Bataille pour l’Afrique

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L’héritage de Marx et de Lénine

Je me suis toujours méfié des gens qui rendent les communistes responsables de tous les maux. Cette affirmation peut paraître étrange, car aux yeux de beaucoup, je suis un symbole de la résistance aux mouvements communistes de l’Europe de l’Est. Cependant c’est bien vrai. Cela me stupéfie de voir le. nombre de calamités dont beaucoup d’Occidentaux rendent les communistes responsables. Je connais des gens pour qui les communistes sont cachés derrière presque toutes leurs difficultés. Cela va du prix des aliments à Paris aux mauvaises récolte dans le Kansas. Un ami m’a montré récemment un journal américain qui affirmait que le passage du système Fahrenheit au système centigrade en Amérique était le résultat d’un diabolique complot communiste.

Mon premier voyage en Amérique répondait à l’invitation d’une organisation qui, je l’ignorais totalement, était obsédée par la rage de lutter contre le communisme. En assistant à leur rencontre dans un Etat de l’Ouest, je vis bien vite que tous ces gens n’avaient aucune idée de ce qu’ils pourraient faire de positif. La seule chose qui leur était claire, c’est qu’ils étaient contre quelque chose, et c’était le communisme. Ils avaient pensé que j’étais prêt à leur faire un discours enflammé contre le communisme. Ils avaient appris en effet que j’avais fait pénétrer des Bibles en contrebande à travers le Rideau de fer. Ils furent très dépités que je refuse de répondre à leur attente, à tel point qu’ils me laissèrent tomber sans explication et surtout sans me donner les moyens de prendre mon billet d’avion pour retourner en Hollande. J’ai dû me réfugier dans un hôtel, sans argent, jusqu’à ce que ma femme puisse me faire parvenir un chèque. J’y ai subsisté en achetant chaque jour un yoghourt, que je mangeais dans ma chambre d’hôtel en employant ma brosse à dents comme cuillère : Quelle découverte de l’Amérique.

David Adeney était en Chine un responsable chrétien de premier plan. Il y a été témoin du triomphe de l’Armée rouge. Il a dit : « Insister uniquement sur les défauts du communisme, sans reconnaître ce qu’il a fait de bien, aura comme conséquence de fermer la porte à l’annonce de l’Evangile. » Je suis du même avis. Ce n’est pas constructif de passer tout son temps à lutter contre le communisme en tant que système politique. Il y a trop de systèmes élaborés par des hommes qui sont cruels et mauvais pour se contenter de s’attaquer seulement au communisme.

Les gens s’attendent à ce que je sois un anti-communiste passionné. En réalité, je n’ai jamais eu le temps ni l’envie de devenir un croisé contre le communisme. Je ne suis pas anti-communiste, je suis pour le christianisme. Je suis pour les gens. Dieu m’a appelé à leur porter l’Evangile ; tous ceux qui se dressent entre eux et moi sont mes ennemis.

Mais malgré cela, j’affirme que le communisme est très impliqué dans la Révolution en Afrique. Moscou, Pékin et La Havane ont plongé leurs bras jusqu’au coude dans cette entreprise. Plus nous en serons conscients, mieux nous verrons quel est l’enjeu de la bataille qui se livre actuellement en Afrique. Il est impossible de bien comprendre la crise africaine si nous ne sommes pas au courant des événements historiques qui l’ont préparée. Cela fait partie d’un mouvement beaucoup plus important d’agitation et de violence qui est organisé sur le plan mondial et inspiré par la volonté tenace du communisme de lutter contre l’Eglise. L’héritage de Marx et de Lénine est discernable dans un grand nombre d’opérations sur le plan mondial.

FORCES MILITAIRES : Plus de douze mille combattants cubains, se servant d’armes fournies par la Russie, ont remporté des victoires importantes pour le MPLA, le mouvement angolais de libération. Il contrôle actuellement la plus grande partie du pays. Il y a des troupes cubaines au Congo-Brazzaville, en Tanzanie, en Guinée équatoriale, en Somalie, en Guinée, en Sierra Leone, au Yémen du Sud et au Mozambique (1976). De plus, des conseillers militaires russes et chinois collaborent à l’instruction des armées d’au moins douze autres pays africains où il n’y a pas encore de troupes étrangères.

FOURNITURE D’ARMES ET AIDE FINANCIÈRE : Les envois d’armes depuis la Russie ou la Chine aux pays africains en développement ont atteint des proportions énormes. Un rapport de la CIA publié récemment montre que neuf mille techniciens militaires russes et chinois et près de quarante mille conseillers économiques sont « prêtés » par ces deux puissances aux pays africains. Cela signifie qu’il y a dans ces pays une présence stupéfiante de communistes, dont la plupart viennent de Chine. Ce dernier pays dépasse tous les autres en ce qui concerne l’aide économique. En 1975, le 55 % du total de son aide aux pays étrangers a été consacré à l’Afrique.

PROPAGANDE : Les livres, les tracts et les journaux communistes sont beaucoup plus faciles à obtenir dans certains pays africains que la documentation chrétienne ou occidentale. Dans tout le continent, des milliers d’agents sont employés à plein temps pour distribuer de la propagande. Ils mettent de la littérature à bon marché à disposition des gens. La même histoire se répète une fois de plus : les écoles missionnaires chrétiennes ont appris aux indigènes à lire et à écrire, mais les communistes leur fournissent de quoi lire. D’autres projets, beaucoup plus importants encore, font partie de ce vaste effort de propagande, telle une station de radio à ondes courtes que les Chinois ont construite dans la banlieue de Dar-es-Salam, capitale de la Tanzanie, pour quatre millions de dollars. Equipée d’un puissant émetteur de 100 KW, elle sert à transmettre de la propagande en langues indigènes vers le Mozambique, la Rhodésie et l’Afrique du Sud…

FORMATION UNIVERSITAIRE : Le signe le plus effrayant de la présence communiste en Afrique, c’est sa politique d’invitation aux étudiants des collèges africains d’aller étudier dans des universités étrangères. L’un d’entre eux, que j’ai rencontré à l’Université Karl Marx de Leipzig, en Allemagne de l’Est, attira mon attention sur la fourberie employée pour les recruter. Adolescent, il était sur le point de terminer ses études dans une école missionnaire du Sud-Ouest Africain, quand il assista à une rencontre présidée par un agent de recrutement de l’Allemagne de l’Est. Après avoir offert aux participants la chance d’étudier gratuitement en Allemagne de l’Est, il accepta de répondre à leurs questions. Un étudiant demanda : « Qu’en est-il de la liberté religieuse dans votre pays ? Nous sommes tous dans des écoles chrétiennes et nous désirons pouvoir continuer à vivre notre religion. » L’agent répondit par un mensonge. « Cela ne présente aucun problème », dit-il. « L’Eglise protestante est née dans notre pays. A Leipzig, vous jouirez d’une complète liberté en matière de religion. » Pour tranquilliser ses interlocuteurs, il termina même la réunion par la prière, rendant ainsi inutile toute autre question concernant la liberté religieuse.

A la fin de la rencontre, le jeune étudiant chrétien s’approcha de l’agent et lui dit : « Monsieur, votre aimable invitation me paraît tentante. Mais permettez-moi de vous répondre dans deux jours, après que je sois allé en parler à mes parents et à mon pasteur. »

« Je suis désolé, » lui fut-il répondu c’est impossible. Nous n’avons pas le temps de vous laisser hésiter.

Ou bien vous partez dès demain, ou bien cette offre ne sera plus valable. C’est maintenant ou jamais. »

Avoir l’occasion de poursuivre gratuitement une formation universitaire était une chance si extraordinaire que ce jeune Africain voulut en profiter. Mais quand il arriva en Allemagne de l’Est, il n’y trouva aucune liberté religieuse, et n’eut plus le moyen d’en sortir. Il aurait fallu pour cela avoir de l’argent pour payer son billet de retour par avion, ce qui était impossible car, étant étranger, il n’avait pas le droit de posséder des dollars. Ainsi il y était bloqué. Je n’ai jamais su quand et comment il réussit à quitter ce pays.

En Bulgarie, j’ai rencontré aussi un groupe de jeunes gens venant du Ghana où ils avaient été racolés de la même manière. Quand ils arrivèrent en Bulgarie, je leur conseillai d’assister aux cultes dans une église protestante et d’y inviter un grand nombre d’autres étudiants. Alors les autorités réagirent violemment : « Nous vous avons amenés ici pour étudier et non pas pour aller à l’église », dirent-elles. Comme les étudiants protestaient en disant qu’on leur avait promis la liberté religieuse, on leur imposa des cours le dimanche, aux heures des cultes. Les étudiants refusèrent d’y aller. La réaction ne se fit pas attendre. On leur supprima en plein hiver le chauffage de leurs dortoirs. Malgré cela, ils refusèrent de céder. Finalement les autorités communistes affrétèrent un avion charter pour renvoyer au Ghana soixante-dix boursiers qui n’avaient pas accepté une telle situation.

La Russie espère qu’en offrant aux étudiants africains des études universitaires gratuites, cela sera payant. Bien souvent c’est le cas. Mais cela offre aussi à beaucoup d’étudiants africains l’occasion d’observer le « paradis des ouvriers » en Russie. Certains en sont dégoûtés, d’autres au contraire sont attirés. Mais on signale souvent que les étudiants africains souffrent en Russie du même racisme et de la même répression dont les Russes accusent si violemment les pays occidentaux. Un jour sept cents étudiants ghanéens franchirent un cordon de police et se précipitèrent vers les portes du Kremlin pour protester vigoureusement contre la discrimination raciale dont ils étaient l’objet de la part des autorités soviétiques. Ils portaient des écriteaux où était écrit : « Cessez de tuer l’amitié africano-russe ». Au-dessous étaient un crâne et deux os en croix. Une autre fois, vingt-neuf Kényans sont rentrés de l’université de Bakou en Russie en racontant qu’ils y avaient eu froid et faim et qu’ils y avaient été soumis à de perpétuels assauts de propagande et à une insupportable discrimination.

Quand, il y a longtemps, je rencontrai à Sofia le premier étudiant du Mozambique, je n’avais aucune idée de l’ampleur de cette action russe et chinoise. En 1976, il y avait 14.895 étudiants noirs dans les pays communistes, dont les deux tiers en Russie. Ils y vivaient aux frais du gouvernement. Dans un rapport gouvernemental de 1976 on précise : « Des diplômés sortant d’universités communistes obtiennent déjà des postes importants dans leur pays d’origine, surtout en Afrique.&nbp;» Peu à peu, et malgré les protestations et certains échecs, ce programme devient rentable.

MOUVEMENTS DE LIBÉRATION : L’aide apportée dans diverses régions d’Afrique par le communisme aux mouvements de libération et aux fronts révolutionnaires a, plus que toute autre entreprise des gens de l’Est, un effet immédiat et violent sur le déroulement de la bataille pour l’ Afrique. Le procédé est très simple : fournir des fonds, des armes, aider l’un des participants à une guerre, même petite, où qu’elle se déroule. Permettre à ce parti de gagner, et ensuite demander en retour à ce groupe, quand il est au pouvoir, l’établissement de liens d’« amitié. » Un continent où, depuis trente ans, beaucoup d’indigènes luttent légitimement et avec passion pour leur liberté est un terrain propice à l’infiltration communiste. La rhétorique communiste fait bon ménage avec les slogans de la libération nationale. C’est seulement à la fin de la guerre que les « combattants pour la liberté » découvrent que leurs camarades révolutionnaires, qu’ils soient russes ou chinois, sont eux aussi des maîtres avides et durs.

En Angola, grâce à l’aide que Russes et Chinois lui ont apportée, le MPLA a réussi à éliminer toute opposition. Il est à noter qu’il ne représente que le 20 % de la population du pays.

Le front de libération du Sud-Ouest africain s’appelle la SWAPO. Avec l’aide de la Russie, il se livre à de continuelles opérations de guérilla.

En Tanzanie les enfants rentrent de l’école en chantant ce que leurs instituteurs nationalistes leur apprennent : « Tue ta mère, tue ton père ! » Cela montre à quel point la vie de famille s’est détériorée sous l’influence des Chinois. Le gouvernement révolutionnaire de ce pays oblige les familles à se diriger vers les régions de colonisation. Des milliers de travailleurs chinois ont été amenés sur place.

Au Mozambique, le régime colonial portugais a été renversé en 1975 par le Frelimo (Front de libération du Mozambique) qui est un mouvement révolutionnaire. Le Frelimo a commencé le combat il y a vingt ans avec deux cent cinquante hommes seulement, qui se dressaient contre une armée portugaise de quarante mille hommes bien équipés. Grâce à d’incessants envois d’armes et de fonds russes et chinois, le mouvement arriva peu à peu à gagner l’appui du peuple. Ainsi on put passer des combats de guérilla au contrôle du pays tout entier.

On ne saurait blâmer le nationalisme en tant que tel. Quoi de plus naturel, en effet, si un Angolais ou un Mozambicain souhaite que son pays soit gouverné par des Angolais ou par des Mozambicains, plutôt que par des Européens vivant dans une capitale lointaine. Il est normal qu’un jeune africain noir demande que sa nation se gouverne elle-même et qu’il fasse tous ses efforts pour qu’on y parvienne. Mais, hélas, trop souvent les choses ne vont pas dans ce sens en Afrique. La plupart du temps, la Révolution n’a eu pour effet que de changer le maître, sans contribuer pour autant à éliminer l’esclavage.

Mais si une révolution nationaliste devient l’ennemie de l’Eglise, si elle rend impossible le libre accès de l’homme à Dieu, si elle interdit l’exercice du culte et du témoignage, alors elle est pernicieuse et il faut s’y opposer. Tout en comprenant sa haine de l’impérialisme, nous ne saurions l’aider dans ses efforts pour anéantir l’Evangile.

Les libéraux occidentaux, blancs et chrétiens, sont très portés à approuver les mouvements de libération. Les considérant comme des moyens concourant au développement des nations, ils négligent de se poser la question de savoir si ces mouvements n’éloignent pas de Dieu les peuples qu’ils libèrent. Un régime qui harcèle et emprisonne les chrétiens est également coupable, qu’il le fasse au nom du nationalisme noir ou du communisme marxiste. Il est certain, c’est une triste réalité, que beaucoup de mouvements de libération ont vendu leur âme à la Révolution. Après avoir souffert des années parce qu’ils étaient noirs, leur rage et leur frustration sont compréhensibles. Cela les a souvent amenés à se déchaîner contre les gens qu’ils se proposaient de sauver. Ce qu’ils ont apporté au continent noir a trop souvent consisté à maintenir la tradition de la violence et de la sauvagerie, dont l’horreur se manifeste d’une manière toute nouvelle et de plus en plus brutale.

La plus ancienne de ces guerres locales sanglantes éclata au Congo (avant qu’il ne s’appelle Zaïre), lorsque les autorités belges se retirèrent et que Patrice Lumumba prit le pouvoir. Un document des Nations Unies nous révèle les instructions confidentielles de ce dernier aux chefs des provinces congolaises.

« Le terrorisme est essentiel pour arriver à assujettir une population. Que l’on arrête tous les membres de l’opposition. Que l’on emprisonne les ministres, les députés et les sénateurs. Ne les épargnez pas. Remettez en valeur le système du fouet. Infligez des humiliations aux gens que vous arrêtez. Par exemple, dépouillez-les de leurs vêtements en public, si possible en présence de leur femme et de leurs enfants. Ceux qui ne meurent pas en prison, il ne faut pas les relâcher avant une année. »

A ces massacres au Congo a répondu de la part du monde occidental une attitude tout aussi cruelle. Les Nations Unies ont installé un camp de prisonniers au Katanga où ont été emprisonnés des milliers de membres de la tribu Baluba. La plupart avaient commis l’unique crime d’être membre de la « mauvaise » tribu. Quarante mille de ces civils ont été entassés dans un seul camp qui devint un véritable ghetto. Il n’y avait pas d’égouts, de sorte qu’il y eut bientôt mille cinq cents tonnes d’excréments. Pendant les trois premiers mois, mille détenus y moururent.

Il n’y a pas de monopole de la cruauté en Afrique. Aucune race, aucun groupement politique ne peut montrer des mains exemptes de violence. C’est un continent dont l’histoire tumultueuse semble avoir permis aux Blancs et aux Noirs, aux colonialistes et aux révolutionnaires, aux étrangers et aux indigènes, de manifester au grand jour les plus horribles défauts de l’humanité. Dans l’Afrique contemporaine, il est impossible de porter des jugements en partant de critères moraux absolus. Il n’y en a pas. Bien plutôt, il est du devoir du christianisme de demander à chaque gouvernement et à chaque mouvement de donner aux peuples la possibilité de chercher Dieu et de travailler pour son Royaume.

PRISE DE POUVOIR PAR UNE MINORITÉ

Quand j’observe l’avance constante et implacable du communisme en Afrique, souvent je pense au jour où je parlais à des étudiants de l’Université d’Alberta au Canada. Je visitais alors des universités américaines pour participer à des rencontres organisées par les associations chrétiennes d’étudiants.

A la fin de mon allocution, selon mon habitude, j’ouvris un débat. Immédiatement deux jeunes gens se levèrent et s’avancèrent du fond de la salle pour s’approcher des micros. Ils avaient tous deux les cheveux longs et la barbe. Leurs vêtements laissaient supposer qu’ils étaient des contestataires. Silencieusement, je prononçai une brève prière, car j’avais l’impression qu’ils allaient provoquer du trouble. Ils se lancèrent immédiatement dans une longue attaque contre le christianisme. Leur diatribe amère condamnait les chrétiens, les accusant d’être racistes et impérialistes. Elle chantait au contraire les louanges de Mao et du maoïsme. Ils parlaient à tour de rôle.

Je les interrompis en leur disant qu’il fallait aussi donner à d’autres l’occasion de s’exprimer. Il y avait là des centaines de jeunes chrétiens, mais mon invitation à prendre la parole ne rencontra qu’un silence de mort. Les jeunes chrétiens étaient effrayés. Je les suppliai presque de s’approcher des micros pour poser des questions qui feraient diversion. Mais personne ne bougea. Les deux communistes reprirent la parole et je ne pus les en empêcher. Ils étaient sur le point de gagner toute l’assemblée.

Alors, juste au moment où la situation devenait vraiment critique, deux étudiants, l’un noir, l’autre blanc, se levèrent et s’approchèrent. Chacun se dirigea vers l’un des deux marxistes près des micros. L’étudiant noir parla en premier : « Je viens du Nigeria », dit-il. « Je voudrais profiter de cette occasion pour remercier les chrétiens qui sont venus en Afrique pour nous parler de Jésus-Christ. S’ils ne l’avaient pas fait, je ne serais pas ici, étudiant dans cette université. Je serais encore un sauvage et un païen et j’aurais été perdu à jamais. Je suis vraiment reconnaissant aux missionnaires qui sont venus pour nous détourner d’une vie sans Dieu et de la Révolution. » L’extrémiste qui se tenait à côté de lui regardait silencieusement ses pieds.

Aussitôt après, l’autre étudiant se mit à parler. C’était un réfugié d’Europe de l’Est. « J’ai été forcé de fuir ma patrie à cause de l’oppression communiste », dit-il. « Et maintenant je vis librement dans ce pays chrétien où je puis accomplir tout ce que je ne pouvais pas faire dans mon pays d’origine. » C’était exactement ce qu’il fallait. Il parla encore du communisme et de la manière dont il opprime les gens. Il termina en disant : « Je suis heureux d’être dans un pays libre où tout le monde peut parler, même les marxistes, car chez moi, sous la domination marxiste, quiconque parle contre ce régime est fusillé. » Quand il eut fini, la foule se mit à applaudir à tout rompre, et les deux étudiants extrémistes s’en allèrent, en courant presque, pour quitter la salle de réunion.

C’est un parfait exemple montrant comment un petit groupe de communistes arrive à gagner un débat devant une foule de chrétiens, simplement parce que, pendant quelques instants, personne n’a le courage de leur répondre. Ces deux marxistes purent intimider quatre cents chrétiens et parvinrent presque à contrôler la situation. Ils furent presque victorieux, non en raison d’un pouvoir supérieur, mais à cause de la faiblesse des chrétiens, qui formaient pourtant la majorité silencieuse. Ils se sont manifestés ; ils ont agi ; ils ont profité de l’occasion et ont presque gagné la partie. Il fallut deux étrangers, l’un d’Europe, l’autre d’Afrique, pour retourner cette situation délicate.

Si les communistes arrivent à gagner l’Afrique, ce sera de cette manière, en étant agressifs quand nous sommes passifs, en insistant alors que nous restons silencieux, en occupant le vide alors que nous n’osons pas faire un pas en avant pour faire face à leur défi.

J’affirme qu’il est faux de prétendre que le communisme est l’ennemi numéro un de l’Eglise. Elle a un adversaire beaucoup plus dangereux. L’Eglise peut survivre sous n’importe quel régime politique, mais elle ne peut subsister dans l’apathie. C’est elle qui est son plus dangereux adversaire.

La bataille ne peut être gagnée que par ceux qui sont prêts à se battre.

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