Quand nous acceptons le fait que nous avons dans la Bible l’expression concrète d'une révélation divine, nous sommes aussitôt intéressés par le caractère des documents qui transmettent cette révélation. Nous désirons sur-le-champ savoir si les divers livres de la Bible sont authentiques, dignes de foi et canoniques. C'est ce que nous regarderons maintenant.
Par authenticité, nous voulons dire qu'un livre a été écrit par la ou les personnes dont il porte le nom ou, s'il est anonyme, par la ou les personnes auxquelles la tradition ancienne l'a attribué, ou s'il n'est pas attribué à un ou des auteurs, dans la période que lui a attribuée la tradition. On dit qu'un livre est faux ou apocryphe s'il n'a pas été écrit dans la période qu'on lui a attribuée, ou par l'auteur prétendu par celui-ci. On considère un livre comme digne de foi quand il rapporte les faits tels qu'ils se sont réellement produits. Il est altéré quand le texte a été changé d'une manière quelconque.
Nous pouvons montrer de la façon suivante que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments sont dignes de foi et authentiques.
Pour une vue d'ensemble complète de la preuve, nous référons l'étudiant aux ouvrages savants portant sur l'introduction à l'Ancien Testament. À ce point-ci, nous ne pouvons traiter ce sujet que d'une façon générale. Nous aborderons les Écritures de l'Ancien Testament dans leur triple division : la loi, les prophètes et les kethubhim.
1. L'authenticité des livres de la loi. Une grande partie de la critique moderne nie la paternité mosaïque du Pentateuque. L'hypothèse documentaire divise la paternité de ces livres en plusieurs codes (yahviste, élohiste, deutéronomiste et sacerdotal) et plusieurs rédacteurs.1 Dans le but que nous nous proposons, nous ne pouvons que brièvement indiquer les preuves de la paternité mosaïque du Pentateuque. D'abord, il est généralement reconnu qu'une portion considérable du peuple savait lire et écrire dès la période d'Hammourabi ; que les tablettes et les listes généalogiques étaient connues en Babylonie des siècles avant Abraham ; qu'il est possible qu'Abraham ait apporté avec lui des tablettes cunéiformes renfermant de tels documents lorsqu'il passa de Charan à Canaan ; et que, de cette manière, Moïse aurait pu entrer en possession de ces tablettes. Que ce soit à cause de l'accès de Moïse à de tels documents, d'une tradition orale, d'une révélation directe de Dieu, ou d'une combinaison de celles-ci, les savants conservateurs ont toujours soutenu que Moïse est l'auteur de la Genèse
1 — Pour un bref énoncé, une évaluation et une réfutation de cette position, voir :
- Allis, The Five Books of Moses ;
- Archer, Introduction à l'Ancien Testament, p. 84-200 ;
- et Harrison, Introduction to the Old Testament, p. 495-541.
En outre, dans le reste du Pentateuque, Moïse est à plusieurs reprises présenté comme l'auteur de ce qui est écrit. Il devait l'écrire (Ex. 17.14 ; 34.27) et il est dit que c'est ce qu'il fit (Ex. 24.4 ; 34.28 ; No. 33.2 ; Deu. 31.9, 24). Ce qu'il écrivit est décrit comme "les paroles de cette loi" (Deu. 28.58), "le livre de cette loi" (Deu. 28.61), "ce livre" (Deu. 29.20, 27), "ce livre de la loi" (Deu. 29.21 ; 30.10 ; 31.26) et "les paroles de cette loi" (Deu. 31.24). De plus, dans l'Ancien Testament mais en dehors du Pentateuque, Moïse est présenté à treize reprises comme l'auteur d'un livre écrit. Ce livre est appelé "le livre de la loi de Moïse" (Jos. 8.31 ; 23.6 ; 2 Ro. 14.6), "la loi de Moïse" (1 Ro. 2.3 ; 2 Ch. 23.18 ; Da. 9.11) et "le livre de Moïse" (Né. 13.1).
Dans le Nouveau Testament, notre Seigneur a souvent parlé de "Moise" comme d'une œuvre écrite (Lu. 16.29 ; 24.27 ; voir aussi Jn. 7.19). Il attribue également plusieurs enseignements du Pentateuque à Moïse (Mt. 8.4 ; 19.7ss. ; Mc. 7.10 ; 12.26 ; Jn. 7.22ss.). Il parle des "écrits" de Moïse (Jn. 5.47). Différents auteurs du Nouveau Testament parlent de "Moïse" comme d'un livre (Ac. 15.21 ; 2 Co. 3.15) et de "la loi de Moïse" (Ac. 13.39 ; 1 Co. 9.9 ; Hé. 10.28 ; voir aussi Jn. 1.45). Ils attribuent également à Moïse certains enseignements qui se trouvent dans le Pentateuque (Ac. 3.22 ; Ro. 9.15 ; Hé. 8.5 ; 9.19).
Nous pourrions également mentionner certaines autres preuves internes qui attestent la paternité mosaïque du Pentateuque. L'auteur est de toute évidence un témoin oculaire de l'exode ; il fait preuve d'une connaissance du pays d'Égypte, de sa géographie, de sa flore et de sa faune ; il utilise plusieurs mots égyptiens ; et il fait allusion à des coutumes qui remontent au second millénaire av. J.-C. Harrison conclut :
Le Pentateuque est une composition homogène de cinq volumes et non une agglomération d'œuvres séparées et peut-être réunies ensemble plutôt par hasard. Il décrit, sur un arrière-plan historique accepté, la manière dont Dieu se révéla lui-même aux hommes et choisit les Israélites pour un service et un témoignage spéciaux dans le monde et dans le cours de l'histoire de l'homme. Le rôle de Moïse dans la formulation de ce corpus littéraire semble prééminent et ce n'est pas sans bonne raison qu’il devrait se faire accorder une très haute place d'honneur dans le développement de l'épopée de la nation israélite et être considéré avec respect par les Juifs et les chrétiens comme le grand médiateur de l'ancienne loi.2
2 — Harrison, Introduction to the Old Testament, p. 541.
2. L’authenticité des livres des prophètes. L'hébreu parle des prophètes antérieurs et postérieurs. Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois appartiennent aux prophètes antérieurs tandis qu'Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel et les prophètes soi-disant mineurs font partie des prophètes postérieurs. D'abord, si l'on regarde les prophètes antérieurs, il n'y a pas de raison de rejeter le point de vue traditionnel selon lequel Josué écrivit le livre qui porte son nom, et Samuel le livre des Juges. Le livre des Juges a été écrit après le début de la monarchie (Juges 19.1 ; 21.25) mais avant l'accession de David au trône (Juges 1.21 ; voir aussi 2 Sa. 5.6-8). Dans 1 Ch. 29.29, il est question des choses "écrites dans le livre de Samuel, le voyant, dans le livre de Nathan, le prophète, et dans le livre de Gad, le prophète". La tradition s'est, par conséquent, sentie justifiée d'attribuer 1 Samuel 1-14 à Samuel et 1 Sa. 25 à 2 Sa. 24 à Nathan et à Gad. Jérémie a été communément considéré comme l'auteur des livres des Rois ; l'auteur était du moins un de ses contemporains. Les livres des Rois parlent du livre des actes de Salomon (1 Ro. 11.41), du livre des chroniques des rois d'Israël (1 Ro. 14.19) et du livre des chroniques des rois de Juda (1 Ro. 14.29) ; et il y a de fréquentes insertions de récits de témoins oculaires dans les portions qui parlent d'Élie, d'Élisée et de Michée, dans lesquels des matériaux plus anciens sont utilisés.
Deuxièmement, les prophètes postérieurs sont également authentiques.3 Il est dit que les actions et les œuvres de piété d'Ézéchias ont été écrites "dans la vision du prophète Ésaïe" (2 Ch. 32.32) ; il est également dit qu'Ésaïe a écrit "les actions d'Ozias" (2 Ch. 26.22). La prophétie d'Ésaïe lui est attribuée (1.1). Jésus et les apôtres ont parlé des écrits d'Ésaïe, lui attribuant même les parties contestées (Mt. 8.17, voir aussi És. 53.4 ; Lu. 4.17ss., voir aussi És. 61.1 ; Jn. 12.38-41, voir aussi Es. 53.1 ; 6.10). Jérémie reçut l'ordre suivant : "Écris dans un livre toutes les paroles que je t'ai dites" (Jér. 30.2) et nous lisons qu'il "écrivit dans un livre tous les malheurs qui devaient arriver à Babylone" (Jér. 51.60). Baruc a sans aucun doute été son secrétaire pour une grande partie de son œuvre (Jér. 36 ; voir aussi Jér. 45.1). Ézéchiel aussi reçut l'ordre d'écrire (Ez. 24.2 ; 43.11) de même qu'Habakuk (Ha. 2.2). Il est communément admis par les savants conservateurs que les noms qui apparaissent dans les premiers versets d'un livre prophétique nous rapportent fidèlement le nom de l'auteur de ce livre. Même Malachie est probablement le nom de l'auteur de même que du livre, et non une simple référence à Mal. 3.1.
3 — Pour une très bonne introduction aux prophètes de l'Ancien Testament, voir Freeman, An Introduction to Old Testament Prophets.
3. L'authenticité des kethubhim. Le reste des livres a été divisé en trois groupes :
Nous pouvons remarquer plusieurs choses. Pour les Psaumes et les œuvres de Salomon, il est question de ce que David et Salomon, son fils, "ont réglé par écrit" (2 Ch. 35.4). Bien que les titres des Psaumes ne fassent pas partie du texte original, ils sont généralement acceptés comme justes. Des 150 Psaumes, 100 sont attribués à des auteurs : 73 à David, 11 aux fils de Koré, 12 à Asaph, 2 à Salomon, un à Éthan, et un à Moïse. Les autres sont anonymes. Selon les titres des Proverbes, Salomon est l'auteur des chapitres 1 à 24. Il est également l'auteur des chapitres 25 à 29, bien que ces chapitres furent copiés à partir de ses écrits par les gens d'Ézéchias. Le chapitre 30 est attribué à Agur, fils de Jaké, et le chapitre 31 au roi Lemuel. Le livre de Job ne nous donne pas le nom de l'auteur, mais il n'est pas improbable que Job lui-même l'ait écrit. Nous considérons ce livre comme rapportant fidèlement les expériences d'un homme appelé Job et ayant vécu à l'époque des patriarches, et non comme une simple fiction poétique. Qui d'autre que Job lui-même aurait pu raconter fidèlement ses propres expériences et paroles de même que les discours d'Éliphaz, de Bildad, de Tsophar, d'Élihu et de Dieu ?
Le Cantique des cantiques est également attribué à Salomon (Cant. 1.1) et il n'y a pas de raison de remettre en doute la véracité du titre. Archer écrit : "La tradition chrétienne, jusqu'aux temps modernes, a constamment soutenu que le Cantique était une œuvre authentique de Salomon."4 Le livre de Ruth a souvent été associé au livre des Juges et il a probablement été écrit par la même personne qui a écrit le livre des Juges, probablement Samuel. Toutefois, comme le fait remarquer Davis, "Cela ne peut pas être vérifié".5 Que le nom de David soit mentionné (Ru. 4.22) mais pas celui de Salomon constitue un argument en faveur d'une date qui ne serait pas postérieure à David.
4 — Archer, Introduction à l'Ancien Testament, p. 546.
5 — Davis, Conquest and Crisis, p. 156.
Les Lamentations sont attribuées à Jérémie par le titre dans nos Bibles et la tradition a toujours reconnu qu'il en était l'auteur. Dans la forme d'expression et l'argument général, elles ont beaucoup en commun avec le livre de Jérémie et c'est avec confiance que nous pouvons lui attribuer ce livre. L'Ecclésiaste se présente comme "fils de David, roi de Jérusalem" (Ecc. 1.1) et cette expression a habituellement été considéré par les conservateurs comme désignant nul autre que Salomon. Il y est fait allusion à la sagesse incomparable de l'auteur (Ecc. 1.16) et aux grands ouvrages qu'il a réalisés (Ecc. 2.4-11). Jusqu'à la période de la Réforme, le livre a été attribué à Salomon de l'accord unanime de tous les savants juifs et chrétiens, et la plupart des savants conservateurs le lui attribuent encore, bien qu'il y ait quelques preuves linguistiques qu'il aurait pu avoir été écrit par quelqu'un d'autre que Salomon.
Le livre d'Esther aurait pu avoir été écrit par le Juif Mardochée, qui connaissait le mieux les faits relatés dans ce livre, mais Est. 10.2ss. semble contredire cette opinion. Whitcomb conclut : "L'auteur doit avoir été un Juif qui vivait en Perse à l'époque des événements racontés et qui a eu accès aux chroniques officielles des rois des Mèdes et des Perses (Est. 2.23 ; 9.20 ; 10.2)."6 Les critiques ont tendance à accepter qu'il a été écrit par un Juif de Perse à cause de l'absence de marques indiquant qu'il aurait été écrit en Palestine. Il faut convenir que le langage est récent ; il est comparable à celui d'Esdras, de Néhémie et des Chroniques.
6 — Whitcomb, "Esther", The Wydiffe Bible Commentary, p. 447.
Le livre de Daniel a sans aucun doute été écrit par le diplomate qui porta ce nom. L'auteur s'identifie comme étant Daniel et il écrit à la première personne (Dan. 7.2 ; 8.1, 15 ; 9.2 ; 10.2). De plus, Daniel reçut l'ordre de préserver ce livre (Dan. 12.4). Il y a dans le livre une unité remarquable et le nom de Daniel revient tout au long. Jésus l'a attribué à Daniel (Mt. 24.15). Les savants conservateurs datent le livre du 6e siècle av. J.-C., bien que les critiques modernes, à cause de leur rejet des prophéties, le placent généralement dans la période macchabéenne et lui attribuent une date entre 168 et 165 av. J.-C.
Le livre d'Esdras a sans aucun doute été écrit par le scribe Esdras. Étant donné qu'une partie du livre a été écrite à la première personne du singulier par un homme identifié comme Esdras (Esd. 7.28 ; voir aussi Esd. 7.1) et que le livre porte des marques d'unité, "il semblerait en découler que le reste est également de sa main."7
7 — Young, An Introduction to the Old Testament, p. 370.
Le livre de Néhémie a sans aucun doute été écrit par Néhémie, l'échanson du roi de Perse. Les premiers mots du livre l'indiquent clairement : "Paroles de Néhémie, fils de Hacalia" (Néh 1.1) de même que le fait que l'auteur parle à plusieurs reprises à la première personne. Il a été écrit du temps de Malachie, quelque part entre 424 et 395 av. J.-C. Les critiques placent les livres des Chroniques sur un plan beaucoup moins élevé que les livres des Rois. La raison semble en être que, tandis que les livres des Rois traitent des aspects prophétiques de l'histoire, les livres des Chroniques traitent plutôt des aspects sacerdotaux. La tradition a attribué ces livres à Esdras. La position des livres dans le canon, le fait que leur histoire se termine au point même où commence le livre d'Esdras, et le style font que cela est possible sinon probable. Ils doivent avoir été écrits vers 450-425 av. J.-C., avant le livre d'Esdras.
Pour une exposition complète, l'étudiant devra de nouveau se reporter aux œuvres sur l'introduction au Nouveau Testament,8 mais nous ferons cependant remarquer quelques faits. La critique revient de plus en plus vers le point de vue traditionnel en ce qui concerne la date et la paternité de plusieurs livres. Il y a raison de croire que les Évangiles synoptiques ont été écrits dans l'ordre suivant : Matthieu, Luc et Marc. Origène les cite souvent dans cet ordre et, avant lui, Clément d'Alexandrie place en premier les Évangiles qui renferment les généalogies sur la base de la tradition qu'il a reçue des anciens qui l'ont précédé.9 Ce point de vue est supporté par la considération que ce sont les circonstances et les événements de l'époque qui ont donné lieu aux Évangiles. La tradition déclare que Matthieu prêcha pendant quinze ans en Palestine et qu'il alla ensuite dispenser ses soins aux nations étrangères. Sur la base de la célèbre déclaration de Papias que "Matthieu composa les Logia en langue hébraïque" (c'est-à-dire araméenne), nous devons soutenir qu'il est plus naturel de supposer qu'en quittant la Palestine, il laissa derrière lui son Évangile araméen, vers 45 apr. J.-C., et que, un peu plus tard, vers 50 apr. J.-C., il écrivit également, pour ses nouveaux auditeurs, son Évangile grec, qui nous est parvenu. Tout le monde est à peu près d'accord aussi pour dire que le deuxième Évangile a été écrit par Jean Marc. D'après les circonstances de l'époque et la preuve interne, nous croyons qu'il a été écrit vers les années 67 ou 68 apr. J.-C. Il y a aussi un accord très général à l'effet que le troisième Évangile a été écrit par Luc, le médecin bien-aimé. Il a probablement été écrit vers l'an 58 apr. J.-C.
8 — Voyez Hiebert, An Introduction to the New Testament, 3 volumes, et Guthrie, New Testament Introduction.
9 — Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI : XIV.
Certains rejettent l'Évangile de Jean à cause de l'importance particulière qu'il accorde à la divinité de Jésus-Christ. On dit que les Synoptiques ne révèlent pas un telle croyance au sujet de Jésus-Christ au cours du premier siècle. Mais cela n'est pas vrai, car il n'est pas moins Dieu dans les Synoptiques que dans Jean. La découverte du Papyrus 52, contenant cinq versets de Jean 18 et daté de la première moitié du deuxième siècle, a grandement servi à confirmer la date traditionnelle de l'Évangile de Jean. Metzger écrit : "Si ce petit fragment avait été connu au milieu du siècle dernier, cette école critique du Nouveau Testament qui a été inspiré par le brillant professeur de Tübingen, Ferdinand Christian Baur, n'aurait pas pu affirmer que le quatrième Évangile n'avait pas été composé avant l'an 160."10
10 — Metzger, The Text of the New Testament, p. 39.
Le livre des Actes est aujourd'hui attribué, de façon assez générale, à Luc, le même qui a écrit le troisième Évangile. Dix des soi-disant Épîtres de Paul sont aujourd'hui attribuées pour la plupart à Paul ; ce ne sont que pour les Épîtres pastorales que l'on émet un certain doute, sur la base du style. Mais les changements de style peuvent être dus au changement de sujet et à l'âge de l'auteur.
L'Épître aux Hébreux est anonyme et personne ne sait qui l'a écrite. Elle a sans aucun doute été écrite par un érudit chrétien quelque part entre 67 et 69 apr. J.-C. Les Épîtres de Jacques et de Jude ont sans aucun doute été écrites par deux des frères de Jésus. Les deux Épîtres de Pierre ont été écrites par l'apôtre Pierre. Certains émettent un doute sur la deuxième Épître de Pierre pour des raisons de style. Mais Pierre a peut-être eu Sylvain comme secrétaire pour sa première Épître (1 Pi. 5.12) et avoir eu ainsi un peu d'aide pour son langage ; et il a peut-être écrit la deuxième Épître sans aide.
Les trois Épîtres de Jean et l'Apocalypse ont été écrits par l'apôtre Jean. On peut expliquer les différences de style dans l'Apocalypse comparativement aux Épîtres de la même manière que les différences entre la première et la deuxième Épîtres de Pierre. C'est-à-dire qu'il a peut-être eu de l'aide pour écrire les Épîtres mais qu'il a dû écrire l'Apocalypse par lui-même ; de plus, le sujet lui-même pourrait expliquer la différence de style. Cela n'affecte en rien la question de l'inspiration, car nous soutenons l'inspiration du produit final et non celle de l'homme comme tel.
Un livre est digne de foi s'il rapporte véridiquement les sujets traités. On dira qu'il est altéré si le texte actuel est différent de l'original. La crédibilité englobe donc les idées de véracité des documents et de pureté du texte. Nous devons aborder brièvement ce sujet pour l'Ancien et le Nouveau Testaments.
Ce point est établi par deux grands faits :
1. La preuve tirée de la reconnaissance de l'Ancien Testament par Jésus-Christ. Jésus-Christ reçut l'Ancien Testament comme rapportant véridiquement les événements et les doctrines traités (Mt. 5.17ss. ; Lu. 24.27, 44ss. ; Jn. 10.34-36). Il reconnut comme vrais, et cela de façon bien précise, un certain nombre des principaux enseignements de l'Ancien Testament, par exemple la création de l'univers par Dieu (Mc. 13.19), la création directe de l'homme (Mt. 19.4ss.), la personnalité de Satan et son caractère malfaisant (Jn. 8.44), la destruction du monde par un déluge à l'époque de Noé (Lu. 17.26ss.), la destruction de Sodome et Gomorrhe, et la délivrance de Lot (Lu. 17.28-30), la révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent (Mc. 12.26), la paternité mosaïque du Pentateuque (Lu. 24.27), le don de la manne dans le désert (Jn. 6.32), l'existence du tabernacle (Lu. 6.3ss.), l'aventure de Jonas dans le gros poisson (Mt. 12.39ss.) et l'unité du livre d'Ésaïe (Mt. 8.17 ; Lu. 4.17ss.). Si Jésus était Dieu manifesté en chair, il savait donc quels étaient les faits, et s'il les connaissait, il n'aurait pas pu s'accommoder des points de vue erronés de son époque concernant des sujets d'une importance aussi fondamentale et être encore honnête. Nous devons donc accepter son témoignage comme vrai ou le rejeter en tant que maître religieux.
2. La preuve tirée de l'histoire et de l'archéologie. L'histoire fournit plusieurs preuves de l'exactitude des représentations bibliques de la vie en Égypte, en Assyrie, en Babylonie, en Médie et en Perse et ainsi de suite. Les noms de certains chefs d'État de ces pays sont mentionnés dans la Bible et aucune de ces personnes n'est présentée d'une façon qui contredise ce que l'on sait d'elle dans l'histoire. La Bible dit que Salmanasar IV assiégea la ville de Samarie et que le roi d'Assyrie, qui était Sargon II, selon ce que nous savons maintenant, déporta le peuple en Assyrie (2 Ro. 17.3-6). L'histoire montre qu'il régna de 722 à 705 av. J.-C. Son nom n'est mentionné qu'une seule fois dans la Bible (Es. 20.1). Belschatsar (Da. 5.1-30) et Darius le Mède (Da. 5.31-6.28) ne sont plus aujourd'hui considérés comme des personnages fictifs.
L'archéologie vient aussi confirmer à plusieurs reprises les récits bibliques. L'"Épopée de la création" babylonienne, bien qu'elle soit loin d'être une confirmation du récit de la Genèse, montre néanmoins que l'idée d'une création spéciale était largement répandue à l'époque primitive. On pourrait dire la même chose des légendes babyloniennes de la chute. Ce qui est encore plus important, c'est qu'on a trouvé à Babylone une tablette donnant un récit du déluge qui a des similitudes marquées avec le récit biblique. On ne peut plus émettre de doutes à propos de la soi-disant bataille des rois (Ge. 14) puisque des inscriptions de la vallée de l'Euphrate montrent que les quatre rois mentionnés dans la Bible comme ayant participé à cette expédition sont des personnages historiques. Les tablettes de Nuzi nous éclairent sur le geste de Sara et de Rachel qui ont donné leurs servantes à leurs maris. Les hiéroglyphes égyptiens indiquent que l'on connaissait l'écriture plus de mille ans avant Abraham. L'archéologie confirme également qu'Israël vécut en Égypte, qu'il était en esclavage dans ce pays, et qu'il quitta finalement la région. On a montré que les Hittites, dont l'existence était mise en doute, était un puissant peuple d'Asie Mineure et de Palestine ayant vécu à la période indiquée dans la Bible. Les tablettes de Tel el-Amarna prouvent la véracité du livre des Juges. Plus la science de l'archéologie progressera, plus de nouvelles informations seront découvertes, confirmant ainsi l'exactitude du récit biblique.
On peut l'établir par quatre grands faits :
1. Les auteurs du Nouveau Testament étaient compétents. Ils étaient qualifiés pour rendre témoignage de la vérité divine et pour l'enseigner. Matthieu, Jean et Pierre étaient des disciples de Jésus-Christ et des témoins oculaires de ses œuvres et de ses enseignements (2 Pi. 1.18 ; 1 Jn. 1.13). Selon Papias, Marc était l'interprète de Pierre et il écrivit fidèlement ce qu'il se rappelait de l'enseignement de celui-ci. Luc était un compagnon de Paul et, selon Irénée, il écrivit dans un livre l'Évangile prêché par l'apôtre des Gentils. Paul fut sans aucun doute appelé et désigné par Jésus-Christ, et il affirma avoir reçu son Évangile directement de Dieu (Ga. 1.11-17). Jacques et Jude étaient des frères de Jésus-Christ et leurs messages nous sont parvenus avec cet arrière-plan. Tous ont été revêtus du Saint-Esprit et n'ont donc pas écrit simplement de mémoire les paroles des témoignages oraux et écrits, et des perceptions spirituelles, mais en tant que qualifiés par l'Esprit pour leur tâche.
2. Les auteurs du Nouveau Testament étaient honnêtes. Le ton moral de leurs écrits, leur respect évident de la vérité et la particularité de leurs récits indiquent qu'ils n'étaient pas des imposteurs mais d'honnêtes hommes. La même chose est également évidente du fait que leur témoignage mettait en danger tous leurs intérêts en ce monde, aussi bien leur position sociale et leur prospérité matérielle que leur vie. Quel aurait pu être leur motif en inventant une histoire qui condamne toute hypocrisie et qui est contraire à toutes les croyances dont ils avaient hérité, s'ils devaient payer un tel prix à cause d'elle ?
3. Leurs écrits s'harmonisent les uns avec les autres. Les Synoptiques ne se contredisent pas mais se complètent l'un l'autre. Les détails donnés dans l'Évangile de Jean peuvent s'agencer avec ceux des trois premiers Évangiles pour donner un tout harmonieux. Le livre des Actes fournit l'arrière-plan historique de dix des Épîtres de Paul. On n'a pas à chercher à faire entrer les Épîtres pastorales dans le récit des Actes car aucune d'elles ne laisse entendre qu'elle fait partie de la période couverte par les Actes. L'Épître aux Hébreux et les Épîtres générales, de même que l'Apocalypse, peuvent, sans faire violence à leur contenu, cadrer avec le premier siècle. Sur le plan doctrinal, les écrits du Nouveau Testament s'harmonisent également. Jésus-Christ est Dieu aussi bien dans les Synoptiques que dans l'Évangile de Jean. Paul et Jacques ne se contredisent nullement mais présentent la foi et les œuvres dans des perspectives différentes. Il y a une différence dans l'importance particulière accordée à chacune mais non dans la conception fondamentale. Il y a un progrès dans l'exposé de la doctrine quand on passe des Évangiles aux Épîtres, mais pas de contradiction. Les 27 livres du Nouveau Testament présentent un tableau harmonieux de Jésus-Christ et de son œuvre. Tout cela milite en faveur de la véracité du récit.
4. Leurs récits s'accordent avec l'histoire et l'expérience. Il y a dans le Nouveau Testament de nombreuses références à l'histoire contemporaine, telles le recensement à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie (Lu. 2.2), les actes d'Hérode le Grand (Mt. 2.16-18), d'Hérode Antipas (Mt. 14.1-12), d'Hérode Agrippa I (Ac. 12.1), de Gallion (Ac. 18.12-17), d'Hérode Agrippa II (Ac. 25.13-26.32), etc., mais jusqu'à maintenant personne n'a encore pu montrer que le récit biblique était en contradiction avec un seul fait provenant d'autres sources dignes de confiance. Pour ce qui est de l'expérience, nous avons déjà dit que si nous admettons l'existence d'un Dieu personnel, omnipotent et plein de bonté, les miracles sont alors non seulement possibles mais probables. Les miracles matériels ne se produisent pas souvent maintenant parce qu'ils ne sont plus nécessaires dans le sens où ils l'étaient alors. Ils avaient pour but d'attester la révélation de Dieu quand elle a été donnée pour la première fois, mais maintenant que le christianisme a été introduit, ils ne sont plus nécessaires dans ce but. Les miracles spirituels se produisent encore en abondance. Nous pouvons donc dire qu'il n'y a rien dans l'expérience ou dans l'histoire qui contredise les récits des Évangiles et les Épîtres.
Encore une fois, cette étude se doit d'être très générale. Le mot "canon" vient du mot grec kanon. Il signifie, en premier lieu, un roseau ou une baguette ; puis une règle ; d'où une norme. En deuxième lieu, il signifie une décision autorisée d'un concile ecclésiastique ; et en troisième lieu, par rapport à la Bible, il désigne les livres qui ont été mesurés, trouvés satisfaisants et approuvés comme inspirés de Dieu.
La considération de chacun des livres en particulier doit de nouveau être laissée à l'introduction biblique, mais nous devons cependant faire quelques observations générales. La triple division des livres de l'Ancien Testament dans la Bible hébraïque (la loi, les prophètes et les kethubhim) n'implique pas trois périodes d'entrée dans le canon. Les livres du Pentateuque ont été réunis au début de l'Ancien Testament parce qu'ils ont été écrits par Moïse. On a mis avec les prophètes les livres que l'on croyait avoir été écrits par un prophète en fonction. Daniel ayant le don prophétique mais n'étant pas un prophète en fonction, son livre fut placé dans le troisième groupe. Les kethubhim furent subdivisés selon leur contenu ou le but dans lequel ils étaient utilisés. Psaumes, Proverbes et Job furent classés comme livres poétiques à cause de leur caractère littéraire. Le Cantique des cantiques, Ruth, les Lamentations, l'Ecclésiaste et Esther furent appelés les megilloth parce qu'ils étaient lus respectivement aux fêtes juives de la Pâque et de la Pentecôte, lors du jeûne du neuvième jour du mois d'Ab, lors de la fête des Tabernacles et lors de celle des Purim. Daniel, Esdras, Néhémie et les livres des Chroniques furent classés comme des livres historiques non prophétiques parce qu'ils avaient été écrits par des hommes qui n'étaient pas des prophètes en fonction. Amos n'était pas tout d'abord un prophète mais Dieu le prit de derrière son troupeau et l'envoya prophétiser à son peuple (Am. 7.14ss.) ; c'est-à-dire qu'il devint un prophète en fonction et c'est à juste titre que son livre fut classé parmi les prophètes postérieurs.
Parce que la canonicité de l'Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques ne fut pas tranchée avant le Concile de Jamnia (90 apr. J.-C.),11 certains soutiennent que le canon de l'Ancien Testament ne fut pas clos avant cette époque, ou, étant donné que la discussion à leur sujet se poursuivit après cette date, pas avant 200 apr. J.-C. Mais si le caractère et le nombre des livres devant constituer notre Bible ne peut pas être tranché avant que tous ne soient d'accord sur ce point, nous ne pourrons alors jamais avoir un canon autorisé, ce qui est justement ce que certains désirent, car il y en a toujours qui voudraient ajouter des livres au canon ou mettre en doute ceux qui y sont déjà. En ce qui concerne l'Ancien Testament tel que nous le connaissons aujourd'hui, nous pouvons accepter le point de vue de David Kimchi (1160-1232) et d'Elias Levita (1465-1549), deux savants juifs, qui soutenaient que la collection finale du canon de l'Ancien Testament a été complétée par Esdras et les membres de la Grande Synagogue au cinquième siècle avant Jésus-Christ. On pourrait avancer plusieurs choses pour rendre ce point de vue possible. Josèphe, qui écrivit vers la fin du premier siècle apr. J.-C., donna la même triple division que le canon des Massorètes12. Il indiqua de plus que le canon fut complèté pendant le règne d'Artaxerxès, ce qui correspond à l'époque d'Esdras13. Il semble probable qu'Esdras fut celui qui organisa finalement les livres sacrés de l'Ancien Testament, puisqu'il est appelé "le scribe" (Né. 8.1 ; 12.36), "un scribe versé dans la loi de Moïse" (Esd. 7.6) et "scribe, enseignant les commandements et les lois de l'Éternel concernant Israël" (Esd. 7.11). En outre, aucun autre écrit canonique ne fut composé depuis l'époque d'Artaxerxès, fils de Xerxès, jusqu'au temps du Nouveau Testament. Les livres apocryphes, bien qu'inclus dans les Septante, ne furent jamais acceptés dans le canon hébreu.
11 — Archer, Introduction à l'Ancien Testament, p. 71.
12 — Josèphe parla des vingt-deux livres du canon, puisque 1 et 2 Sa. étaient considérés comme un seul livre, de même que 1 et 2 Rois, Esdras et Néhémie, Ruth et Juges, Jérémie et Lamentations, et les douze prophètes mineurs.
13 — Josèphe, Contre Apion, I:8.
La formation du canon du Nouveau Testament n'eut pas lieu à la suite d'un effort organisé pour le produire, mais il semble plutôt avoir pris forme comme résultat du caractère manifestement authentique des livres. Quelques grands principes contribuèrent à la détermination des livres qui devaient être acceptés comme canoniques. Le caractère apostolique fut un critère fondamental. L'auteur d'un livre devait être soit un apôtre de Jésus-Christ ou quelqu'un ayant entretenu une relation telle avec un apôtre pour que son livre soit élevé au rang des livres apostoliques. Un autre facteur déterminant le choix d'un livre était le fait de convenir à la lecture publique. Un troisième facteur était son universalité. Le livre était-il reçu dans toute la communauté chrétienne ? Le contenu du livre devait, en outre, être d'un caractère spirituel suffisant pour lui donner droit à ce rang. Et finalement, le livre devait montrer de façon évidente qu'il avait été inspiré par le Saint-Esprit.
À la fin du deuxième siècle, tous les livres, à l'exception de sept : Hébreux, 2 et 3 Jean, 2 Pierre, Jude, Jacques et Apocalypse, les soi-disant antilegomènes, furent reconnus comme apostoliques et, à la fin du quatrième siècle, les 27 livres de notre canon actuel furent reconnus par toutes les Églises occidentales. Après le Concile de Rome convoqué par Damase (382) et le troisième Concile de Carthage (397), la question du canon fut close en Occident. Vers l'an 500, toute l'Église grecque semble aussi avoir accepté tous les livres de notre Nouveau Testament actuel. À partir de ce moment, la question fut également close en Orient. Mais, comme nous l'avons dit un peu plus tôt, il n'y a peut-être jamais eu un moment où tous ont accepté ce verdict général de l'Église. Il y a toujours eu des individus ou des groupes d'individus qui ont remis en doute la présence dans le canon d'un ou de plusieurs livres.