurait dû nous atteindre, vous et moi, “est tombé sur lui.”73

66 Matthieu chap. 26.42.

67 Jean chap. 12.31.

68 Matthieu chap. 26.38.

69 Esaïe chap. 53.7.

70 Jean chap. 16.32.

71 Matthieu chap. 27.46.

72 Habakuk chap. 1.13.

73 Esaïe chap. 53.5.

Un homme, troublé par ses péchés, fit un rêve au cours duquel il vit Jésus sauvagement fouetté par un soldat romain. Les lanières s’abattaient avec rage sur le dos lacéré et ensanglanté du Sauveur. Lorsque le bourreau leva le bras pour le frapper une nouvelle fois, l’homme encore plongé dans son rêve, se surprit fonçant brusquement sur cette brute pour l’arrêter. Le soldat se retourna. Mais — ô surprise ! — ce tortionnaire avait son propre visage. C’était donc lui qui infligeait ces atrocités à Jésus. Il se réveilla bouleversé, conscient que son péché avait conduit le Sauveur au Calvaire. Alors il se souvint de cette parole de la Bible : “Vous l’avez crucifié, vous l’avez fait mourir par le bras des impies.”74 La lumière du ciel envahit l’âme enténébrée de cet homme qui, profondément humilié, plaça sa confiance dans le Christ Jésus et dans son œuvre expiatoire.75 Son cœur troublé trouva en cet instant la paix qu’il cherchait depuis longtemps. Des vieilles pages de la Bible ont annoncé huit siècles à l’avance cette mort qui a tant de valeur pour nous : “Mais il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes, le châtiment qui nous donne la paix (avec Dieu) est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris”.76

74 Actes chap. 2.23.

75 Expiatoire. Un péché expié est un péché soustrait à la vue de Dieu, couvert. La mort du Christ sur la Croix est une expiation parce qu’elle couvre le péché des hommes et offre ainsi à Dieu la possibilité de pardonner puisque sa justice est satisfaite. Un coupable expie sa faute lorsqu’il endure la peine qu’il a méritée. Ce n’est pas la cas de Jésus qui, totalement innocent, endure volontairement la peine que les autres ont méritée. Il expie par ses souffrances le péché des autres et meurt à leur place.

76 Esaïe chap. 53.5.

Un châtiment qui nous donne la paix avec Dieu, quelle nouvelle et quel immense sujet de joie ! Un orateur éminent du 17ème siècle s’est écrié : “Allez pécheurs, allez au pied de la croix. Contemplez le douloureux mystère de sa passion. Si vous le pouvez, comptez tous les coups qu’il a reçus, toutes les plaies dont il est couvert, toutes les épines qui lui percent la tête, toutes les gouttes de sang qu’il a répandues… et demandez-lui qui l’a frappé. Vous entendrez ce qu’il vous répondra. “C’est le péché, votre péché, vous-même qui êtes l’auteur de ma sanglante passion”. Oui, allez vous jeter dans les bras du Sauveur maintenant ressuscité : ils sont ouverts pour vous recevoir. En pensant à Celui qui meurt sur le Calvaire, il vous appartient de déclarer avec désinvolture, mais pour votre malheur : “A quoi bon ce sacrifice ?” A moins que touché par tant d’amour, vous consentiez à plaider coupable devant celui qui a payé de sa vie afin que Dieu vous accorde sa paix et vous reçoive dons sa gloire. Confiez-vous donc au Christ Sauveur en lui disant : “Seigneur, tu as subi le châtiment que je méritais. Ton châtiment, c’est le mien. Et puisque tu t’es substitué à moi, subissant la condamnation qui devait m’atteindre, je veux m’unir à toi et reconnaître que mon péché est expié (couvert) par ton sacrifice. Je regarde mon péché comme définitivement réglé devant Dieu qui promet de ne plus s’en souvenir. Objet de tant d’amour, je ne puis que te louer et t’exprimer de tout cœur ma reconnaissance”. Vous devez savoir que le Christ, par sa mort, a réglé le prix, tout le prix de cette réconciliation. Dieu n’attend rien de vous. Son fils a payé de sa vie, de son sang, toutes vos fautes. Il est l’otage innocent frappé mortellement pour que vous soyez épargné. C’est incroyable mais vrai. Votre dette envers Dieu est bien réglée. Mais à quel prix ! Et puisque le ciel est ouvert par le Christ Sauveur, il vous appartient librement d’y entrer car selon la Bible, “vous avez au moyen du sang de Jésus une libre entrée dans sa présence”.77

77 Hébreux chap. 10.19.

Vous devez savoir que le Dieu souverain attend que vous vous tourniez vers lui en plaidant coupable et en lui abandonnant votre vie. Laissez-vous juger intérieurement par l’évocation de ce sacrifice. Franchissez ce pas, acceptez de vivre désormais pour lui et il vous comptera parmi ses enfants et vous partagerez sa gloire lorsqu’il viendra prendre possession du monde.

Enfin vous devez savoir qu’il vous en coûterait cher de “négliger un si grand salut”.78 En effet, quiconque refusera de se soumettre au Christ sauveur sera trouvé dans le camp de la révolte lorsqu’il apparaîtra ; surpris dans sa rébellion, l’homme aura pour partage la honte éternelle réservée à tous ceux qui auront méprisé son grand salut. Est-il pensable qu’un homme de bon sens hésite à se livrer à quelqu’un qui ne lui veut que du bien, qui l’aime jusqu’à sacrifier sa vie pour lui accorder une éternité de bonheur ? Donc, pas d’hésitation. Répondez maintenant même à la supplication de l’Ecriture : “Au nom de Christ, soyez réconciliés avec Dieu” (2 Corinthiens 5.20).79

78 Hébreux chap. 2.3.

79 André Adoul, archives personnelles.

Le profond message de la croix de Jésus permet à quiconque de réaliser sa vraie nature devant Dieu, c’est à dire : se reconnaître comme pécheur par nature. Telle fut l’expérience vécue par cette jeune femme et son mari durant les années 1950 : “Alors que nous fréquentions, mon conjoint et moi-même, l’Eglise Libre de Florac,80 un de mes beaux frères nous présenta un de ses amis, André Adoul. Je me souviens particulièrement de l’une de ses exhortations : “Il n’y a pas de juste, pas même un seul, tous ont péché…”81 A. Adoul dénonçait ainsi “le propre juste”, et rappelait la grâce imméritée ! Cette parole m’a profondément touchée, et fait prendre conscience de mon état de péché. Je revois la foi de ce prédicateur si contagieuse, qui m’a aidée à trouver le chemin de la repentance. En effet, cette exhortation fut déterminante pour moi et c’est depuis ce jour que je marche à mon tour sur les traces du Maître. Dès notre conversion, avec mon conjoint, nous sommes allés le trouver, et lui avons fait part de notre désir d’obéissance à la Parole de Dieu concernant le baptême. Nous avons donc concrétisé notre engagement dans la foi en juillet 1955. C’est M. Adoul qui baptisa mon mari, alors que je le fus par un autre pasteur.

80 Eglise qui invita très régulièrement André Adoul pour des campagnes d’évangélisation.

81 Romains chap. 3.10.

Je garde le souvenir d’un homme plein d’amour, à l’écoute, bienveillant, très profond dans ses enseignements, tout en sachant manier l’humour avec justesse. Ce que je retiendrai de cet homme et de son ministère, c’est qu’il était ce qu’il disait, une lettre ouverte ; n’est-ce pas là le plus important ? C’est grâce à son ministère, que nous sommes devenus enfants de Dieu.”82

82 Mme Paulette Bourdon, témoignage, archives personnelles.

chapitre précédent retour à la page d'index chapitre suivant