“Tu es un mon serviteur en qui l’on peut avoir confiance.
Tu t’es montré fidèle en peu de choses.
C’est pourquoi je t’en confierai de plus importantes…”
Matthieu 25.21
Le ministère d’André Adoul dans le Midi de la France est plus que connu, il est reconnu. Ces voyages l’entraînent dans toutes les régions de l’hexagone mais aussi à l’étranger, comme en Suisse, en Belgique, en Italie, au Portugal et en Afrique. La profondeur et la simplicité de ses messages sont très appréciées dans tous les milieux ecclésiaux. Toutefois, un événement inattendu va accentuer un peu plus encore sa notoriété et lui donner des occasions d’asseoir un peu plus son ministère.
Alors qu’il se trouve, en ce début de janvier 1956, en mission d’évangélisation à Annonay, le propriétaire de la maison de St Jean du Gard, dans laquelle se trouve l’appartement où loge la famille, qui, entre temps, s’est agrandie de deux autres enfants, Monique et Catherine, vient s’entretenir avec Alice :
— Mme Adoul, je dois vous informer que j’ai l’intention de vendre cette maison. Et il se trouve que je connais une personne très intéressée et assez pressée pour l’acquérir.83 Je vous en fais part pour que vous puissiez prendre vos dispositions.
83 Alice apprendra que le futur acheteur a aussi l’intention de s’installer dans l’appartement qu’ils occupent.
L’information est suffisamment claire pour comprendre qu’il faut trouver un nouveau logement. Or, ce même jour, une lettre arrive au courrier. Elle est envoyée par Léonard Bréchet. Ce collègue leur fait part d’une discussion qu’il a eue dans le train quelques jours plus tôt seulement, alors qu’il voyageait en compagnie d’un homme d’affaires, et pas n’importe qui, un des descendants de la famille Dollfus-Mieg des entreprises DMC.84 Ce haut responsable en France de la dite société est un chrétien très engagé. Il soutient financièrement, depuis des années, le travail de la L.L.B. Au fil des discussions, que l’on peut facilement imaginer entre deux hommes animés de la même passion et soucieux de l’œuvre de Dieu, M. Brechet témoigne qu’il a été interpellé par une question des plus pertinente posée par son interlocuteur :
84 DOLLFUS-MIEG & Compagnie. Cette grande entreprise familiale alsacienne de fil à broder, a été fondée en 1746 par un certain Jean-Henri DOLLFUS, La fabrication du tout premier fil de coton leur revient. Les descendants étaient chrétiens et soutenaient la Ligue.
— comment se fait-il que vous n’avez pas d’évangéliste sur Paris ? C’est tout de même là que vous auriez le plus de facilité à élargir vos contacts et faire connaître l’œuvre de la Ligue, non ?
— Vous avez raison, et j’en suis très conscient, répond M. Brechet ; nous avons bien essayé à plusieurs reprises de nous y implanter mais la question du logement reste chaque fois un gros obstacle financier.
— Justement, ces prochains jours, je dois me rendre à notre siège parisien où je dois clôturer le bail d’un immeuble situé dans le 3ème arrondissement, et qui appartient à notre compagnie DMC. Ses magasins, bureaux, et quelques appartements ne nous conviennent plus et nous devons nous en séparer. Mais si ça vous intéresse je peux retenir l’appartement du cinquième étage pour un de vos agents et faire en sorte que vous puissiez, à coût réduit, l’utiliser. Qu’en dites-vous ?
Léonard Bréchet reste sans voix et trouve la proposition plus qu’intéressante, stupéfiante ! Pour l’agent en question, il pense tout de suite et sans hésitation à André Adoul qu’il contacte sans tarder. C’est le courrier que tient Alice entre ses mains, ce matin de janvier 1956. A sa lecture, elle n’en croit pas ses yeux. A peine une porte est-elle en train de se fermer, qu’une nouvelle semble s’ouvrir aussitôt. La coïncidence de l’appartement à quitter, et l’offre reçue le jour même d’un logement au centre de Paris, était-elle un signe de Dieu ? Dieu peut-il être si précis et prévoyant à ce point ?
Durant le trimestre qui suit, le couple hésite, particulièrement André, d’un naturel prudent, qui se méfie des coïncidences qui peuvent s’avérer parfois trompeuses. Leur sagesse les conduit à commencer à rechercher un autre logement à St Jean du Gard, mais les démarches restent infructueuses. Les appartements à louer, à cette époque, sont quasiment introuvables et les occasions rares. Après ce temps de quête sans succès, ils se rendent à l’évidence que le signal de Dieu, envoyé quelques mois plus tôt, est le bon. Ils sont décidés à y obéir, et quitter leur havre de paix Saint-Jeannais, la famille et les amis d’enfance, pour une vie parisienne réputée trépidante et stressante, mais enrichissante à tout point de vue.
A ce sujet, quelques années plus tôt, au début des années 50 environ, André en a eu un aperçu lorsqu’avec ses deux autres collègues évangélistes, MM Brechet et Crespin, appelés communément à l’époque, les évangélistes A.B.C., il a participé à une campagne d’évangélisation à la prestigieuse salle Wagram. Située entre l’avenue de Wagram et la rue Montenotte, dans le 17ème arrondissement, à quelques mètres seulement de l’Arc de triomphe de l’Etoile, elle est sans doute le plus ancien lieu de fêtes à Paris. Elle est le dernier vestige architectural des salles de bal qui représentaient, depuis le Directoire et sous la Restauration, l’un des hauts lieux de la vie parisienne. Et bien là, exceptionnellement, fut organisée, aux dires d’André lui-même, une campagne tonitruante, dont le slogan était : Jeune, la Bible te parle ! Voilà ce que proclamait dans tout Paris l’affiche d’où parait jaillir, grand sourire aux lèvres, un garçon sportif brandissant une Bible. Lors de cette campagne, “la préparation spirituelle n’a pas été négligée”. En effet, de nombreuses cartes de prières ont été distribuées en France, en Suisse et même jusqu’en Afrique et en Amérique, invitant et exhortant les chrétiens des communautés à intercéder pour ce temps fort parisien. Une chorale de “jeunes”, a préparé de magnifiques chants. Des conseillers ont été formés (…) Dieu a exaucé nos prières : les auditoires ont toujours été nombreux et le dernier soir, la salle était comble. L’équipe ABC, qui n’avait jamais fonctionné jusqu’alors ensemble, est bien homogène. Avec puissance retentit l’histoire de la passion ; chaque soir Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié est présenté à la foule. A plusieurs reprises, pendant les réunions, la salle du premier étage est occupée par de bruyantes manifestations sportives : des matchs de catch ou de boxe. Mais les plus durs combats ne se livrent pas sur le ring ! Chaque soir une lutte effroyable oppose les serviteurs du Christ à l’Adversaire qui fait l’impossible pour retenir ses esclaves dans les chaînes. Et chaque soir nous voyons, dans la joie, le triomphe du Sauveur arrachant à l’enfer ses victimes. Avec quelle intense émotion nous voyons, soir après soir, des jeunes gens, des jeunes filles, des hommes, des femmes se lever et s’avancer pour manifester leur décision de donner leur vie à Jésus-Christ.85 L’euphorie de ce temps fort a poussé M. Brechet à témoigner : “Il semble que le Seigneur nous ait donné le message à apporter aux inconvertis : un message très simple, comme celui que nous apportons aux croyants… Dieu nous a donné une vision nouvelle de la perdition… Nous avons été abondamment bénis dans le travail en équipe”.86
85 Jacques Blocher, Echos de Paris, archives L.L.B.
86 Claire-Lise de Benoit, Jésus s’approcha et fit route avec lui ; un témoignage Léonard Bréchet, éditions des Groupes Missionnaires - 2e édition - 1981, p.54.
Ces soirées richement bénies ont été, en quelque sorte, préparatoires à la décision d’André d’accepter le déménagement sur Paris. Nous ne doutons pas que cette implication concrète dans l’évangélisation au sein de la capitale, avec l’immensité des besoins, aient certainement élargi sa vision et son appel ; ce dont témoigne le secrétaire général de la L.L.B. : “(…) le Seigneur nous a clairement montré que la porte était ouverte pour avoir un agent à Paris”.87 “Nous bénissons Dieu pour la manière extraordinaire et rapide dont les choses se sont déroulées. Nous sommes encore nous-mêmes dans l’étonnement (…) Monsieur Adoul a vendu sa voiture pour pouvoir faire la transaction.”88 A l’occasion d’une rencontre du comité de la Ligue, dont nous pouvons imaginer le point central de l’ordre du jour, “M. Adoul nous raconte de quelle manière providentielle le Seigneur l’a appelé à Paris.”89
87 Une décennie plus tard environ, en avril 1963, André aura l’occasion d’annoncer la Parole de Dieu dans une autre salle prestigieuse de la capitale : la salle Chopin-Pleyel — seul auditorium spécifiquement construit pour la musique symphonique située dans le 8ème arrondissement de Paris , 252 rue du Faubourg-Saint-Honoré, près de la place de l’Etoile — (rencontres organisée par J.P.C. en avril et novembre).
88 L. Brechet, rapport d’activités du mois de mars 1956, archives L.L.B.
89 André Foex rapport du secrétaire, 8 mai 1956, archives de la L.L.B.
C’est ainsi qu’au printemps 1956, André, Alice et les quatre “Adoulets”90, quittent le modeste logement de la grand-rue de St Jean du Gard pour se retrouver dans le grand appartement, situé au centre de la capitale, au 52 boulevard de Sébastopol, qui compte parmi les plus grands axes parisiens conçus par le baron Haussmann. Quand Dieu fait les choses, il les fait bien ! Les cent vingt quatre mètres carrés de l’appartement, comprenant cinq pièces, idéalement placé au cinquième étage, en face du vacarme des Halles91, était parfait pour la grande famille. Il faut préciser et se rappeler que les logements de ce type n’étaient pas courants et surtout très chers à cette époque. Bien qu’il n’y ait pas d’ascenseur, ce qui aurait grandement facilité la corvée des courses et du charbon situé à la cave, “l’appartement dont nous venions de prendre possession avait le téléphone depuis longtemps. Il n’y avait qu’à admirer le combiné pour s’en convaincre. L’écouteur tenait haut sur des étriers et l’ensemble était plutôt volumineux. Lors d’une vérification, l’agent des télécommunications éclata de rire en voyant ce vieux modèle :
90 C’est ainsi qu’il aimait à nommer ses enfants : Jean-Pierre, Jacqueline, Monique et Catherine.
91 A cette époque les Halles, où se rassemblaient d’innombrables commerçants, comptaient dix pavillons métalliques qui seront détruits en 1969 pour laisser place au complexe actuel, le forum des Halles.
— Comment, vous avez encore ce machin-là ? Il y a belle lurette qu’on n’en fait plus de semblables. On va vous changer ça dès la semaine prochaine. Et de fait, il revint à la maison comme promis, muni cette fois d’un appareil dernier cri. Nous passions ainsi, sans transition, de la préhistoire aux temps modernes du téléphone. En partant, le bonhomme me lança d’un air malicieux :
— Je vous laisse cette antiquité, car nous ne récupérons pas de tels appareils, périmés depuis longtemps. Gardez-le.
Fort de l’idée que cette pièce avait de la valeur — des amis de passage nous avaient assurés qu’il était possible d’en tirer un bon prix — nous l’enveloppâmes soigneusement de papier. De forme bizarre, le paquet fut difficile à caser. On le rangea dans un placard en attendant… je ne sais quoi. Le précieux combiné resta longtemps sur l’étagère. Ce paquet encombrant, dont nous finissions par ignorer le contenu, fut déplacé maintes fois, épousseté, entreposé sur un rayon puis sur un autre. Finalement, agacés de le manipuler, nous décidâmes de nous en débarrasser. Une personne de passage à la maison nous en fournit l’occasion. Elle se montra ravie de recevoir cet objet et de l’emporter chez elle en Amérique.”92
92 André Adoul, Propos sur le Temps, éditions LLB 1986, p.35-36.
L’installation à Paris est une véritable bénédiction. Une fois de plus ils sont témoins de la fidélité, de la bonté et de la puissance de Dieu à leur égard. André est particulièrement enthousiasmé par ce nouveau chapitre de sa vie qui s’ouvre, mais les premières années qui suivent le début de cette vie parisienne ne sont pas, pour lui, aussi faciles et angéliques qu’escompté. Le changement, relativement brutal, et aux antipodes de la vie provinciale vécue jusqu’alors, le perturbe au point d’en perdre pour un temps la santé psychique. Il le confessera par écrit seulement dix huit ans plus tard : “J’ai moi-même touché le bord de la dépression. Nous venions de laisser le Midi de la France pour nous installer en plein Paris. Les tracas du déménagement, un surcroît de fatigue, le dépaysement, la vie survoltée de la capitale, surtout le bruit incessant m’avaient vaincu”.93 Dans une lettre ouverte à Jacques, un homme dépressif, à qui il témoigne de son désir d’aide et d’encouragement, il ouvre aussi son cœur comme pour mieux lui faire comprendre qu’il connaît cette situation et que ses mots laissés sur le papier ont tout leur poids de réalisme et de vécu, que ce n’est pas du “blabla” comme il aimait à le dire souvent : “Sache que je te comprends, ayant jadis un peu goûté à ce que tu ressens aujourd’hui.”94 André Adoul n’était pas homme à cacher ses faiblesses pour sauver la face. Toutefois, ses épreuves n’ébranlent pas sa foi en Jésus-Christ pour autant et lui donnent même de pouvoir stimuler ses collègues du comité95 alors découragés et en souci pour l’avenir de l’œuvre : “ne perdons pas courage, ne regardons pas à notre détresse, mais à sa force qui se manifeste dans notre faiblesse”.96 Il savait de quoi il parlait.
93 André Adoul, Echec à la dépression, édition LLB, 1975, p.7-8. - notez que dans l’édition de 1987 il écrit : “j’ai moi-même ‘touché le fond”.
94 André Adoul, Echec à la dépression, édition LLB, 1975, p.91.
95 Dès l’aménagement de la famille Adoul à Paris, le comité de la L.L.B. se tiendra dans le salon de leur appartement au Boulevard de Sébastopol.
96 Extrait du compte rendu de séance du secrétaire A. Gastone le 27 octobre 1958.
C’est ainsi que bon an mal an, durant ses premières années parisiennes, il poursuit son ministère qui s’étoffe et s’impose aux quatre coins de France et à l’étranger. Il est généralement invité dans les églises pour quatre à sept jours de mission d’affilée et ce, plusieurs fois par mois ! Ces déplacements se succèdent à la vitesse “V” laissant souvent et longtemps Alice et les quatre jeunes enfants seuls. Pour elle aussi, la vie parisienne a été un grand changement. Et malgré son jeune âge, son dynamisme, la proximité des écoles et les nombreux étals des Halles, presque au pas de porte, les journées sont bien remplies et harassantes. Mais sa conviction que Dieu les veut en ce lieu, lui donne les forces au quotidien, particulièrement lors des absences de son mari. De son côté André n’était pas inconscient de la situation et même souvent soucieux pour eux : “Notre petite famille va très bien et ma femme tient vaillamment le coup. C’est une période chargée pour elle car je suis souvent loin de la maison”97 Il est important, rassurant et apaisant pour l’itinérant qu’il est de savoir qu’il peut quitter librement et sereinement le foyer, parce que les responsabilités familiales y seront pleinement assurées. A ce sujet, avec son humour habituel, dans une de ses lettres à son ami Théo, il écrit : “Je suis bien rentré dimanche soir… et j’ai retrouvé les Adoul en bon état.”98 99
97 Lettre d’André du 8 décembre 1954, archives L.L.B.
98 Lettre à Théo S. du 1 février 1966, archives L.LB.
99 Conscient de l’importance des moments en famille, et du peu de temps qu’il leur consacre, malgré lui, il accepte de remplacer le pasteur parti en vacance, tout le mois de Juillet, durant les étés 1953 / 1955, à Mens, en Isère, dans l’Eglise Réformée de France. Gracieusement logé avec les siens dans le presbytère, il assure les prédications tous les dimanches. Ce fut là l’occasion pour lui de profiter des siens, malgré quelques déplacements, et de faire en même temps un peu de tourisme en famille.
Ses nombreux rapports d’activités témoignent de l’importance de ses responsabilités et de ses nombreux engagements ainsi que son soucis d’être attentif aux besoins qui préoccupaient d’autres serviteurs de Dieu à l’œuvre. A ce propos, dans cette même période, il participe activement à la fondation de l’Union Evangélique des Infirmières de France (U.E.I.F.) qui deviendra, en 1965, l’Union Evangélique Médicale et Paramédicale (U.E.M.P.). En effet, lorsqu’un dénommé Francis Grim100 évoque, à ses collaborateurs missionnaires dans les milieux hospitaliers, son désir d’aller en France, l’un d’eux bien intentionné lui rétorque :
100 C’est pendant la maladie qui précède la mort de leur père, que Francis et Carl Grim prennent conscience du grand besoin spirituel des hôpitaux. Pendant ce temps d’attente à l’hôpital, ils commencent à comprendre pourquoi le Seigneur Jésus passait tant de temps avec les malades et ceux qui souffraient. Son ministère visait l’homme tout entier : corps, âme et esprit. C’est ainsi que Francis et Carl Grim réalisent que les chrétiens, dans le monde de la santé, ont des occasions inespérées de communiquer ce ministère de compassion au nom de Jésus. Ces pensées brûlant dans leur cœur font naître peu à peu une grande vision : conduire les soignants à Christ, les fortifier dans la foi et leur enseigner à évangéliser collègues et patients. C’est en 1936 qu’est née en Afrique du Sud, l’Union Chrétienne des Infirmiers, pour devenir plus tard l’Union Chrétienne des Professionnels de Santé, lorsque d’autres membres de diverses disciplines se joignent au mouvement.
— laisse la France. la situation n’est pas facile là-bas. Les Huguenots ont dû fuir et l’enseignement de Voltaire a fortement marqué la nation. Tout espoir pour la France est perdu. Tu vas perdre temps, énergie et argent (cela voulait dire : impossible !).
Pourtant, quelque temps plus tard, alors que Francis Grim se trouvait en Suède admirant un splendide coucher de soleil, il s’exclame :
— J’irai en France !
A maintes reprises, il avait expérimenté que les problèmes rencontrés sont un tremplin où la puissance de Dieu peut se manifester :
— Dieu fera le travail et moi..., je Le suivrai.
C’est ainsi qu’en novembre 1956, une équipe d’Ecosse et d’Afrique du Sud l’accompagne en France et rencontre les pasteurs Lagny, André Adoul et Léonard Bréchet.101 Ce dernier témoigne que malgré leurs nombreuses occupations au sein de la Ligue, ils voient leur démarche comme étant conduite par Dieu : “Nous laissant gagner par la vision, nous avons décidé de nous unir” à leur projet écrit M. Brechet. Ce que confirme André Adoul dans la première circulaire intitulée “Union d’infirmières protestantes de France” qu’il rédige lui-même dans le but de prodiguer quelques conseils aux professionnels de santé, et en particulier aux infirmières : “Depuis le passage de M. Grim en novembre dernier nous ne vous avons pas donné de nouvelles concernant notre mouvement. Si la mise en train est longue, elle en sera, nous l’espérons, plus sûre. En effet, avant de nous engager dans l’action il nous faut mettre au point la question de secrétariat (que je ne puis assumer). Je vous serais reconnaissant de prier pour cela. Nous pensons dans quelques semaines, envoyer une lettre imprimée aux infirmières protestantes de France. Cette lettre contiendra en particulier des nouvelles vous concernant (réunions et retraites pour infirmières…). En attendant voici quelques suggestions et quelques conseils pratiques pour commencer le travail : Il est difficile d’être missionnaires “toutes seules”. Cherchez dans votre hôpital, la compagnie d’infirmières chrétiennes. Lisez la Bible et priez avec elles. Gardez-vous de juger celles qui n’en éprouvent pas le besoin, mais persévérez dans l’amour pour obtenir qu’elles se joignent à vous. Cherchez à connaître et à rencontrer les chrétiennes qui travaillent dans un autre hôpital. Rien ne doit vous tenir loin d’elles. Même si vous êtes seules, priez régulièrement pour vos collègues en les nommant par leur nom, en commençant par celles qui vivent près de vous. Demandez à Dieu leur salut. Restez humbles, surtout ne sermonnez pas. Invitez vos amies à votre petit cercle d’étude biblique (persévérez si vous essuyez des refus), soyez accueillante. Chaque fois que ce sera possible, entraînez vos collègues dans des réunions d’évangélisation. Prenez leur tour de service s’il le faut. Sachez attendre le moment propice à un entretien. Préparez-le dans la prière, demandant à Dieu de vous rendre capable de le bien conduire. Continuez à intercéder pour vos amies qui ont reçu le Sauveur et … passez à d’autres. Que Dieu vous accorde la joie de voir plusieurs cœurs s’ouvrir à l’Evangile. Puisque nous sommes tous “ouvriers avec Dieu”, ne faites rien sans Lui, sans compter pleinement sur on aide efficace. Avec Lui, rien n’est impossible ni difficile. Son joug est aisé.
101 Léonard Bréchet était un homme de vision. Il organisa une tournée missionnaire an Algérie, accompagné par André Foex et André Adoul en automne 1949.
Veillez sur vous-mêmes ; vivez en harmonie avec vos collègues. Soyez soumises à vos chefs, reconnaissez humblement vos torts et pardonnez chaque fois qu’il le faut. Ne tolérez rien dans votre cœur autre que l’amour. Bon courage et … EN AVANT !”102
102 André Adoul, Circulaire n°1 du 30 janvier 1957, archives familiale.
C’est ainsi qu’André fut, avec ses deux collègues, activement engagé dans le Comité103 de l’Union Evangélique des Infirmières de France. Leurs motivation et but étaient de rassembler celles qui, de toutes dénominations ecclésiastiques, désiraient s’unir pour la prière d’intercession, l’entraide, le témoignage à rendre à Jésus-Christ et le rayonnement de l’Evangile au sein des hôpitaux et cliniques de France.104
103 Les principes de base étaient ceux de l’Alliance Evangélique Française avec l’appui de la Ligue pour la Lecture de la Bible.
104 Aujourd’hui encore, l’U.E.M.P. existe encore et a un grand impact parmi les professionnels de santé.